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Le Ramadan d’un prêtre québécois

N.D.L.R. Jean-Pierre Langlois, membre du Forum André Naud, prêtre, est parti à l’automne 2016 pour 3 ans en mission à Tamanrasset, au sud de l’Algérie et à la porte du Sahara. Jean-Pierre Langlois a transmis cette correspondance.

Mon premier Ramadan

D’abord, la théorie… il est instructif de connaître ce que signifie le ramadan et comment la population tente de le vivre…

L’islam professe un Dieu unique, appelé Allah. Il s’agit d’un monothéisme absolu. L’unicité de Dieu est le socle fondamental de l’islam.

Pour devenir musulman, il faut professer sa foi. C’est le premier et le plus important des cinq piliers de l’islam. La profession de foi (en arabe : chahada) consiste à prononcer une formule : « Il n’est de dieu que Dieu (Allah) et Mohamed est son prophète. »

Parmi ces différentes obligations cultuelles majeures de l’islam, stipulées dans le Coran et attestées par la tradition musulmane, il y a aussi le jeûne du Ramadan (ou sawn). Le jeûne dure un peu avant l’aube et s’achève après le crépuscule, au moment de la première prière du soir, durant les 29 ou 30 jours du 9e mois lunaire du calendrier musulman.

Le Ramadan a commencé en 2017 le 27 mai et se terminera le 24 juin. Le jeûne consiste à s’abstenir de manger, de boire , de fumer et d’avoir des relations sexuelles, mais aussi de s’interdire de jurer et de se livrer à la violence. C’est un temps de prière, de recueillement et de lecture du Coran.

Chaque soir, la rupture du jeûne se déroule dans une atmosphère festive. À la nouvelle lune suivante, le mois de Ramadan s’achève avec la fête de l’Aïd al-Fitr, journée fériée dans tous les pays musulmans et première journée de retour à la normale.

Pierre Claverie écrit à ce sujet : « Par sa rigueur, il est le rappel d’une nécessaire ascèse dans l’usage des biens de ce monde et d’une participation volontaire aux souffrances de ceux qui ont faim et dont il faut garder le souci. Temps, de mise en disponibilité pour Dieu, […] mais aussi occasion d’une intense vie familiale et sociale, ce mois de ramadan est vécu collectivement comme un mois pour Dieu et pour la communauté ». (Petite introduction à l’islam. Cerf,2000.pp. 57-58)

Ensuite, voici mon inexpérience du ramadan…

Car je dois avouer tout de suite que je ne connais rien de cette expérience spirituelle et matérielle, ou si peu. Un étranger, par la langue, la culture, la religion, peut-il se fier à ses impressions, ou à quelques manifestations extérieures qu’il a perçues ? Doit-il raconter cela comme vérité, ou même vraisemblance ?

Cela a commencé à mon retour de l’Assekrem. Sur la piste cahoteuse, tout à coup, vers 14 heure, le chauffeur s’arrête en plein désert, et s’en va tranquillement de l’autre côté de la piste pour faire sa prière du milieu du jour, en se prosternant. Nul doute, ces jeunes musulmans sont sincères. Il n’y a pas âme qui vive pour les amener à prier là-bas.

Alors que d’habitude la journée commence tôt, pas longtemps après l’appel du muezzin – autour de 4 heures 30 ou au plus tard 5 heures le matin -, c’est presque le contraire durant le ramadan. Comme les gens doivent jeûner à partir de l’aube, qui correspond plus ou moins à cet appel, il se dépêche de manger et après le bref moment de la prière, s’en vont se coucher. On pourrait presque dire que la population vit la nuit, et dort durant la journée.

Presque… car il faut bien avoir de quoi vivre, et pour cela il faut aller travailler. Imaginez votre travail, et même faire à manger pour préparer le repas du soir qui sera la rupture du jeûne, avec toute sorte de petites douceurs, sans boire ni manger. Pour moi, ne pas boire de l’aube au coucher du soleil en ces jours de grande chaleur serait très difficile, voire presque impossible.

D’ailleurs on ne demande à personne s’il a bien jeûné selon les normes. Inconvenant et indiscret, mais aussi bien peu compatissant ! Imaginez maintenant les grands adolescents qui voudraient bien faire comme les adultes, mais qui viennent bouffer dans le frigo à toute heure du jour, pour ne pas dire jour et nuit !
La douche
Je lisais dernièrement qu’au Pakistan, il y a une vague de chaleur extrême, probablement précédant la mousson. Jusqu’à 45-47 degrés Celsius ! On ne travaille qu’une demi-journée, on s’asperge d’eau sur la tête pour tenir le coup, ou on va se mettre sous une sorte de douche improvisée pour poursuivre de son mieux le travail.

Il n’est pas étonnant de croiser des vendeurs sur la rue en train de bailler ou de s’endormir, de se traîner les pieds ou carrément d’être amorphes. Je suis allé acheter du pain hier : le dépositaire était étendu dans l’arrière boutique, il m’a vu et, au lieu de se lever, de son lit improvisé, m’a fait signe de me servir moi-même et de venir lui apporter l’argent correspondant à mon achat !

Mais quand arrive la fin de l’après-midi, l’effervescence renaît. Les gens pour s’acheter de quoi rompre le jeûne pour leur famille et, possiblement, pour leurs amis ou invités de marque. Les magasins ouvrent grandes leurs portes, les gens se bousculent ou deviennent impatients plutôt qu’indolents, les bouchons de circulation se créent et les coups de klaxon se font entendre, car tout devrait être prêt pour le premier appel à la prière su soir. Cela se passe vers 19 heures 30 ces jours-ci, qui représentent, vous l’aurez noté, les jours les plus longs de l’année.

En famille, on se réunit pour rompre le jeûne en commençant par manger quelques dattes et boire du lait. C’est délicieux, nourrissant, et permet ensuite de se rendre quelques instants au lieu de prière de la maison ou à la mosquée. C’est ce qu’on appelle le « ftour » ou « iftar », la rupture du jeûne. En temps habituel, cela désigne plutôt le petit déjeuner. Mais n’est-ce pas aussi le moment où l’on rompt le jeûne de la nuit précédente ?
ftour ou rupture du jeûne
Puis, après la prière, on se met à table pour les choses sérieuses : une soupe, souvent de blés verts écrasés, un couscous de légumes et/ou de viande, une salade, du pain, et du dessert (la plupart du temps des fruits de saison, actuellement des pastèques et des melons). Du thé, 3 petits verres de thé avec de la mousse, ou une tisane termine ce repas. J’ai eu l’occasion de vivre à quatre reprises cette rupture du jeûne chez des amis musulmans des Petits Frères et Petite Sœur. J’ai pu observer un peu ce qui s’y passe.

Dans la rue, les jeunes déambulent durant la nuit; d’autres se rendent à la mosquée pour relire et psalmodier le Coran. Cela peut durer presque 2 heures, voire la nuit entière lors de la grande Nuit du Destin où l’on célèbre la révélation faite à Mohammed de cette Parole même de Dieu au monde. Et pour être certain que tous en profitent, les haut-parleurs des mosquées se répondent à qui mieux mieux.

On se préparera finalement à prendre un autre repas et à bien s’hydrater avant l’appel à la prière de l’aube suivante. Ainsi de suite durant les 29 ou 30 jours du mois lunaire du ramadan.

La conclusion de cet événement annuel, où la vie est chamboulée, est l’Aïd el-Fitr. Jour de festivités, jour où la communauté musulmane, l’Umma, se met au diapason de sa foi et de sa vie collective. Les croyants se rassembleront en plein air au petit matin.
Prière musulmane
Est-ce à dire que tous s’y engagent profondément ? Que tous vivent le ramadan en profondeur, en vérité ? Autant demander si tous les chrétiens sont des croyants mystiques, des témoins fidèles, des personnes engagées dans leur vie de foi !

Mais la foi musulmane a forgé ces rites et en a tellement imprégné la population que les pays musulmans ont ajusté leur vie à cette réalité. Il serait donc inconvenant et bien indélicat de manger en plein jour à l’extérieur de nos maisons, de s’abreuver devant tout le monde en ingurgitant nos bouteilles d’eau tout en marchant dans la rue.

Pour ce qui est des intentions et du cœur, seuls des liens bien plus amicaux et anciens que ceux que je commence à tisser pourraient en témoigner réellement. Si certains d’entre vous s’y intéressent, je vous recommande un texte écrit par un Petit Frère de Jésus vivant en Algérie depuis toujours, et qui nous présente une plus grande diversité de réactions devant le ramadan qu’on pourrait le supposer à première vue. Je vous le transmets en même temps que mon écrit.

Tragédie à la grande Mosquée de Québec : Détruire ou Vouloir servir ?

Le credoDimanche, le 29 janvier 2017, dans un lieu de prières, des fidèles musulmans ont été froidement assassinés parce qu’ils ne partageaient pas la religion de la majorité. C’est arrivé à Québec, une ville paisible. C’est arrivé au Québec, une société paisible.

Au tout début du film « Le déclin de l’empire américain », le cinéaste Denys Arcand, par la voix de son personnage Dominique, trace le paramètre normatif du vécu collectif actuel : « La notion de bonheur personnel, l’idée de recevoir de sa vie quotidienne des gratifications immédiates » prennent de plus en plus le pas sur toutes les autres considérations1. »

« Sans valeur transcendante à laquelle se raccrocher, sans modèle de société à poursuivre, sans vie exemplaire à imiter, chacun est réduit à l’étroitesse de sa quotidienneté2. » Et qui dit étroitesse évoque solitude, enfermement, aveuglement, repli sur soi et absence plus ou moins consciente de liens et de canaux. C’est quasiment un « processus général d’effritement de toute l’existence3. » Je fais mienne cette phrase de Jean-Marc Piotte : « Le social, le politique est désinvesti au profit de la sphère intime4. » Je pense aussi à cette autre importante citation d’un autre cinéaste, Bernard Émond, sur le Vouloir servir : « C’est-à-dire reconnaître l’existence de choses qui sont plus grandes que nous, qui sont dignes de foi, qui valent qu’on s’engage pour elles… égalité, justice, indépendance5. »

Nos sociétés sont malades : nous venons de le voir à Québec; nous le voyons sans cesse en constatant le sort souvent réservé aux migrants ou aux premières nations, comment sont traités les enfants en difficulté, les itinérants et les personnes âgées, bref des personnes vulnérables. Et trop souvent, le discours de personnes en autorité blesse profondément la dignité humaine. Comment réagir à cette maladie sociale : se fermer les yeux et se retirer dans son petit cocon, crier fort pour dénoncer, changer de pays, se venger … ?

À une autre époque, un certain Jésus de Nazareth a pris graduellement conscience des maladies de sa société. Il s’est identifié à la décourageante cause de ses semblables. Il s’est attelé à la tâche, a regroupé du monde autour de lui pour améliorer les situations. Déjà, la réaction des puissants et inquiets gardiens de la Loi fut sanglante. Il avait dit : « Je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir. » Peut-il en être autrement ? L’important ne serait-il pas de rechercher sans cesse « le bien-être intégral de l’être humain… de tout être humain, quel qu’il soit» et le reste nous sera donné par surcroît ?

Pour ma part, je pense que oui.


1. Denis Arcand, Le Déclin de l’empire américain, Québec, 1986.
2. Jean-Marc Piotte, La communauté perdue: petite histoire des militantismes, VLB Éditeur, p. 127, 1987.
3. Ibid, p. 143.
4. Ibid, p. 131.
5. Bernard Émond, Il y a trop d’images, Lux Éditeur, p. 67, 2013.
6. Hans Küng, Vingt propositions de « Être chrétien » ; traduit de l’allemand par André Metzger, Paris, Éditions du Seuil, 1979.

Changer les religions

Les religions et en particulier les grandes religions occidentales affichent une image dictée par leurs extrémistes. C’est notamment le cas pour le Catholicisme, le Judaïsme et l’Islam. Les extrémistes de deux dernières religions sont d’ailleurs les protagonistes de guerres confessionnelles. Pourtant certains de leurs ministres, humblement, tentent de réformer leur religion afin de la rendre plus moderne et plus ouverte. Un documentaire québécois d’une heure en fait un portrait. À une plus grande échelle, un réseau mondial s’est constitué à l’occasion du 50e anniversaire du Concile Vatican II. Il s’est donné pour mission de susciter des réflexions et de faire des propositions  sur les réformes à entreprendre dans l’Église catholique. Voici ces démarches.

Ma foiThomas Rinfret, après une carrière éclectique en ski professionnel, s’est orienté en production cinématographique. Après avoir produit avec succès des films sur le ski extrême, il est désormais réalisateur à Télé-Québec. Âgé de près 35 ans, père d’un jeune enfant, Rinfret s’est interrogé sur la pertinence de faire baptiser son fils.

C’est cette question qui lui a inspiré le documentaire Ma Foi présenté en décembre 2016 à Télé-Québec. Il nous présente sa quête faite auprès d’un prêtre catholique, Pierre-Gervais Majeau, incidemment membre du Réseau des Forums André-Naud, de deux Imans,  dont un homosexuel et un… skieur et enfin, une Rabbin. Tous ces ministres religieux travaillent à réformer leur religion afin de les mettre à jour avec les exigences de nos sociétés contemporaines et afin de corriger l’image négative que ces religions transmettent dans l’opinion. Par ailleurs, un spécialiste présente des données factuelles sur l’État de ces religions.

Le documentaire permet ainsi de mieux comprendre l’état d’esprit avec lequel les Québécois nés après 1960 appréhendent la religion. Il donne aussi un aperçu des efforts déployés actuellement pour combler le retard qu’on pris les religions.

Par ailleurs, le Réseau conseil mondial s’est constitué à l’occasion du 50e anniversaire de Vatican II lors d’une rencontre qui s’est déroulé à Rome du 20 au 22 novembre 2015. Environ 100 délégués venant de 28 pays répartis dans les 5 continents se sont réunis pour entamer une démarche visant à réformer l’église catholique selon deux perspectives :

  1. la manière d’être de l’Église ( le peuple, y compris la hiérarchie ), son fonctionnement et son organisation afin de l’ améliorer, de sorte qu’elle soit au 21eme siècle ce qu’elle dit être ,
  2. le dire et le faire de l’Église afin de permettre à ses membres d’éclairer, avec l’Esprit de Jésus, notre monde en constante évolution, et de contribuer à sa transformation en un monde de paix, de justice sociale et économique, de solidarité, un monde luttant contre la pauvreté dans lequel chaque homme et chaque femme puisse se développer dans toutes les dimensions de son être.

Réseau conseil mondialInitié par le Réseau Européen Églises et Libertés et le Mouvement International Nous Sommes Eglise, le réseau est constitué et appuyé par des organisations comme le Réseau des Parvis de France, le Catholic Church Reform International (CCRI), le  Movimento Fé e Política brésilien ou le Réseau des Anciens Jecistes d’Afrique (RAJA) d’Afrique qui font partie des nombreuses organisations qui appuient la déclaration Council 50 adoptée à l’occasion de la réunion de Rome. La déclaration comporte des engagements des membres selon les perspectives évoquées plu tôt et sur différents thèmes :

  1. Dans le monde
    1. Paix et guerre
    2. Justice économique et sociale
    3. Environnement et développement durable
    4. Genre, sexualité et famille
  2. Dans l’Église
    1. Ministères et égalité entre les femmes et les hommes
    2. Communautés ecclésiales de base
    3. Dialogue au sein de l’Église et avec le mond
    4. Église des pauvres

Le réseau s’est donné un plan d’action qui vise notamment à identifier les réformes nécessaires et à tenir des « Synodes du peuples de Dieu ». Le premier Synode est prévu pour 2018 et devrait se tenir à Brasilia, Brésil. Les sujets traités par ce Synode devraient être :

  • mettre l’accent sur les insuffisances de la manière d’être et de l’organisation actuelle de notre Église;
  • présenter des alternatives à la lumière du Concile Vatican II, de l’Évangile, et des résultats des approches théologiques, y compris de la théologie de la libération;
  • exprimer une vision, fondée sur le message de Jésus, qui soit capable d’inspirer le monde entier pour la justice sociale et économique, la solidarité, les droits humains, la préservation de notre planète et de la paix.
  • restaurer l’espoir que l’esprit d’ouverture exprimé il y a plus de 50 ans dans les documents du Concile, ainsi que dans les écrits, les paroles et la pratique de notre pape François.

Il y a là une immense tâche à accomplir. Et il reste à savoir si cela suffira pour répondre aux besoins de celui qui est en quête de Foi.

Repenser nos liturgies et l’utilisation des églises

N.D.L.R. Voici un extrait du numéro 36, Octobre 2016, du Bulletin du Réseau des Forums André-Naud. C’est un texte extrait de la section Vie du réseau.

nanterre.jpg - http://nanterre.paroisse.net/paroisses/sainte-genevieve/celebrer-la-messeDans une lettre récente au cardinal Ouellet, le pape François signale, entre autres choses, le besoin de « trouver de nouvelles formes d’organisations et de célébrations de la foi ». Cela comprend des initiatives et des modèles variés, petits et grands. Je voudrais ici évoquer quelques modifications qu’on pourrait faire dans notre liturgie et dans l’utilisation de nos églises.

Je suis très souvent surpris de ce que je lis ou entends lors de nos célébrations liturgiques. Je me demande si les gens prêtent vraiment attention aux textes utilisés dans nos assemblées liturgiques : textes des Écritures, canon de la messe, hymnes, chants. Je pense, par ailleurs, que certains participants occasionnels en sont fortement surpris. Personnellement, je suis moi-même souvent scandalisé. Il me semble que l’on pourrait facilement changer certaines choses : une phrase d’un chant ou d’un hymne, voire un mot d’une prière officielle.

Je crois, en effet. que nos communautés chrétiennes pourraient prendre diverses libertés. Surtout dans la perspective des changements que le pape François a indiquée. Liberté par rapport aux textes proposés pour retrouver une théologie plus saine, une plus juste anthropologie, une meilleure compréhension des Écritures et un enrichissement plus grand pour chacun et chacune. Voici donc certaines suggestions.

  1. Chants
    Je commence par les chants, qui vivifient tellement nos célébrations et dont je trouve les paroles la plupart du temps très belles, poétiques, inspirantes.

    • Minuit ! Chrétien
      Dans ce chant, il y a deux lignes absolument inacceptables. Comment parler du courroux de Dieu contre l’humanité. Proposition :

      Minuit! Chrétiens, c’est l’heure solennelle
      Où l’homme Dieu descendit jusqu’à nous
      Pour annoncer une bonne nouvelle
      Et de son Père révéler tout l’amour.
      Le monde entier…
      Refrain: Peuple debout… ou Peuple de Dieu, reçois ta délivrance

      On trouve d’autres formulations, par exemple sur Internet, celle attribuée à Renaat Van Hove (1990) qui propose une réécriture complète du cantique. Elle dérouterait cependant davantage à cause de la multitude de changements.

    • Venez divin Messie
      On peut facilement trouver dans les cahiers liturgiques ou sur Google des mots différents. Il faut en changer quelques-uns. Et éviter encore de parler du « courroux » de Dieu dans le deuxième couplet.

      Venez divin Messie
      Nous rendre espoir et nous sauver.
      Vous êtes source de Vie
      Venez, venez, venez !
      Ah ! Descendez, hâtez vos pas ;
      Sauvez les hommes du trépas,
      Secourez-nous, ne tardez pas.
      Redites-nous encore ……………. au lieu de « Dans une peine extrême De quel amour vous nous aimez… »
      au lieu de « Gémissent nos cœurs affligés »
      Venez Bonté Suprême, Venez, venez, venez !

    • Gloria
      Il y a un autre chant où l’on fait parfois des changements, qui pourraient être généralisés, afin qu’il soit plus inclusif. Gloire à Dieu au plus haut des cieux, Paix sur la terre aux peuples qu’il aime ….ou… aux amis de Dieu plutôt que « aux hommes ».
  2. Prières
    Il y aurait aussi quelques phrases à changer dans nos prières même les plus officielles. À commencer par le Notre Père.

    • Notre Père
      Malgré la respectabilité du texte, il y aurait quelques mots à changer dans la seconde partie de la prière.

      Et ne nous laisse pas succomber à la tentation…
      au lieu de
      «Et ne nous induisez pas en tentation» ou «Et ne nous soumets pas à la tentation»
      ou « Et ne nous laisse pas entrer en tentation »

      Le changement à l’avant-dernière phrase s’impose. On ne peut absolument pas dire: « Ne nous induisez point en tentation », selon la formulation de l’ancien Petit Catéchisme du Québec, ou depuis 1965-66 « et ne nous soumets pas à la tentation » selon la traduction dite œcuménique, même si cette formulation semble coller au texte évangélique (Mt 6, 9-13; Lc 11, 2-4), comme si c’était Dieu qui nous envoyait les tentations. C’est ce que le livre de Job dans l’Ancien testament suggère, mais il s’agit justement d’un conte ou d’une fable coulée dans la perspective de l’AT. On ne peut retenir cette formulation. Les tentations ne viennent pas de Dieu. «Dieu lui-même ne tente personne», affirme l’Épître de Jacques (Jc 1, 13). Les tentations viennent du monde qui nous entoure, de notre subconscient ou de nos propres pensées conscientes. On demande à Dieu la force de passer à travers. La formulation récente, discutée depuis 2013, qui devrait entrer bientôt dans le lectionnaire officiel « et ne nous laisse pas entrer en tentation » n’est guère mieux, malgré les explications torturées qu’on en donne. Et elle n’est pas facilement compréhensible. La formule que je retiens « Et ne nous laisse pas succomber à la tentation », belle, juste, compréhensible du premier coup, généralement employée jusque dans les années 1970, jouit d’ailleurs de l’autorité du Catéchisme de saint Concile de Trente (texte et traduction édités chez Desclée et cie, Paris-Tournai-Rome, en 1905) . On pourrait aussi faire un changement plus radical. Au moins en pensée, si on ne le fait pas de vive voix.

      Pardonne-nous nos offenses, comme tu nous demandes de pardonner septante fois 7 fois.
      au lieu de « comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ».

      Ce dernier changement est moins évident puisque la formulation actuelle vient explicitement de l’Évangile. Mais, il est lui-même inspiré d’un autre texte évangélique (Mt 18, 22) et serait cependant beaucoup plus vrai théologiquement et plus réconfortant. Le pardon de Dieu n’est pas défini à aulne humaine: il est infini, inconditionnel.

    • Prières à Marie
      Concernant les prières mariales, on pourrait changer parfois l’expression « Vierge Mère » ou « Mère de Dieu », par Sainte Marie (comme dans l’Ave Maria) ou « Mère Marie » ou « Marie, mère de Jésus ». Cela nous ferait moins buter sur l’expression « vierge mère » et soulèverait des résonances nouvelles et riches en nous.
    • Autres
      Dans une para-liturgie, on nous a fait lire une prière commençant ainsi: « Dieu, père de miséricorde et mère de tendresse… » Quelle surprise, mais aussi quelle source de réflexion !
  3. Le texte de la messe
    Ici, j’ai des suggestions de divers ordres (grammatical, humanitaire, procédurale ou théologique). Les premières sont faciles à admettre et appliquer; les dernières plus importantes.

    • Des commentaires
      Il serait important, à mon avis, que le président d’assemblée ou un animateur fasse des commentaires de bienvenue et de transition entre les prières et les chants pour ménager les transitions. Si non, on passe d’une émotion à l’autre par sauts surprenants. Le Prions en Église pourrait lui-même comporter de tels textes, pour aider le prêtre pressé ou sans créativité. Voici quelques suggestions:

      • Faire un court commentaire de mise en situation avant l’acte pénitentiel. Si non, la célébration commence de manière bien négative et abrupte.
      • Faire un court commentaire de transition après l’acte pénitentiel du début et avant le Gloria pour signaler le changement de perspective ou de sentiment. Surtout lors des funérailles. Sinon, il y a un choc qui dérange.
      • Faire un court commentaire explicatif avant certaines lectures de la Bible (parfois signaler seulement le sens d’un mot) pour aider à comprendre, quitte à prolonger l’explication dans l’homélie. Un exemple récent: à la Pentecôte, on lit un texte de saint Paul qui dit: « Sous l’emprise de la chair, on ne peut plaire à Dieu »(Romains 8, 8). Or le mot « chair » pour Paul désigne, non pas le corps sexué ou sexuel auquel réfère la majorité des gens, mais l’ensemble de la personne humaine (corps et âme) coupée de Dieu et donc sujette aux passions de luxure, d’orgueil, de richesses, de pouvoir, etc. Le texte de Paul prend alors une tout autre dimension.
    • Des changements
      Mais, il y a plus, de nombreux changements seraient bienvenus et bénéfiques.

      • On peut facilement changer les mots masculins inclusifs pour dire explicitement « frères et sœurs », et « hommes et femmes ».
      • On devrait supprimer certaines strophes des psaumes qui parlent d’un Dieu guerrier ou d’un Dieu vengeur. D’un Dieu qui demande de tuer tous les ennemis.
      • On pourrait couper des hymnes trop longs (au langage souvent peu approprié), surtout quand ils sont chantés, même si la mélodie est belle. Y compris à la veillée pas-cale: vu la solennité de la fête, on s’attend à une célébration plus longue, mais il y a des limites pour les gens d’aujourd’hui et que la famille attend souvent à la maison.
      • On pourrait changer très souvent les mots « péché », « pécheur » à cause de leur charge émotive (mot mal compris théologiquement d’ailleurs) par d’autres comme « faute », « erreur » ou par « faiblesse », « fragilité »
      • Je trouve exceptionnellement vrai et beau d’entendre le prêtre chanter les paroles de la consécration et de nous y associer, manifestant ainsi explicitement que c’est toute l’assemblée des fidèles qui célèbre sous la présidence du prêtre.

        Quant le Seigneur se mit à table avec ses amis (bis)
        Il leur partagea le pain en leur disant
        Prenez et mangez, ceci est mon corps livré pour vous (bis)
        Quand le Seigneur se mit à table avec ses amis (bis)
        Il leur distribua le vin en leur disant
        Prenez et buvez, ceci est mon sang livré pour vous (bis)
        Nous célébrons ce grand mystère, ta mort sur la croix (bis)
        Nous chantons la joie de ta résurrection
        Et nous attendons le jour de ton retour glorieux (bis)

      • Au milieu de la prière eucharistique, après la consécration, quand on prie pour le pape, l’évêque du lieu, etc, je comprends que l’on dise « le pape François », mais quel fidèle comprend quand on dit seulement « notre évêque Paul » ou « notre évêque Christian », etc. Personne chez les fidèles n’appelle son évêque par son prénom ; souvent on ne le connaît même pas. Juste après, avant de prier pour les défunts, pour ne pas restreindre l’Église aux seules autorités, on pourrait prier pour tous les vivants, par exemple : « Prions pour tous les Chrétiens à travers le monde…  » ou « Prions pour tous ceux et celles à travers le monde qui cherchent Dieu ».
      • Au cours de la messe, on demande pardon à Dieu à trois moments. Il y en a sûrement un de trop. Difficile de choisir lequel. Mais j’ai entendu un prêtre changer les paroles précédant la communion, qui m’ont bien plu. Au lieu du traditionnel et humiliant « Seigneur, je ne suis pas digne de… », il a proclamé:

        Seigneur, je suis heureux de te recevoir
        Mais dis seulement une parole
        Et nous serons tous heureux….… ou … et nous serons tous raffermis

    • Autres changements plus radicaux
      On peut élargir les changements de manière encore plus large, de manière à être plus bénéfique pour les assemblées actuelles.

      • Au lieu de certains récits de l’Ancien Testament ou de certains psaumes et certains hymnes peu adaptés, ne pourrait-on pas trouver des textes plus vrais, y compris des textes de théologiens anciens, de saints ou saintes connus, ou encore d’auteurs contemporains. On serait attentif à, par exemple à un texte de Jean-de-la-Croix, de Thérèse-de-l’Enfant-Jésus, de Mère Theresa ou de Martin Luther King. Ou encore d’un poète contemporain. Voire d’un auteur québécois.
      • Dans l’homélie, je ne trouve pas toujours nécessaire de faire un lien (parfois d’ailleurs un peu artificiel) entre les trois lectures. Mieux vaut essayer d’expliquer le sens des textes, ceux de l’Ancien Testament étant souvent « déroutants ».
      • Plus généralement, j’aimerais bien que parfois au lieu de l’homélie, on fasse une sorte de catéchèse aux adultes sur Dieu ou le Christ, les miracles, un sacrement, la morale chrétienne, la distinction entre morale et droit. Quitte même à supprimer une lecture ou deux pour avoir un peu plus de temps. Ce serait plus fécond qu’une soirée spéciale sur les mêmes sujets, qui rejoindraient évidemment moins de monde. On pourrait même, à l’occasion, pourquoi pas, remplacer la première partie de la messe par ce type de catéchèse, et garder la seconde partie ou simplement la communion (comme le Vendredi Saint où il y a une liturgie avec communion mais sans messe).

      Une bien triste expérience que j’ai vécue dernièrement. C’était le 3e dimanche ordinaire. À propos, savez-vous ce que les gens comprennent de ce mot « ordinaire » ?. C’était une messe en l’honneur du 10e anniversaire de la mort d’un homme très connu et très impliqué dans la municipalité. Il y avait une cinquantaine de personnes de plus que les dimanches réguliers : plusieurs membres de sa famille: enfants et petits-enfants (d’âge adolescent). Une très courte parole de bienvenue officielle fut faite, et puis … hop ! le rite pénitentiel, et… re-hop le chant Gloire à Dieu. Deux adolescentes ont fait les lectures… sans parler vraiment dans le micro. Les trois lectures portaient sur le péché : heureusement que l’Évangile parlait de Marie-Madeleine et de l’attitude de Jésus. Mais quel climat ! À la fin, au lieu de me rebeller, j’avais les larmes aux yeux. Quelle occasion manquée ! Quelle Église coupée du monde ordinaire ! Pourquoi ne pourrait-on pas parfois choisir un autre Office ?

  4. Acoustique
    Dans un autre ordre d’idée, il faudrait être extrêmement attentif au fonctionnement des micros et à la qualité de la proclamation des lectures. Les églises sont vastes, beaucoup de participants âgés sont durs d’oreilles. Ce serait pourtant facile de dire aux lecteurs de se familiariser d’avance avec le texte qu’ils vont proclamer et d’être attentifs à l’emplacement du micro. Sinon, un responsable déjà dans le chœur peut facilement aller le placer. Cela est encore plus important dans les célébrations occasionnelles, comme les mariages et les funérailles où l’assistance est peu familière avec les textes liturgiques ou le lecteur d’un témoignage peu habitué à parler au micro (directement dans le micro).
  5. Utilisation de l’église
    On pourrait faire servir l’église à d’autres activités que la liturgie. Déjà beaucoup d’églises offrent des concerts et des conférences. On pourrait faire davantage, me semble-t-il.

    • Il y a quelques années, des citoyens notoirement athées (ou leur famille) ont de-mandé de faire une cérémonie de funérailles dans une église. Certains Chrétiens ont crié à la profanation, mais pourquoi donc ? Si un non-croyant veut donner une dimension spirituelle à son départ, pourquoi refuserions-nous ? Cela peut aussi offrir au prêtre ou à un autre croyant l’occasion de dire un mot sur la foi ou la spiritualité. Déjà plusieurs constatent comment des funérailles chrétiennes (avec messe) sont des occasions privilégiées pour rejoindre des gens qui ne viennent jamais à l’église et les amener à réfléchir sur le sens de la vie.
    • Pourquoi pas des mariages civils ? Si un couple le demande, exprimant ainsi son désir de donner une certaine note spirituelle à son union, pourquoi pas? Pour éviter les mauvaises interprétations ou « le scandale des faibles », il suffit de bien dire qu’il s’agit d’un mariage civil et que le prêtre n’est pas l’officier (même si celui-ci intervient à un moment ou l’autre pour donner une touche spirituelle). On ne fera pas d’inscription dans le registre religieux non plus évidemment. L’engagement civil présente, en effet, beaucoup de valeurs, de même que le contexte spirituel.
    • Et des funérailles à l’église pour des personnes qui ont demandé l’aide médicale à mourir. Je pense que l’archevêque de Montréal et le cardinal de Québec en affirmant que, même s’ils privilégient nettement les soins palliatifs, ils ne s’opposeront pas à de telles funérailles, s’inscrivent vraiment dans la ligne de l’Évangile. Les funérailles « servent à prier pour quelqu’un, affirme Mgr Lépine, et non pas à porter un jugement de valeur ». L’Église offre d’ailleurs depuis longtemps les funérailles aux personnes qui se suicident, ajoute-t-il. Les évêques qui refusent les funérailles aux malades qui choisissent l’aide médicale à mourir ignorent ce qu’est la souffrance, dénonce Gille Fontaine, aumônier d’hôpitaux à la retraite. « Faire ça, c’est ajouter de la souffrance à la souffrance. Les gens ont assez d’avoir perdu quelqu’un sans qu’on ne les pénalisent ». « C’est imprévisible comment on va réagir dans la maladie, donc vaut mieux être accueillant et compréhensif ». (Le Journal de Montréal, 30 sept. 2016; idem dans le Devoir).
    • Dernièrement, une paroisse de Chicoutimi a organisé une fête de l’Amour à l’adresse de tout couple « qui désire célébrer son amour et renouveler son engagement à deux » quel que soit son type d’engagement (mariage catholique, mariage civil, conjoints de fait, couple homosexuel). L’initiative a suscité l’irritation de plusieurs fidèles, y compris au niveau international. Mais pourquoi donc, encore une fois? Jésus à fait pire: il a fréquenté des prostituées et des voleurs aux yeux de ses contemporains !

On pourrait allonger la liste des changements à apporter, des initiatives nouvelles à pren-dre. Je reprends la phrase du pape François au cardinal Ouellet sur le besoin de « trouver de nouvelles formes d’organisations et de célébrations de la foi ». Je pourrais reprendre d’autres invitations du pape à ouvrir la mission de l’Église, à aller au-devant des gens par-tout où ils se trouvent. Ainsi cet extrait d’entrevue du pape à un journaliste italien: «Il ne suffit pas d’ouvrir les portes, il faut donc sortir dans la rue, à ses risques et périls. […] Au lieu d’être seulement une Église qui accueille et qui reçoit, efforçons-nous d’être une Église capable de sortir d’elle-même et d’aller vers les hommes et les femmes qui ne la fréquentent pas, qui ne la connaissent pas, qui se sont éloignés, qui sont indifférents. » (L’Église que j’espère, Flammarion/Études, p 95 et 98). À nous d’accueillir les gens au rythme de leur cheminement religieux ou spirituel et de nous répéter une autre parole du pape : « Qui suis-je pour juger ? ». Il s’agit d’une nouvelle vision de la pastorale, une pastorale des petits pas, une pastorale circonstancielle. À l’exemple de Jésus qui accueillit les gens, en toutes occasions, sans discrimination.