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Tragédie à la grande Mosquée de Québec : Détruire ou Vouloir servir ?

Le credoDimanche, le 29 janvier 2017, dans un lieu de prières, des fidèles musulmans ont été froidement assassinés parce qu’ils ne partageaient pas la religion de la majorité. C’est arrivé à Québec, une ville paisible. C’est arrivé au Québec, une société paisible.

Au tout début du film « Le déclin de l’empire américain », le cinéaste Denys Arcand, par la voix de son personnage Dominique, trace le paramètre normatif du vécu collectif actuel : « La notion de bonheur personnel, l’idée de recevoir de sa vie quotidienne des gratifications immédiates » prennent de plus en plus le pas sur toutes les autres considérations1. »

« Sans valeur transcendante à laquelle se raccrocher, sans modèle de société à poursuivre, sans vie exemplaire à imiter, chacun est réduit à l’étroitesse de sa quotidienneté2. » Et qui dit étroitesse évoque solitude, enfermement, aveuglement, repli sur soi et absence plus ou moins consciente de liens et de canaux. C’est quasiment un « processus général d’effritement de toute l’existence3. » Je fais mienne cette phrase de Jean-Marc Piotte : « Le social, le politique est désinvesti au profit de la sphère intime4. » Je pense aussi à cette autre importante citation d’un autre cinéaste, Bernard Émond, sur le Vouloir servir : « C’est-à-dire reconnaître l’existence de choses qui sont plus grandes que nous, qui sont dignes de foi, qui valent qu’on s’engage pour elles… égalité, justice, indépendance5. »

Nos sociétés sont malades : nous venons de le voir à Québec; nous le voyons sans cesse en constatant le sort souvent réservé aux migrants ou aux premières nations, comment sont traités les enfants en difficulté, les itinérants et les personnes âgées, bref des personnes vulnérables. Et trop souvent, le discours de personnes en autorité blesse profondément la dignité humaine. Comment réagir à cette maladie sociale : se fermer les yeux et se retirer dans son petit cocon, crier fort pour dénoncer, changer de pays, se venger … ?

À une autre époque, un certain Jésus de Nazareth a pris graduellement conscience des maladies de sa société. Il s’est identifié à la décourageante cause de ses semblables. Il s’est attelé à la tâche, a regroupé du monde autour de lui pour améliorer les situations. Déjà, la réaction des puissants et inquiets gardiens de la Loi fut sanglante. Il avait dit : « Je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir. » Peut-il en être autrement ? L’important ne serait-il pas de rechercher sans cesse « le bien-être intégral de l’être humain… de tout être humain, quel qu’il soit» et le reste nous sera donné par surcroît ?

Pour ma part, je pense que oui.


1. Denis Arcand, Le Déclin de l’empire américain, Québec, 1986.
2. Jean-Marc Piotte, La communauté perdue: petite histoire des militantismes, VLB Éditeur, p. 127, 1987.
3. Ibid, p. 143.
4. Ibid, p. 131.
5. Bernard Émond, Il y a trop d’images, Lux Éditeur, p. 67, 2013.
6. Hans Küng, Vingt propositions de « Être chrétien » ; traduit de l’allemand par André Metzger, Paris, Éditions du Seuil, 1979.

Suggestions pour renouveler et revivifier l’église

Le credo
N.D.L.R. Dans sa réflexion, le Forum André-Naud explore les avenues qui permettraient de reconstruire l’Église québécoise. Voici des suggestions formulées par un membre du Forum de Montréal qui sont alimentées par les discussions en cours. Jean Desrochers est un père de la congrégation de Sainte-Croix. Il a notamment été missionnaire en Inde.

Les mesures suivantes doivent évidemment être discutées, élaborées et précisées dans nos réunions. Comme les membres du FAN de Montréal connaissent mieux que moi ce qui se passe au Québec et au Canada, il serait intéressant de savoir si vous connaissez divers efforts et expériences pour mettre en œuvre de près ou de loin les suggestions 1 que je fais.

  1. Implication sociale
    Il y est nécessaire pour l’Église et ses membres de s’impliquer activement dans les problèmes sociaux et ainsi, de développer et faire connaître sa doctrine sociale, encore trop embryonnaire et qui est un secret bien gardé. C’est un secteur privilégié pour dialoguer et collaborer avec tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté. C’est aussi un des impératifs les plus urgents et prophétiques pour répondre aux besoins et aux aspirations de notre temps. C’est probablement une approche mieux perçue par plusieurs jeunes et penseurs. Comme le mentionnait le Pape Jean XXIII 2, ce qui a été fait en ce domaine n’est presque rien en comparaison avec ce qui reste à faire. Pour cela, trois types inter-reliés d’initiatives et d’engagements sont requis:

    1. L’Église doit collaborer avec toutes les personnes de bonne volonté à travers le monde pour élaborer des enseignements sociaux pertinents 3. Des principes et des solutions appropriés seront ainsi être développés sur des questions importantes dans les domaines écologiques, socio-économiques, politiques, culturels et religieux.
    2. Il faut donc former des groupes de réflexion et des groupes de travail  à cet effet à différents niveaux.
    3. Des mouvements sociaux doivent aussi être organisés pour s’engager dans des tâches et projets bien concrets. Il est nécessaire et urgent de mettre en oeuvre un plan d’action !
  2. Décentralisation, diversification, inculturation et féminisation de l’Église. L’enseignement dogmatique et éthique de l’Église occidentale, ainsi que sa liturgie et son droit canonique, sont trop centralisés et uniformes pour répondre adéquatement aux aspirations et aux besoins majeurs du monde actuel. Ce manque de diversité et de flexibilité nuit énormément à la vie chrétienne à travers le monde. Elle réduit aussi, de façon catastrophique, la capacité de l’Église de dialoguer et de collaborer avec les femmes et les hommes de bonne volonté pour transformer le monde dans l’esprit de l’Évangile. L’Église doit donc devenir plus multiforme, diversifiée, et participative afin de mieux remplir sa mission dans les Églises et les cultures particulières.Plusieurs changements de mentalité et de législation sont nécessaires dans l’Église, par exemple pour effectivement mettre en pratique certains enseignements du Pape François (ex. : sur la fréquentation des sacrements par les divorcés remariés) et du Message des Évêques Canadiens de janvier 2016. Notre FAN pourrait réfléchir sur ce sujet et souligner certaines mesures pratiques. Chaque diocèse, et si possible chaque paroisse , devraient organiser un plan pastoral à différents volets, c’est-à-dire répondant de façon appropriée aux besoins de divers groupes de chrétiens et chrétiennes : les pratiquants réguliers, les non-pratiquants, les chrétiens instruits qui remettent plusieurs éléments de leur foi en question, les personnes sans connaissance religieuse et celles et ceux qui sont attirés par diverses sectes et religions.Chaque diocèse et paroisse devraient aussi offrir régulièrement un autre modèle de célébrations eucharistiques (ex.: dans une atmosphère plus familiale et « domestique », plus spontanée et participative) pour ceux et celles qui le désirent.
  3. Identité chrétienne
    De plus il est probablement impératif de redéfinir l’identité chrétienne, surtout dans le monde occidental. Dans le passé, cette identité était généralement exprimée par la prière familiale et communautaire, la fréquentation des sacrements, l’ensemble des « pratiques religieuses » , la profession du credo, et l’acceptation de certains principes éthiques. Dans ce contexte, la connaissance de Jésus et de l’Évangile était généralement présupposée. Cela demeure-t-il suffisant dans le monde actuel ? Cette identité ne doit-elle pas être repensée et révisée, transformée et expliquée, de nos jours ?

    1. Comme nous y avons fait allusion plus tôt, les responsabilités et les obligations sociales des chrétiens (et de tous les êtres humains !) dans les domaines de la protection de l’environnement, de l’écologie, de la consommation et du style de vie, de la justice sociale, de l’abolition de la pauvreté, du partage des richesses et du pouvoir, des droits humains, de la lutte contre les guerres et les armements, de la corruption et de la discrimination et pour une véritable solidarité, etc.  doivent être précisées et renforcées de diverses façons pour répondre aux besoins actuels.
    2. Comment la vie chrétienne peut-elle prendre racine, se perpétuer, se développer ? Comment peut-elle s’exprimer « communautairement » dans la société actuelle ? Une « connaissance fondamentale de Jésus et de l’Évangile » et même une « certaine expérience de Jésus dans la prière » ne sont plus généralement transmises dans de nombreuses et peut-être la plupart des familles, du moins dans les pays occidentaux… Comment assurer ce qui semble une « base essentielle pour être chrétien » quand elle n’existe pas ? Quelle sorte de catéchèse parait requise dans de telles circonstances ? Certaines mesures majeures ne devraient-elles pas être fortement encouragées et mises en pratique pour y arriver (ex.: un accompagnement prolongé, un programme substantiel de conférences, des lectures et des échanges communautaires, des périodes importantes de prière personnelle ou un partage dans des « communautés de base », des stages parmi des croyants, etc.) ? De telles mesures et expériences existent-elles en certains endroits ? Devraient-elles être généralisées ou même rendues obligatoires ?
      Au terme de cet approfondissement, certains engagements concrets ne devraient-ils pas être faits ? Cela ne serait-il pas une adaptation pertinente de la confirmation, une mise en œuvre des promesses baptismales ? Que pensez-vous de cette mesure ? Quels seraient les éléments essentiels de ces engagements ?
    3. Une certaine « dimension communautaire » n’est-elle pas requise dans la vie chrétienne ? Dans cette perspective, comment envisagez-vous la « pratique régulière » de notre vie chrétienne ? L’Église devrait-elle officiellement maintenir l’obligation à la messe dominicale ? Ne devrait-elle pas plutôt offrir une multiplicité de choix à ses fidèles ?
      Par exemple:

      1. La participation à l’eucharistie dominicale pour ceux et celles qui préfèrent cette option ;
      2. Le remplacement de cette option par quelques autres pratiques, libres ou obligatoires, notamment :
        1. 5-6 célébrations eucharistiques par an, incluant Pâque et Noël, et quelques éléments de b et c;
        2. Certaines prières ou lectures personnelles ou familiales, plus ou moins fréquentes ;
        3. Des « échanges et partages de vie et de foi » dans une « communauté de base » se réunissant environ 10 fois par année pour réfléchir à leur foi et à leurs engagements. D’autres possibilités pourraient aussi être incluses…

      L’Église ne devrait-elle pas aussi repenser et réorganiser profondément l’usage et la célébration des différents sacrements dans les diverses circonstances actuelles : le baptême, la confirmation, l’eucharistie, la pénitence-réconciliation, l’onction des malades, le mariage et l’ordre ?

      Que pensez-vous de ces suggestions ? (Quels changements ou additions aimeriez-vous y apporter ?) Ne permettent-elles pas une plus grande diversité répondant à différents besoins et aspirations ? Ne permettent-elles pas de reconnaître les éléments positifs d’une « religion et spiritualité à la carte » ?

    4. Une question spécifique demeure : la reformulation et l’expression de notre foi. Sans nier l’importance de la continuité avec la tradition, les chrétiens et les chrétiennes d’aujourd’hui ne devraient-ils pas apprendre à exprimer l’essentiel de leur foi (dans leurs Églises régionales, diocésaines et locales) d’une façon plus significative et pertinente ? Est-ce le cas présentement ? Les « credos » utilisés dans l’Église actuelle répondent-ils aux aspirations et besoins contemporains ? Comment réfléchir à ces credos, et à leurs diverses affirmations, et les ré-exprimer dans des perspectives et mots adaptés à notre temps ? Quelles ressources peuvent être utilisées pour le faire dans un contexte ouvert et non-polémique ? Comment revivifier et actualiser notre foi, et mieux la « comprendre », la pratiquer et l’exprimer ? Dans les évangiles, développer sa foi se fait en « devenant disciple de Jésus », « cheminant avec lui » et « vivant avec lui ». Comment réintégrer cette approche ?Les divers catéchismes catholiques contiennent sans doute beaucoup d’information sur le contenu des professions de foi. Et il y a tellement de publications sur la foi ! Mais la foi demeure une question particulièrement pertinente dans notre monde sécularisé. Nos communautés et nos célébrations chrétiennes nous aident-elles vraiment à vivre notre foi en profondeur ? Nous aident-elles vraiment à intérioriser et personnaliser notre foi ? Quelles mesures devons-nous prendre pour remédier cette situation ?

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1
 Mes suggestions énumèrent certaines mesures que j’espère pertinentes et même nécessaires pour revivifier l’Église actuelle à différents niveaux, surtout dans le monde occidental. Nos perspectives ne doivent pas en effet être étroites, car le renouveau des Églises régionales, diocésaines et locales ne peut se faire sans tenir compte de l’enseignement et la législation de l’Église universelle.

2 Mater et Magistra

3 Voir Paul VI, Octogesima Adveniens, 1971, no 4.

4 Voir Paul VI, Populorum Progressio, 1967, no 81, et OA, op. cit., no 48

5 Mentionnons deux écrits à ce sujet. En Mai 2013, la revue Prêtre et Pasteur a publié 6 articles sur « Le Crédo dans tous ses états ». Dans un de ces articles intitulé « Une hiérarchie des dogmes ? », P. Léger remarque que, « dans l’expérience de foi des apôtres, on peut clairement identifier des progrès, des reculs, des hésitations, de réelles incompréhensions » (p. 274). Les chrétiens contemporains ne vivent-ils pas des expériences assez semblables ? Comment tenir compte de telles réalités dans nos réflexions et les expressions de notre foi ? Dans son livre, « Ce que je crois, en quête d’un Dieu digne de foi » (Bellarmin, 2002), Joan Chittister réfléchit sur le sens des différentes affirmations du « credo ».

Colloque – Forum social mondial 2016


Le Forum social mondial (FSM) est le plus grand rassemblement de la société civile visant à trouver des solutions aux problèmes de notre temps. Initié en 2001 au Brésil, le FSM rassemble à chaque édition plusieurs dizaines de milliers de participantes pour plus de mille activités (ateliers, conférences, performances artistiques…) portant sur diverses thématiques (développement social, économie solidaire, environnement, droits humains, démocratisation…). Une charte de principes définit les grandes orientations de ce qu’est le FSM, ses valeurs, ses objectifs et ses règles basiques de fonctionnement.

Le Collectif FSM 2016 au Québec rassemble, depuis mai 2013, des personnes œuvrant au sein de différentes organisations, des professionnel.le.s de l’organisation, des artistes, des universitaires et des citoyen.ne.s engagé.e.s autour de l’objectif d’organiser un FSM au Québec.

Les axes thématiques contenus dans cette propositiosont issus d’un processus de travail collaboratif réalisé de septembre 2015 à janvier 2016. Ce travail, coordonné par le GT programmation du FSM 2016, s’est déroulé en plusieurs étapes combinant des séminaires de travail à Montréal (1-3 octobre 2015 et 16 décembre 2015) et des consultations internationales par Internet (septembre et décembre/janvier 2016).

La finalisation de ces axes thématiques interviendra au cours d’un dernier séminaire de travail organisé à Porto Alegre (Brésil) lors Forum social mondial thématique (19-23 janvier 2016) et de la réunion du Conseil international du FSM qui suivra (23-24 janvier 2016).

Ces axes thématiques ont pour but de faciliter la construction de la programmation générale du FSM 2016, en guidant les personnes qui souhaitent proposer des activités via le processus d’auto-programmation. Ils permettront aussi aux participantes et participants du FSM 2016 de mieux comprendre la structure de la programmation du FSM et d’identifier les thématiques qui les intéressent.

  1. Alternatives économiques, sociales et solidaires
  2. Communications, sciences, culture, technologies et démocratisation des savoirs
  3. Culture de la paix, prévention et résolution des conflits
  4. Décolonisation et solidarité internationale pour un autre développement
  5. Défense de la Terre-Mère et justice climatique
  6. Démocratisation et pouvoir d’agir de l’humanité
  7. Droits humains, dignité et auto-détermination des peuples
  8. Identités, diversités et genres
  9. Lutte contre les inégalités, services publics et partage des ressources
  10. Migrations et citoyenneté sans frontières
  11. Luttes et convergences des mouvements sociaux et citoyens
  12. Travailleurs-ses et citoyens-nes face à la mondialisation capitaliste
  13. Autres

Marc Ouellet sur la sellette

Un cardinal sur la sellette
Les recommandations pour la nomination des évêques dont est responsable Marc Ouellet sont insatisfaisantes pour le Vatican. Un cardinal allemand a d’ailleurs jugé nécessaire de manifester son mécontentement dans un livre publié en allemand par Herder Verlag le 3 mai 2016. Le pape, quant à lui, a dû rappeler les critères qui doivent prévaloir pour sélectionner un évêque. Le comportement de Marc Ouellet donne à croire qu’il outrepasse ses prérogatives pour favoriser arbitrairement un courant de pensée conservateur fondamentaliste.

Recommandations de nominations écartées

Selon le vaticaniste Sandro Magister, bien qu’il soit normal que le Pape ne retienne pas toutes les recommandations du préfet de la congrégation pour les évêques, un nombre anormalement élevé de nominations ont été faites au cours du présent pontificat sans l’aval de ce dernier. C’est ainsi que le nouvel archevêque de Chicago, Mgr Blase Cupich, une nomination stratégique pour l’Épiscopat américain, a été nommé sans tenir compte des recommandations de Marc Ouellet.  Cupich est considéré comme un catholique progressiste. L’Épiscopat américain est conservateur traditionaliste.

Selon Magister,  des nominations ont échappées à la congrégation  à « Sydney et Madrid, mais également, en Allemagne, la sélection de trois noms à soumettre, selon la tradition, au chapitre de la cathédrale de Cologne, ainsi que toutes les nominations, soit une vingtaine, qui concernaient l’Argentine.  »

C’est ce qui faisait dire au spécialiste québécois en religions Alain Pronkin, dans le Journal de Montréal, que Marc Ouellet serait « sur la touche ». Cette déclaration faisait écho à un article publié par le journal La Croix où on faisait état d’une révision des critères de sélection des Évêques. En effet le conseil de neuf cardinaux entourant le Pape pour réformer le gouvernement de l’Église a discuté de cette question lors de sa réunion du 11 avril 2016.

Influences extérieures illégitimes

Dans un autre article, La Croix rapporte le mécontentement de l’ancien président de la Conférence épiscopale allemande, le cardinal Karl Lehmann, évêque de Mayence qui dénonce le processus de nomination des Évêques qui ne tient pas compte de l’avis de l’Église locale.

En effet, selon La Croix, le cardinal  « affirme qu’au cours des dernières années, il y a eu à l’évidence des cas « où tous les candidats proposés par le chapitre de la cathédrale locale ont été rayés de la liste » et les noms remplacés sur une nouvelle liste revenue de Rome. Il s’agit là « d’un mépris de l’Église locale difficile à supporter », déclare-t-il. » En effet, dans certaines Églises d’Allemagne et de Suisse, les Évêques devraient être élus pour être, ensuite, confirmé par Rome. Pour le cardinal, il y a des « interférences de personnes non autorisées ». Ces « influences extérieures » illégitimes doivent être neutralisées au nom du droit.

Parmi les critères de nomination, Lehmann affirme que les compétences théologiques doivent supplanter l’orthodoxie.

Le cléricalisme déforme l’Église

Soucieux de bien se faire comprendre, le Pape a transmis une lettre à Marc Ouellet afin de bien lui faire comprendre les critères qui doivent guider la nomination des Évêque. Cette lettre, dont fait écho Radio-Vatican,  rappelle que « l’Église doit servir les laïcs et non se servir d’eux. »

Pour le Pape, le cléricalisme est une attitude qui « annule la personnalité du chrétien, tend à diminuer et à sous-estimer la grâce baptismale que l’Esprit Saint a mise dans le cœur de nos fidèles. » Selon lui, « le cléricalisme, plutôt que de donner une impulsion aux différentes contributions et propositions éteint peu à peu le feu prophétique dont l’Église tout entière est appelée à rendre témoignage dans le cœur de ses peuples».

Oublier que «l’Église n’est pas une élite de prêtres, de consacrés, d’évêques,» comporte le risque de déformer le ministère que l’Église a confié.

Encourager les laïcs qui travaillent au sein de la vie publique

Dans sa lettre, le Pape invite les pasteurs à se compromettre auprès des laïcs qui travaillent au sein de la vie publique. il faut « rechercher la manière de les encourager, de les accompagner et de stimuler toutes les tentatives, tous les efforts qui, aujourd’hui, sont déployés pour entretenir la flamme de l’espérance et de la foi dans un monde plein de contradictions, spécialement pour les plus pauvres, spécialement avec les plus pauvres. Cela signifie, comme pasteurs, nous engager au sein de notre peuple et avec notre peuple, soutenir sa foi et son espérance. En ouvrant les portes, en travaillant avec lui, en rêvant avec lui, en réfléchissant et surtout priant avec lui. »

Les laïcs engagés ne sont pas que ceux qui travaillent dans des choses « de prêtres »

La lettre poursuit. « Il nous est souvent arrivé de penser que le laïc engagé est celui qui travaille dans les œuvres de l’Eglise et/ou dans les affaires paroissiales ou diocésaines, sans trop réfléchir à comment un baptisé a besoin d’être accompagné dans sa vie civile et quotidienne ; comment, dans ses activités quotidiennes, avec les responsabilités qu’il a, il doit s’engager comme chrétien dans la vie publique. Sans nous en rendre compte nous avons créé une élite de laïcs, croyant que seuls les laïcs engagés sont ceux qui travaillent dans des choses « de prêtres », et nous avons oublié, avons négligé, le croyant qui, tant de fois, dans ses luttes quotidiennes, brûle son espérance pour vivre sa foi. Le cléricalisme ne voit pas ces situations. Il ne peut pas car il est plus préoccupé à régner sur des espaces qu’à produire des processus. Nous devons donc reconnaître que le laïc, de par sa nature même, de par son statut, parce que plongé dans le cœur de la vie sociale, publique et politique, parce que participant à des formes culturelles qui bougent constamment, a besoin de nouvelles formes d’organisations pour célébrer sa foi. »

Rappelons que l’actuel archevêque de Montréal n’a pas été nommé par François mais sous  la recommandation de Marc Ouellet.