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Des familles colorées

Des familles colorées

Je participais récemment aux funérailles catholiques d’une femme de 90 ans. Dans l’immense église, environ 80 personnes étaient rassemblées pour saluer le départ d’un membre de leur famille. C’était une femme au cœur ouvert, attentive à ces petits riens qui sauvent des vies, vigilante, accueillante. Au moment du partage du Corps du Christ, quasiment toutes les personnes présentes dans le temple se sont levées très dignement pour  « communier »! Pourtant je sais que LE modèle familial choisi et prôné par l’Église catholique était presque absent de cette assemblée de prières : il y avait un éventail de modèles de couples très différents les uns des autres et, conséquemment, un éventail de types de familles. Une véritable courtepointe aux couleurs multiples, constituée de diverses façons de s’aimer : des personnes vivant en union libre, des personnes divorcées et remariées ou non, des personnes de même sexe vivant ensemble, des couples conformes aux conditions du « modèle » catholique… Qui suis-je pour les juger et condamner leur démarche, comparer les couleurs et classer leur réussite? Je sais cependant que ces couples, peu importe le style ou la couleur de leur union, ont travaillé fort et continuent de le faire pour s’aimer et faire produire du fruit à leurs enfants, petits ou grands. Cet événement récent m’a ramené concrètement au Synode sur la famille.

C’est en lisant Vérité et pertinence[1] du théologien canadien Gregory Baum que j’en suis arrivé à me construire ma propre définition de la famille sur laquelle je continue tout de même de m’interroger car « croire, a écrit Fernand Dumont, c’est conserver au cœur de l’assentiment l’interrogation qui l’a suscité. »[2] La famille est un lieu d’apprentissage à taille humaine dans lequel deux adultes, parfois un seul, s’efforcent gratuitement de donner à leurs enfants la force et l’imagination nécessaires pour qu’ils surpassent leur désespoir, aillent plus loin que leur petit intérêt personnel, développent et partagent leurs talents avec autrui et travaillent au bénéfice de toutes et de tous de leur société. Oui un lieu d’apprentissage de la grandeur du cœur humain et de ses possibilités, un cœur humain qui croit à la possibilité de naître à nouveau quand tout a lâché! Un lieu où les mots bienveillance et tendresse deviennent joyeuse réalité. N’est-ce pas ce que fut la vie de Jésus?

J’ai vécu dans une telle famille (catholique) où il n’y avait dans la maison qu’une maman et pourtant trois autres adultes (grand-maman, un oncle célibataire et une tante célibataire) pour nous faire grandir, ma sœur Thérèse et moi. Modèle bizarre imposé par les réalités et les contraintes de la Vie. C’est pourtant grâce à cet étonnant modèle que j’ai appris à aimer et à pardonner, à me faire confiance, à améliorer mon souci du partage, à devenir solidaire et à prendre conscience de mes ressources cachées pour en faire bénéficier les gens de ma rue Bordeaux.

Faut-il nécessairement, dans une telle famille, une adulte femelle et un adulte mâle comme l’exige présentement la loi de l’Église catholique? Faut-il que ces deux adultes soient mariés religieusement pour faire grandir leur progéniture et l’orienter vers les autres? Faut-il qu’ils n’aient jamais divorcé, jamais connu l’échec marital, jamais tombé au plancher? Si je contemple le visage de Jésus, j’hésite à le croire. Je pense qu’il « faut surtout des personnes de foi qui, par l’exemple de leur vie, montrent le chemin vers la Terre promise et ainsi tiennent en éveil l’espérance. »[3] Quelle belle expression que celle-ci de l’évêque de Rome : « tenir en éveil l’espérance » de sorte que soit surpassé le désespoir et que circule le Souffle quand l’Humanité est en train d’en manquer! De sorte que la soif imposée par le désert soit comblée et que renaisse la famille. Ma vie familiale comme enfant et ado sur la rue Bordeaux et ma vie familiale avec ma conjointe et nos deux enfants depuis 40 ans (traversée du désert?) m’ont appris, autour de la table, à rêver et à tenter de réaliser mes rêves, à fuir cette « acédie paralysante » évoquée par François, l’évêque de Rome, à croire en l’autre et à croire en l’Humanité. La Vie a fait que cet apprentissage qui n’est pas encore terminé s’est déroulé dans des conditions « imposées » par l’Église catholique; si Dieu, Souffle de l’Humanité, transcende cette institution, se pourrait-il alors que d’autres conditions organisationnelles (modèles) permettent à des familles de tenir en éveil l’espérance?

« Saint Thomas d’Aquin soulignait que les préceptes donnés par le Christ et par les apôtres au Peuple de Dieu sont très peu nombreux. Citant saint Augustin, Thomas d’Aquin notait qu’on doit exiger avec modération les préceptes ajoutés par l’Église postérieurement ‘pour ne pas alourdir la vie aux fidèles’ et transformer notre religion en un esclavage ‘ quand la miséricorde de Dieu a voulu qu’elle fût libre. ‘[4]

Notes et références

[1] Gregory Baum, Vérité et pertinence, Fides 2014.
[2] Fernand Dumont, Une foi partagée, Bellarmin p. 19.
[3] Le pape François, La joie de l’Évangile, Médiaspaul p. 64.
[4] Idem, p. 34.

Manifeste pour une église dans le monde de ce temps

Mise en contexte

Il y a de quoi se décourager et pourtant nous ne le sommes pas. Présentement la douleur du Monde est grande et ses leaders officiels sont capables de s’enfoncer creux dans le mensonge pour ne pas apercevoir sa détresse. Nous ne sommes pas découragés parce qu’ici et là des femmes et des hommes, beaucoup de jeunes, refusent de devenir des morts vivants, des robots « qui font la job. » Un vent de Pentecôte s’est levé, une mouvance se dessine sur tous les continents, un cri surgit du cœur de la Terre : « Sors de ce tombeau! » Les différentes Églises, dont la nôtre, n’y échappent pas : Autriche, France, États-Unis, Irlande,… Avec les ans et le « succès », notre Institution a dérapé, elle a quitté le Monde, elle s’est accaparé l’Évangile pour en faire son affaire à elle alors que l’Évangile appartient au Monde. Par le Prophète de Nazareth et cet Évangile, Dieu nous a exprimé ce qu’il veut : une humanité réconciliée.

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Texte du Manifeste

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Pour nous, membres du Réseau des Forums André-Naud, « les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes (et des femmes) de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux (et celles) qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho » dans notre cœur. Ce texte extrait du document conciliaire L’Église dans le monde de ce temps (paragraphe 1) et l’esprit des autres documents de Vatican II, la Parole de Dieu et l’écoute du Peuple de Dieu qu’on appelle le sensus fidelium nous poussent à une quête de vérité.

Nous demandons aux premiers responsables de l’Église catholique, dont nous sommes aussi membres par notre baptême, de s’atteler à une urgente et nécessaire reforme ecclésiale qui permettrait aux disciples du Christ de collaborer à l’instauration d’une fraternité universelle dont l’Homme de Nazareth avait fait sa grande préoccupation. Lors de son dernier repas avec les siens, quel message il nous a laissé avec le tablier, le pain et le vin! Par fidélité au Christ, à l’Évangile et à l’institution qui tente de le manifester AUJOURD’HUI, nous nous sentons obligéEs de déclarer à nouveau nos options et nos choix. : n’est-ce pas une loi de la vie que de recommencer?

Nous souhaitons que dans l’Église l’autonomie de l’être humain et l’importance de sa conscience soient au centre de nos orientations et de nos décisions d’agir, une conscience de disciple « qui repousse vigoureusement tout juridisme étroit et mesquin qui perdrait de vue le primat de l’amour généreux sur les règles concrètes d’action [1] ». Le Christ ne donne pas un long code de conduite, mais beaucoup d’exemples d’humanité.

Nous souhaitons que l’égalité femme/homme reconnue dans la société civile le soit autant dans notre Institution ecclésiale.

Nous souhaitons que la décentralisation de l’Institution ecclésiale (avec les siècles devenue romaine et gérée par la Curie) se traduise progressivement par une prise en charge de chaque communauté chrétienne par ses membres, selon leurs talents et leur disponibilité.

Nous souhaitons que nos évêques prennent une plus grande liberté face au gouvernement central de notre Institution et une plus grande implication, associés aux laïques, dans les enjeux de notre société québécoise. « Dans l’état actuel des choses et de la législation de l’Église, le pape et les évêques ont le devoir d’être prêts à reconsidérer les règles qui concernent la « juste » liberté de pensée et d’expression dans l’Église [2] ».

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Conséquemment nous nous engageons à réaliser ce qui suit

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1. Promouvoir partout et en tout temps l’importance de la conscience éclairée de disciple, de l’égalité femme/homme, de la décentralisation dans notre Institution ecclésiale, et de la liberté de pensée et d’expression dans notre Église.

2. Intervenir sur le terrain pour favoriser l’existence de communautés chrétiennes à taille humaine capables, dans un climat de coresponsabilité, de répondre à leurs propres besoins même dans un contexte de fusion de paroisses (distribution des tâches pastorales, reconnaissance de ministères propres à une communauté, consultation pour le choix du pasteur, célébration de la Parole avec communion, célébration conjugale…). La liberté d’action évangélisatrice des communautés chrétiennes repose sur la connaissance des personnes, de leurs besoins, de leurs aspirations, de leurs joies et de leurs peines.

3. Accueillir ouvertement dans leurs différentes situations de couples les personnes séparées réengagées, les personnes homosexuelles, les personnes vivant en union de fait… qui cheminent dans la communion au Christ à la table eucharistique.

4. Promouvoir la célébration du pardon de Dieu avec absolution collective.

5. Inviter des laïques formés de nos communautés à prononcer une homélie.

6. Promouvoir la réinsertion dans l’exercice du ministère presbytéral des prêtres qui ont quitté le ministère et qui pourraient aujourd’hui être mariés.

7. Nous exprimer en faveur de l’ordination diaconale des femmes, ainsi que de l’ordination presbytérale de femmes mariées ou célibataires et d’hommes mariés.

Nous désirons poursuivre ce dialogue déjà amorcé avec l’ensemble du Peuple de Dieu et nous invitons nos évêques à se joindre à cette démarche.

1. NAUD, André, Le magistère incertain, Fides 1987, p. 250.

2. NAUD, André, Pour une éthique de la parole épiscopale, Fides 2002, p. 24.

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Jusqu’à ce jour (23 septembre 2013), environ 1600 personnes ont appuyé le Manifeste sur des feuilles de pétition.

Plus de 160 personnes l’ont appuyé sur notre site Internet. Voir la liste.
Pour appuyer le Manifeste et publiciser votre engagement sur le site Internet,
envoyez votre nom et votre lieu de résidence (ville et province ou pays)
à l’adresse suivante: info@forum-andre-naud.org

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