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Manifestation – Dénoncer le projet de loi 70 et revendiquer un revenu de citoyenneté !

Manif-action : Le jeudi 5 mai, à 10h30, organisée par l’OPDS

L’Organisation populaire des droits sociaux – Région de Montréal organise une manif-action durant la semaine des personnes assistées sociales. Cette année, nous voulons dénoncer le projet de loi 70 et revendiquer un revenu de citoyenneté !

Cette année la manif-action aura lieu, le jeudi 5 mai à 10h30 au Parc le Carignan/ au coin de la rue Renoir (11481 Avenue P M Favier) à Montréal-Nord.

Soyez nombreuses et nombreux à vous joindre à nous!

Si vous avez des questions, vous pouvez appeler au 514-527-0700 ou au 514-524-6996.

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Dans la foulée de l’annonce du projet de loi 70 de l’aide sociale, visant sans ambiguïté à réaliser la politique d’austérité du gouvernement libéral sur le dos des pauvres et à combler les besoins des entreprises en main-d’œuvre. L’Organisation populaire des Droits Sociaux de la région de Montréal s’insurge contre l’utilisation grossière de préjugés par le gouvernement libéral pour faire accepter leurs politiques antisociales par la population qui goûte pourtant elle aussi à cette médecine.

Les visées du gouvernement libéral sont claires : à l’origine un régime de protection du revenu, la transformation de l’aide sociale en un système punitif où l’objectif est de trouver de la main-d’œuvre à bon marché et malléable est maintenant bien avancée. Parler de « briser le cercle vicieux de la pauvreté » en promettant de couper de moitié les prestations des premiers demandeurs d’aide sociale est non seulement un non-sens, mais cela témoigne également du mépris glaçant du ministère de la supposée solidarité sociale à l’endroit des personnes à l’aide sociale. Personne ne peut vivre décemment avec 616 $ par mois, encore moins avec la moitié ! Ce que cherche le ministre, c’est de futurs employés dociles pour ses copains patrons qui eux reçoivent de grasses subventions comme Bombardier, 1,3 milliard $, dépendance vicieuse des entreprises avec l’État. Les personnes assistées sociales seront encore plus prises à la gorge et sans aucune autre alternative, pour survivre, que d’accepter de participer au programme Objectif Emploi ! En août 2015, il y avait 437 927 personnes à l’aide financière de dernier recours au Québec, tous programmes confondus et les personnes considérées aptes au travail vivent avec moyenne avec 3,77 $ par jour, une fois le loyer payé.

Les années passant, les gouvernements successifs, qu’ils soient péquistes ou libéraux, se sont tous attaqués à l’aide sociale. Tendance marquée vers un arrimage aux besoins du marché de l’emploi, culpabilisation des personnes en situation de pauvreté, enquêtes, contrôles indus, visites à domiciles, harcèlement, l’histoire de l’aide sociale au Québec n’est pas rose. Nous sommes passés d’un système basé sur le droit à une vision totalement axée sur la charité, où la personne assistée sociale doit être vue comme « productive » pour avoir droit de survivre et « mériter » quelques miettes. La dignité est intrinsèque à l’être humain, on naît « digne », cela n’a rien à voir avec le revenu que l’on gagne ! Personne ne choisit l’aide sociale et les assistés sociaux que nous côtoyons quotidiennement cherchent par tous les moyens à sortir de leur misère.

Prenons notre dû ! Il existe d’autres alternatives ! Exigeons un Revenu de citoyenneté universel et inconditionnel, atteignant le seuil de faible revenu (en 2014, ce seuil était de 24 328 $ selon Statistique Canada) !

Manière de voir – L’emprise des religions

Manières de voir

« Manière de voir » est un tiré à part d’articles archivés du mensuel « Le monde Diplomatique » qui traite d’un sujet d’intérêt particulier et qui paraît tous les deux mois. Le numéro de février-mars 2016 porte sur l’emprise des religions. Les articles sont regroupés autour de trois grands thèmes : Dynamiques internationales, Religions et pouvoirs et Penser les croyances.

La rubrique « Dynamiques internationales » regroupe des textes qui permettent d’analyser la marche d’un monde animé par l’activisme diplomatique du pape François et le wahhabisme saoudien sous un prisme qui n’est pas confessionnel. On y retrouve, parmi les articles retenus, « L’expansion de l’islam traditionaliste », « Ce pape qui secoue le monde » ou « Benoît XVI et le retour au latin ».

Si les religions peuvent chercher à contrôler ou, à tout le moins, influencer les pouvoirs, elles « peuvent aussi s’opposer avec force à des tyrannies et à des dictatures, et en subir les pires représailles ». Dans « Religions et Pouvoirs », on retrouve, entre autres, « Le communisme chinois, le capitalisme et l’Évangile », « L’islam et le défi du développement », « L’engagement jésuite en Amérique centrale », « Retour de l’Église orthodoxe » et « Les piliers néerlandais de la laïcité ».

Indissociables de l’identité, de la vie quotidienne et de la vie politique, les religions doivent être soumises à la critique afin de s’assurer de leur pertinence et juguler leur dérives. Ainsi, « Penser les croyances » propose notamment les titres « La religion peut-elle être progressiste », « L’Église, l’œcuménisme et l’engagement » et « La laïcité face aux fondamentalismes. »

Fondé en 1954, « Le monde diplomatique » est le journal Français le plus lu au monde et est traduit dans dix-neuf langues. Il propose des analyses, des enquêtes et des reportages rigoureux sur des questions d’actualité qui ont une portée nationale ou internationale.

Il ne portait aucun signe distinctif

Il ne portait aucun signe distinctif

Il ne portait aucun signe distinctif, n’avait fréquenté aucune école rabbinique, ne s’est  affublé d’aucun titre clérical. Il a fustigé le formalisme religieux de son époque, dénoncé tous les profiteurs qui rôdaient autour du temple, refusé d’être associé à ceux qui détiennent le pouvoir et menacent au nom d’une quelconque divinité. Parfois il se présentait à la synagogue pour se nourrir de la Parole du premier testament. Il a ébranlé les autorités religieuses de son temps en se réclamant du prophète Amos : « Ce n’est pas la peine de célébrer vos sacrifices! Je ne veux plus entendre vos cantiques, ils me cassent les oreilles!… Car ce que je veux, dit Dieu, c’est que la justice coule comme un torrent intarissable. » (5, 12-13) Il a déclaré qu’il faut rendre à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu. Il a affirmé en pleine place publique que la religion est au service de l’homme et non l’inverse. Il a écarté la couronne de ses projets, ce qui a plu à César timoré. Et comme le religieux et le politique n’étaient pas séparés, ils se sont alliés, chacun selon leurs intérêts respectifs, pour l’éliminer et avoir la paix. On le nomme dans l’histoire de l’Humanité Jésus de Nazareth, le Christ, le prophète de Nazareth. Un homme libre « qui a vécu au cœur des villes Avec ce petit cœur fragile Qui aimait tant et tant et tant. » (1) Et cet homme vivait comme un laïc dans la société, rempli d’un « Dieu vivant, désirant, gracieux, nourrissant et enivrant comme le pain et le vin, ardent comme un berger ou un fiancé. » (2) Un laïc discret, attentif au prochain, recherchant sans cesse la justice et la réconciliation. Un laïc livré à la réussite de l’Humanité. Un critique du pouvoir, du divertissement qui endort, de la richesse qui produit guerre et pauvreté.  Car lui était pauvre, doux, compatissant, juste, miséricordieux, faiseur de paix.

Dans une société où, avec raison, nous nous méfions du religieux, de la religiosité et de ses dérapages, l’Humanité a besoin d’un laïc comme ce Jésus de Nazareth et besoin de… laïcité. La laïcité n’implique pas la disparition de la religion de l’espace public. L’État est une institution humaine, le résultat d’un développement historique, le produit du travail des femmes et des hommes désireux de bien vivre ensemble sur un même territoire. L’État n’est plus sacré parce que « la culture politique moderne ne lui reconnaît plus la compétence de nous dire si un dieu existe ou non. L’État ne sait pas et ne peut pas savoir s’il y a une vie ou non après la mort. L’État n’a finalement pas la compétence nécessaire pour nier le sacré au nom de la science… Il en résulte que l’État laïque ne se fait le promoteur d’aucune conviction en matière religieuse, pas plus l’athéisme qu’une croyance religieuse, et n’en favorise aucune. » (3)

Le rêve est perché haut

Jésus fut rarement là où on l’attendait (par exemple au temple), où c’était prévu (donc avec les purs, les forts, les gagnants), où il pourrait donner un show. Il se déplaçait, prenait la route, observait et consacrait tout le temps nécessaire à la personne rencontrée. Il préférait les rencontres aux réunions. Jésus avait le rêve perché haut, pour reprendre une expression de Richard Séguin : il désirait que « ce peu et ce beaucoup que nous sommes, bonté et méchanceté, paix et guerre, révolte et douceur » (4) deviennent conscients en nous et soient utilisés comme des outils de Pentecôte. Jésus avait une visée de développement et de rapprochement qu’il tenait de Celui qu’il appelait « abba ». Le développement de la dignité et des ressources de chacun et chacune. La mise en commun pour qu’aucun(e) ne se perde. Quel merveilleux défi pour les chrétiennes et les chrétiens que de se redéfinir dans une société laïque : se redéfinir non en fonction de l’église, du passé et de la doctrine, mais en fonction des pauvres négligés par l’institution politique, du partage de l’environnement menacé et de l’audacieuse Parole du prophète de Nazareth! Se redéfinir en fonction du projet de Dieu notre Père.

« Sans valeur transcendante à laquelle se raccrocher, sans modèle de société à poursuivre, sans vie exemplaire à imiter, chacun est réduit à l’étroitesse de sa quotidienneté… Ce que nous vivons, c’est un processus général d’effritement de toute l’existence. » (5) Pourquoi vivre? Comment vivre ensemble? Des questions incontournables et angoissantes qu’hommes et femmes d’un Québec laïque se posent… et auxquelles les chrétiennes et chrétiens peuvent apporter des morceaux de réponses en autant que leur foi redevienne gaillarde et aventureuse… loin de la secte timorée et de la religiosité égoïste.

Notes et références

(1) Georges Dor, entre autres… (disque Gamma) GS122
(2) Y. Prégent, dans Société laïque et christianisme, J. Grand’Maison, Novalis 2010 p. 165
(3) Guy Rocher, dans Le Québec en quête de laïcité, Écosociété 2011, p. 24 2t 25.
(4) José Saramago, L’évangile selon Jésus-Christ, Seuil 1993, p. 67.
(5) Jean-Marc Piotte, La communauté perdue, VLB 1987, p. 127.