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5 ans de pontificat pour François : le bilan du RFAN

Le Réseau des Forums André-Naud aborde le pontificat de François selon deux perspectives : l’approche pastorale et la vie institutionnelle. Le Pape a été particulièrement efficace en gestes autant qu’en discours par son approche pastorale ouverte. Il a été sensible aux plus démunis et aux laissés pour contre. Il a été ferme sur la question des migrants. Sa position sur l’environnement lors de la publication de Laudato Si a été saluée unanimement. Ses interventions sur l’économie sont pertinentes. Enfin, il a posé des gestes concrets en faveur de l’Œcuménisme et du dialogue interreligieux.

Son bilan sur la scène institutionnelle est plus en demi-teintes. Le statut de la femme et le sort réservé aux homosexuels n’a pas changé. La gestion de la question des agressions sur les enfants manque souvent de transparence. Sur l’annulation des mariages, François aurait pu aller plus loin. Par contre, les réformes administratives au Vatican semblent porter fruit.

L’approche pastorale

L’approche pastorale du pape est très positive, notamment dans les médias. François a été particulièrement efficace avec sa proposition d’un évangile radical. Il s’approche spirituellement et physiquement tant des petits que des grands, des souffrants ou des mal-aimées. Il touche, prend dans ses bras tous ceux qui l’approchent. Il recherche la proximité des gens simples.

Il affiche une liberté de ton dans ses commentaires sur l’actualité. Il est un homme de paix : il dénonce les guerres et ses horreurs. Il est simple. Il témoigne d’un réel engagement auprès des pauvres en paroles et en actions.

Il revendique une économie éthique. Une économie au service de l’être humain. Dans Evangelii gaudium, il dit : « Nous ne pouvons plus avoir confiance dans les forces aveugles et dans la main invisible du marché. », pavant ainsi la voie vers un monde meilleur.

Il est allé à la rencontre des migrants et des réfugiés. Il réprouve l’intolérance et il dénonce la pauvreté des moyens mis en œuvre pour soutenir leurs conditions de vie.

Dans son encyclique Laudato Si’, il est question de la dégradation de l’environnement qui ne peut que mener à la dégradation de la vie humaine et sociale. Il demande au monde entier de prendre soin de cette Mère Terre que Dieu nous a confiée. Nous devons changer notre manière de penser l’environnement mais surtout notre manière de vivre. Cette encyclique a été reçue avec surprise et accueillie très positivement par ceux et celles qui ont le souci de l’environnement, qu’ils soient croyantes, croyants ou non.

L’œcuménisme et le dialogue interreligieux de François sont salués. Un évêque a dit un jour : « La religion est une manière culturelle de dire sa foi ». La position de François va dans ce sens et c’est bien. Le Pape s’est rendu en Suède pour commémorer le 500e anniversaire de la Réforme avec l’Église luthérienne. Il s’est rendu en Égypte pour renouer le dialogue avec l’Islam.

La vie institutionnelle

Les réformes administratives et financières du Vatican sont saluées et appréciées. Les mesures prises pour arrêter le blanchiment d’argent du crime organisé vont dans le sens de la justice et de l’honnêteté.

Le Synode sur la famille de 2014 a mis en évidence les forces rétrogrades qui agissent à l’intérieur de l’Église et qui bloquent les changements qu’un Pape pourrait souhaiter apporter sur un grand nombre de questions éthiques. L’approche de l’église institutionnelle entrave des changements profonds plus compatibles avec l’Évangile, des changements que souhaitent aussi de nombreuses chrétiennes et chrétiens.

Ainsi, l’Église continue à ne pas vraiment faire une place aux femmes dans son Église. Pourtant, bien des femmes ont une « approche pastorale » souvent meilleure que celle des prêtres. Certaines femmes auraient aimé être prêtres et elles auraient été très efficaces. La complémentarité hommes-femmes ne peut se manifester si la femme n’a pas la même place, la même importance que l’homme dans l’Église. La femme n’est plus au service de l’homme. François a dit : « Il est nécessaire que la voix de la femme ait un poids réel, une autorité reconnue dans la société et dans l’Église ». Malgré ces bons mots, il y a quelque chose qui ne va pas ! Le réseau des Forums André-Naud estime que le pape devrait faire preuve de plus d’audace dans la promotion d’une réelle égalité « hommes femmes » dans l’Église qui éliminerait toute discrimination envers la femme !

François a hérité d’une situation, les agressions sexuelles, qui mine la crédibilité de l’Église depuis plus de trente ans. Mais, le pape ne semble allez assez loin dans la protection des enfants face aux prêtres pédophiles. On ignore ce qu’il est advenu des prêtres qui ont déjà abusé des enfants. Ces abuseurs sont des criminels et ils devraient être jugés comme tels.

Les homosexuelles et les homosexuels souffrent de ne pas être acceptés inconditionnellement. Elles, ils n’ont pas voulu cette orientation sexuelle mais doivent la vivre. Or, l’Église se cantonne à la lettre de son catéchisme. Rien n’a changé. Pourtant, les homosexuelles et les homosexuels ont le droit, eux aussi, au bonheur partagé malgré leur différence !

La simplification des procédures concernant la déclaration de nullité du mariage est positive. Le mariage doit être vécu « pour le meilleur et pour le pire (chômage, maladie etc.) ». Le meilleur doit être vécu ensemble et le pire aussi doit être vécu ensemble. Mais quand le pire est l’autre, quand il n’y a plus de meilleur, le mariage n’a plus à être valide. Il y a des personnes qui sont emprisonnées dans une relation souffrante. Or le mariage ne doit pas être une prison. L’Église devrait aller plus loin dans cette réflexion et dans la simplification des procédures quand rien ne va plus.

La pastorale « médiatique » de François est très positive. Il est un bon pasteur. Par contre, les changements institutionnels suscitent certaine déception mais l’attitude de François nourrit l’espoir, qu’avec le temps, l’Église corrige ses visions. François ne changera par toutes les règles. Il manque de temps. Cependant, la réflexion doit continuer. Le Pape n’est pas, à lui seul, l’Église. Nous sommes des millions et nous ne pensons pas tous la même chose. François lui-même tente de mettre en valeur cette diversité d’opinions en demandant aux évêques de réfléchir à partir des situations concrètes des familles, chacun dans son milieu culturel.

Dans le journal La Croix de Mars 2017, Éric-Emmanuel Schmitt écrivait de François :

« Par la lumière spirituelle qu’il dégage, il incarne les idéaux de Jésus, tourné vers les autres, attentif, compassionnel, dénonçant les fausses valeurs, la puissance, l’égoïsme, l’argent roi, le profit forcené aux dépens de la Terre et des hommes, la gloutonnerie capitalistique. D’un côté, il réprouve la pauvreté provoquée comme un scandale; de l’autre, il revendique la pauvreté comme une vertu, le goût du dénuement et du retour à l’essentiel. »

Le réseau des Forums André Naud partage cette opinion.

10e assemblée générale du Réseau des Forums André Naud

Quel avenir pour les FAN et le RFAN?

Déjà dix ans de réflexion, de débats, de partage à la suite d’une lettre rédigée par 19 prêtres de 5 diocèses du Québec, intitulée Trop, c’est trop et parue dans La Presse du 26 février 2006. Ils affichaient leur perplexité et leur désaccord devant deux documents de l’institution Église sur les personnes d’orientation homosexuelle. Inspiré par le théologien André Naud, expert à Vatican II, le petit groupe a grandi et s’est étendu progressivement, ouvrant ses portes à tous les chrétiennes et chrétiens de leur entourage, pour proposer le message chrétien comme étant une parole ouverte et libre, pertinente et crédible pour notre culture. Une parole d’espérance.

L’équipe nationale du RFAN a jugé bon et pertinent de réunir cette année tous les membres du RFAN en assemblée générale pour envisager, après dix ans, l’avenir des forums locaux et celui du Réseau des forums locaux. Des outils ont été créés pour commencer cette réflexion en forum local. La personne ressource qui nous accompagnera durant toute la journée en assemblée générale est monsieur Lucien Lemieux, prêtre du diocèse de St-Jean-Longueuil, docteur en histoire de l’Église et membre fondateur du FAN de ce diocèse. Un historien voit loin en arrière… et capable de voir loin en avant!

Bon, rempli de douceur et habité d’une conviction indéfectible

Daniel Roy

Raymond Champagne

Si nous eûmes été du temps de Jacques Cartier, Raymond eut été enterré et sanctifié avant même notre retour. Voilà que par la vigilance et les bonnes intentions de Céline Girard, nous nous trouvons informés du décès de notre frère Raymond Champagne. Quelle nouvelle ! On ne soupçonne pas la mort imminente d’un proche compagnon.

Le souvenir le plus lointain qui m’était revenu la première fois que je l’avais revu au Forum André Nault, c’est celui d’un prêtre au Petit Séminaire de Nicolet durant les années 1967-68.  Il s’était spécialisé en Orientation professionnelle. J’avais fait appel à lui pour connaître mes propres forces. Mon œil de jeune étudiant me le décrivait comme un homme compétent, passionné, moderne et joyeux. Avec lui, pas de complications et de tracasseries inutiles comme nous pouvions à l’évoque en être facilement affligés. C’était un homme d’avenir. Il lisait dans les intentions des jeunes de mon âge et dans les nécessités de la société. Puis il tentait au mieux, de faire s’arrimer, tout ce pouvoir de don et celui des quêtes de ce temps-là.

J’ai appris plus tard, après l’avoir perdu de vue pour de vrai, qu’il était de tous les combats. Il a enseigné la gérontologie et la psychologie à l’UQTR, a reçu le mérite annuel des psychologue du Québec, l’hommage de l’association dès gérontologues du Québec et récemment, la médaille du mérite professionnel du Séminaire de Nicolet.

Il faisait partie du Forum André Nault, ce qui est un signe de bonne volonté eu égard à l’Église et à sa présence au monde.

Je suis habité à la fois par un sentiment de tristesse et de joie.  Raymond aura jusqu’à la fin tenté d’imprimer à son Église diocésaine, un redressement de colonne. Vivre la modernité tout en ne s’éloignant d’aucune façon de la pensée de Jésus. Je rends hommage à ce battant, mort au combat de l’espérance. La douceur de cet homme laissera des traces de bonté auprès des siens et de ses amis dont nous, du FAN des diocèses de Trois-Rivières et de Nicolet.

Adieu frère Raymond, à Dieu,  l’ami, nous gardons de toi le souvenir d’un homme bon, rempli de douceur et habité d’une conviction indéfectible: l’homme est appelé à plus grand que lui.

Y trouve-t-on des signes d’amour ?

Gregory Baum, théologien

(N.D.L.R.) Dans le cadre du Synode romain sur la famille tenu en 2014 et en 2015, le Forum André-Naud a demandé  à des auteurs, parmi d’autres, de rédiger une opinion afin d’alimenter la réflexion sur le sort réservé à la famille en 2015. Voici un extrait de la « courtepointe » qui a été publiée dans notre dernier bulletin.

La communauté Saint-Pierre Apôtre de Montréal, dont je suis membre, a élaboré sa vision de la famille, contribution au Synode Romain d’octobre 2015. Cette communauté se décrit ainsi : « Notre famille chrétienne est riche du vécu des personnes célibataires hétérosexuelles et homosexuelles, bisexuelles et transgenres; des couples hétérosexuels, des couples homosexuels, de couples divorcés, de couples remariés; de familles biparentales, de familles monoparentales, de familles recomposées, de familles homoparentales.

Pourquoi cette paroisse espère-t-elle pouvoir influencer l’enseignement officiel de l’Église? Premièrement, le pape François a maintes fois déclaré qu’il veut une Église ouverte, capable d’intégrer à la vie paroissiale les catholiques actuellement exclus. Deuxièmement, le rapport du Synode Romain 2014 montre que les évêques, conscients que dans le monde actuel la famille traditionnelle a été fragilisée, veulent apporter de l’aide à des catholiques vivant dans des unions non reconnues par l’Église, se débrouillant seuls avec leurs enfants, ou formant une famille inhabituelle.

Dans le rapport intérimaire du Synode 2014, en effet, on trouve une approche pastorale tout à fait innovatrice, que j’ai déjà présentée dans les pages de la revue Relations et que je veux décrire brièvement ici. Le rapport se réfère à l’affirmation quasi paradoxale du con-cile Vatican II: d’un côté, l’Église catholique est la seule véritable Église, d’un autre côté, les autres Églises chrétiennes, moins parfaites, communiquent le baptême et des vérités évangéliques à leurs membres, faisant ainsi partie du mystère de l’Église. Le rapport voit le même paradoxe dans la situation contemporaine des familles: d’un côté, le mariage ca-tholique, sacramentel et indissoluble, institution parfaite de Dieu, et de l’autre côté, les autres unions, stables et moins stables, contenant souvent des éléments positifs manifes-tant que Dieu y est présent.

Le rapport ne donnant pas une liste des éléments positifs de ces unions non conformes, j’en propose quelques-uns: la confiance en Dieu, l’appui mutuel, l’amour altruiste, le soin dévoué des enfants, l’empressement de se pardonner, et l’effort commun pour être au service de la société. On trouve dans ces unions non reconnues toutes sortes d’expressions d’amour, signes de la présence de Dieu, que – selon le rapport – l’Église officielle doit reconnaître et respecter. L’appréciation positive de la vie d’amour dans des couples «pas correctement» mariés est tout à fait nouveau dans l’Église catholique. Cela représente un saut vers une nouvelle théologie: on passe d’une approche déductive à une approche inductive. Je m’explique: dans le passé, à partir d’une idée claire du mariage catholique, on concluait que les catholiques dans une union non conforme vivaient dans le péché; aujourd’hui, selon le rapport, pour arriver à un jugement sur les catholiques dans une union non conforme, il faut regarder ce qui se passe dans cette union. Il s’agit d’une approche empirique: est-ce qu’on y trouve des signes d’amour, de service altruiste et des efforts communs pour faire du bien? Si oui, le rapport veut que l’on respecte cette union imparfaite et qu’on l’accueille dans la paroisse.

Cette approche théologique généreuse me rappelle une antienne qu’on chantait dans l’ancienne liturgie de la Semaine Sainte : ubi caritas et amor, Deus ibi est, là où se trouvent l’amour et la charité, Dieu est présent. Cette approche théologique conduit aussi à une nouvelle perception des unions homosexuelles Pour évaluer moralement ces dernières, il faut regarder ce qui se passe dans ces unions : est-ce qu’on y trouve l’amour, l’amitié, l’appui mutuel, un sens commun de responsabilité citoyenne, etc. ? Si oui, on doit respecter ces couples catholiques: leur union est imparfaite, mais le comportement des personnes impliquées est appuyé par la grâce de Dieu.

Les paragraphes du rapport intérimaire du Synode 2014 qui présentent cette nouvelle approche théologique et pastorale ne se retrouvent plus dans le rapport final, publié après le Synode. Il semble bien que ces paragraphes ont été supprimés par des cardinaux conservateurs ne partageant pas l’ouverture du Pape François. Il est donc important que les catholiques progressistes s’organisent pour soumettre leur témoignage à la considération du Synode 2015.