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Marc Ouellet sur la sellette

Un cardinal sur la sellette
Les recommandations pour la nomination des évêques dont est responsable Marc Ouellet sont insatisfaisantes pour le Vatican. Un cardinal allemand a d’ailleurs jugé nécessaire de manifester son mécontentement dans un livre publié en allemand par Herder Verlag le 3 mai 2016. Le pape, quant à lui, a dû rappeler les critères qui doivent prévaloir pour sélectionner un évêque. Le comportement de Marc Ouellet donne à croire qu’il outrepasse ses prérogatives pour favoriser arbitrairement un courant de pensée conservateur fondamentaliste.

Recommandations de nominations écartées

Selon le vaticaniste Sandro Magister, bien qu’il soit normal que le Pape ne retienne pas toutes les recommandations du préfet de la congrégation pour les évêques, un nombre anormalement élevé de nominations ont été faites au cours du présent pontificat sans l’aval de ce dernier. C’est ainsi que le nouvel archevêque de Chicago, Mgr Blase Cupich, une nomination stratégique pour l’Épiscopat américain, a été nommé sans tenir compte des recommandations de Marc Ouellet.  Cupich est considéré comme un catholique progressiste. L’Épiscopat américain est conservateur traditionaliste.

Selon Magister,  des nominations ont échappées à la congrégation  à « Sydney et Madrid, mais également, en Allemagne, la sélection de trois noms à soumettre, selon la tradition, au chapitre de la cathédrale de Cologne, ainsi que toutes les nominations, soit une vingtaine, qui concernaient l’Argentine.  »

C’est ce qui faisait dire au spécialiste québécois en religions Alain Pronkin, dans le Journal de Montréal, que Marc Ouellet serait « sur la touche ». Cette déclaration faisait écho à un article publié par le journal La Croix où on faisait état d’une révision des critères de sélection des Évêques. En effet le conseil de neuf cardinaux entourant le Pape pour réformer le gouvernement de l’Église a discuté de cette question lors de sa réunion du 11 avril 2016.

Influences extérieures illégitimes

Dans un autre article, La Croix rapporte le mécontentement de l’ancien président de la Conférence épiscopale allemande, le cardinal Karl Lehmann, évêque de Mayence qui dénonce le processus de nomination des Évêques qui ne tient pas compte de l’avis de l’Église locale.

En effet, selon La Croix, le cardinal  « affirme qu’au cours des dernières années, il y a eu à l’évidence des cas « où tous les candidats proposés par le chapitre de la cathédrale locale ont été rayés de la liste » et les noms remplacés sur une nouvelle liste revenue de Rome. Il s’agit là « d’un mépris de l’Église locale difficile à supporter », déclare-t-il. » En effet, dans certaines Églises d’Allemagne et de Suisse, les Évêques devraient être élus pour être, ensuite, confirmé par Rome. Pour le cardinal, il y a des « interférences de personnes non autorisées ». Ces « influences extérieures » illégitimes doivent être neutralisées au nom du droit.

Parmi les critères de nomination, Lehmann affirme que les compétences théologiques doivent supplanter l’orthodoxie.

Le cléricalisme déforme l’Église

Soucieux de bien se faire comprendre, le Pape a transmis une lettre à Marc Ouellet afin de bien lui faire comprendre les critères qui doivent guider la nomination des Évêque. Cette lettre, dont fait écho Radio-Vatican,  rappelle que « l’Église doit servir les laïcs et non se servir d’eux. »

Pour le Pape, le cléricalisme est une attitude qui « annule la personnalité du chrétien, tend à diminuer et à sous-estimer la grâce baptismale que l’Esprit Saint a mise dans le cœur de nos fidèles. » Selon lui, « le cléricalisme, plutôt que de donner une impulsion aux différentes contributions et propositions éteint peu à peu le feu prophétique dont l’Église tout entière est appelée à rendre témoignage dans le cœur de ses peuples».

Oublier que «l’Église n’est pas une élite de prêtres, de consacrés, d’évêques,» comporte le risque de déformer le ministère que l’Église a confié.

Encourager les laïcs qui travaillent au sein de la vie publique

Dans sa lettre, le Pape invite les pasteurs à se compromettre auprès des laïcs qui travaillent au sein de la vie publique. il faut « rechercher la manière de les encourager, de les accompagner et de stimuler toutes les tentatives, tous les efforts qui, aujourd’hui, sont déployés pour entretenir la flamme de l’espérance et de la foi dans un monde plein de contradictions, spécialement pour les plus pauvres, spécialement avec les plus pauvres. Cela signifie, comme pasteurs, nous engager au sein de notre peuple et avec notre peuple, soutenir sa foi et son espérance. En ouvrant les portes, en travaillant avec lui, en rêvant avec lui, en réfléchissant et surtout priant avec lui. »

Les laïcs engagés ne sont pas que ceux qui travaillent dans des choses « de prêtres »

La lettre poursuit. « Il nous est souvent arrivé de penser que le laïc engagé est celui qui travaille dans les œuvres de l’Eglise et/ou dans les affaires paroissiales ou diocésaines, sans trop réfléchir à comment un baptisé a besoin d’être accompagné dans sa vie civile et quotidienne ; comment, dans ses activités quotidiennes, avec les responsabilités qu’il a, il doit s’engager comme chrétien dans la vie publique. Sans nous en rendre compte nous avons créé une élite de laïcs, croyant que seuls les laïcs engagés sont ceux qui travaillent dans des choses « de prêtres », et nous avons oublié, avons négligé, le croyant qui, tant de fois, dans ses luttes quotidiennes, brûle son espérance pour vivre sa foi. Le cléricalisme ne voit pas ces situations. Il ne peut pas car il est plus préoccupé à régner sur des espaces qu’à produire des processus. Nous devons donc reconnaître que le laïc, de par sa nature même, de par son statut, parce que plongé dans le cœur de la vie sociale, publique et politique, parce que participant à des formes culturelles qui bougent constamment, a besoin de nouvelles formes d’organisations pour célébrer sa foi. »

Rappelons que l’actuel archevêque de Montréal n’a pas été nommé par François mais sous  la recommandation de Marc Ouellet.

Conférence – La situation des musulmans à Québec, une interpellation pour notre foi ?

Le croissant musulmanEn ces temps troubles, nos concitoyens de confession musulmane font l’objet d’une attention particulière. Ce.la eu raison de supposés liens de foi qu’ils partageraient avec les auteurs d’actes terroristes ou des odieux massacres au Moyen-Orient. Comment voir clair dans une situation dont la complexité est un défi posé il notre entendement? Comment éviter les simplifications outrancières? D’autant plus que, quelque part, cela interpelle notre propre foi. En effet, travailler à la paix et veiller il ce qu’ici et ailleurs chacun soit traité, en paroles et eu actes, de façon juste et équitable… est une exigence de foi. Alors … comment y voir clair et faire la part des choses?

Qui sont nos concitoyens de confession musulmane à Québec ? Comment vivent-ils ? Quelle est leur réa lité religieuse, sociale, professionnelle, économique? Pourquoi et Comment ont-ils construisent-ils leur vie à Québec? Quelle est leur histoire? Quelles sont leurs joies, quelles sont leurs craintes, quelles sont leurs aspirations? Comment construire ensemble cette ville et ce pays? Cette rencontre se veut une tentative pour apprendre à faire la part des choses entre les différents niveaux de la réalité et comprendre la réalité vécue par les musulmans d’ici, dans notre ville … et se laisser interpeller comme disciples de Jésus.

Daniel Fradette est actuellement conseiller à la vie spirituelle et communautaire à l’Université Laval. Son long parcours interreligieux l’a amené à tisser des liens avec des croyants de tous horizons dont de nombreux de confession musulmane et sa position actuelle fait en sol1e qu’il côtoie sur une base régulière tant les croyants que les communautés musulmanes de Québec. C’est pourquoi, de l’avis du conseil du Parvis de Québec, son propos a la chance de nous éclairer sur les réalités et les enjeux actuels de la présence musulmane à Québec.

Daniel Fradette a œuvré au Japon pendant six années en tant que membre-associé de la Société des Missions étrangères de Pont-Viau. Puis il a été tour à tous secrétaire adjoint aux affaires sociales de l ‘Assemblée des évêques du Québec et directeur du Centre d’information sur les nouvelles religions affilié à l’Université de Montréal. Il est maintenant le conseiller à la vie spirituelle et communautaire de l’Université Laval.

Il ne portait aucun signe distinctif

Il ne portait aucun signe distinctif

Il ne portait aucun signe distinctif, n’avait fréquenté aucune école rabbinique, ne s’est  affublé d’aucun titre clérical. Il a fustigé le formalisme religieux de son époque, dénoncé tous les profiteurs qui rôdaient autour du temple, refusé d’être associé à ceux qui détiennent le pouvoir et menacent au nom d’une quelconque divinité. Parfois il se présentait à la synagogue pour se nourrir de la Parole du premier testament. Il a ébranlé les autorités religieuses de son temps en se réclamant du prophète Amos : « Ce n’est pas la peine de célébrer vos sacrifices! Je ne veux plus entendre vos cantiques, ils me cassent les oreilles!… Car ce que je veux, dit Dieu, c’est que la justice coule comme un torrent intarissable. » (5, 12-13) Il a déclaré qu’il faut rendre à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu. Il a affirmé en pleine place publique que la religion est au service de l’homme et non l’inverse. Il a écarté la couronne de ses projets, ce qui a plu à César timoré. Et comme le religieux et le politique n’étaient pas séparés, ils se sont alliés, chacun selon leurs intérêts respectifs, pour l’éliminer et avoir la paix. On le nomme dans l’histoire de l’Humanité Jésus de Nazareth, le Christ, le prophète de Nazareth. Un homme libre « qui a vécu au cœur des villes Avec ce petit cœur fragile Qui aimait tant et tant et tant. » (1) Et cet homme vivait comme un laïc dans la société, rempli d’un « Dieu vivant, désirant, gracieux, nourrissant et enivrant comme le pain et le vin, ardent comme un berger ou un fiancé. » (2) Un laïc discret, attentif au prochain, recherchant sans cesse la justice et la réconciliation. Un laïc livré à la réussite de l’Humanité. Un critique du pouvoir, du divertissement qui endort, de la richesse qui produit guerre et pauvreté.  Car lui était pauvre, doux, compatissant, juste, miséricordieux, faiseur de paix.

Dans une société où, avec raison, nous nous méfions du religieux, de la religiosité et de ses dérapages, l’Humanité a besoin d’un laïc comme ce Jésus de Nazareth et besoin de… laïcité. La laïcité n’implique pas la disparition de la religion de l’espace public. L’État est une institution humaine, le résultat d’un développement historique, le produit du travail des femmes et des hommes désireux de bien vivre ensemble sur un même territoire. L’État n’est plus sacré parce que « la culture politique moderne ne lui reconnaît plus la compétence de nous dire si un dieu existe ou non. L’État ne sait pas et ne peut pas savoir s’il y a une vie ou non après la mort. L’État n’a finalement pas la compétence nécessaire pour nier le sacré au nom de la science… Il en résulte que l’État laïque ne se fait le promoteur d’aucune conviction en matière religieuse, pas plus l’athéisme qu’une croyance religieuse, et n’en favorise aucune. » (3)

Le rêve est perché haut

Jésus fut rarement là où on l’attendait (par exemple au temple), où c’était prévu (donc avec les purs, les forts, les gagnants), où il pourrait donner un show. Il se déplaçait, prenait la route, observait et consacrait tout le temps nécessaire à la personne rencontrée. Il préférait les rencontres aux réunions. Jésus avait le rêve perché haut, pour reprendre une expression de Richard Séguin : il désirait que « ce peu et ce beaucoup que nous sommes, bonté et méchanceté, paix et guerre, révolte et douceur » (4) deviennent conscients en nous et soient utilisés comme des outils de Pentecôte. Jésus avait une visée de développement et de rapprochement qu’il tenait de Celui qu’il appelait « abba ». Le développement de la dignité et des ressources de chacun et chacune. La mise en commun pour qu’aucun(e) ne se perde. Quel merveilleux défi pour les chrétiennes et les chrétiens que de se redéfinir dans une société laïque : se redéfinir non en fonction de l’église, du passé et de la doctrine, mais en fonction des pauvres négligés par l’institution politique, du partage de l’environnement menacé et de l’audacieuse Parole du prophète de Nazareth! Se redéfinir en fonction du projet de Dieu notre Père.

« Sans valeur transcendante à laquelle se raccrocher, sans modèle de société à poursuivre, sans vie exemplaire à imiter, chacun est réduit à l’étroitesse de sa quotidienneté… Ce que nous vivons, c’est un processus général d’effritement de toute l’existence. » (5) Pourquoi vivre? Comment vivre ensemble? Des questions incontournables et angoissantes qu’hommes et femmes d’un Québec laïque se posent… et auxquelles les chrétiennes et chrétiens peuvent apporter des morceaux de réponses en autant que leur foi redevienne gaillarde et aventureuse… loin de la secte timorée et de la religiosité égoïste.

Notes et références

(1) Georges Dor, entre autres… (disque Gamma) GS122
(2) Y. Prégent, dans Société laïque et christianisme, J. Grand’Maison, Novalis 2010 p. 165
(3) Guy Rocher, dans Le Québec en quête de laïcité, Écosociété 2011, p. 24 2t 25.
(4) José Saramago, L’évangile selon Jésus-Christ, Seuil 1993, p. 67.
(5) Jean-Marc Piotte, La communauté perdue, VLB 1987, p. 127.