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Harcèlement sexuel en Afrique

Y a-t-il du harcèlement sexuel en Afrique ? Poser la question, c’est y répondre… J’avoue ne pas être des plus compétents pour oser vous en faire part. Aussi ai-je pensé relayer quelques articles qui m’ont informé et même secoué.

« En Afrique, les Weinstein se ramassent à la pelle ! »

Voici d’abord, dans Jeune Afrique, Clarisse Juompan-Yakam qui décrit l’absence de réactions qu’a suscitées en Afrique noire l’affaire Weinstein. C’est assez démoralisant.
Harvey Weinstein

« Alors que le scandale déclenché par l’affaire du producteur américain se répercute dans le monde entier – via le hastag #MeToo, notamment -, les Africaines n’ont pas encore rejoint le chœur des femmes qui dénoncent leurs agresseurs. Elles ne sont pourtant pas épargnées… Hormis en Afrique du Sud, l’affaire Harvey Weinstein ne déclenche pas sur le continent la même avalanche de dénonciations qu’ailleurs dans le monde. Les deux plaintes pour viol déposées contre l’islamologue et théologien Tariq Ramadan, bien connu au Maghreb, n’y ont rien fait. Comme si les Africains tenaient à rester à l’écart d’un phénomène désormais planétaire.

« Pourtant, en Afrique, les Harvey Weinstein se ramassent à la pelle, dans tous les milieux, dans tous les secteurs, notamment chez moi, au Gabon, où la chosification de la femme est institutionnalisée », soutient l’avocate Paulette Oyane Ondo. Harcelée par un prêtre qui l’avait recrutée comme bibliothécaire dans une structure kinoise, Muriel (le prénom a été changé), 25 ans, a dû démissionner au bout de trois mois. « Mes journées de travail consistaient surtout à inventer des subterfuges pour éviter de me retrouver dans la même pièce que lui ! »

La journaliste relève un autre exemples :

La Congolaise Muriel dit s’être bien gardée de donner à ses collègues le véritable motif de sa démission : « C’était sa parole contre la mienne. Et son honorabilité semblait incontestable. J’aurais même pu passer pour la harceleuse. » Le sujet ne fait quasiment jamais grand bruit, mais tout le monde sait que cela existe. Les femmes « gèrent » le problème discrètement. Elles en parlent entre elles dans les salons de coiffure ou dans les tontines, mais ça ne va jamais plus loin.

Ce sont des pratiques courantes et la dénonciation peut provoquer la stigmatisation :

Pour Paulette Oyane Ondo, les Gabonaises se taisent parce que le harcèlement est une pratique ancrée dans les mœurs. « Dans l’imaginaire populaire, aucune femme n’accède à un emploi ou ne progresse au sein de l’entreprise grâce à ses seules compétences. Le plus triste, c’est que les femmes elles-mêmes en sont persuadées, les plus jeunes encore plus. »
Journaliste sénégalaise installée à Abidjan, Adama N. s’interroge sur la pertinence d’une campagne de dénonciation sur les réseaux sociaux. Elle ne veut pas prendre le risque d’être stigmatisée ni mettre en péril sa jeune carrière.

« D’ailleurs, qui dénoncerais-je ? Les amis de mon père, les tontons, les cousins, le banquier, le voisin ? Et de quoi les accuserais-je ? De harcèlement ? Les Africains parlent trop librement de sexe, alors la frontière entre grivoiserie et harcèlement est ténue », explique-t-elle.

Il faut du courage pour dénoncer mais les actes libèrent :

« Mais il faut du courage pour oser saisir sa hiérarchie. La Tchadienne Émilie A. s’est entendu répondre : « Débrouille-toi comme une grande : toutes les femmes sont confrontées à ce type de problème. Oser parler est aussi une question d’éducation, souligne Colette Florence Mebada. La femme doit pouvoir s’affranchir de situations inconfortables. Car on a toujours le choix. Être anticonformiste et oser assumer ses choix apparaît alors comme un atout. » Plus prosaïque, Kala Lobè affirme que « ce sont les actes qui libèrent » : « Il faut apprendre à se faire respecter sans passer par un intermédiaire qui serait la loi. La parole dénonciatrice me semble infantilisante. Un homme me met la main aux fesses ? Je saisis ses testicules, égalité oblige. »

« Le harcèlement de rue n’est pas un compliment »

Quand est-il au Maghreb ? Est-ce la même chose ? Djamila Ould Khettab fait un état de la situation sur la drague abusive dans la rue. Pour illustrer le harcèlement sexuel dans la rue, elle relate la diffusion d’un clip produit par « deux jeunes Algériennes, membres d’un collectif de slam, qui dénonce le harcèlement de rue, qui perdure malgré une loi punissant ce type de comportement. »

« L’histoire est simple mais effroyablement banale. Une jeune femme sort de chez elle et retrouve un peu plus loin une amie. Mais le chemin est semé d’embûches : un homme la prend par le bras, un autre tente d’asperger son visage de parfum, plusieurs autres lui jettent des regards obscènes ou des propos salaces. Alors, la jeune femme presse le pas, fait demi-tour, accélère encore, tête baissée et bras croisés. Pour son premier clip vidéo, Awal, un collectif de slam d’Oran, a voulu s’attaquer à ce malaise qui règne dans les rues de la plupart des villes d’Algérie.

Le projet a été mené de bout en bout par deux membres du collectif : Zoulikha Tahar, alias Toute Fine, et Sam MB. Dans la vidéo, les deux amies slameuses se mettent en scène, tandis qu’une voix off déclame les textes qu’elles ont elles-mêmes rédigé. Un témoignage à cœur ouvert dans lequel elles dénoncent tour à tour les comportements déplacés, le sexisme, la pression sociale et un problème d’éducation. Objectif : crier leur ras-le-bol et sensibiliser leurs congénères contre des paroles et des gestes abjectes. Le clip se termine d’ailleurs sur le slogan suivant : « Le harcèlement de rue n’est pas un compliment ».

« On nous fait croire que la situation des femmes a changé ! »

En Tunisie, on pourrait penser que la situation est meilleure qu’ailleurs en Afrique du nord… Le journal La Croix a publié 3 textes de Marie Verdier, envoyée spéciale à Tunis sur la situation de la femme en Tunisie. Or, selon la journaliste, même au travail, les femmes restent soumises :

« On nous fait croire que la situation des femmes a changé ! » persifle Raga Hedhili, directrice d’une usine de confection près de Monastir. « Même quand elles travaillent, les femmes restent soumises, la majorité d’entre elles donnent leur salaire à leur mari sans forcément s’indigner. » Dans son usine, des femmes viennent parfois la supplier de ne pas mentionner la totalité de leur salaire sur la fiche de paie pour pouvoir garder pour elle une petite somme en liquide. Et de conclure : « les filles apprennent à ne pas parler devant leur père, devant leur frère et devant leur professeur, comment deviendraient-elles libres et indépendantes une fois mariées ? »

Et les femmes ont intériorisé cette violence :

La fameuse exception tunisienne et son statut de la femme envié dans le monde arabo-musulman a, en réalité, longtemps occulté le poids du modèle patriarcal et de son corollaire, la violence, « attribut naturel de la supériorité des hommes », selon la juriste et militante féministe Sana Ben Achour, auteure du rapport Violences à l’égard des femmes : lois du genre, en 2016. La violence contre les femmes, explique-t-elle, est plus une atteinte à l’honneur des hommes qu’une agression commise contre une personne.

Le corps de la femme corps est un bien public et, pour préserver la virginité, la sodomie est recommandée :

« Cacher le corps ça commence à l’école, quand les filles portent des tabliers mais pas les garçons », s’offusque Bochra, la trentaine affranchie. Chez elle, son compagnon et ses amitiés tunisoises et cosmopolites se retrouvent le soir autour de bières. Mais dès qu’elle franchit le pas de sa porte, Bochra enfile sa carapace. « Avant de sortir, je dois réfléchir à comment m’habiller et me comporter. J’ai proscrit les robes que j’adore. Je marche d’un pas décidé, quasi militaire, parce que se promener tranquillement, c’est être une fille facile. » Et dans un élan d’indignation, elle tempête : « Mon corps est un bien public. Il ne m’appartient pas ! Il est contrôlé par la famille, mais aussi par les voisins, le quartier et la rue entière. »
« « Ce qui t’inquiète, a crié Bochra à sa mère, ce n’est pas moi mais mon hymen ! » Elle voulait m’envoyer au poste de police vérifier si j’étais toujours vierge ! Les relations sexuelles, c’est la ligne rouge pour tout le monde. » Or une fille sur sept et un garçon sur deux avait eu des relations sexuelles avant 24 ans, selon des données 2009 de l’Office national de la famille et de la population. « On vit tous dans nos contradictions. Celles qui ont des relations sexuelles ne s’autorisent que la sodomie », poursuit Bochra.

Et v’lan ! On est quitte pour y réfléchir à deux fois… Si la parole des jeunes femmes est un peu libérée, ce n’est pas le cas de toutes. Et il y a loin de la coupe aux lèvres. Les textes législatifs sont bien beaux, la réalité se vit autrement. Le journal La Croix relève quelques faits sur la situastion de la femme en Tunisie :

  • Dans la constitution de 2014, l’État tunisien s’engage à protéger les droits acquis de la femme et œuvre à les renforcer et les développer.
  • Dans le code du statut personnel, le mari reste chef de famille et tuteur des enfants.
  • Les femmes représentent 28 % de la population active et 42 % des chômeurs.
  • 67 % des diplômés de l’enseignement supérieur sont des femmes. Mais 41 % d’entre elles sont au chômage contre 21,4 % pour les hommes.
  • L’écart de salaires hommes-femmes est de 40 % dans les très petites entreprises et de 25,4 % dans le privé.
  • La Tunisie est classée au 126e rang (sur 144 pays) dans le rapport Davos 2016 sur l’égalité de genre.
L’Islam n’est pas responsable

Ce qui suit peut surprendre. Léo Pajon, dans Jeune Afrique, tente de cerner la responsabilité de la religion sur le statut de la femme.

L’islam est souvent désigné, au nord de la Méditerranée, comme l’un des responsables de l’asservissement des femmes, voire d’une sexualité troublée. Et s’il était pourtant au moins une partie de la solution ? L’un des problèmes, relevé par le professeur en islamologie à l’université de Strasbourg Éric Geoffroy en préambule de L’Islam et le Couple, est surtout que le Coran souffre « d’une interprétation biaisée, machiste, aujourd’hui considérée comme l’orthodoxie ».

« Or, à l’inverse du catholicisme et d’autres traditions religieuses, l’islam ne commande pas, par exemple, de combattre sa nature charnelle, mais de la satisfaire modérément. Comme le rappelle Sofia Bentounes, le Prophète recommande même à ses fidèles de s’acquitter de leur devoir sexuel envers leurs épouses. »

Quant à la virginité, Mohamed n’a exprimé aucun intérêt pour la question lorsqu’il s’est marié… Pour preuve, parmi ses neuf épouses, une seule était vierge : Sayyida Aïcha. L’auteure va plus loin en précisant que dans le texte coranique aucune mention n’est faite de la masturbation, et qu’il n’y est pas non plus évoqué de peine à l’encontre de l’homosexualité.

Voici enfin tiré d’une chronique, la réaction douloureuse de Fawzia Zouari devant cet état de faits en Afrique. Accrochez bien votre petit cœur sensible s.v.p.

« Bien sûr que je peux balancer moi aussi ! Il faut juste que je cherche dans mes souvenirs, car des harceleurs, j’en ai connu, du petit patron péteux au chef d’État qui vous prend pour sa énième courtisane, sauf que la pudeur m’interdit de parler, c’est mon côté femme du Sud, édifiée sur la chose…

En fait, cette affaire n’a rien d’un scoop. Des types comme Weinstein, il y en a partout, ils nous rappellent que le monde continue à fonctionner comme un gigantesque harem et que la guerre des sexes ne tourne qu’autour d’un seul sujet : le sexe. Mais comme l’affaire nous vient d’Amérique et qu’elle concerne des stars, tout le monde s’époumone, on réveille l’humanité entière, on sonne l’alarme dans le village mondial.

Pour la journaliste, c’est un phénomène courant, mais pleurer le malheur des riches peut alimenter le puritanisme des religieux.

C’est hypocrisie générale que de faire croire que les carrières qui se construisent sur le chantage sexuel – ou plus familièrement sur « la promotion canapé » – sont une rareté. C’est imposture que de nous demander de verser des larmes sur le malheureux destin de vedettes riches et célèbres qui n’auraient sans doute pas fini sous les ponts si elles avaient dénoncé leur magnat. Je comprends qu’une caissière ou une ouvrière n’ait pas le courage ou les moyens de s’en prendre à son agresseur parce qu’il y va de sa survie, mais pas ces nanties de bonne famille qui se sont payé le luxe de se taire.

En plus, j’ai bien peur que cette théorie du soupçon qui pèse sur tous les hommes ne donne raison aux puritains du monde entier. Laisser entendre que l’homme est un prédateur par essence conforte la vue des religieux de tous poils. Prenez les islamistes. Depuis le temps qu’ils claironnent que le désir masculin menace à tous les coins de rue et qu’il faut porter le hidjab et refuser la mixité. Ils nous ont répété mille fois que « chaque fois qu’une femme et un homme se retrouvent seuls, le troisième compagnon est le diable ! »

Enfin, pourquoi tant de bruit autour de femmes issues du monde libre alors qu’on oublie l’existence de millions d’autres dont le législateur, le chef du village ou l’imam a officialisé l’agression sexuelle et légalisé le viol conjugal ? Toutes ces demoiselles mariées de force, obligées d’épouser leur violeur ou subissant la libido masculine au moyen de mille et une fatwas…

Alors, tout ce tapage occidental, pour certaines d’entre nous, ressemble à une menue querelle, pour ne pas dire une coquetterie de Blancs.

Je n’ose offrir de conclusion à ces extraits, si ce n’est que nous ne pouvons ni fermer les yeux, ni agir comme si tout cela n’existait pas. « Le plus long voyage, raconte le proverbe, commence par un premier pas. » À nous de nous mettre en route.

Agressions sexuelles sur les enfants : le cas de l’Église de Belgique

Les allégations, accusations et condamnations de prêtres pour agressions sexuelles dans le monde catholique se sont multipliées au cours des dernières décennies. Afin de comprendre le phénomène, nous présentons ici le cas de l’Église belge qui  est particulièrement bien documentée en Français. Il y a notamment une commission gouvernementale qui a bien circonscrit la situation. Après bien des résistances et devant la multiplication des scandales, l’Église a finalement adopté une attitude acceptable. Mais tout est loin d’être réglé dans le monde catholique.

Protéger les enfants
© Serprix.com

La Belgique compte 11,3 millions d’habitants. Près de 75% de la population se dit catholique, mais, étonnamment, seuls 43% croit en Dieu. Durant les années 1990, une sordide affaire d’enlèvement, de séquestration, de tortures, d’agressions sexuelles et de meurtres sur des enfants, l’affaire Dutroux, avait traumatisé la société belge tout entière. Est-il besoin de dire que les premières allégations d’agressions sur des enfants par des clercs catholiques ont causé tout un émoi dans le Royaume.

Un prêtre catholique réagit

En 1992, un prêtre catholique, Rik Devillé, publie un livre, La Dernière Dictature – Plaidoyer pour une paroisse sans pape. Cela lui vaut un torrent de réactions et une pluie de plaintes à propos d’agressions sexuelles commises par des clercs lui sont transmises. Afin de donner suite à ses plaintes, il met sur pied le groupe Droits de l’homme dans l’Eglise. Le groupe a recueilli 427 signalements de 1992 à 2010. Les signalements ont été portés à la connaissance des Évêques et Supérieurs des communautés concernées par des rencontres, des communications téléphoniques et des courriels. La réponse de l’Église est lapidaire : nous prions pour eux. La riposte de l’Église : une poursuite pour diffamation et calomnies devant un tribunal civil où le groupe est acquitté et une poursuite devant un tribunal canonique où l’action est jugée non-fondée.

Une commission inter-diocésaine

Devant l’ampleur du phénomène en Belgique et ailleurs dans le monde, l’Église belge consent à mettre sur pied une Commission inter-diocésaine pour le traitement des plaintes pour abus sexuels commis dans l’exercice de relations pastorales. L’objectif officiel : « Admettre la matérialité des faits et de reconnaître le mal causé aux victimes en est une première étape. Éviter dans toute la mesure du possible la répétition de pareils faits en est la seconde. » L’objectif inavoué est : « obtenir des victimes leur pardon à l’endroit de leurs agresseurs ». La commission est présidée par l’ancienne magistrate Godelieve Halsberghe et entre en fonction en 2001. Mais, des désaccords se multiplient avec l’épiscopat. La présidente, notamment, juge nécessaire d’aborder la question des indemnisations. L’épiscopat refuse énergiquement de s’engager sur cette voie. Halsberghe démissionne, la commission est dissoute. Mais 33 plaintes ont été reçues. L’Épiscopat doit trouver une façon de leur donner suite et la conjoncture a évolué.

Une autre commission de l’Église

La Commission pour le traitement des plaintes d’abus sexuels dans une relation pastorale est instituée en 2010 et présidée par un pédopsychiatre indépendant, Peter Adriaenssens. Le modèle de la commission doit s’inspirer de la commission réconciliation mise sur pied en Afrique du Sud après la fin de l’apartheid. Le 30 mars 2010, ses statuts sont finalisés. En une seule semaine, la commission reçoit 120 signalements. Parmi celles-ci, il y a celle d’un neveu d’un Évêque qui porte plainte contre son oncle : l’Évêque de Bruges Mgr Roger Vangheluwe démissionne le 23 avril. D’autres agressions seront imputées plus tard à cet évêque, dont une avec un autre neveu et une commise avec la complicité d’un curé.

Le nombre de plaintes et la gravité des faits sont tels que le Ministère de la justice n’en peut plus. Des perquisitions sont lancées pour saisir les dossiers de la commission le 24 juin. C’est l’opération « Calice ». Les commissaires démissionnent le 28 juin. La commission aura duré 8 semaines. En septembre 2010, le professeur Adriaenssens publie néanmoins un rapport. Selon lui, « c’est le dossier Dutroux de l’Église », 124 témoignages à l’appui. Trop c’est trop. Le gouvernement belge décide d’intervenir.

Une commission parlementaire spéciale

Le 28 octobre 2010, la Chambre des Représentants de Belgique convoque une commission parlementaire spéciale pour évaluer la situation et formuler des recommandations. Elle porte le nom de « Commission spéciale relative au traitement d’abus sexuels et de faits de pédophilie dans une relation d’autorité, en particulier au sein de l’Eglise ». Son rapport, publié en mars 2011 dressera un tableau étoffé de la situation et comptera 70 recommandations.

Un centre d’arbitrage

Parmi ces recommandations, il y a la mise sur pied d’un « Centre d’arbitrage en matière d’abus sexuels ». Après plusieurs mois de négociations et de réflexion, l’Église de Belgique accepte, en 2011, de participer à un mécanisme d’arbitrage qui permette enfin « aux victimes d’être reconnues dans leur statut, leurs souffrances, leur solitude et leur abandon ». Les victimes dont les faits sont prescrits pourront désormais obtenir « une réparation et le rétablissement dans leur dignité sous la forme d’une compensation financière, d’excuses, de reconnaissance de leur souffrance… ». De 2012 à 2017, Le centre a donné suite à 507 demandes. 3 millions d’euros ont été versés. La Suisse s’est inspirée de ce centre pour créer en 2016 une Commission Ecoute-Conciliation-Arbitrage-Réparation. L’Église a finalement mis en place une procédure de dénonciation de faits récents à la justice ou de collaboration avec des services d’aide à la jeunesse.

L’attitude de l’Église catholique romaine

Rik Devillé, prêtre catholique a témoigné devant la Commission spéciale. Selon lui, l’attitude de l’Église est « scandaleuse » en prenant pour preuve une lettre du Vatican où il est écrit : « Rome considère qu’il vaut mieux aller en prison que de dénoncer un prêtre ». Il en conclu’un « sentiment de supériorité s’est développé dans l’Église autour de la fonction de prêtre » et que pour l’Église, être « violé par un prêtre n’est pas la même chose que d’être violé par un boucher par exemple… L’idéologie catholique veut que le prêtre soit une personne unique en qui l’on doit avoir croyance et confiance. »

Un autre prêtre catholique, un américain, Thomas Doyle, est venu témoigné devant la Commission spéciale. Selon ses propos, rapportés dans le rapport de la Commission, il y a eu « un privilège de juridiction qui existait au Moyen-âge et qui prévoyait une justice à part pour le clergé. Si ce privilège n’est évidemment plus applicable aujourd’hui, l’attitude et les mentalités, qu’il a créées, perdurent chez les autorités catholiques. » Il ajoute : « Il existe de trop nombreux témoignages authentifiés de victimes ayant été sérieusement intimidées par les autorités ecclésiastiques, en vue de passer les faits sous silence, et que dès lors, même si le document (De delictis gravioribus) n’était pas connu, la culture du silence de l’Église travaillait et tendait vers le même objectif. » Selon un collectif de jeunes journalistes indépendants qui a publié un livre, Église, la mécanique du silence, « Rien n’a vraiment bougé jusqu’en 2016 » du côté de l’Église catholique.

La suite…

Si la situation a finit par se régulariser en Belgique, c’est loin d’être la cas ailleurs dans le monde. L’Église catholique a été ainsi le sujet d’étude de plusieurs commissions publiques d’enquête et elle a fait l’objet de poursuites criminelles et civiles un peu partout dans le monde catholique : Irlande, Pays-Bas, Australie, États-Unis, Suisse… Des centaines de religieux ont été écroués et condamnés. Selon les diverses études, rapports et sondages, on estime de 5 % à 10 % la proportion de clercs qui se seraient livrés à des agressions sexuelles à travers le monde. Le Vatican et le Pape lui-même font l’objet de poursuites judiciaires. Ainsi, La Cour européenne des Droits de l’Homme (CEDH) de Strasbourg, a jugé recevable la plainte de plusieurs dizaines de victimes belges pour abus sexuels commis au sein de l’Eglise. La procédure est une « action collective intentée à l’encontre des évêques de Belgique et du Saint-Siège ».

Au Québec, les victimes ont pour recours… leurs avocats qui affrontent les avocats de l’Église.