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Jean-Claude Turcotte

Jean-Claude Turcotte

Depuis quelques mois, un couple de cardinal (un rouge et un brun) adore se poser dans notre mangeoire derrière la maison durant l’hiver pour luncher. Lors de leur première visite, j’ai crié à ma conjointe : « Diane, Jean-Claude est dans notre mangeoire! » Sans trop comprendre, essoufflée, elle est arrivée : « Qui ça, Jean-Claude? De quoi tu parles? » Et doucement je l’ai invitée à observer le cardinal, Jean-Claude… Turcotte!  Aucune dérision de ma part, aucun mépris, aucun humour déplacé. Un simple geste de tendresse car j’aime et apprécie le Cardinal Jean-Claude Turcotte depuis de nombreuses années dans l’Église de Montréal. Pendant vingt ans, le dimanche des rameaux, je lui présentais la quinzaine de catéchumènes que j’accompagnais vers le baptême, la confirmation et la première eucharistie; à chaque fois, il me tapait sur la bedaine en me disant tendrement : « T’es encore là, André! Bravo! »

En 2007, délégué par mes collègues du Forum André-Naud de Montréal, je lui ai proposé un 5 à 7 pour jaser « pas de théologie mais de nos souffrances et blessures personnelles occasionnées par des décisions de notre Institution catholique. » Non seulement a-t-il accepté, mais ce fut un 5 à 8 à la fin duquel il nous a offert vin et buffet. Quel beau souvenir j’en conserve!

Comme Jésus, Jean-Claude était très à l’aise avec les humbles, les plus fragiles, et discourir n’était pas sa tasse de thé. Il a été « façonné » ou « sculpté » par l’Action catholique de la rue St-André à Montréal: sa simplicité venait probablement de là. Il n’était pas l’homme des grandes organisations, il en était bien conscient, et il savait distribuer et confier les tâches pour que se réalisent de grandes organisations comme la visite de Jean-Paul II au Québec.

Deux dimanches avant son décès à l’hôpital Marie-Clarac, il n’a pu célébrer l’eucharistie : il y a participé du haut du jubé de la chapelle et s’est retiré, vidé et fatigué, à sa chambre. L’aumônier a tenté de le rencontrer après la célébration… introuvable. Il s’est rendu à sa chambre et l’a vu replié dans son lit comme un chaton au repos. Il s’est approché du lit : « Jean-Claude, tu dors? » – « Oui, j’apprends à m’endormir en paix pour toujours. Il faut se pratiquer à ça! » Le Cardinal a été transporté aux soins palliatifs où il est décédé comme un petit oiseau.

Jean-Claude, le pasteur qui à sa façon savait communiquer, s’est envolé. Grand partisan des Canadiens de Montréal, il sera avec nous d’une certaine façon pour savourer la Coupe Stanley. Grand pasteur d’une Église qui en arrache, il sera avec nous pour oser briser des carcans et refuser des culs-de-sac.

Jean-Claude, salutations de la part du Fan de Montréal.

Raymond Gravel, l’Église québécoise et les médias

La mort de Raymond Gravel, prêtre du diocèse de Joliette, a fait la « une » des médias québécois comme bien peu d’événements « catholiques » peuvent en rêver. Cette nouvelle a connu une couverture médiatique considérable dans une province qui n’a toujours pas fini de « régler ses comptes » avec la religion. Cela mérite réflexion.

Les évêques québécois déplorent le peu de place que les médias font à leurs prises de parole dans l’espace public. Quand ils ont voulu s’opposer une dernière fois à l’adoption du projet de loi 52 sur « mourir dans la dignité », ils ont dû acheter de l’espace publicitaire dans les journaux pour se faire entendre. Ils ont l’impression que les médias d’ici n’ont aucun intérêt pour les questions religieuses.

Et pourtant, Raymond Gravel était régulièrement dans les médias en tant que prêtre, et ce, bien avant sa dernière année de maladie. Pourquoi?

Certains diront que c’est à cause de ses positions rebelles, progressistes ou « différentes » des points de vue officiels ou habituels de l’Église (sur l’homosexualité, l’ordination des femmes, etc.). Cela serait à mon avis une erreur.

Certes, le caractère polémique de certaines prises de positions a pu augmenter l’intérêt des médias. Mais la véritable explication de la présence de Raymond Gravel dans les médias réside ailleurs : dans sa grande disponibilité à l’égard de ces outils de communication certes, mais surtout dans son humilité et dans son humanité profondes qui faisaient de lui un interlocuteur privilégié et attachant, tant pour les médias que pour le grand public.

Si Raymond Gravel avait ses entrées dans les médias et si ceux-ci recherchaient même sa parole, c’est d’abord et avant tout parce qu’il était vu comme un être humain authentique et profond plutôt que comme un prêtre-en-fonction; parce qu’il osait parler selon sa conscience plutôt que selon l’orthodoxie du catéchisme romain; parce qu’il ne pratiquait pas la « langue de bois », ni religieuse, ni politique; et parce qu’il était capable d’une parole claire et forte mais toujours respectueuse de l’autre, de son expérience et de son point de vue.

Ce qui manque à notre Église québécoise, ce n’est pas la pertinence de son message (la Bonne Nouvelle) ni la richesse de son expérience (à travers les siècles et les continents); c’est plutôt l’humilité de n’être qu’une voix parmi d’autres, l’expérience reconnue de ses faiblesses et de ses fragilités, l’ouverture bienveillante aux nouveautés dérangeantes ou aux points de vue contradictoires et la simplicité du partage de notre commune humanité.

C’est ce que Raymond Gravel a personnifié d’une manière exceptionnelle. Et que nous sommes tous invités à développer et à vivre à notre tour. Jésus de Nazareth est toujours une figure inspirante pour notre monde d’aujourd’hui quand ses témoins vivent vraiment à sa manière. Comme Raymond Gravel et le pape François.