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Colloque – Jésus a-t-il un avenir ?

Le Réseau Lonergan, l’Institut de pastorale des Dominicains et le Centre culturel chrétien de Montréal sont heureux de vous inviter au 6e colloque Lonergan, qui a pour thème cette année : Jésus a-t-il un avenir ? Est-il encore pertinent aujourd’hui ? Le samedi 7 mai 2016, de 9 h à 15 h en l’auditorium de l’Institut de pastorale des Dominicains, avec les théologiens Pierre Robert et Louis Roy, o.p.

Louis Roy, qui a traité le thème du désir comme dynamisme intérieur dans son ouvrage Libérer le désir (Médiaspaul, 2009), abordera trois besoins ou faims de la conscience. Pierre Robert, s’inspirant de Bernard Lonergan (L’avenir du christianisme), s’interrogera sur l’accueil de la proposition chrétienne (Jésus a-t-il un avenir ?) La communauté qui porte le Christ et son message peut-elle être reconnue comme configuration de la quête spirituelle de notre temps ?

Inscription et paiement obligatoires avant le 29 avril
Coût : 25 $ (comprenant le dîner) • Tarif étudiant : 15 $
Le chèque doit être fait à l’ordre du Centre culturel chrétien de Montréal
2715, ch. de la Côte-Sainte-Catherine, Montréal, H3T 1B6
Le colloque a lieu à cette même adresse. Autobus 129 ou métro Université-de-Montréal.
Stationnement disponible à droite de l’église.
Informations : (514) 731-3603, poste 318

Bruxelles : parler aux canons

Avec mon amoureuse tôt mardi matin le 22, je roulais sur l’autoroute des Laurentides pour nous rendre en raquettes à notre tout petit chalet familial perdu dans les bois de Saint-Faustin-Lac Carré et profiter du ciel bleu, se détendre, rêver…
Raquettes
Nous roulions et soudainement à la radio nous avons ressenti l’horreur pénétrer en nous et atteindre notre cœur. L’horreur à Bruxelles, le carnage et l’inhumanité.

Des paroles et une musique ont surgi de ma mémoire :

Quand on n’a que l’amour
À offrir en prière
Pour les maux de la terre
En simple troubadour
Quand on n’a que l’amour
Pour tracer un chemin
Et forcer le destin
À chaque carrefour
Quand on n’a que l’amour
Pour parler aux canons
Et rien qu’une chanson
Pour convaincre un tambour

Quand on n’a que l’amour
Pour unique raison
Pour unique chanson
Et unique secours…

Parler aux canons quand nous n’avons que la force d’aimer est un défi… décourageant en partant : pas de taille ! Les gros écrasent les petits depuis toujours… et c’est encore la réalité.

Parler aux canons durant la Semaine sainte en plus, c’est se souvenir qu’à une autre époque Quelqu’un l’a fait dans sa ville et a perdu la guerre : crucifié! Cela veut dire : « Ta gueule ! Pas de taille ! Tu vois bien ! » Alors qu’est-ce qui est « de taille »? Il faut miser sur quoi pour assurer à nos frères et sœurs un avenir qui a de l’allure ?

La veille de sa condamnation, on rapporte que ce Quelqu’un avait posé quelques gestes dérangeants comme le pain partagé, le vin versé et le lavement des pieds et que lors de l’exécution de sa sentence sur la colline il aurait dit quelque chose comme « sans avoir rien que la force d’aimer, nous aurons dans nos mains, Père, amis, le monde entier. »

Suite à ces horribles nouvelles à la radio, nous roulions toujours sur l’autoroute, arrive l’émission radiophonique de Catherine Perrin à la SRC dont l’un des invités est Pierre Gingras, un scientifique spécialiste de la botanique.

Il nous renseigne sur la résurrection de certaines plantes… des plantes, peu nombreuses, capables de « forcer le destin » et de « ressusciter »  après avoir demeurer enterrées et revenir entièrement vivantes après des millions d’années d’horreurs sous terre. L’intervention du botaniste a soulagé mon cœur excité et découragé et j’ai entendu Jacques Brel de nouveau :

Alors sans avoir rien
Que la force d’aimer
Nous aurons dans nos mains,
Amis, le monde entier.

Assis au soleil sur la galerie enneigée du chalet, une coupe de rouge à la main, nous regardions nos raquettes appuyées sur la corde de bois, nos merveilleux conifères, les mésanges, le lac blanc qui deviendra bleu bientôt, et j’ai dit à ma bien-aimée : « Un scientifique et un artiste viennent de secouer et de ranimer mon espérance. C’est une bonne nouvelle. Santé ! »

Le mélange des genres

Récemment, lors d’une interview accordée à Radio Ville-Marie, l’ex maire de la Ville de Montréal, monsieur Gérald Tremblay, a voulu rendre compte de sa gestion politique qui l’a obligé à démissionner et l’a justifiée à l’intervieweur par les exigences et les « vertus » prônées par le Seigneur de sa foi religieuse. Je crois monsieur Tremblay sans aucun doute (je le connais depuis très longtemps), mais je ne peux m’empêcher d’être mal à l’aise devant ce « théisme traditionnel » et individualiste qui fait le jeu des puissants tireurs de ficelles habiles à se déguiser en colombes devant la Commission Charbonneau. Ma foi en ce Seigneur et en son Évangile m’incite à être tenace critique de toutes les approches et de toutes les situations qui nous distraient « de la fabrication de l’homme par l’homme ». (Gregory Baum, 2014) Ce Seigneur, comme le nomme souvent monsieur Tremblay, nous a faits co-créateurs avec Lui pour contribuer avec Lui à la sculpture humaine. Par son Fils il nous a ouvert les yeux sur les attitudes qui défigurent et ralentissent la progression de cette sculpture. Il a endossé des attitudes transparentes qui ont dérangé « ben du monde ».

L’Homme de Nazareth à qui on a fermé les yeux de force devant l’inquiétude qu’il suscitait dans son environnement a dévoilé (car il avait les yeux grand ouverts) ce qu’on essayait de cacher. Il a refusé d’être un laboureur qui se contente de regarder l’herbe pousser : il s’est procuré une charrue et il a labouré le champ, reviré la terre « boutte pour boutte » jusqu’à s’en faire des « ampoules ». Il a béni le pain et le vin, il a dénoncé les magouilles religieuses et politiques. Il a questionné les attitudes individuelles et collectives commandées par les religions, il a fait appel à la conscience des individus, il s’est mouillé. « Aucune décision n’échappe à l’ambiguïté des compromis qu’elle réalise, mais le refus du choix, la peur de trancher et, quand il le faut, celle de faire mal, constituent souvent les pires des compromis dans la mesure où ils laissent le champ libre à la violence des égoïsmes. »[1]

L’invitation première (Lc 10, 25-37) de l’Évangile de cet Homme de Nazareth est l’effort continu pour élargir notre solidarité avec les êtres humains : c’est là que nous y rencontrerons la Vérité et la Bienveillance. Ce chemin est celui des veilleurs qui refusent de se laisser endormir par la complaisance et qui sont conscients du prix qu’ils devront payer pour demeurer debout. L’accueil « religieux » de l’Évangile du Seigneur peut nous rendre complices des pires perversions : l’Histoire est là pour en témoigner… même l’Histoire récente. Réduire l’Évangile à une religion tranquille est un mélange des genres; c’est oublier que le Ressuscité a dit durant sa présence en Galilée et en Judée : « Je ne suis pas venu apporter la paix… »

[1] MOUSSÉ, Jean, Cette liberté de violence qu’est le pouvoir, Desclée 1982, p. 279.

Il ne portait aucun signe distinctif

Il ne portait aucun signe distinctif, n’avait fréquenté aucune école rabbinique, ne s’est  affublé d’aucun titre clérical. Il a fustigé le formalisme religieux de son époque, dénoncé tous les profiteurs qui rôdaient autour du temple, refusé d’être associé à ceux qui détiennent le pouvoir et menacent au nom d’une quelconque divinité. Parfois il se présentait à la synagogue pour se nourrir de la Parole du premier testament. Il a ébranlé les autorités religieuses de son temps en se réclamant du prophète Amos : « Ce n’est pas la peine de célébrer vos sacrifices! Je ne veux plus entendre vos cantiques, ils me cassent les oreilles!… Car ce que je veux, dit Dieu, c’est que la justice coule comme un torrent intarissable. » (5, 12-13) Il a déclaré qu’il faut rendre à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu. Il a affirmé en pleine place publique que la religion est au service de l’homme et non l’inverse. Il a écarté la couronne de ses projets, ce qui a plu à César timoré. Et comme le religieux et le politique n’étaient pas séparés, ils se sont alliés, chacun selon leurs intérêts respectifs, pour l’éliminer et avoir la paix. On le nomme dans l’histoire de l’Humanité Jésus de Nazareth, le Christ, le prophète de Nazareth. Un homme libre « qui a vécu au cœur des villes Avec ce petit cœur fragile Qui aimait tant et tant et tant. » (1) Et cet homme vivait comme un laïc dans la société, rempli d’un « Dieu vivant, désirant, gracieux, nourrissant et enivrant comme le pain et le vin, ardent comme un berger ou un fiancé. » (2) Un laïc discret, attentif au prochain, recherchant sans cesse la justice et la réconciliation. Un laïc livré à la réussite de l’Humanité. Un critique du pouvoir, du divertissement qui endort, de la richesse qui produit guerre et pauvreté.  Car lui était pauvre, doux, compatissant, juste, miséricordieux, faiseur de paix.

Dans une société où, avec raison, nous nous méfions du religieux, de la religiosité et de ses dérapages, l’Humanité a besoin d’un laïc comme ce Jésus de Nazareth et besoin de… laïcité. La laïcité n’implique pas la disparition de la religion de l’espace public. L’État est une institution humaine, le résultat d’un développement historique, le produit du travail des femmes et des hommes désireux de bien vivre ensemble sur un même territoire. L’État n’est plus sacré parce que « la culture politique moderne ne lui reconnaît plus la compétence de nous dire si un dieu existe ou non. L’État ne sait pas et ne peut pas savoir s’il y a une vie ou non après la mort. L’État n’a finalement pas la compétence nécessaire pour nier le sacré au nom de la science… Il en résulte que l’État laïque ne se fait le promoteur d’aucune conviction en matière religieuse, pas plus l’athéisme qu’une croyance religieuse, et n’en favorise aucune. » (3)

Le rêve est perché haut

Jésus fut rarement là où on l’attendait (par exemple au temple), où c’était prévu (donc avec les purs, les forts, les gagnants), où il pourrait donner un show. Il se déplaçait, prenait la route, observait et consacrait tout le temps nécessaire à la personne rencontrée. Il préférait les rencontres aux réunions. Jésus avait le rêve perché haut, pour reprendre une expression de Richard Séguin : il désirait que « ce peu et ce beaucoup que nous sommes, bonté et méchanceté, paix et guerre, révolte et douceur » (4) deviennent conscients en nous et soient utilisés comme des outils de Pentecôte. Jésus avait une visée de développement et de rapprochement qu’il tenait de Celui qu’il appelait « abba ». Le développement de la dignité et des ressources de chacun et chacune. La mise en commun pour qu’aucun(e) ne se perde. Quel merveilleux défi pour les chrétiennes et les chrétiens que de se redéfinir dans une société laïque : se redéfinir non en fonction de l’église, du passé et de la doctrine, mais en fonction des pauvres négligés par l’institution politique, du partage de l’environnement menacé et de l’audacieuse Parole du prophète de Nazareth! Se redéfinir en fonction du projet de Dieu notre Père.

« Sans valeur transcendante à laquelle se raccrocher, sans modèle de société à poursuivre, sans vie exemplaire à imiter, chacun est réduit à l’étroitesse de sa quotidienneté… Ce que nous vivons, c’est un processus général d’effritement de toute l’existence. » (5) Pourquoi vivre? Comment vivre ensemble? Des questions incontournables et angoissantes qu’hommes et femmes d’un Québec laïque se posent… et auxquelles les chrétiennes et chrétiens peuvent apporter des morceaux de réponses en autant que leur foi redevienne gaillarde et aventureuse… loin de la secte timorée et de la religiosité égoïste.

Notes et références

(1) Georges Dor, entre autres… (disque Gamma) GS122
(2) Y. Prégent, dans Société laïque et christianisme, J. Grand’Maison, Novalis 2010 p. 165
(3) Guy Rocher, dans Le Québec en quête de laïcité, Écosociété 2011, p. 24 2t 25.
(4) José Saramago, L’évangile selon Jésus-Christ, Seuil 1993, p. 67.
(5) Jean-Marc Piotte, La communauté perdue, VLB 1987, p. 127.