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Le Ramadan d’un prêtre québécois

N.D.L.R. Jean-Pierre Langlois, membre du Forum André Naud, prêtre, est parti à l’automne 2016 pour 3 ans en mission à Tamanrasset, au sud de l’Algérie et à la porte du Sahara. Jean-Pierre Langlois a transmis cette correspondance.

Mon premier Ramadan

D’abord, la théorie… il est instructif de connaître ce que signifie le ramadan et comment la population tente de le vivre…

L’islam professe un Dieu unique, appelé Allah. Il s’agit d’un monothéisme absolu. L’unicité de Dieu est le socle fondamental de l’islam.

Pour devenir musulman, il faut professer sa foi. C’est le premier et le plus important des cinq piliers de l’islam. La profession de foi (en arabe : chahada) consiste à prononcer une formule : « Il n’est de dieu que Dieu (Allah) et Mohamed est son prophète. »

Parmi ces différentes obligations cultuelles majeures de l’islam, stipulées dans le Coran et attestées par la tradition musulmane, il y a aussi le jeûne du Ramadan (ou sawn). Le jeûne dure un peu avant l’aube et s’achève après le crépuscule, au moment de la première prière du soir, durant les 29 ou 30 jours du 9e mois lunaire du calendrier musulman.

Le Ramadan a commencé en 2017 le 27 mai et se terminera le 24 juin. Le jeûne consiste à s’abstenir de manger, de boire , de fumer et d’avoir des relations sexuelles, mais aussi de s’interdire de jurer et de se livrer à la violence. C’est un temps de prière, de recueillement et de lecture du Coran.

Chaque soir, la rupture du jeûne se déroule dans une atmosphère festive. À la nouvelle lune suivante, le mois de Ramadan s’achève avec la fête de l’Aïd al-Fitr, journée fériée dans tous les pays musulmans et première journée de retour à la normale.

Pierre Claverie écrit à ce sujet : « Par sa rigueur, il est le rappel d’une nécessaire ascèse dans l’usage des biens de ce monde et d’une participation volontaire aux souffrances de ceux qui ont faim et dont il faut garder le souci. Temps, de mise en disponibilité pour Dieu, […] mais aussi occasion d’une intense vie familiale et sociale, ce mois de ramadan est vécu collectivement comme un mois pour Dieu et pour la communauté ». (Petite introduction à l’islam. Cerf,2000.pp. 57-58)

Ensuite, voici mon inexpérience du ramadan…

Car je dois avouer tout de suite que je ne connais rien de cette expérience spirituelle et matérielle, ou si peu. Un étranger, par la langue, la culture, la religion, peut-il se fier à ses impressions, ou à quelques manifestations extérieures qu’il a perçues ? Doit-il raconter cela comme vérité, ou même vraisemblance ?

Cela a commencé à mon retour de l’Assekrem. Sur la piste cahoteuse, tout à coup, vers 14 heure, le chauffeur s’arrête en plein désert, et s’en va tranquillement de l’autre côté de la piste pour faire sa prière du milieu du jour, en se prosternant. Nul doute, ces jeunes musulmans sont sincères. Il n’y a pas âme qui vive pour les amener à prier là-bas.

Alors que d’habitude la journée commence tôt, pas longtemps après l’appel du muezzin – autour de 4 heures 30 ou au plus tard 5 heures le matin -, c’est presque le contraire durant le ramadan. Comme les gens doivent jeûner à partir de l’aube, qui correspond plus ou moins à cet appel, il se dépêche de manger et après le bref moment de la prière, s’en vont se coucher. On pourrait presque dire que la population vit la nuit, et dort durant la journée.

Presque… car il faut bien avoir de quoi vivre, et pour cela il faut aller travailler. Imaginez votre travail, et même faire à manger pour préparer le repas du soir qui sera la rupture du jeûne, avec toute sorte de petites douceurs, sans boire ni manger. Pour moi, ne pas boire de l’aube au coucher du soleil en ces jours de grande chaleur serait très difficile, voire presque impossible.

D’ailleurs on ne demande à personne s’il a bien jeûné selon les normes. Inconvenant et indiscret, mais aussi bien peu compatissant ! Imaginez maintenant les grands adolescents qui voudraient bien faire comme les adultes, mais qui viennent bouffer dans le frigo à toute heure du jour, pour ne pas dire jour et nuit !
La douche
Je lisais dernièrement qu’au Pakistan, il y a une vague de chaleur extrême, probablement précédant la mousson. Jusqu’à 45-47 degrés Celsius ! On ne travaille qu’une demi-journée, on s’asperge d’eau sur la tête pour tenir le coup, ou on va se mettre sous une sorte de douche improvisée pour poursuivre de son mieux le travail.

Il n’est pas étonnant de croiser des vendeurs sur la rue en train de bailler ou de s’endormir, de se traîner les pieds ou carrément d’être amorphes. Je suis allé acheter du pain hier : le dépositaire était étendu dans l’arrière boutique, il m’a vu et, au lieu de se lever, de son lit improvisé, m’a fait signe de me servir moi-même et de venir lui apporter l’argent correspondant à mon achat !

Mais quand arrive la fin de l’après-midi, l’effervescence renaît. Les gens pour s’acheter de quoi rompre le jeûne pour leur famille et, possiblement, pour leurs amis ou invités de marque. Les magasins ouvrent grandes leurs portes, les gens se bousculent ou deviennent impatients plutôt qu’indolents, les bouchons de circulation se créent et les coups de klaxon se font entendre, car tout devrait être prêt pour le premier appel à la prière su soir. Cela se passe vers 19 heures 30 ces jours-ci, qui représentent, vous l’aurez noté, les jours les plus longs de l’année.

En famille, on se réunit pour rompre le jeûne en commençant par manger quelques dattes et boire du lait. C’est délicieux, nourrissant, et permet ensuite de se rendre quelques instants au lieu de prière de la maison ou à la mosquée. C’est ce qu’on appelle le « ftour » ou « iftar », la rupture du jeûne. En temps habituel, cela désigne plutôt le petit déjeuner. Mais n’est-ce pas aussi le moment où l’on rompt le jeûne de la nuit précédente ?
ftour ou rupture du jeûne
Puis, après la prière, on se met à table pour les choses sérieuses : une soupe, souvent de blés verts écrasés, un couscous de légumes et/ou de viande, une salade, du pain, et du dessert (la plupart du temps des fruits de saison, actuellement des pastèques et des melons). Du thé, 3 petits verres de thé avec de la mousse, ou une tisane termine ce repas. J’ai eu l’occasion de vivre à quatre reprises cette rupture du jeûne chez des amis musulmans des Petits Frères et Petite Sœur. J’ai pu observer un peu ce qui s’y passe.

Dans la rue, les jeunes déambulent durant la nuit; d’autres se rendent à la mosquée pour relire et psalmodier le Coran. Cela peut durer presque 2 heures, voire la nuit entière lors de la grande Nuit du Destin où l’on célèbre la révélation faite à Mohammed de cette Parole même de Dieu au monde. Et pour être certain que tous en profitent, les haut-parleurs des mosquées se répondent à qui mieux mieux.

On se préparera finalement à prendre un autre repas et à bien s’hydrater avant l’appel à la prière de l’aube suivante. Ainsi de suite durant les 29 ou 30 jours du mois lunaire du ramadan.

La conclusion de cet événement annuel, où la vie est chamboulée, est l’Aïd el-Fitr. Jour de festivités, jour où la communauté musulmane, l’Umma, se met au diapason de sa foi et de sa vie collective. Les croyants se rassembleront en plein air au petit matin.
Prière musulmane
Est-ce à dire que tous s’y engagent profondément ? Que tous vivent le ramadan en profondeur, en vérité ? Autant demander si tous les chrétiens sont des croyants mystiques, des témoins fidèles, des personnes engagées dans leur vie de foi !

Mais la foi musulmane a forgé ces rites et en a tellement imprégné la population que les pays musulmans ont ajusté leur vie à cette réalité. Il serait donc inconvenant et bien indélicat de manger en plein jour à l’extérieur de nos maisons, de s’abreuver devant tout le monde en ingurgitant nos bouteilles d’eau tout en marchant dans la rue.

Pour ce qui est des intentions et du cœur, seuls des liens bien plus amicaux et anciens que ceux que je commence à tisser pourraient en témoigner réellement. Si certains d’entre vous s’y intéressent, je vous recommande un texte écrit par un Petit Frère de Jésus vivant en Algérie depuis toujours, et qui nous présente une plus grande diversité de réactions devant le ramadan qu’on pourrait le supposer à première vue. Je vous le transmets en même temps que mon écrit.

Changer les religions

Les religions et en particulier les grandes religions occidentales affichent une image dictée par leurs extrémistes. C’est notamment le cas pour le Catholicisme, le Judaïsme et l’Islam. Les extrémistes de deux dernières religions sont d’ailleurs les protagonistes de guerres confessionnelles. Pourtant certains de leurs ministres, humblement, tentent de réformer leur religion afin de la rendre plus moderne et plus ouverte. Un documentaire québécois d’une heure en fait un portrait. À une plus grande échelle, un réseau mondial s’est constitué à l’occasion du 50e anniversaire du Concile Vatican II. Il s’est donné pour mission de susciter des réflexions et de faire des propositions  sur les réformes à entreprendre dans l’Église catholique. Voici ces démarches.

Ma foiThomas Rinfret, après une carrière éclectique en ski professionnel, s’est orienté en production cinématographique. Après avoir produit avec succès des films sur le ski extrême, il est désormais réalisateur à Télé-Québec. Âgé de près 35 ans, père d’un jeune enfant, Rinfret s’est interrogé sur la pertinence de faire baptiser son fils.

C’est cette question qui lui a inspiré le documentaire Ma Foi présenté en décembre 2016 à Télé-Québec. Il nous présente sa quête faite auprès d’un prêtre catholique, Pierre-Gervais Majeau, incidemment membre du Réseau des Forums André-Naud, de deux Imans,  dont un homosexuel et un… skieur et enfin, une Rabbin. Tous ces ministres religieux travaillent à réformer leur religion afin de les mettre à jour avec les exigences de nos sociétés contemporaines et afin de corriger l’image négative que ces religions transmettent dans l’opinion. Par ailleurs, un spécialiste présente des données factuelles sur l’État de ces religions.

Le documentaire permet ainsi de mieux comprendre l’état d’esprit avec lequel les Québécois nés après 1960 appréhendent la religion. Il donne aussi un aperçu des efforts déployés actuellement pour combler le retard qu’on pris les religions.

Par ailleurs, le Réseau conseil mondial s’est constitué à l’occasion du 50e anniversaire de Vatican II lors d’une rencontre qui s’est déroulé à Rome du 20 au 22 novembre 2015. Environ 100 délégués venant de 28 pays répartis dans les 5 continents se sont réunis pour entamer une démarche visant à réformer l’église catholique selon deux perspectives :

  1. la manière d’être de l’Église ( le peuple, y compris la hiérarchie ), son fonctionnement et son organisation afin de l’ améliorer, de sorte qu’elle soit au 21eme siècle ce qu’elle dit être ,
  2. le dire et le faire de l’Église afin de permettre à ses membres d’éclairer, avec l’Esprit de Jésus, notre monde en constante évolution, et de contribuer à sa transformation en un monde de paix, de justice sociale et économique, de solidarité, un monde luttant contre la pauvreté dans lequel chaque homme et chaque femme puisse se développer dans toutes les dimensions de son être.

Réseau conseil mondialInitié par le Réseau Européen Églises et Libertés et le Mouvement International Nous Sommes Eglise, le réseau est constitué et appuyé par des organisations comme le Réseau des Parvis de France, le Catholic Church Reform International (CCRI), le  Movimento Fé e Política brésilien ou le Réseau des Anciens Jecistes d’Afrique (RAJA) d’Afrique qui font partie des nombreuses organisations qui appuient la déclaration Council 50 adoptée à l’occasion de la réunion de Rome. La déclaration comporte des engagements des membres selon les perspectives évoquées plu tôt et sur différents thèmes :

  1. Dans le monde
    1. Paix et guerre
    2. Justice économique et sociale
    3. Environnement et développement durable
    4. Genre, sexualité et famille
  2. Dans l’Église
    1. Ministères et égalité entre les femmes et les hommes
    2. Communautés ecclésiales de base
    3. Dialogue au sein de l’Église et avec le mond
    4. Église des pauvres

Le réseau s’est donné un plan d’action qui vise notamment à identifier les réformes nécessaires et à tenir des « Synodes du peuples de Dieu ». Le premier Synode est prévu pour 2018 et devrait se tenir à Brasilia, Brésil. Les sujets traités par ce Synode devraient être :

  • mettre l’accent sur les insuffisances de la manière d’être et de l’organisation actuelle de notre Église;
  • présenter des alternatives à la lumière du Concile Vatican II, de l’Évangile, et des résultats des approches théologiques, y compris de la théologie de la libération;
  • exprimer une vision, fondée sur le message de Jésus, qui soit capable d’inspirer le monde entier pour la justice sociale et économique, la solidarité, les droits humains, la préservation de notre planète et de la paix.
  • restaurer l’espoir que l’esprit d’ouverture exprimé il y a plus de 50 ans dans les documents du Concile, ainsi que dans les écrits, les paroles et la pratique de notre pape François.

Il y a là une immense tâche à accomplir. Et il reste à savoir si cela suffira pour répondre aux besoins de celui qui est en quête de Foi.

Saint Dominique : La fondation de l’Ordre des Prêcheurs dans un moyen âge bouleversé

1215, il y a 801 ans cette année, Dominique de Guzmán, saint Dominique, fondait l’Ordre des Frères Prêcheurs. Ce jeune espagnol revêtait la robe blanche et le manteau noir pour propager la Parole de Dieu à l’aide de la parole humaine. Le P. Yvon Gélinas, o.p., professeur d’histoire médiévale au Collège universitaire dominicain d’Ottawa, retracera les siècles riches en couleur et en importance de l’Ordre des Prêcheurs.

L’Ordre des Dominicains a compté de grandes figures : Albert le Grand et Thomas d’Aquin au Moyen Âge, philosophes et théologiens, Bartolomeo de las Casas, le défenseur des Indiens dans le Mexique colonial, et, plus près de nous, mentionnons les PP. Yves Congar et Marie-Dominique Chenu au concile Vatican II et chez les prêtres ouvriers. Fondée en 1890 par le P. Lagrange, l’École biblique dominicaine de Jérusalem a renouvelé les études de la Bible.

Ce brillant anniversaire ne doit pas occulter quelques moutons noirs, dont, au 15e siècle espagnol, le sinistre Tomás de Torquemada pour qui l’expression «chasseur de sorcières» n’était pas une figure de style. Il n’empêche que l’Ordre des Frères Prêcheurs a donné à l’Église catholique et à l’Occident tout entier quelques-unes de ses plus brillantes figures. Et n’oublions pas, chez nous, le regretté Benoît Lacroix, historien du Moyen Âge et de la littérature québécoise, et surtout, un sage pétri d’humanité, de sapience et… d’humour.

Docteur en sciences médiévales (Université de Montréal), diplômé de la Bibliothèque vaticane (archiviste-paléographe), le P. Yvon Gélinas, o.p., enseigne l’histoire de l’Église au Collège universitaire dominicain d’Ottawa. Ses champs d’intérêts vont du début du christianisme jusqu’au Moyen Âge et la Réforme. Depuis quelques années, il s’intéresse également au siècle des Lumières.

Cette soirée se tiendra à 19h30, le jeudi 17 novembre 2016, dans l’église des Dominicains située au 2715, Côte-Sainte-Catherine, à Montréal (autobus 129 – métro Université-de-Montréal). Stationnement gratuit. L’entrée est libre, une contribution volontaire de 10 $ est suggérée.

Pour plus de renseignements, on peut joindre Simon Paré au 514-279-4799 – pare@videotron.ca, ou s’informer auprès de info@cccmontreal.org

Lancement de livre – Devenir partenaire de Dieu

Le Parvis de Québec vous invite à un échange sur «Devenir partenaire de Dieu» avec Michel Cantin et l’abbé Pierre-René Côté à 19h30, le mercredi 18 mai, 2016 au Sous sol du Montmartre, 1669 Chemin Saint-Louis, Sillery.

Dans les années 50 les personnes qui n’allaient pas à la messe le dimanche étaient pointées du doigt. Aujourd’hui la situation est inversée. Que s’est-il passé pour qu’on en soit arrivé là ? La réponse à cette question est importante, car elle conditionne les choix et les décisions que nous prenons.

Si nous regardons la moyenne d’âge des célébrants et des assistants à la célébration dominicale, il est facile de prévoir que nous n’avons pas fini de fusionner des paroisses. Dans une vingtaine d’années il risque de n’en rester que quelques-unes pour toute la ville de Québec et l’on peut se demander s’il y aura assez de pratiquants pour financer le salaire des quelques prêtres qui seront encore là. Est-ce inévitable ?

Cette désaffection est le signe que la pratique traditionnelle centrée sur les sacrements n’est plus significative pour la majorité de nos contemporains. Est-il possible de concevoir une pratique qui soit à la fois fidèle à l’enseignement de Jésus de Nazareth et en consonance avec la sensibilité de nos concitoyens ? C’est le défi que tente de relever un livre récemment paru Devenir partenaire de Dieu en ouvrant des pistes pour une pratique chrétienne dans une société laïque.

À l’occasion du lancement officiel de ce livre vous êtes invité à venir échanger avec l’auteur, Michel Cantin, et l’abbé Pierre-René Côté, professeur associé à la faculté de théologie de l’université Laval qui en a écrit la préface,Mercredi soir, le 18 mai, à 19h30 au Sous-sol du Montmartre, 1669 Chemin Saint-Louis, Sillery.

Entrée gratuite.