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Diaconat et statut de la femme

Le Vatican a annoncé officiellement, le 2 août 2016, la constitution d’une commission chargée d’étudier la question du diaconat féminin. Selon, Radio-Vatican, le mandat de la commission sera de « se penchera sur le rôle des femmes-diacres, aux premiers temps de l’Église. Le « diaconat » féminin primitif, tel qu’il a pu exister, n’était pas un ministère en vue du sacerdoce, mais un service institué, notamment, pour assister les femmes catéchumènes lors du baptême. Le sujet n’est donc pas nouveau et a déjà fait l’objet de réflexion. »

La commission compte 13 membres, dont 6 femmes présidée par Mgr Luis Francisco Ladaria Ferrer, archevêque de Tibica, secrétaire de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Parmi les membres, on notes la présence du père Bernard Pottier, enseignant à l’Institut d’Etudes théologiques de Bruxelles et de Sœur Mary Melone, première femme à la tête de l’université pontificale franciscaine de l’Antonianum, à Rome.

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Photo imaginée par la rédaction de Pèlerin. © Fabrice Guyot

C’est à l’occasion d’une rencontre, en mai 2016, avec les responsables de l’Union internationale des supérieures générales (UISG) que le pape François s’était dit « prêt à créer une commission d’étude sur le diaconat féminin », selon ses propos rapportés par Radio-Vatican. Le Pape avait invité les responsables « à éviter les écueils d’un ‘féminisme’ et d’une ‘servitude’ mal compris, qui se substitueraient à un service véritable. » Entre temps, le Pape s’était dit cependant « d’accord pour une plus grande représentation des femmes dans des postes de responsabilité, dans les cas où ces fonctions n’auraient pas de lien avec le sacrement de l’ordre. »
Au Québec, l’Autre parole, une Collective de femmes féministes et chrétiennes, actives au Québec depuis 1976 avait réagi à cette déclaration :

En septembre 1989, dans le no 43 de la revue, L’autre Parole avait publié un éditorial et nous indiquions entre autres :

Nous ne voulons pas promouvoir un sacerdoce proprement féminin à partir de qualités qui seraient intrinsèquement féminines. Nous ne croyons ni à un sacerdoce masculin, ni à un sacerdoce féminin. Pour nous, il ne devrait y avoir qu’un ministère ecclésial accompli par des femmes ou des hommes qui sont des sujets sexués dans l’histoire.

Même si l’avènement de l’ordination des femmes n’offre pas de garantie absolue du renouvellement ecclésial, nous pensons qu’il favoriserait, à tout le moins, la réalisation de l’Église de notre espérance.

Pour sa part, Jean-Claude Leclerc du Devoir, concluait sur cette question :

Le jésuite argentin devenu pape peut mieux que d’autres éclairer l’Église catholique en matière sociale et même écologique. Mais il reste captif en regard du sort fait aux femmes dans l’Église qu’il a connue. Lui en donner un éclairage évangélique ne sera pas le moindre défi des féministes.

Par ailleurs, plusieurs pétitions pour soutenir le diaconat des femmes sont en ligne, notamment celle d’une une organisation britanique, le Wijngaards Institute for Catholic Research, à laquelle le Parvis de Québec a souscrit.

Les femmes et les grandes religions

Dans son numéro de mars 2016, la Gazette des femmes publie un dossier sur la place des femmes dans chacune des grandes religions: Bouddhisme, Hindouisme, Judaïsme, Islam et Christianisme. La Gazette des femmes rappelle que « certains préceptes, rites, interprétations des textes sacrés et hiérarchisations des rôles au sein des grandes religions continuent d’incarner des valeurs patriarcales ». Cependant, les femmes sont très présentes au sein de ces grandes religions. Alors, comment faire une place au religieux et au Sacré sans hypothéquer la promotion des droits de la femme. La Gazette a demandé à des femmes pratiquantes comment se vivait cette antinomie. Voici un aperçu de ce dossier.

Des moniales bouddhistes

Alors que la sphère publique du Bouddhisme tibétaine est occupée surtout par des hommes, notamment par le dalaï-lama et par Mathieu Ricoeur dans le monde francophone, « plusieurs femmes ont fondé des monastères, dirigent des communautés, enseignent et écrivent des livres, notamment aux États-Unis » selon Jason Simard du Centre Paramita de bouddhisme tibétain dans l’est de l’île de Montréal citée par Melina Schoenborn de la Gazette des femmes. « Quatre-vingts pour cent des membres de notre communauté laïque sont des femmes », estime Sonia Constantineau du même centre.

Par ailleurs, selon Danielle Lamoureux qui a été moniale bouddhiste pendant 15 ans,  ce sont les pressions des occidentales qui ont modifié le statut accordé aux femmes : « En Asie, il y a longtemps eu de la discrimination envers les femmes bouddhistes : elles étaient plus orientées vers la dévotion rituelle, alors qu’on encourageait les hommes à étudier plus avant et à devenir enseignants. » Mais aujourd’hui, selon elle, c’est la conjugaison entre l’engagement social et la vie spirituelle qui est actuellement le principal défi.

Viols collectifs en Inde, déesses hindoues

La figure centrale de la pratique hindoue des ashrams peut être une femme vivante ou non et celle-ci est alors presque considérée comme une déesse.  Les femmes ont le même pouvoir que les hommes de se sortir du cycle karmique des réincarnations successives rappelle Marilyse Hamelin de la Gazette des femmes.

Mais la condition des femmes varie d’un extrême à l’autre dans le monde hindouiste. « Dans certains milieux, castes, villages et familles, les hindoues sont considérées comme n’ayant pas de valeur en dehors de leurs rôles d’épouses et de mères, concède Catherine St-Germain, auteure d’un mémoire sur la vie des hindoues. Par contre, dans les milieux urbains et éduqués, on valorise beaucoup leur accomplissement professionnel. » Toujours selon  Catherine St-Germain, alors qu’il n’y a pas de femme au conseil d’administration ou de femme prêtre, il y a des temples qui ne peuvent pas fonctionner  sans la présence des femmes.

L’Inde connaît les viols collectifs, les femmes brûlées à l’acide et les avortements sélectifs mais selon Diana Dimitrova, professeure à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal, « Aucune de ces pratiques ne figure dans les textes, même les plus stricts envers les femmes, explique . Le sexisme existe en Inde, mais il n’est pas basé sur la religion. »

« Au final, il est très difficile d’avoir une perspective de la situation des femmes dans l’hindouisme… Pour espérer y arriver, il faut mentionner la pluralité des réalités », conclut Diana Dimitrova.

Répudiation sans divorce dans le Judaïsme

Sarah Poulin-Chartrand de la Gaztte des femmes constate que, dans le Judaisme, « des femmes de différents horizons s’appliquent à dépoussiérer sa pratique et bousculent l’ordre établi… à petits pas. » Mais une femme qui veut prier devant le mur des Lamentations risque la lapidation par les ultra-orthodoxes et il y a toujours une ségrégation sexuelle à la Synagogue. Et si « on célèbre encore à grands traits la maturité religieuse des jeunes garçons, on est beaucoup plus discrets avec les jeunes filles. »

Rachel Kohl Finegold est devenue, en 2013, la première maharat du milieu orthodoxe montréalais, dans la congrégation Shaar Hashomayim. Selon elle, « les pratiques sexistes ne trouvent aucune justification dans les textes sacrés ». Norma Joseph, pour sa part, milite pour faire cesser la pratique du « divorce juif », une répudiation de l’épouse qui est une pratique à ses yeux profondément sexiste.

Pour Anne Létourneau, chargée de cours en sciences des religions à l’UQAM et spécialiste des femmes dans le judaïsme, dans le contexte québécois, ces revendications peuvent paraître insuffisantes, mais dit-elle, il faut voir d’où partent ces femmes et le courage dont il faut faire preuve pour affronter les ultra-orthodoxes.

Interprétations patriarcales dans l’Islam

Niqab, burqa ou simple hijab sont les marques de commerce du statut de la femme dans le monde musulman pour bien des Québécois. Pour Asmaa Ibnouzahir, militante pour les droits des femmes et auteure du récent ouvrage Chroniques d’une musulmane indignée (Fides, 2015), et citée par Sarah Poulin-Chartrand de la Gaztte des femmes, « certaines interprétations patriarcales sont très anciennes et ont été renforcées dans les systèmes d’éducation religieuse. Malheureusement, ces lectures dominent dans l’enseignement des sciences religieuses dans les pays à majorité musulmane. »

Au Québec, selon, Roxanne Marcotte, professeure au Département de sciences des religions de l’Université du Québec à Montréal, « Une musulmane provenant d’Algérie, appartenant à la classe aisée, universitaire et entrepreneure, aura une expérience très différente de celle d’une musulmane d’Égypte issue d’un milieu rural et plus traditionnel dans ses rapports à la religion, à l’éducation, aux valeurs, à la carrière. »

Asmaa Ibnouzahir constate que « plusieurs femmes sont opprimées en raison du fait qu’elles sont femmes, non blanches et qu’elles vivent dans un statut socio-économique précaire. Il est clair que le fait d’être musulmanes, surtout si elles sont visiblement musulmanes, avec le foulard par exemple, ajoute une couche à l’oppression ! Et cette oppression supplémentaire freine les femmes dans leur travail d’émancipation, particulièrement dans les milieux francophones. »

Les femmes : main d’oeuvre de l’Église

Marilyse Hamelin de la Gazette des femmes esquisse un portrait des luttes féministes à l’intérieur des Églises chrétiennes au Québec. Ainsi, le collectif l’Autre parole s’est donné pour mission d’organiser et présider des célébrations comportant des relectures et des réécritures féministes de la Bible depuis près de 40 ans. Pour leur part, les Femmes prêtres catholiques romaines (FPCR) ordonnent déjà des femmes et ont nommé en 2011, une évêque canadienne.

Alors que les « femmes représentent une main-d’œuvre indispensable pour les fonctions pastorales et administratives de l’Église catholique romaine », force est de constater que le dernier Synode romain sur la famille n’a pas fait avancer les questions liées aux conditions des femmes. Selon Denise Couture, professeure titulaire à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal, alors qu’on pressentait une progression vers l’atteinte de l’égalité homme-femme durant les années 1970, jean-Paul II est intervenu avec une position « selon laquelle la femme a été créée comme l’autre de l’homme, pour le servir ».

La plupart des Églises protestantes québécoises autorisent depuis plusieurs années l’ordination des femmes.  Mais selon Liliane Crété, auteure de Le protestantisme et les femmes. Aux origines de l’émancipation (Labor et Fides, 1999), « ordination de femmes ou présence de pasteures ne rime pas nécessairement avec éradication du sexisme. » Par ailleurs, dans le monde protestant, il y a les Églises évangéliques. Mais pour Chantal Bertrand, doctorante à la Faculté d’éducation de l’Université de Montréal et détentrice d’une maîtrise en science des religions, « Elles sont extrêmement différentes les unes des autres. Certaines comptent des pasteures depuis très longtemps, alors que c’est carrément inconcevable pour d’autres. Il existe des centaines de dénominations qui peuvent être en complet désaccord sur le mariage gai, l’avortement et la place des femmes. »

Ne pas abandonner la spiritualité

Ainsi, pour plusieurs femmes, il est nécessaire de réformer de l’intérieur les religions plutôt qu’abandonner leur spiritualité. Il faut convenir avec elle, que l’égalité hommes-femmes passer par une réforme des rites des dogmes religieux dans plusieurs sociétés.

Féministes et croyantes? Il était une foi des féministes

Féministes et croyantes? Il était une foi des féministesÀ l’occasion de la semaine interculturelle de l’Université de Montréal, le Centre étudiant Benoit-Lacroix propose le jeudi 11 février 2016, de 15h à 17h, une activité de théâtre interactif et une discussion animée sous le thème « Féministes et croyantes? Il était une foi des féministes». Produite par la troupe de théâtre Mise au jeu et le groupe Maria’M, cette pièce propose une réflexion sur la diversité au sein du mouvement des femmes québécois. Une discussion suivra la pièce, avec des interventions de personnes-ressources.

Ce théâtre forum écrit par Alice Pascual propose une réflexion sur la diversité au sein du mouvement des femmes québécois. La pièce aborde les enjeux de discrimination que vivent les femmes dans la société et dans les traditions religieuses. Elle veut susciter un échange sur les préjugés et les incompréhensions concernant les sources d’engagement des femmes croyantes pour l’égalité. Elle invite au dialogue et à la solidarité pour transformer les pratiques patriarcales dans tous les milieux.

L’activité est proposée par le Centre étudiant Benoît-Lacroix, organisme d’activités spirituelles et culturelles sur le campus de l’Université de Montréal. Mise au jeu est une compagnie d’intervention théâtrale participative qui produit des œuvres à partir des phénomènes de société. Cette pièce a été produite avec le groupe Maria’M, une initiative de dialogue entre féministes chrétiennes et musulmanes coordonnée par le Centre justice et foi.

Entrée libre!

 

Place de la femme dans l’Église – évolution passée et à venir

Place de la femme dans l’Église  -  évolution passée et à venir

(N.D.L.R.) Louise Gaboury, relationniste pour le FAN de Nicolet/Trois-Rivières, nous a fait parvenir le compte-rendu de l’entrevue sur la place des femmes dans l’Église qu’Élisabeth J. Lacelle, théologienne a accordé à Radio Ville-Marie. C’est avec plaisir que je vous l’achemine. Ce texte est reproduit avec la permission du Réseau Femmes et Ministères . Élisabeth Jeannine Lacelle est théologienne, diplômée de l’Université Saint-Paul et de l’Université de Strasbourg. Professeure en histoire des doctrines et des institutions chrétiennes à l’Université d’Ottawa, elle s’est distinguée en études des femmes et des religions, notamment en christianisme. Elle a été consultante à la Conférence des évêques catholiques du Canada de 1971 à 1984, à titre de présidente du Comité ad hoc sur le rôle de la femme dans l’Église de 1982 à 1984. Tout a commencé en 1971. C’est de cet événement qu’il sera question ce matin et de sa pertinence pour la question de la condition des femmes dans l’Église aujourd’hui.

Élisabeth J. Lacelle
Entrevue d’Élisabeth J. Lacelle à l’émission Sur les rives de l’Outaouais sur les ondes de Radio Ville-Marie, le mercredi 5 mars 2014 par Pierrot Lambert et Simone Saumur-Lambert

1. Dans un texte paru en 2011 sur le site Web du réseau Femmes et ministères, vous rappelez un événement qui s’est produit dans l’Église canadienne en 1971.  Pouvez-vous nous en parler et nous dire en quoi il a été historique.

Un mot sur le contexte. 1971, c’est trois ans après 1968.  L’année de la remise en question des systèmes d’autorité oppressifs dans tous les domaines (colonialisme, éducation, politiques guerrières, etc.). Pour ce qui est du mouvement des femmes, c’est le commencement de l’analyse et de la critique du système socioculturel fondé sur la loi du père, transmise de père en fils (patriarcal) et pensé, géré par les hommes seulement (androcentré).

J’ai participé à cette rencontre historique pour l’Église au Canada :
– l’initiative est venue des femmes, des groupes de l’Ouest canadien;
-la Conférence des évêques catholiques du Canada y a répondu en convoquant immédiatement des femmes des deux groupes linguistiques;
elles ont formulé des recommandations et les ont transmises aux évêques au cours d’un dîner convivial;
– un moment de dialogue de femme à homme et d’homme à femme peut-on dire.
Ça ne s’était jamais produit et on le souhaiterait beaucoup aujourd’hui.

2. L’initiative de ces femmes est venue de l’intérieur de leur engagement pour la justice à l’égard des femmes au Canada, donc de l’extérieur de l’Église.

Les femmes catholiques se sont engagées dans la Commission Royale d’enquête sur la situation de la femme au Canada qui avait été mise sur pied par le gouvernement canadien. (J’y ai présenté un mémoire préparé avec les étudiantes du Collège Bruyère d’Ottawa).

Oui, l’initiative est venue de l’extérieur de l’Église, mais elle a rejoint dans l’Église l’esprit du renouveau qui a suivi le Concile Vatican II. Jean XXIII avait reconnu le mouvement des femmes comme un signe des temps pour l’Église dans Pacem in Terris en 1963. Au Concile, la Constitution L’Église dans le monde de ce temps a affirmé fortement l’égale dignité de la femme et de l’homme en tant que personnes et elle les incitait à s’engager ensemble dans tout projet humain, public comme privé.

3. Le synode romain de 1971 portait justement sur la justice sociale et sur le sacerdoce ministériel. Jusqu’où vont les recommandations?

Les deux groupes linguistiques ont recommandé que l’Église reconnaisse officiellement l’intégralité de la grâce baptismale des femmes, c’est-à-dire la grâce qui peut les habiliter à toute vocation ecclésiale: « Que leur soit rendu l’accès à des ministères incluant le diaconat et le sacerdoce » (groupe francophone). Le groupe anglophone demandait que soit abolie toute barrière discriminatoire inscrite dans le droit canon. La Conférence des évêques a adopté ces recommandations. De fait, ce fut leur seule recommandation à ce synode.

4. Par ailleurs, la recommandation opère un glissement vers des « ministères féminins ».

Oui, un compromis sans doute pour qu’elle soit adoptée par la majorité des évêques. Mais si vous lisez l’ensemble de l’intervention qui la présente, vous verrez qu’y sont remis en question tous les arguments classiques contre l’ordination des femmes et la recommandation d’une commission d’étude demande qu’elle aille jusqu’au fond de la question à nouveau.

5.  En 2011, quarante ans après l’événement de 1971, vous affirmez que les quatre interrogations soulevées par les femmes n’ont pas perdu leur pertinence; par exemple : à propos de l’image de l’identité et du rapport homme-femme que l’Église véhicule.  Pouvez-vous commenter?

Aujourd’hui, de nombreuses femmes sont engagées dans l’Église et certaines occupent des postes importants en pastorale, en catéchèse, en administration, etc. Mais, dans toutes ces fonctions, elles sont secondes. Structurellement, comme institution, l’Église catholique est gouvernée, légiférée, enseignée, célébrée publiquement (=au nom de l’Église) par des hommes seulement. Les femmes baptisées, membres de l’Église Peuple de Dieu, s’y trouvent donc gouvernées, soumises à des lois, enseignées doctrinalement et moralement par les hommes, toujours secondes dans les célébrations publiques et les engagements pastoraux.
Notez : elles le sont juridiquement (droit canon), sans aucun pouvoir sur cette juridiction.
Quelle image du rapport homme-femme dans l’Église cela donne-t-il? Je vous laisse la réponse. Les hommes accepteraient-ils de vivre dans une Institution ecclésiale structurée en sens inverse?

6.  Les interrogations à propos du mariage, par exemple, et de la morale sexuelle sont-elles aussi toujours pertinentes?

L’invitation que le pape François a faite aux baptisés de répondre à un questionnaire en prévision du synode de 2014 sur la famille est une démarche décisive. Nous pouvons nous en réjouir et y collaborer le plus possible.

Les rapports-synthèses des réponses font voir qu’un fossé s’est creusé entre le vécu du Peuple de Dieu, là où les baptisés hommes et femmes vivent et pensent leur foi, et les enseignements officiels de l’Institution ecclésiale. La sociologue Danièle Hervieux-Léger parle d’un discours reflétant une « ex-culture », ex-culturé, hors-culture; qui fait que la voix de l’Église devient de moins en moins normative et signifiante pour des projets humains, même spirituels.

7.  Pensez-vous qu’avec le pape François l’Institution ecclésiale – et alors la vie de l’Église – va connaître des ouvertures nouvelles?

C’est clair qu’il appelle à la réforme de l’Église, en commençant par sa gouvernance cléricale.  Et il pose des premiers gestes qui ouvrent à des structures nouvelles. Ainsi du Secrétariat pour l’économie et l’administration du Vatican qu’il vient de créer, présidé par un cardinal, c’est vrai, mais avec un Conseil constitué de huit clercs et sept laïcs. Belle occasion d’ouvrir des portes aux femmes.

8.  Est-ce qu’il n’envisage pas d’ouvrir de telles portes?

Dans son exhortation Evangelii gaudium, il envisage « d’élargir les espaces pour une présence plus décisive » des femmes dans l’Église; il dit qu’elles doivent être « là où sont prises des décisions importantes aussi bien dans l’Église que dans les structures sociales » (no 103).

Nous attendons les gestes. Pourquoi ne pas nommer (il n’est pas encore trop tard) huit femmes conseillères – des sages – pour accompagner les huit cardinaux – « les sages » avec qui il planifie la réforme de l’Église? Rien, juridiquement ne l’empêche de le faire. Il y en a des femmes sages dans l’Église : par ex. la présidente de l’Union Internationale des supérieures majeures, la présidente des Associations laïques féminines internationales, une rectrice d’université catholique, une doyenne de faculté de théologie, une canoniste, une chef d’entreprise, etc. Il doit y avoir des sages parmi ces femmes?

Tant que de tels gestes ne seront pas posés, l’Institution ecclésiale va perdre de sa crédibilité auprès des institutions d’État sur les questions sexuelles, familiales et autres, et elle va rencontrer de plus en plus de résistances lorsqu’elle réclamera la liberté religieuse dans les affaires des États.

Le Vatican n’a pas signé la Convention contre toute discrimination à l’égard des femmes de l’ONU (1979, en vigueur depuis 1981), un des sept États qui s’abstiennent (dont l’Iran, la Somalie, le Soudan).  On peut s’attendre à ce qu’après le scandale financier, le scandale sexuel des enfants violés, ce soit l’exclusion systémique des femmes de la gouvernance de l’Église qui soit prise à partie par les États, surtout lorsqu’il s’agit des droits des femmes, de leur corps. L’appel à la réforme viendra-t-il encore de l’extérieur comme c’est le cas pour les finances et les abus d’enfants? Dommage, les baptisées ont pourtant interpelé l’Institution ecclésiale depuis tout ce temps; 1971…

9.  Que penser de l’insistance du pape François sur la maternité de l’Église? 

François fait appel très souvent à la maternité de l’Église. Que représente pour lui la maternité? Jusqu’ici il en parle comme si elle était le fondement de toute fonction de la femme, celle-ci serait déterminée par sa constitution biologique de mettre au monde des enfants. Or, la réappropriation de leur corps a été la première démarche des femmes pour s’affirmer personnes sujets humains à part entière. Elles y ont repensé, non pas renié, leur maternité, leur parentalité. Elles seules peuvent en parler d’expérience, humaine et croyante.

10.  Une théologie de la femme serait-elle souhaitable?

François est conscient que le discours institutionnel reste encore à faire sur ce point, même après Mulieris dignitatem de Jean-Paul II. Je suis bien d’accord avec lui, en supposant que cette théologie serait produite par des femmes – on peut déjà en trouver beaucoup d’éléments dans leurs réflexions théologiques. Je me demande en même temps s’il ne serait pas plus simple et efficace de revoir la théologie du baptême, de la grâce baptismale. Thomas d’Aquin (après Augustin) s’est basé sur les études bibliques et sur l’anthropologie de son temps. Pour lui, cette grâce a la même efficacité de salut pour la femme et pour l’homme (« Tous vous avez revêtu Christ », Gal 3, 27), donc elle n’est en aucune manière discriminatoire dans ses effets de salut (même une Simone de Beauvoir s’en est réjouie!).  Mais, objecte-t-il, dans l’ordre de la nature, dans l’histoire, cette intégralité ne peut pas se réaliser parce que… la femme a été créée seconde, elle doit se taire dans l’assemblée, etc. (théologie de l’époque); elle est passive dans l’acte de procréation, elle ne fait que porter le sperme à l’aboutissement de l’enfant, de fait, celui-ci est un acte manqué s’il naît fille (anthropologie d’Aristote).  L’homme, étant  prototype de l’Homme, seul il peut représenter Dieu et alors gouverner, légiférer, enseigner, etc. Ce serait intéressant de faire une théologie de l’homme (petit h) tel que le conçoit encore le magistère officiel de l’Église.

Or ces arguments théologiques et anthropologiques sont aujourd’hui périmés, comme le disait le cardinal Flahiff au Synode de 1971. Il nous faudrait un ou une, un et une (?) Thomas d’Aquin pour tout repenser l’ordre de la grâce et son rapport à l’ordre de la nature!

11.  Avez-vous confiance que la réforme de l’Institution qu’entreprend François va changer les choses?

J’ai confiance que pour cette question comme pour d’autres, le pape François sait bien qu’il doit écouter la voix du Peuple de Dieu. Comme il écoute et parle avec les juifs et les musulmans en dialogue, avec les autres Églises en dialogue, un nombre croissant de baptisés, femmes et hommes l’interpellent à le faire avec les femmes baptisées. À ne plus leur dire qui elles sont et comment elles doivent vivre leur corps, mais en parler avec elles, ses sœurs, à partir de leur expérience, en vis-à-vis évangélique.

Je crois que la réforme de l’Institution ecclésiastique ne se fera que par son passage d’une institution cléricale exclusivement masculine (je rajoute ici au propos de François) à une institution ecclésiale inclusive de l’homme et de la femme dans tous les domaines de la vie de l’Église.

C’est ensemble, l’un et l’autre recréés dans l’intégralité de leur personne sexuée, que l’homme et la femme peuvent être des témoins de l’Humanité nouvelle née de Jésus Christ – toutes barrières abattues, tout mur détruit, en reconnaissance mutuelle intégrale comme y appelle la réconciliation en Jésus Christ (Éphésiens, chap. 2). C’est dans son Corps d’humanité, « dans sa chair » (2, 15), crucifié et ressuscité va jusqu’à dire ce texte que naît l’être humain nouveau (le kainos anthrôpos).

Voilà une Bonne Nouvelle à vivre et à annoncer, à évangéliser.  Bonne nouvelle pour l’Église Peuple de Dieu d’abord. Et bonne nouvelle pour les États dans leur recherche d’une gestion juste des peuples.