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Un Enfant Jésus prématuré et 8 rois mages

L’Enfant Jésus de 2017 est un prématuré

Eh ! Oui, je sais que je vais vous surprendre un peu. Mais l’Enfant est déjà né, le mardi 14 novembre dernier. Après 8 mois de grossesse, sa maman Abigaëlle a subi une césarienne et elle a accouché d’un petit garçon minuscule. Oh ! J’oubliais de préciser : l’Enfant est noir comme du charbon, il est bien le fils de ses parents ! Il s’appelle Martin, et sera baptisé la nuit de Noël. Ce sera vraiment une crèche vivante !
Petit Martin
Abigaëlle avait été opérée pour le cœur il y a 3 ans, et sa grossesse était à risques. J’ai demandé de l’aide financière à ma famille pour lui procurer la dose de médicament journalière qui, à la fois, ménageait son cœur et lui permettait de porter son enfant. C’est déjà un « miracle » que la mère et l’enfant soient vivants! Mais n’est-ce pas toujours un miracle ? !

Martine, petite sœur du Sacré-Coeur de Charles de Foucauld, a veillé l’enfant une nuit pendant que sa mère restait à l’hôpital pour mieux se remettre de son opération césarienne. Il fallait aider le bébé à boire aux 3 heures, jour… et nuit. Moi, il m’est arrivé de le garder en après-midi, comme un bon (hum) grand-père.

Devant cette vie à la fois si mystérieuse, fragile et exigeante, voilà une jolie parabole de l’espérance qui renaît chaque fois que nous nous mettons du côté de la vie plutôt que de nos aises, de nos soucis ou de nos bobos. C’est le souhait que je vous transmets, avec la joie de vous rejoindre avec cette lettre !

De bon matin, j’ai rencontré le train de trois grands rois…

Ce chant populaire était chanté jadis à l’église au jour de l’Épiphanie… Il dirigeait doucement vers l’Étoile et son mystère ! Non, ils ne sont pas trois rois mages, mais bien huit, hommes et femmes inclus ! Et ils ne viendront pas à la crèche. Impossible. C’est plutôt nous qui allons les voir et leur envoyons des colis. Arriveront-ils pour Noël ou pour l’Épiphanie ? !
Des colis pour des détenus
Ce sont des prisonniers chrétiens que nous visitons à Tamanrasset, Martine et moi. Comme nous ne pouvons leur fournir des effets matériels comme des chandails, ni même des brosses à dents ou du lait en poudre pour améliorer leur cantine ordinaire de l’établissement, la prison, nous leur avons envoyé tout cela par la poste ! Ce sera long mais… espérons que cela arrivera !

Les prisonniers et les migrants vivent pour la plupart au jour le jour avec la certitude que s’ils sont encore là malgré les épreuves, c’est parce que Dieu les tient debout. Ça m’a donné une leçon d’humilité. Dieu ne veut-il pas que l’on se présente en vérité devant lui et que nous nous abandonnions totalement à lui ? Il nous connaît par cœur et nous aime tels que nous sommes.

La lumière de l’étoile du matin

Jésus a dit que le royaume des Cieux est à ceux qui ressemblent aux enfants. Devant la crèche, quels mots simples et vrais allons-nous balbutier ? Qui est lumière pour vous ? Pour qui êtes-vous lumière à votre tour ?

Voici une prière de Jules Beaulac qui vous est dédiée, vous qui portez la Lumière, l’Étoile du matin, dans vos cœurs :
Bougies

Il est minuit, Seigneur.
Il fait nuit, il fait noir, très noir.
Mais, heureusement,
il y a les étoiles, nombreuses,
qui piquent le ciel et qui scintillent
comme des paillettes d’or sur la grande robe du firmament.
S’il n’y avait pas d’étoiles, que la nuit serait triste !
S’il n’y avait pas d’étoiles, que la nuit serait triste !
Mais, s’il n’y avait pas de nuit, on ne verrait pas les étoiles…

Seigneur,
il fait parfois nuit dans ma vie :
problèmes, déceptions, échecs, fautes…
Qu’il y ait toujours des étoiles pour éclairer mes nuits :
amitiés, joies, reconnaissances, pardons…
Et que tu sois la plus grande et la plus brillante de toutes !

Amen.

Joyeux Noël !
Heureuse et Sainte Année 2018 !

Tragédie à la grande Mosquée de Québec : Détruire ou Vouloir servir ?

Le credoDimanche, le 29 janvier 2017, dans un lieu de prières, des fidèles musulmans ont été froidement assassinés parce qu’ils ne partageaient pas la religion de la majorité. C’est arrivé à Québec, une ville paisible. C’est arrivé au Québec, une société paisible.

Au tout début du film « Le déclin de l’empire américain », le cinéaste Denys Arcand, par la voix de son personnage Dominique, trace le paramètre normatif du vécu collectif actuel : « La notion de bonheur personnel, l’idée de recevoir de sa vie quotidienne des gratifications immédiates » prennent de plus en plus le pas sur toutes les autres considérations1. »

« Sans valeur transcendante à laquelle se raccrocher, sans modèle de société à poursuivre, sans vie exemplaire à imiter, chacun est réduit à l’étroitesse de sa quotidienneté2. » Et qui dit étroitesse évoque solitude, enfermement, aveuglement, repli sur soi et absence plus ou moins consciente de liens et de canaux. C’est quasiment un « processus général d’effritement de toute l’existence3. » Je fais mienne cette phrase de Jean-Marc Piotte : « Le social, le politique est désinvesti au profit de la sphère intime4. » Je pense aussi à cette autre importante citation d’un autre cinéaste, Bernard Émond, sur le Vouloir servir : « C’est-à-dire reconnaître l’existence de choses qui sont plus grandes que nous, qui sont dignes de foi, qui valent qu’on s’engage pour elles… égalité, justice, indépendance5. »

Nos sociétés sont malades : nous venons de le voir à Québec; nous le voyons sans cesse en constatant le sort souvent réservé aux migrants ou aux premières nations, comment sont traités les enfants en difficulté, les itinérants et les personnes âgées, bref des personnes vulnérables. Et trop souvent, le discours de personnes en autorité blesse profondément la dignité humaine. Comment réagir à cette maladie sociale : se fermer les yeux et se retirer dans son petit cocon, crier fort pour dénoncer, changer de pays, se venger … ?

À une autre époque, un certain Jésus de Nazareth a pris graduellement conscience des maladies de sa société. Il s’est identifié à la décourageante cause de ses semblables. Il s’est attelé à la tâche, a regroupé du monde autour de lui pour améliorer les situations. Déjà, la réaction des puissants et inquiets gardiens de la Loi fut sanglante. Il avait dit : « Je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir. » Peut-il en être autrement ? L’important ne serait-il pas de rechercher sans cesse « le bien-être intégral de l’être humain… de tout être humain, quel qu’il soit» et le reste nous sera donné par surcroît ?

Pour ma part, je pense que oui.


1. Denis Arcand, Le Déclin de l’empire américain, Québec, 1986.
2. Jean-Marc Piotte, La communauté perdue: petite histoire des militantismes, VLB Éditeur, p. 127, 1987.
3. Ibid, p. 143.
4. Ibid, p. 131.
5. Bernard Émond, Il y a trop d’images, Lux Éditeur, p. 67, 2013.
6. Hans Küng, Vingt propositions de « Être chrétien » ; traduit de l’allemand par André Metzger, Paris, Éditions du Seuil, 1979.

Colloque – Jésus a-t-il un avenir ?

Le Réseau Lonergan, l’Institut de pastorale des Dominicains et le Centre culturel chrétien de Montréal sont heureux de vous inviter au 6e colloque Lonergan, qui a pour thème cette année : Jésus a-t-il un avenir ? Est-il encore pertinent aujourd’hui ? Le samedi 7 mai 2016, de 9 h à 15 h en l’auditorium de l’Institut de pastorale des Dominicains, avec les théologiens Pierre Robert et Louis Roy, o.p.

Louis Roy, qui a traité le thème du désir comme dynamisme intérieur dans son ouvrage Libérer le désir (Médiaspaul, 2009), abordera trois besoins ou faims de la conscience. Pierre Robert, s’inspirant de Bernard Lonergan (L’avenir du christianisme), s’interrogera sur l’accueil de la proposition chrétienne (Jésus a-t-il un avenir ?) La communauté qui porte le Christ et son message peut-elle être reconnue comme configuration de la quête spirituelle de notre temps ?

Inscription et paiement obligatoires avant le 29 avril
Coût : 25 $ (comprenant le dîner) • Tarif étudiant : 15 $
Le chèque doit être fait à l’ordre du Centre culturel chrétien de Montréal
2715, ch. de la Côte-Sainte-Catherine, Montréal, H3T 1B6
Le colloque a lieu à cette même adresse. Autobus 129 ou métro Université-de-Montréal.
Stationnement disponible à droite de l’église.
Informations : (514) 731-3603, poste 318

Bruxelles : parler aux canons

Avec mon amoureuse tôt mardi matin le 22, je roulais sur l’autoroute des Laurentides pour nous rendre en raquettes à notre tout petit chalet familial perdu dans les bois de Saint-Faustin-Lac Carré et profiter du ciel bleu, se détendre, rêver…
Raquettes
Nous roulions et soudainement à la radio nous avons ressenti l’horreur pénétrer en nous et atteindre notre cœur. L’horreur à Bruxelles, le carnage et l’inhumanité.

Des paroles et une musique ont surgi de ma mémoire :

Quand on n’a que l’amour
À offrir en prière
Pour les maux de la terre
En simple troubadour
Quand on n’a que l’amour
Pour tracer un chemin
Et forcer le destin
À chaque carrefour
Quand on n’a que l’amour
Pour parler aux canons
Et rien qu’une chanson
Pour convaincre un tambour

Quand on n’a que l’amour
Pour unique raison
Pour unique chanson
Et unique secours…

Parler aux canons quand nous n’avons que la force d’aimer est un défi… décourageant en partant : pas de taille ! Les gros écrasent les petits depuis toujours… et c’est encore la réalité.

Parler aux canons durant la Semaine sainte en plus, c’est se souvenir qu’à une autre époque Quelqu’un l’a fait dans sa ville et a perdu la guerre : crucifié! Cela veut dire : « Ta gueule ! Pas de taille ! Tu vois bien ! » Alors qu’est-ce qui est « de taille »? Il faut miser sur quoi pour assurer à nos frères et sœurs un avenir qui a de l’allure ?

La veille de sa condamnation, on rapporte que ce Quelqu’un avait posé quelques gestes dérangeants comme le pain partagé, le vin versé et le lavement des pieds et que lors de l’exécution de sa sentence sur la colline il aurait dit quelque chose comme « sans avoir rien que la force d’aimer, nous aurons dans nos mains, Père, amis, le monde entier. »

Suite à ces horribles nouvelles à la radio, nous roulions toujours sur l’autoroute, arrive l’émission radiophonique de Catherine Perrin à la SRC dont l’un des invités est Pierre Gingras, un scientifique spécialiste de la botanique.

Il nous renseigne sur la résurrection de certaines plantes… des plantes, peu nombreuses, capables de « forcer le destin » et de « ressusciter »  après avoir demeurer enterrées et revenir entièrement vivantes après des millions d’années d’horreurs sous terre. L’intervention du botaniste a soulagé mon cœur excité et découragé et j’ai entendu Jacques Brel de nouveau :

Alors sans avoir rien
Que la force d’aimer
Nous aurons dans nos mains,
Amis, le monde entier.

Assis au soleil sur la galerie enneigée du chalet, une coupe de rouge à la main, nous regardions nos raquettes appuyées sur la corde de bois, nos merveilleux conifères, les mésanges, le lac blanc qui deviendra bleu bientôt, et j’ai dit à ma bien-aimée : « Un scientifique et un artiste viennent de secouer et de ranimer mon espérance. C’est une bonne nouvelle. Santé ! »