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Trois femmes nous interrogent « Que faire pour nous apprécier mutuellement ? »

Table ronde avec

  • Sabrina Di Matteo, catholique, directrice de l’Espace Benoît Lacroix, membre de Maria’M (dialogue islamo-chrétien), présidente et chroniqueuse à Présence information Religieuse
  • Amira Boulmerka, musulmane, directrice et fondatrice de l’école musulmane de l’Excellence
  • Louisa Blair, anglicane, membre de la communauté anglicane de la cathédrale Holy Trinity, à Québec

DATE : Mercredi, le 4 avril 2018 à 19h30
ENDROIT : Centre Culture et Foi du Montmartre
1669, chemin Saint-Louis, Québec (Sillery)
Desservi par le circuit d’autobus numéro 25
Stationnement gratuit !
Contribution libre ! Contribution suggérée 10 $

POUR INFORMATION : 418 681-7357, poste 203
Il n’y a pas à s’inscrire à l’avance !

Venez nous visiter à : www.lemontmartre.ca

Harcèlement sexuel en Afrique

Y a-t-il du harcèlement sexuel en Afrique ? Poser la question, c’est y répondre… J’avoue ne pas être des plus compétents pour oser vous en faire part. Aussi ai-je pensé relayer quelques articles qui m’ont informé et même secoué.

« En Afrique, les Weinstein se ramassent à la pelle ! »

Voici d’abord, dans Jeune Afrique, Clarisse Juompan-Yakam qui décrit l’absence de réactions qu’a suscitées en Afrique noire l’affaire Weinstein. C’est assez démoralisant.
Harvey Weinstein

« Alors que le scandale déclenché par l’affaire du producteur américain se répercute dans le monde entier – via le hastag #MeToo, notamment -, les Africaines n’ont pas encore rejoint le chœur des femmes qui dénoncent leurs agresseurs. Elles ne sont pourtant pas épargnées… Hormis en Afrique du Sud, l’affaire Harvey Weinstein ne déclenche pas sur le continent la même avalanche de dénonciations qu’ailleurs dans le monde. Les deux plaintes pour viol déposées contre l’islamologue et théologien Tariq Ramadan, bien connu au Maghreb, n’y ont rien fait. Comme si les Africains tenaient à rester à l’écart d’un phénomène désormais planétaire.

« Pourtant, en Afrique, les Harvey Weinstein se ramassent à la pelle, dans tous les milieux, dans tous les secteurs, notamment chez moi, au Gabon, où la chosification de la femme est institutionnalisée », soutient l’avocate Paulette Oyane Ondo. Harcelée par un prêtre qui l’avait recrutée comme bibliothécaire dans une structure kinoise, Muriel (le prénom a été changé), 25 ans, a dû démissionner au bout de trois mois. « Mes journées de travail consistaient surtout à inventer des subterfuges pour éviter de me retrouver dans la même pièce que lui ! »

La journaliste relève un autre exemples :

La Congolaise Muriel dit s’être bien gardée de donner à ses collègues le véritable motif de sa démission : « C’était sa parole contre la mienne. Et son honorabilité semblait incontestable. J’aurais même pu passer pour la harceleuse. » Le sujet ne fait quasiment jamais grand bruit, mais tout le monde sait que cela existe. Les femmes « gèrent » le problème discrètement. Elles en parlent entre elles dans les salons de coiffure ou dans les tontines, mais ça ne va jamais plus loin.

Ce sont des pratiques courantes et la dénonciation peut provoquer la stigmatisation :

Pour Paulette Oyane Ondo, les Gabonaises se taisent parce que le harcèlement est une pratique ancrée dans les mœurs. « Dans l’imaginaire populaire, aucune femme n’accède à un emploi ou ne progresse au sein de l’entreprise grâce à ses seules compétences. Le plus triste, c’est que les femmes elles-mêmes en sont persuadées, les plus jeunes encore plus. »
Journaliste sénégalaise installée à Abidjan, Adama N. s’interroge sur la pertinence d’une campagne de dénonciation sur les réseaux sociaux. Elle ne veut pas prendre le risque d’être stigmatisée ni mettre en péril sa jeune carrière.

« D’ailleurs, qui dénoncerais-je ? Les amis de mon père, les tontons, les cousins, le banquier, le voisin ? Et de quoi les accuserais-je ? De harcèlement ? Les Africains parlent trop librement de sexe, alors la frontière entre grivoiserie et harcèlement est ténue », explique-t-elle.

Il faut du courage pour dénoncer mais les actes libèrent :

« Mais il faut du courage pour oser saisir sa hiérarchie. La Tchadienne Émilie A. s’est entendu répondre : « Débrouille-toi comme une grande : toutes les femmes sont confrontées à ce type de problème. Oser parler est aussi une question d’éducation, souligne Colette Florence Mebada. La femme doit pouvoir s’affranchir de situations inconfortables. Car on a toujours le choix. Être anticonformiste et oser assumer ses choix apparaît alors comme un atout. » Plus prosaïque, Kala Lobè affirme que « ce sont les actes qui libèrent » : « Il faut apprendre à se faire respecter sans passer par un intermédiaire qui serait la loi. La parole dénonciatrice me semble infantilisante. Un homme me met la main aux fesses ? Je saisis ses testicules, égalité oblige. »

« Le harcèlement de rue n’est pas un compliment »

Quand est-il au Maghreb ? Est-ce la même chose ? Djamila Ould Khettab fait un état de la situation sur la drague abusive dans la rue. Pour illustrer le harcèlement sexuel dans la rue, elle relate la diffusion d’un clip produit par « deux jeunes Algériennes, membres d’un collectif de slam, qui dénonce le harcèlement de rue, qui perdure malgré une loi punissant ce type de comportement. »

« L’histoire est simple mais effroyablement banale. Une jeune femme sort de chez elle et retrouve un peu plus loin une amie. Mais le chemin est semé d’embûches : un homme la prend par le bras, un autre tente d’asperger son visage de parfum, plusieurs autres lui jettent des regards obscènes ou des propos salaces. Alors, la jeune femme presse le pas, fait demi-tour, accélère encore, tête baissée et bras croisés. Pour son premier clip vidéo, Awal, un collectif de slam d’Oran, a voulu s’attaquer à ce malaise qui règne dans les rues de la plupart des villes d’Algérie.

Le projet a été mené de bout en bout par deux membres du collectif : Zoulikha Tahar, alias Toute Fine, et Sam MB. Dans la vidéo, les deux amies slameuses se mettent en scène, tandis qu’une voix off déclame les textes qu’elles ont elles-mêmes rédigé. Un témoignage à cœur ouvert dans lequel elles dénoncent tour à tour les comportements déplacés, le sexisme, la pression sociale et un problème d’éducation. Objectif : crier leur ras-le-bol et sensibiliser leurs congénères contre des paroles et des gestes abjectes. Le clip se termine d’ailleurs sur le slogan suivant : « Le harcèlement de rue n’est pas un compliment ».

« On nous fait croire que la situation des femmes a changé ! »

En Tunisie, on pourrait penser que la situation est meilleure qu’ailleurs en Afrique du nord… Le journal La Croix a publié 3 textes de Marie Verdier, envoyée spéciale à Tunis sur la situation de la femme en Tunisie. Or, selon la journaliste, même au travail, les femmes restent soumises :

« On nous fait croire que la situation des femmes a changé ! » persifle Raga Hedhili, directrice d’une usine de confection près de Monastir. « Même quand elles travaillent, les femmes restent soumises, la majorité d’entre elles donnent leur salaire à leur mari sans forcément s’indigner. » Dans son usine, des femmes viennent parfois la supplier de ne pas mentionner la totalité de leur salaire sur la fiche de paie pour pouvoir garder pour elle une petite somme en liquide. Et de conclure : « les filles apprennent à ne pas parler devant leur père, devant leur frère et devant leur professeur, comment deviendraient-elles libres et indépendantes une fois mariées ? »

Et les femmes ont intériorisé cette violence :

La fameuse exception tunisienne et son statut de la femme envié dans le monde arabo-musulman a, en réalité, longtemps occulté le poids du modèle patriarcal et de son corollaire, la violence, « attribut naturel de la supériorité des hommes », selon la juriste et militante féministe Sana Ben Achour, auteure du rapport Violences à l’égard des femmes : lois du genre, en 2016. La violence contre les femmes, explique-t-elle, est plus une atteinte à l’honneur des hommes qu’une agression commise contre une personne.

Le corps de la femme corps est un bien public et, pour préserver la virginité, la sodomie est recommandée :

« Cacher le corps ça commence à l’école, quand les filles portent des tabliers mais pas les garçons », s’offusque Bochra, la trentaine affranchie. Chez elle, son compagnon et ses amitiés tunisoises et cosmopolites se retrouvent le soir autour de bières. Mais dès qu’elle franchit le pas de sa porte, Bochra enfile sa carapace. « Avant de sortir, je dois réfléchir à comment m’habiller et me comporter. J’ai proscrit les robes que j’adore. Je marche d’un pas décidé, quasi militaire, parce que se promener tranquillement, c’est être une fille facile. » Et dans un élan d’indignation, elle tempête : « Mon corps est un bien public. Il ne m’appartient pas ! Il est contrôlé par la famille, mais aussi par les voisins, le quartier et la rue entière. »
« « Ce qui t’inquiète, a crié Bochra à sa mère, ce n’est pas moi mais mon hymen ! » Elle voulait m’envoyer au poste de police vérifier si j’étais toujours vierge ! Les relations sexuelles, c’est la ligne rouge pour tout le monde. » Or une fille sur sept et un garçon sur deux avait eu des relations sexuelles avant 24 ans, selon des données 2009 de l’Office national de la famille et de la population. « On vit tous dans nos contradictions. Celles qui ont des relations sexuelles ne s’autorisent que la sodomie », poursuit Bochra.

Et v’lan ! On est quitte pour y réfléchir à deux fois… Si la parole des jeunes femmes est un peu libérée, ce n’est pas le cas de toutes. Et il y a loin de la coupe aux lèvres. Les textes législatifs sont bien beaux, la réalité se vit autrement. Le journal La Croix relève quelques faits sur la situastion de la femme en Tunisie :

  • Dans la constitution de 2014, l’État tunisien s’engage à protéger les droits acquis de la femme et œuvre à les renforcer et les développer.
  • Dans le code du statut personnel, le mari reste chef de famille et tuteur des enfants.
  • Les femmes représentent 28 % de la population active et 42 % des chômeurs.
  • 67 % des diplômés de l’enseignement supérieur sont des femmes. Mais 41 % d’entre elles sont au chômage contre 21,4 % pour les hommes.
  • L’écart de salaires hommes-femmes est de 40 % dans les très petites entreprises et de 25,4 % dans le privé.
  • La Tunisie est classée au 126e rang (sur 144 pays) dans le rapport Davos 2016 sur l’égalité de genre.
L’Islam n’est pas responsable

Ce qui suit peut surprendre. Léo Pajon, dans Jeune Afrique, tente de cerner la responsabilité de la religion sur le statut de la femme.

L’islam est souvent désigné, au nord de la Méditerranée, comme l’un des responsables de l’asservissement des femmes, voire d’une sexualité troublée. Et s’il était pourtant au moins une partie de la solution ? L’un des problèmes, relevé par le professeur en islamologie à l’université de Strasbourg Éric Geoffroy en préambule de L’Islam et le Couple, est surtout que le Coran souffre « d’une interprétation biaisée, machiste, aujourd’hui considérée comme l’orthodoxie ».

« Or, à l’inverse du catholicisme et d’autres traditions religieuses, l’islam ne commande pas, par exemple, de combattre sa nature charnelle, mais de la satisfaire modérément. Comme le rappelle Sofia Bentounes, le Prophète recommande même à ses fidèles de s’acquitter de leur devoir sexuel envers leurs épouses. »

Quant à la virginité, Mohamed n’a exprimé aucun intérêt pour la question lorsqu’il s’est marié… Pour preuve, parmi ses neuf épouses, une seule était vierge : Sayyida Aïcha. L’auteure va plus loin en précisant que dans le texte coranique aucune mention n’est faite de la masturbation, et qu’il n’y est pas non plus évoqué de peine à l’encontre de l’homosexualité.

Voici enfin tiré d’une chronique, la réaction douloureuse de Fawzia Zouari devant cet état de faits en Afrique. Accrochez bien votre petit cœur sensible s.v.p.

« Bien sûr que je peux balancer moi aussi ! Il faut juste que je cherche dans mes souvenirs, car des harceleurs, j’en ai connu, du petit patron péteux au chef d’État qui vous prend pour sa énième courtisane, sauf que la pudeur m’interdit de parler, c’est mon côté femme du Sud, édifiée sur la chose…

En fait, cette affaire n’a rien d’un scoop. Des types comme Weinstein, il y en a partout, ils nous rappellent que le monde continue à fonctionner comme un gigantesque harem et que la guerre des sexes ne tourne qu’autour d’un seul sujet : le sexe. Mais comme l’affaire nous vient d’Amérique et qu’elle concerne des stars, tout le monde s’époumone, on réveille l’humanité entière, on sonne l’alarme dans le village mondial.

Pour la journaliste, c’est un phénomène courant, mais pleurer le malheur des riches peut alimenter le puritanisme des religieux.

C’est hypocrisie générale que de faire croire que les carrières qui se construisent sur le chantage sexuel – ou plus familièrement sur « la promotion canapé » – sont une rareté. C’est imposture que de nous demander de verser des larmes sur le malheureux destin de vedettes riches et célèbres qui n’auraient sans doute pas fini sous les ponts si elles avaient dénoncé leur magnat. Je comprends qu’une caissière ou une ouvrière n’ait pas le courage ou les moyens de s’en prendre à son agresseur parce qu’il y va de sa survie, mais pas ces nanties de bonne famille qui se sont payé le luxe de se taire.

En plus, j’ai bien peur que cette théorie du soupçon qui pèse sur tous les hommes ne donne raison aux puritains du monde entier. Laisser entendre que l’homme est un prédateur par essence conforte la vue des religieux de tous poils. Prenez les islamistes. Depuis le temps qu’ils claironnent que le désir masculin menace à tous les coins de rue et qu’il faut porter le hidjab et refuser la mixité. Ils nous ont répété mille fois que « chaque fois qu’une femme et un homme se retrouvent seuls, le troisième compagnon est le diable ! »

Enfin, pourquoi tant de bruit autour de femmes issues du monde libre alors qu’on oublie l’existence de millions d’autres dont le législateur, le chef du village ou l’imam a officialisé l’agression sexuelle et légalisé le viol conjugal ? Toutes ces demoiselles mariées de force, obligées d’épouser leur violeur ou subissant la libido masculine au moyen de mille et une fatwas…

Alors, tout ce tapage occidental, pour certaines d’entre nous, ressemble à une menue querelle, pour ne pas dire une coquetterie de Blancs.

Je n’ose offrir de conclusion à ces extraits, si ce n’est que nous ne pouvons ni fermer les yeux, ni agir comme si tout cela n’existait pas. « Le plus long voyage, raconte le proverbe, commence par un premier pas. » À nous de nous mettre en route.

Violences faites aux femmes : le Québec à un tournant ?

Soirée Relations

Brigite Normandin, Mesure de la chaleur, 2010
Les cas d’agressions sexuelles dans les universités, les violences subies par les femmes autochtones et les mobilisations que ces situations soulèvent servent un puissant électrochoc à la société québécoise depuis plusieurs mois. Différents phénomènes (racisme systémique, culture du viol, politiques d’austérité, croissance des inégalités, etc.) nourrissent le terreau favorable aux violences faites aux femmes, malgré les avancées des dernières décennies. Quelle action gouvernementale est menée pour les contrer ? À quelles transformations et solidarités les hommes sont-ils appelés pour que cessent ces violences ? Cette soirée, dans la foulée du dossier de la revue Relations «Violences – Entendre le cri des femmes» (no 789, avril 2017), traitera de ces enjeux avec:

  • Aurélie Lanctôt, étudiante en droit à l’Université McGill, auteure de Les libéraux n’aiment pas les femmes. Essai sur l’austérité (Lux Éditeur, 2015) ;
  • Éliane Legault-Roy, politologue et militante féministe ;
  • Nicolas Lévesque, psychanalyste, éditeur et écrivain ;
  • Isabelle Paillé, coordonnatrice, responsable de la promotion de la non-violence et des maisons d’hébergement à Femmes autochtones du Québec.

Contribution suggérée : 5 $

RENSEIGNEMENTS : Christiane Le Guen : 514-387-2541, poste 234 ou cleguen@cjf.qc.ca | www.cjf.qc.ca/ap

Organisée par le Centre justice et foi, avec la collaboration du Département de sciences des religions de l’UQAM.

Droits de la femme : lenteur et mauvaise foi

ONU FemmesLe 7 décembre 2016, le Conseil du statut de la femme affirmait que l’école participe à l’inégalité des sexes et constatait que le cours d’éthique et de culture religieuse dispensé par le ministère de l’Éducation du Québec était sexiste. Pourtant, la Déclaration universelle des droits de l’homme a été adoptée le 10 décembre 1948, il y a 68 ans. C’est aussi en décembre, le 6 décembre 1989, à Montréal, dans un établissement universitaire, qu’un homme séparant les femmes des hommes, assassinait froidement, à l’arme automatique, 14 jeunes filles pour le seul motif qu’elles étaient des femmes. Dans son numéro de décembre 2016, la revue Relations constate que si « sur les questions écologiques, économiques et sociales, la posture progressiste du présent pape est indéniable, » La popularité de ce pape « sert d’écran au régime d’apartheid des femmes prôné par le Vatican », chef-lieu d’une une « Église fortement patriarcale et hiérarchique ». Force est de constater que la progression des droits des femmes est lente et que les religions constituent un verrou.

Ce n’est pas le seul cours d’éthique et de culture religieuse qui pose problème selon le Conseil du statut de la femme, c’est aussi l’enseignement de l’histoire qui est en cause et plus généralement les croyances et pratiques éducatives du corps enseignant. Dans une avis de 154 pages, le Conseil constate « l’absence de formation spécialisée sur les inégalités entre les sexes pour les personnes faisant l’évaluation des manuels, le caractère facultatif des pistes de réflexion qualitatives et la difficulté d’évaluer certains manuels qui nécessitent une analyse qualitative plus poussée, comme ceux d’histoire. » Documenté par une questionnaire auquel ont répondu 400 enseignants, le Conseil constate que les jeunes hommes enseignants considèrent que l’égalité des sexes est atteinte et qu’ils manifestent une neutralité envers les sexes. Ainsi, cette croyance « s’ajoutant à la conviction que les garçons et les filles ont des besoins différents par nature, on observe chez le personnel enseignant une difficile prise de conscience des inégalités entre les sexes et des actions nécessaires pour y remédier. » Le conseil formule 10 recommandations pour remédier au problème.

L’égalité des hommes et des femmes n’est pourtant pas un luxe mais une nécessité, sinon pour vire en paix, du moins pour échapper aux massacres comme le précisent les Considérants de la Déclaration et comme le rappelle une résolution du Comité de sécurité de L’ONU. C’est un comité de l’organisation des Nations-Unies présidé par une femme, Eleanor Roosevelt, la veuve du président américain et composé de représentant de chaque continent qui a eu pour mandat, en février 1947, au lendemain de la deuxième guerre mondiale, de rédiger une Déclaration internationale des droits de l’homme. L’application de cette déclaration avait pour objectif d’éviter les carnages des guerres du XXe siècle qui, s’ils se répétaient, mèneraient à la destruction de l’humanité. L’égalité entre les hommes et les femmes est explicitement évoquée dans les Considérants et confirmée notamment aux articles 1 et 2 de la Déclaration. Pourtant, plus de 60 ans plus tard, la Commission de la condition de la femme des Nations Unies, à l’occasion de la publication d’un « rapport mondial fouillé » arrive à la conclusion que les avancées de la cause des femmes sont « d’une lenteur inadmissible » et  que « certains de leurs aspects sont même caractérisés par une stagnation, voire une régression ».

Après tout, les attentats perpétrés un peu partout dans le monde ne sont pas étrangers au statut de la femme même s’ils ne sont pas aussi explicites que le massacre de Polytechnique. Selon le ministère de la Sécurité publique du Québec, « 5 340 infractions sexuelles ont été compilées au Québec par les corps policiers en 2014 ». Or, il seules  5% des agressions sont déclarées de l’aveu même du ministère. L’émission Enquête de la SRC, révélait que les policiers eux-mêmes, et sur une base systémique, contribuaient à la violence faite aux femmes autochtones. À telle enseigne, que le gouvernement du Québec a annoncé la mise sur pied d’une commission d’enquête pour étudier le problème. Bref, non seulement au chapitre de la condition féminine, la seule violence faite aux femmes n’est pas réglée mais encore, on semble que n’en voir la partie émergée. Et encore, cela se passe au Québec, dans une des sociétés les plus avancées au monde.

Dans ce contexte, l’attitude de l’Église catholique fait partie du problème. Sa doctrine cautionne des relations inégalitaires aux conséquences tragiques. C’est ce que rappelle avec force Denise Couture, professeure à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal dans un texte publié dans le numéro de Novembre-Décembre de la revue Relations et signalé par le numéro de décembre du Monde Diplomatique. Selon elle, la doctrine patriarcale de l’Église catholique, « édictée par un groupe d’hommes et imposée comme une vérité unique, sert une politique de subordination du groupe des femmes au groupe des hommes. » Constatant une réelle mauvaise foi, elle précise :

Les organismes du Vatican la formulent autrement, de manière adoucie et recevable. Ils utilisent plutôt des concepts féministes, inversant leur signification et camouflant l’irrecevable. Ils emploient à profusion l’expression « égalité des sexes », alors qu’ils l’entendent au sens d’une complémentarité dans la différence (séparation) de fonctions par ailleurs égales en dignité. Ils utilisent le concept féministe de « libération de la femme », réemployé au sens de la valorisation du rôle de mère au service des autres. Ils parlent de « lutte contre la discrimination des femmes », mais pour signifier notamment la lutte contre des lois civiles « injustes » permettant l’accès à la contraception ou à l’avortement.

Denise Couture convient que le discours du Vatican a changé sur bien des sujets depuis l’avènement de François, et que certains changements ont été effectués, mais elle n’en conclue pas moins que le « régime d’apartheid des femmes promu par le Vatican » règne toujours. En ce mois de la nativité et au lendemain du jour de l’Immaculée conception, le féminisme doit gagné en force si la paix est un objectif véritable.