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Changer les religions

Les religions et en particulier les grandes religions occidentales affichent une image dictée par leurs extrémistes. C’est notamment le cas pour le Catholicisme, le Judaïsme et l’Islam. Les extrémistes de deux dernières religions sont d’ailleurs les protagonistes de guerres confessionnelles. Pourtant certains de leurs ministres, humblement, tentent de réformer leur religion afin de la rendre plus moderne et plus ouverte. Un documentaire québécois d’une heure en fait un portrait. À une plus grande échelle, un réseau mondial s’est constitué à l’occasion du 50e anniversaire du Concile Vatican II. Il s’est donné pour mission de susciter des réflexions et de faire des propositions  sur les réformes à entreprendre dans l’Église catholique. Voici ces démarches.

Ma foiThomas Rinfret, après une carrière éclectique en ski professionnel, s’est orienté en production cinématographique. Après avoir produit avec succès des films sur le ski extrême, il est désormais réalisateur à Télé-Québec. Âgé de près 35 ans, père d’un jeune enfant, Rinfret s’est interrogé sur la pertinence de faire baptiser son fils.

C’est cette question qui lui a inspiré le documentaire Ma Foi présenté en décembre 2016 à Télé-Québec. Il nous présente sa quête faite auprès d’un prêtre catholique, Pierre-Gervais Majeau, incidemment membre du Réseau des Forums André-Naud, de deux Imans,  dont un homosexuel et un… skieur et enfin, une Rabbin. Tous ces ministres religieux travaillent à réformer leur religion afin de les mettre à jour avec les exigences de nos sociétés contemporaines et afin de corriger l’image négative que ces religions transmettent dans l’opinion. Par ailleurs, un spécialiste présente des données factuelles sur l’État de ces religions.

Le documentaire permet ainsi de mieux comprendre l’état d’esprit avec lequel les Québécois nés après 1960 appréhendent la religion. Il donne aussi un aperçu des efforts déployés actuellement pour combler le retard qu’on pris les religions.

Par ailleurs, le Réseau conseil mondial s’est constitué à l’occasion du 50e anniversaire de Vatican II lors d’une rencontre qui s’est déroulé à Rome du 20 au 22 novembre 2015. Environ 100 délégués venant de 28 pays répartis dans les 5 continents se sont réunis pour entamer une démarche visant à réformer l’église catholique selon deux perspectives :

  1. la manière d’être de l’Église ( le peuple, y compris la hiérarchie ), son fonctionnement et son organisation afin de l’ améliorer, de sorte qu’elle soit au 21eme siècle ce qu’elle dit être ,
  2. le dire et le faire de l’Église afin de permettre à ses membres d’éclairer, avec l’Esprit de Jésus, notre monde en constante évolution, et de contribuer à sa transformation en un monde de paix, de justice sociale et économique, de solidarité, un monde luttant contre la pauvreté dans lequel chaque homme et chaque femme puisse se développer dans toutes les dimensions de son être.

Réseau conseil mondialInitié par le Réseau Européen Églises et Libertés et le Mouvement International Nous Sommes Eglise, le réseau est constitué et appuyé par des organisations comme le Réseau des Parvis de France, le Catholic Church Reform International (CCRI), le  Movimento Fé e Política brésilien ou le Réseau des Anciens Jecistes d’Afrique (RAJA) d’Afrique qui font partie des nombreuses organisations qui appuient la déclaration Council 50 adoptée à l’occasion de la réunion de Rome. La déclaration comporte des engagements des membres selon les perspectives évoquées plu tôt et sur différents thèmes :

  1. Dans le monde
    1. Paix et guerre
    2. Justice économique et sociale
    3. Environnement et développement durable
    4. Genre, sexualité et famille
  2. Dans l’Église
    1. Ministères et égalité entre les femmes et les hommes
    2. Communautés ecclésiales de base
    3. Dialogue au sein de l’Église et avec le mond
    4. Église des pauvres

Le réseau s’est donné un plan d’action qui vise notamment à identifier les réformes nécessaires et à tenir des « Synodes du peuples de Dieu ». Le premier Synode est prévu pour 2018 et devrait se tenir à Brasilia, Brésil. Les sujets traités par ce Synode devraient être :

  • mettre l’accent sur les insuffisances de la manière d’être et de l’organisation actuelle de notre Église;
  • présenter des alternatives à la lumière du Concile Vatican II, de l’Évangile, et des résultats des approches théologiques, y compris de la théologie de la libération;
  • exprimer une vision, fondée sur le message de Jésus, qui soit capable d’inspirer le monde entier pour la justice sociale et économique, la solidarité, les droits humains, la préservation de notre planète et de la paix.
  • restaurer l’espoir que l’esprit d’ouverture exprimé il y a plus de 50 ans dans les documents du Concile, ainsi que dans les écrits, les paroles et la pratique de notre pape François.

Il y a là une immense tâche à accomplir. Et il reste à savoir si cela suffira pour répondre aux besoins de celui qui est en quête de Foi.

Suggestions pour renouveler et revivifier l’église

Le credo
N.D.L.R. Dans sa réflexion, le Forum André-Naud explore les avenues qui permettraient de reconstruire l’Église québécoise. Voici des suggestions formulées par un membre du Forum de Montréal qui sont alimentées par les discussions en cours. Jean Desrochers est un père de la congrégation de Sainte-Croix. Il a notamment été missionnaire en Inde.

Les mesures suivantes doivent évidemment être discutées, élaborées et précisées dans nos réunions. Comme les membres du FAN de Montréal connaissent mieux que moi ce qui se passe au Québec et au Canada, il serait intéressant de savoir si vous connaissez divers efforts et expériences pour mettre en œuvre de près ou de loin les suggestions 1 que je fais.

  1. Implication sociale
    Il y est nécessaire pour l’Église et ses membres de s’impliquer activement dans les problèmes sociaux et ainsi, de développer et faire connaître sa doctrine sociale, encore trop embryonnaire et qui est un secret bien gardé. C’est un secteur privilégié pour dialoguer et collaborer avec tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté. C’est aussi un des impératifs les plus urgents et prophétiques pour répondre aux besoins et aux aspirations de notre temps. C’est probablement une approche mieux perçue par plusieurs jeunes et penseurs. Comme le mentionnait le Pape Jean XXIII 2, ce qui a été fait en ce domaine n’est presque rien en comparaison avec ce qui reste à faire. Pour cela, trois types inter-reliés d’initiatives et d’engagements sont requis:

    1. L’Église doit collaborer avec toutes les personnes de bonne volonté à travers le monde pour élaborer des enseignements sociaux pertinents 3. Des principes et des solutions appropriés seront ainsi être développés sur des questions importantes dans les domaines écologiques, socio-économiques, politiques, culturels et religieux.
    2. Il faut donc former des groupes de réflexion et des groupes de travail  à cet effet à différents niveaux.
    3. Des mouvements sociaux doivent aussi être organisés pour s’engager dans des tâches et projets bien concrets. Il est nécessaire et urgent de mettre en oeuvre un plan d’action !
  2. Décentralisation, diversification, inculturation et féminisation de l’Église. L’enseignement dogmatique et éthique de l’Église occidentale, ainsi que sa liturgie et son droit canonique, sont trop centralisés et uniformes pour répondre adéquatement aux aspirations et aux besoins majeurs du monde actuel. Ce manque de diversité et de flexibilité nuit énormément à la vie chrétienne à travers le monde. Elle réduit aussi, de façon catastrophique, la capacité de l’Église de dialoguer et de collaborer avec les femmes et les hommes de bonne volonté pour transformer le monde dans l’esprit de l’Évangile. L’Église doit donc devenir plus multiforme, diversifiée, et participative afin de mieux remplir sa mission dans les Églises et les cultures particulières.Plusieurs changements de mentalité et de législation sont nécessaires dans l’Église, par exemple pour effectivement mettre en pratique certains enseignements du Pape François (ex. : sur la fréquentation des sacrements par les divorcés remariés) et du Message des Évêques Canadiens de janvier 2016. Notre FAN pourrait réfléchir sur ce sujet et souligner certaines mesures pratiques. Chaque diocèse, et si possible chaque paroisse , devraient organiser un plan pastoral à différents volets, c’est-à-dire répondant de façon appropriée aux besoins de divers groupes de chrétiens et chrétiennes : les pratiquants réguliers, les non-pratiquants, les chrétiens instruits qui remettent plusieurs éléments de leur foi en question, les personnes sans connaissance religieuse et celles et ceux qui sont attirés par diverses sectes et religions.Chaque diocèse et paroisse devraient aussi offrir régulièrement un autre modèle de célébrations eucharistiques (ex.: dans une atmosphère plus familiale et « domestique », plus spontanée et participative) pour ceux et celles qui le désirent.
  3. Identité chrétienne
    De plus il est probablement impératif de redéfinir l’identité chrétienne, surtout dans le monde occidental. Dans le passé, cette identité était généralement exprimée par la prière familiale et communautaire, la fréquentation des sacrements, l’ensemble des « pratiques religieuses » , la profession du credo, et l’acceptation de certains principes éthiques. Dans ce contexte, la connaissance de Jésus et de l’Évangile était généralement présupposée. Cela demeure-t-il suffisant dans le monde actuel ? Cette identité ne doit-elle pas être repensée et révisée, transformée et expliquée, de nos jours ?

    1. Comme nous y avons fait allusion plus tôt, les responsabilités et les obligations sociales des chrétiens (et de tous les êtres humains !) dans les domaines de la protection de l’environnement, de l’écologie, de la consommation et du style de vie, de la justice sociale, de l’abolition de la pauvreté, du partage des richesses et du pouvoir, des droits humains, de la lutte contre les guerres et les armements, de la corruption et de la discrimination et pour une véritable solidarité, etc.  doivent être précisées et renforcées de diverses façons pour répondre aux besoins actuels.
    2. Comment la vie chrétienne peut-elle prendre racine, se perpétuer, se développer ? Comment peut-elle s’exprimer « communautairement » dans la société actuelle ? Une « connaissance fondamentale de Jésus et de l’Évangile » et même une « certaine expérience de Jésus dans la prière » ne sont plus généralement transmises dans de nombreuses et peut-être la plupart des familles, du moins dans les pays occidentaux… Comment assurer ce qui semble une « base essentielle pour être chrétien » quand elle n’existe pas ? Quelle sorte de catéchèse parait requise dans de telles circonstances ? Certaines mesures majeures ne devraient-elles pas être fortement encouragées et mises en pratique pour y arriver (ex.: un accompagnement prolongé, un programme substantiel de conférences, des lectures et des échanges communautaires, des périodes importantes de prière personnelle ou un partage dans des « communautés de base », des stages parmi des croyants, etc.) ? De telles mesures et expériences existent-elles en certains endroits ? Devraient-elles être généralisées ou même rendues obligatoires ?
      Au terme de cet approfondissement, certains engagements concrets ne devraient-ils pas être faits ? Cela ne serait-il pas une adaptation pertinente de la confirmation, une mise en œuvre des promesses baptismales ? Que pensez-vous de cette mesure ? Quels seraient les éléments essentiels de ces engagements ?
    3. Une certaine « dimension communautaire » n’est-elle pas requise dans la vie chrétienne ? Dans cette perspective, comment envisagez-vous la « pratique régulière » de notre vie chrétienne ? L’Église devrait-elle officiellement maintenir l’obligation à la messe dominicale ? Ne devrait-elle pas plutôt offrir une multiplicité de choix à ses fidèles ?
      Par exemple:

      1. La participation à l’eucharistie dominicale pour ceux et celles qui préfèrent cette option ;
      2. Le remplacement de cette option par quelques autres pratiques, libres ou obligatoires, notamment :
        1. 5-6 célébrations eucharistiques par an, incluant Pâque et Noël, et quelques éléments de b et c;
        2. Certaines prières ou lectures personnelles ou familiales, plus ou moins fréquentes ;
        3. Des « échanges et partages de vie et de foi » dans une « communauté de base » se réunissant environ 10 fois par année pour réfléchir à leur foi et à leurs engagements. D’autres possibilités pourraient aussi être incluses…

      L’Église ne devrait-elle pas aussi repenser et réorganiser profondément l’usage et la célébration des différents sacrements dans les diverses circonstances actuelles : le baptême, la confirmation, l’eucharistie, la pénitence-réconciliation, l’onction des malades, le mariage et l’ordre ?

      Que pensez-vous de ces suggestions ? (Quels changements ou additions aimeriez-vous y apporter ?) Ne permettent-elles pas une plus grande diversité répondant à différents besoins et aspirations ? Ne permettent-elles pas de reconnaître les éléments positifs d’une « religion et spiritualité à la carte » ?

    4. Une question spécifique demeure : la reformulation et l’expression de notre foi. Sans nier l’importance de la continuité avec la tradition, les chrétiens et les chrétiennes d’aujourd’hui ne devraient-ils pas apprendre à exprimer l’essentiel de leur foi (dans leurs Églises régionales, diocésaines et locales) d’une façon plus significative et pertinente ? Est-ce le cas présentement ? Les « credos » utilisés dans l’Église actuelle répondent-ils aux aspirations et besoins contemporains ? Comment réfléchir à ces credos, et à leurs diverses affirmations, et les ré-exprimer dans des perspectives et mots adaptés à notre temps ? Quelles ressources peuvent être utilisées pour le faire dans un contexte ouvert et non-polémique ? Comment revivifier et actualiser notre foi, et mieux la « comprendre », la pratiquer et l’exprimer ? Dans les évangiles, développer sa foi se fait en « devenant disciple de Jésus », « cheminant avec lui » et « vivant avec lui ». Comment réintégrer cette approche ?Les divers catéchismes catholiques contiennent sans doute beaucoup d’information sur le contenu des professions de foi. Et il y a tellement de publications sur la foi ! Mais la foi demeure une question particulièrement pertinente dans notre monde sécularisé. Nos communautés et nos célébrations chrétiennes nous aident-elles vraiment à vivre notre foi en profondeur ? Nous aident-elles vraiment à intérioriser et personnaliser notre foi ? Quelles mesures devons-nous prendre pour remédier cette situation ?

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1
 Mes suggestions énumèrent certaines mesures que j’espère pertinentes et même nécessaires pour revivifier l’Église actuelle à différents niveaux, surtout dans le monde occidental. Nos perspectives ne doivent pas en effet être étroites, car le renouveau des Églises régionales, diocésaines et locales ne peut se faire sans tenir compte de l’enseignement et la législation de l’Église universelle.

2 Mater et Magistra

3 Voir Paul VI, Octogesima Adveniens, 1971, no 4.

4 Voir Paul VI, Populorum Progressio, 1967, no 81, et OA, op. cit., no 48

5 Mentionnons deux écrits à ce sujet. En Mai 2013, la revue Prêtre et Pasteur a publié 6 articles sur « Le Crédo dans tous ses états ». Dans un de ces articles intitulé « Une hiérarchie des dogmes ? », P. Léger remarque que, « dans l’expérience de foi des apôtres, on peut clairement identifier des progrès, des reculs, des hésitations, de réelles incompréhensions » (p. 274). Les chrétiens contemporains ne vivent-ils pas des expériences assez semblables ? Comment tenir compte de telles réalités dans nos réflexions et les expressions de notre foi ? Dans son livre, « Ce que je crois, en quête d’un Dieu digne de foi » (Bellarmin, 2002), Joan Chittister réfléchit sur le sens des différentes affirmations du « credo ».

Un Québécois sur les traces de Foucauld

N.D.L.R. Jean-Pierre Langlois, membre du Forum André Naud, prêtre, est parti cet automne pour 3 ans en mission à Tamanrasset, au sud de l’Algérie et à la porte du Sahara. Tamanrasset est l’endroit où Charles de Foucauld est mort le premier décembre 1916, il y a maintenant un siècle. Jean-Pierre Langlois a transmis cette correspondance.

Le mystère d’une présence amoureuse

Quel étrange titre pour parler du sens et de la mission de l’Église du Sahara algérien !! Mais je crois qu’à la réflexion, il dit bien l’enjeu et la raison d’être de cette Église à la fois gigantesque et minuscule où je commence à m’insérer.

Tout seul, je n’aurais su transmettre une réflexion articulée. Il s’agit d’un phénomène étonnant pour un nord-américain. Encore que les grands espaces nordiques, les diocèses des vastes territoires arctiques, en facilitent peut-être pour le rapprochement.

Pour tenter de bien rendre compte de ce « mystère », je résume pour vous la pensée de Mgr Claude Rault, notre évêque du Sahara, telle que je l’ai retenue à partir de son livre publié aux Éditions Desclée de Brouwer (DDB) en 2008 : Désert, ma cathédrale, en son chapitre 5 : « Dans le vent de sable et le souffle de l’Esprit ».

Un diocèse immense …et minuscule

Le diocèse est étendu en superficie : 2 millions de km². Sa population est aussi importante : l’évaluation de 2008 faisait écrire à l’évêque environ 3 500 000 habitants. Cela n’a sûrement pas diminué depuis cette époque, au contraire. Mais une Église locale composée d’une centaine de chrétiens et chrétiennes, disséminés en onze points de présence au sein de la population d’une telle région.

Jean-Pierre Langlois
Le tee-shirt orange à droite, c’est… moi

À l’assemblée diocésaine d’octobre 2016, à Ghardaïa, siège diocésain, nous étions un peu moins d’une soixantaine, sur les soixante-quinze que nous sommes maintenant. Des Algériens ? Quelques individus, la plupart du temps discrets, souvent de passage ou sur place pour un certain temps. Des étrangers ? Presque tous les agents de pastorale, prêtres, religieux et religieuses, laïcs engagés. Surtout d’origine française, mais de plus en plus venant de pays africains au sud du Sahara (Burkina Faso, Cameroun, et même Madagascar). Quelques personnes aussi venues de l’Inde, du Vietnam, d’Espagne, de Pologne, de Belgique ou d’Italie… (et récemment du Canada). Je peux en oublier, mais cela donne une idée de la diversité des mentalités, des cultures et des sensibilités.

Se pose alors la question : mais pourquoi se faire présents dans une Église « locale » ainsi constituée, alors que la population algérienne en est cruellement absente ? À quoi bon ?

Disons d’abord qu’une Église diocésaine, c’est plus qu’un territoire, c’est une communauté vivante, un « corps » qui a une âme. Ici, il est patent, évident si vous préférez, que l’Église n’existe pas pour elle-même, mais pour le monde où elle est insérée. Une Église pour tous et toutes, chrétiens, musulmans, croyants ou non, hommes et femmes, migrants et résidents. On ne peut séparer notre communauté du peuple où elle vit. Le peuple algérien est notre raison d’être et de vivre. Ce peuple donne un sens à notre mission d’Église.

Je cite Mgr Claude Rault : « Si nous sommes ici depuis plus d’un siècle, ce n’est pas comme un reliquat colonial en voie de disparition, c’est à cause des nombreux liens d’amitié et de solidarité qui se sont noués dans le temps, sous le regard et la protection de ce Dieu qui est Celui de tous, et dont personne ne peut revendiquer la propriété. Au fond notre présence ici est une histoire d’amour. Rien de plus. » (pp. 152-153)

Il écrit bien, mon évêque du Sahara, non ?!

Le désert, une terre d’accueil et même d’enracinement

Dans ce désert contrasté (plateaux, dunes, oasis, montagnes rocailleuses ou volcaniques, dépressions, etc.), la population s’est regroupée essentiellement autour des points d’eau, les oasis. Ils sont devenus de plus en plus des centres urbains, avec leurs banlieues, leurs problèmes d’urbanisme, de protection de l’environnement.

Des écoles primaires et secondaires ont poussé partout. L’État algérien investit beaucoup dans l’éducation gratuite de sa jeunesse, de même que dans les services hospitaliers accessibles à tous. Heureusement, la rente pétrolière est encore assez fructueuse pour faire face à l’augmentation de la population. Mais demain…

Les oasis sont maintenant constituées de populations mêlées, métissées. Tamanrasset en est un bel exemple. Du petit village touareg il y a cent ans, à l’époque de Frère Charles de Foucauld, nous en sommes maintenant au-dessus des 120 000 habitants, ville de refuge et d’accueil de personnes venant de Kabylie, des hauts plateaux du désert, point de transit de migrants du sud du Sahara.

Les structures traditionnelles ne sont pas encore effritées, mais la mondialisation est à l’œuvre. La vie familiale n’est pas trop éclatée, en comparaison avec les grandes villes de la côte méditerranéenne. La famille élargie reste encore un pôle de référence et de solidarité. Mais pour combien de temps encore ?

Le désert est tiraillé entre l’abondance et la pauvreté

« Les plus grandes richesses économiques du territoire algérien se trouvent au Sahara. Le pétrole et le gaz représentent plus de 90% des revenus du pays. » (p. 156) Cette dépendance est à la fois un grand bonheur et un malheur. Car elle ne crée que peu d’emplois pour la population locale. Les entreprises pétrolières préfèrent une main-d’œuvre étrangère, mieux formée et plus rentable. De grands travaux d’infrastructure devraient compenser; mais là aussi on compte souvent sur des projets clés en main dirigés et réalisés par des compagnies étrangères, chinoises par les temps qui courent.

Quant au tourisme, il reste marginal et aléatoire. Ici, au Hoggar, à cause de la proximité du Mali et du Niger où sévissent des groupes armés rebelles ou terroristes, il n’y a à peu près pas de possibilité de séjours touristiques sans accompagnement et protection resserrés. On ignore quand tout cela va s’améliorer…

Les cellulaires sont maintenant dans toutes les mains. Des neufs ou des usagés. Chacun a son ou ses portables ! On a sauté allègrement par-dessus l’étape des téléphones fixes. Les moyens de communications et les réseaux sociaux fonctionnent aussi par ici. Mais dorénavant cela révèle le fossé entre le Nord et le Sud, entre l’Occident souvent assimilé au monde chrétien, et l’Orient, assimilé au monde musulman.

Ce monde n’évolue pas actuellement vers une société de type laïque à l’occidentale. S’il reste encore à forger, le monde de demain aura encore au Maghreb une référence explicite à l’Islam. Ce n’est pas seulement une spiritualité, une religion avec ses propres rites ; c’est aussi une manière de vivre dans la société, une culture aussi. Il y a là probablement un désir assez clair de s’affranchir de l’Occident et de souligner sa propre identité.

Quel est le sens de cette Église locale du désert ? Elle a vocation de présence sans condition, vocation d’amitié gratuite qui veut le bien de l’autre pour lui-même, vocation de solidarité qui est avant tout accueil, puis écoute et accompagnement, enfin compagnonnage. Présence d’amour, mission d’amour.

Quant à moi, vous devinez que je ne fais que balbutier ma mission de présence, d’autant que je ne parle pas l’arabe dialectal de l’endroit ni le tamacheq des Touareg. On me dit que les semences perdues dans le sable du désert peuvent attendre des années avant de germer et donner de nouvelles pousses. Notre Dieu est si patient. Il l’a été avec Charles de Foucauld. Il pourvoira à son œuvre à Tamanrasset comme et quand bon lui semblera. « Quoi que tu fasses de moi, je te remercie », dit sa prière d’abandon.

Fonder notre présence sur quoi ?

« Prier ensemble et faire Eucharistie sont le ferment de notre communion, mais aussi le point de départ de notre témoignage. » (p. 170) Et notre qualité de présence à Dieu se conjugue inévitablement avec notre service, si humble et effacé soit-il. Et cela peut commencer par l’apprentissage de la langue de l’autre, ce qui permet de recevoir et d’aimer sa culture, ce qui le façonne, et aussi cette longue tradition qui l’oriente vers Dieu. Alors , je me mets à l’arabe…

Pour vivre la mission, il faut encore « durer », nous enraciner, « faire notre trou » pour finir par être accepté, repéré, reconnu. Et fortifier notre enracinement en le confrontant avec le monde qui change et évolue rapidement. « L’essentiel n’est pas de faire nombre, mais d’être signe. » (p. 179) Frère Charles a vécu ainsi. Et c’est à Tamanrasset où il a terminé sa vie que je me trouve…

On a beaucoup parlé de nouvelle évangélisation. Le pape François invite à se rendre aux périphéries du monde, selon nos moyens et notre appel personnel. J’espère être, à ma façon, une présence amoureuse et secourable.

Inch’Allah !

«Joies et rabats-joies dans la famille :le Pape s’en mêle…»

Échange à trois autour de l’Exhortation du pape François sur l’amour dans la famille. Anne-Marie Ricard, conseillère en orientation, phychothérapeute, Étienne Pouliot, chargé d’enseignement à la Faculté de théologie et de sciences religieuses et Jacques Racine, professeur retraité de cette même faculté et membre du Comité de coordination du Parvis.L’Église du XXIe siècle prend-elle au sérieux tous les défis de la famille d’aujourd’hui et toutes les dimensions de la vie de couple: l’amour dans la vie familiale, la vie sexuelle, la vie éducative, la vie économique… François invite-t-il les couples sur un chemin nouveau d’ouverture ou sur une route pavée des vieux malaises du passé ?

Le Parvis de Québec vous invite à venir participer … avec votre expérience, vos déceptions, vos espérances… car il y aura place pour vos questions et commentaires

Bienvenue à tous et à toutes.

Jeudi le 27 octobre 2016 à 19h30
Au sous-sol du Montmartre.
1669 Chemin St-Louis, Québec
Contribution suggérée : 5$