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Œcuménisme : Les temps ont changé

N.D.L.R. À l’occasion de la fin de l’année jubilaire du 500e de la Réforme, voici un texte rédigé par le rédacteur en chef de la revue Notre-Dame-du-Cap. Le texte a été lu le 31 octobre 2017 lors d’une veillée de prière œcuménique au Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap soulignant cet anniversaire de la Réforme protestante.
OecumenismeBeaucoup de catholiques ici au Québec m’ont confié avoir connu une époque où il ne fallait pas parler aux protestants et où il était préférable de traverser la rue plutôt que de passer près de l’église protestante ou anglicane de leur quartier. Une fois, une vieille dame protestante d’origine suisse s’étonnait qu’une catholique d’ici ne cesse de lui dire :

« Finalement, vous êtes gentille. »
« Pourquoi me dit-elle toujours ça ? »

C’est plus tard qu’elle a compris que cette dame catholique avait appris que les protestants étaient du méchant monde, d’où sa surprise de faire connaissance avec une protestante qui soit gentille.

Jusqu’au Concile de Vatican II, il était interdit à des prêtres et à des théologiens catholiques de participer à des rencontres avec des pasteurs et des théologiens protestants. Et s’ils devaient absolument être présents à une cérémonie religieuse non catholique, les prêtres devaient y assister de façon passive, sans participer.

Le pape Pie XI avait même condamné l’œcuménisme dans une encyclique en 1928 ; comme le résume dans son dernier livre le théologien catholique québécois Gregory Baum, décédé récemment : « si les non-catholiques voulaient vraiment l’unité des chrétiens, ils n’avaient qu’à réintégrer l’Église de Rome et à commencer à obéir au Pape ».

Du côté protestant, l’anti-catholicisme a existé pendant longtemps et il existe encore dans certaines Églises, il faut le reconnaître. On se rappelle Charles Chiniquy, un prêtre devenu pasteur protestant après avoir quitté l’Église catholique avec fracas au XIXe siècle ; anticatholique virulent, il a écrit deux livres aux titres très évocateurs : « Cinquante ans dans l’Église de Rome » et « Quarante ans dans l’Église du Christ ».

À Lisbonne où j’étais en vacances il y a quelques jours, je visitais une église anglicane, et sur les murs, j’ai vu des plaques de pierre dans lesquelles étaient gravés les noms de membres illustres de cette paroisse qui avaient « abjuré le romanisme » pour embrasser la vraie foi. Le catholicisme ou le romanisme, ce n’était pas du christianisme, les catholiques n’étaient pas vus comme de vrais chrétiens. Ici même, des journaux franco-protestants se faisaient reprocher couramment de ne pas dénoncer avec assez de vigueur les erreurs catholiques. Bref, on le sait : à une époque pas si lointaine, les catholiques et les protestants se voyaient bien souvent comme des concurrents, des rivaux, voire des adversaires.

Arrive le Concile Vatican II. Par le décret Unitatis redintegratio (restauration de l’unité) de 1964, l’Église catholique décide de participer désormais au mouvement œcuménique, dans lequel elle reconnaît l’œuvre de l’Esprit Saint. Les non-catholiques sont maintenant vus comme des frères et des sœurs dans le Christ.

Ici au Canada, une entente signée en 1975 par les Églises anglicane, unie, presbytérienne, luthérienne et catholique romaine reconnaît la validité des baptêmes célébrés dans chacune de ces Églises. Car, contrairement à ce qu’on pense souvent, on n’est jamais baptisés catholiques, ou anglicans, ou protestants. On est baptisés en Christ, point.

En 1999, l’Église catholique et les luthériens signent une Déclaration commune sur la doctrine de la justification ; c’est cette question de la justification, du salut, qui avait été à l’origine de la Réforme protestante. Par la suite, les méthodistes ont signé cette Déclaration commune en 2006, les réformés en 2017 (l’été dernier à Wittenberg), et, le 31 octobre 2017, l’archevêque de Canterbury a annoncé que la Communion anglicane y adhère aussi. Les confessions chrétiennes signataires reconnaissent que les condamnations réciproques du XVIe siècle à ce sujet n’ont plus lieu d’être.

Et quand est venu le temps, en octobre 2016, de lancer l’année de commémoration des 500 ans de la Réforme, c’est sans hésiter que le pape François s’est rendu en Suède, à l’invitation de l’Église luthérienne de ce pays, pour faire en sorte que la commémoration soit commune et non pas une fête entre protestants. Le pape y a vu « l’occasion de réparer un moment crucial de notre histoire, en surmontant les controverses et les malentendus qui souvent nous ont empêchés de nous comprendre les uns les autres. » Quelques mois plus tard, en mars 2017, le Vatican organisait à Rome un colloque d’historiens sur Martin Luther, chose impensable il y a quelques années à peine. À cette occasion, le pape a déclaré :

« Aujourd’hui, en tant que chrétiens, nous sommes tous appelés à nous libérer de préjugés envers la foi que les autres professent avec un accent et un langage différents, à nous échanger mutuellement le pardon pour les fautes commises par nos pères et à invoquer ensemble de Dieu le don de la réconciliation et de l’unité. »

Je crois qu’il nous faut cesser de parler de « religion » catholique et de « religion » protestante, ou anglicane, comme s’il s’agissait là de religions différentes. Nous appartenons à des Églises différentes, mais sommes de la même religion : nous sommes tous chrétiens. Notre identité chrétienne est première, elle doit passer avant nos appartenances confessionnelles. Nos différences, parfois grandes, doivent néanmoins peser moins lourd dans la balance que notre foi commune en Jésus Christ. « Un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême », peut-on lire dans la lettre aux Éphésiens.
Nous avons aussi un but commun : nous sommes tous appelés à être des disciples missionnaires pour faire connaître Christ et son Évangile libérateur. Dans l’état où se trouve le christianisme chez nous, nos Églises ont tout intérêt à travailler ensemble plutôt qu’à être en concurrence les unes avec les autres. Travailler ensemble, elles le font déjà au sein d’organismes comme l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT), Kairos Canada, le Réseau œcuménique justice et paix (ROJeP), le réseau des Églises vertes, le Conseil canadien des Églises, et j’en passe.

Quand on se bat entre chrétiens, nous sommes tous plus faibles.

Mais je ne crois pas qu’il faille penser l’unité des Chrétiens en termes de structure. Ça me semble très hypothétique de penser que tous les chrétiens seront un jour regroupés au sein d’une seule et même Église-institution. Voyons plutôt l’unité des Chrétiens comme une communion dans la différence.

500 ans après la publication des 95 thèses de Martin Luther, événement qui a changé le cours de l’histoire, nous ne fêtons pas un divorce ou un schisme. Nous célébrons la fin des antagonismes, le fait que nous n’avons pas besoin d’être d’accord sur tout pour être ensemble, pour travailler ensemble à rendre ce monde meilleur, ce monde si beau que Dieu nous a confié.

Nous célébrons le fait que c’est un protestant, l’architecte Henri-Jacques Espérandieu, qui a réalisé sous l’épiscopat de Mgr Eugène de Mazenod les deux grandes basiliques de Marseille consacrées à Marie, soit la cathédrale de La Major et Notre-Dame-de-la Garde, la « Bonne Mère » qui veille sur la ville et sur son port du haut de sa colline. Nous célébrons le fait que la responsable des relations avec les médias d’une grande Église protestante canadienne est catholique et qu’un magazine catholique (revue Notre-Dame-du-Cap) peut avoir un rédacteur en chef protestant.

Nous célébrons le fait que l’évêque anglican de Québec et l’archevêque catholique de Québec logent sous le même toit, à l’invitation de ce dernier. Nous célébrons le fait que le grand concert de musique protestante du 500e de la Réforme qui a eu lieu cet automne au Palais Montcalm à Québec a été commandité par le Diocèse catholique de Québec. Nous célébrons le fait qu’un sanctuaire catholique et marial souligne, dans une veillée de prière, les 500 ans de la Réforme protestante.

Nous célébrons le fait que nos Églises sont en dialogue et nous demandons pardon à Dieu pour nos fautes, nos querelles, nos divisions qui nous empêchent encore trop souvent d’être UN dans le Christ. Car l’unité n’est pas un choix, c’est un impératif :

« Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. » (Jean 17,21)

Oui, les temps ont bien changé. Heureusement. Et nous t’en rendons grâce, Seigneur.

François inaugure le 500e anniversaire de la réforme Luthérienne

Oecuménisme À la grande surprise de la Fédération luthérienne mondiale, le pape catholique François a répondu à son invitation de se rendre en Suède le 31 octobre 2016 pour inaugurer l’année du 500e anniversaire de la réforme Luthérienne. C’est la deuxième visite d’un pape en cinq siècles en Suède après celle de Jean-Paul II en 1989. La visite a commencé à Lund, le 31 octobre, date à laquelle le moine Martin Luther affichait ses 95 thèses sur la porte de l’église du château de Wittenberg (Saxe). Cette année, les efforts œcuméniques de François ont porté tant du côté des Protestants que de celui des Catholiques Orthodoxes. Par ailleurs, la Jeunesse étudiante chrétienne française rappelle qu’il reste beaucoup à faire à l’échelle des fidèles.

Porté par la Renaissance et scandalisé par la commercialisation des indulgences, le moine augustin Luther, constatant la décadence de l’Église, demande à débattre de plusieurs questions théologiques. Alimentés par la diffusion de la bible grâce à l’imprimerie de Gutenberg en 1450 et par des frasques sexuelle de papes particulièrement imaginatifs en la matière, les écrits de Luther devinrent vite populaires. Les fidèles constatèrent les écarts d’interprétation que faisait l’Église des Évangiles. D’autres réformes « protestantes » se sont ajoutées par la suite : Calviniste, Anglicane, etc. Profitant de la faiblesse de l’Église François 1er, roi de France, conclue de sont côté le Concordat de Bologne en 1516 qui accordera au roi la gestion de l’Église en France laissant au Pape les questions doctrinales. Ce sera le gallicanisme. L’Église catholique ripostera par une contre réforme que définira le Concile de Trente et qui se termine en 1563. Réformes et contre-réforme provoqueront des guerres de religion dont un des temps forts sera le massacre des Protestants le jour de la Saint-Barthélemy à Paris en 1572. Cette année-là, la chasse aux Huguenots fera plus de 10 000 morts. L’Édit de Nantes, proclamé en 1598, temporisera.

Aujourd’hui, la Suède se sécularise. La confession Luthérienne, avec 6,5 millions de fidèles perd des membres alors que les Catholiques, 115 000 fidèles, en gagnent grâce à l’immigration en provenance notamment du Moyen-Orient. Lena Sjöstrand, pasteure constate une volonté de rapprochement entre Chrétiens suédois, mais, dit-elle, « La place des femmes dans l’Église et le célibat figurent parmi les points qui nous séparent encore. Et puis le fait de ne pas pouvoir célébrer l’eucharistie ensemble reste douloureux ». Le Révérend Martin Junge, Secrétaire général de la Fédération luthérienne mondiale, a confié pour sa part dans une entrevue accordée à cath.ch  qu’il « y a trois grands obstacles à l’unité : la compréhension du ministère, celle de l’Église et enfin celle de l’Eucharistie. Ne pas pouvoir s’approcher de la table ensemble est la fracture la plus visible. Même si nous n’avons pas encore de solution, nous avons clairement inscrit cet objectif dans notre déclaration commune. »

Mais, toujours selon Martin Junge, il y a plus de chose en commun entre Chrétiens que de facteurs de division. Selon lui, la démarche œcuménique donne des fruits comme la signature d’une collaboration entre Caritas Internationalis et World Service ( l’organisme luthérien de charité). D’autres gestes de rapprochements ont été posés comme la Déclaration conjointe sur la doctrine de la justification en 1999 et en 2013, le rapport Du conflit à la communion.

Depuis Vatican II, l’Église Catholique a intensifié une démarche œcuménique et François a été particulièrement actif au cours de l’année 2016 riche en rencontres avec les autres Églises, notamment avec le patriarche Kirill de Moscou à Cuba ou avec le patriarche de Constantinople, Bartholomée.

Les démarches œcuméniques entreprises avec l’Église orthodoxe sont plus laborieuses. La chute du rideau de fer dans les années 1980 a refroidi les ardeurs des Églises d’Europe de l’Est qui s’étaient pourtant montrées empressées lorsqu’au début des années 1960. « Le patriarche Athénagoras lançait le processus conciliaire dans un contexte d’ouverture et de rapprochement avec Rome, l’œcuménisme avait le vent en poupe chez les orthodoxes. » comme le soulignait Hyacinthe Destivelle, dominicain spécialiste de l’œcuménisme et membre du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens au Vatican au journal La Croix. Pour certains évêques orthodoxes, le dialogue en soi est une « hérésie ».

Les Catholiques romains se sont séparés des catholiques orthodoxes lors du Grand schisme d’Orient en 1054.  Les motifs de discorde étaient la reconnaissance du Pape comme chef de la Chrétienté, une question théologique et des différends liturgiques et disciplinaires. La question théologique était la présence « et du Fils » dans « Je crois en l’Esprit-Saint qui procède du Père et du Fils » dans le Credo. Les questions liturgiques étaient, par exemple, le jeûne du samedi ou la suppression de l’Alléluia en carême que ne pratiquaient pas les Orthodoxes. Quant aux questions disciplinaires, il y avaient notamment le mariage des prêtres. En 1054, le schisme a été consommé lorsque le Pape a excommunié le patriarche de Constantinople et que ce dernier a promulgué un édit condamnant les légats du Pape.

Pourtant, le pape François rappelle à qui veux l’entendre que ce qu’il qualifie « l’œcuménisme du sang » est celui des ennemis du Christianisme qui n’hésitent pas à déporter, à torturer et à massacrer sans faire de différences entres Protestants et Catholiques, entre Luthériens et Catholique Orthodoxes : pour eux, ce sont tous des Chrétiens.

Les Papous n’ont pas attendus eux. Catholiques à 27 % et Protestants à 69 %, les Églises chrétiennes se se sont réunies dernièrement pour déterminer un plan d’action contre la chasse aux sorciers, toujours pratiquée dans le pays. C’est d’ailleurs, entre autres, cet esprit qu’a voulu saluer le Pape en annonçant la nomination du Papou John Ribat au titre de Cardinal le 19 novembre 2016.

Pour la Jeunesse étudiante chrétienne de France, il reste beaucoup à faire. D’abord, il faut distinguer œcuménisme et dialogue inter-religieux. Le premier concerne les Chrétiens. Le deuxième concerne les relations entre les religions. Elle souhaite plus de contacts avec les autres religions à l’échelle des fidèles. Ainsi, elle propose le partage du temple avec les Protestants et les Musulmans par l’aménagement des horaires. Ce serait une façon de concrétiser ce rapprochement. Elles proposent aussi la célébration d’offices inter-religieux sur une base régulière. Après tout, dans nos sociétés sécularisées et pluralistes, avons-nous vraiment le choix de faire autrement ?

Colloque – FMTL MONTRÉAL 2016

Un autre monde est nécessaire, ensemble il devient possible


Le FMTL est un espace œcuménique, dialogal et pluriel visant à stimuler la création de spiritualités et de théologies contextuelles à perspective libératrice à propos d’enjeux cruciaux de notre temps. Pour sa 7è édition, ce prochain FMTL se tiendra à Montréal du 8 au 13 août 2016. C’est la première fois que le FMTL se déroulera dans l’Hémisphère Nord. Cette édition est organisé par le Réseau œcuménique Justice, écologie et paix (ROJEP), par un Comité élargi de membres de divers organismes québécois, et par le Secrétariat général du FMTL établi à Porto Alegre (Brésil), lieu du premier FMTL tenu en 2005.

S’inscrivant dans le Forum social mondial, le FMTL en partage le même thème : « Un autre monde est nécessaire, ensemble il devient possible ». Il le déclinera en huit axes qui constituent des points de repères pour vos contributions :

  1. Les Autochtones, entre marginalisation et retour en force ;
  2. Le défi de l’espérance face à la crise écologique ;
  3. Lutte contre la militarisation et construction de la paix ;
  4. Terres, territoires, dépossessions et mobilisations ;
  5. Migrations, pluralisme, constructions identitaires et dialogue interreligieux ;
  6. Le féminisme, la question du genre et l’intersectionnalité des oppressions ;
  7. Économie et dépassement de l’homo economicus ;
  8. Décolonialisme: à la rencontre des épistémologies autochtones et du Sud.

Voilà autant de points d’ancrage de notre créativité pour concrétiser le monde transformé que nous visons. Le programme du FMTL sera réparti entre un forum théologique propre qui se tiendra pendant deux jours (lundi 8 août et samedi 13 août), et, entre ces deux dates, des ateliers autogérés à même la programmation du Forum social mondial.

Consultation – Montréal vert

Montréal vertUne consultation publique faite par l’Office de consultation publique de Montréal est actuellement en cours en vue de définir un Montréal Vert. Le pasteur David Fines, de l’Église unie du Canada, propose un mémoire qui s’inspire d’une perspective chrétienne. Il est disponible en pièce-jointe et fait 4 pages.

Les autres mémoires sont accessibles sur le site Coalition climat Montréal.

Tous sont invités à transmettre leur opinion lors de cette consultation publique, en tant que groupe, organisme ou individu. Des organismes tels Églises Vertes, Développement. et Paix et Terre sacrée ont endossé le mémoire, mais on peut signer aussi une pétition comme individu.

Une trentaine de mémoires de différentes provenances sera présentée formellement à l’office qui est une organisme consultatif de la Ville de Montréal le 3 mars 2016. Cette expression populaire vise à convaincre la Ville à prendre des mesures concrètes et audacieuses pour assurer un équilibre des gaz à effet de serres dans la ville d’ici 2042.