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Lettre au pape François

Les membres du Forum André-Naud de Trois-Rivières et de Nicolet.

(N.D.L.R.) Dans le cadre du Synode romain sur la famille tenu en 2014 et en 2015, le Forum André-Naud a demandé  à des auteurs, parmi d’autres, de rédiger une opinion afin d’alimenter la réflexion sur le sort réservé à la famille en 2015. Voici un extrait de la « courtepointe » qui a été publiée dans notre dernier bulletin.

Bien cher François, frère en Jésus-Christ Nous sommes heureux que tu nous aies consultés au sujet de l’orientation de notre Église face au monde actuel en ce XXIe siècle. Nous sommes heureux aussi de partager avec toi et avec les autres évêques, nos points de vue de laïcs engagés sur la famille, sur les relations avec les personnes LGBT, sur la morale concernant les méthodes contraceptives et sur la violence faite aux femmes dans le monde. Nous réfléchissons depuis longtemps sur ces thèmes et c’est avec joie que nous te faisons part de nos croyances et convictions en tant que catholiques à l’occasion de ce rassemblement synodal historique du mois d’octobre 2015. Voici donc nos quelques réflexions ajoutées à celles de tout le Peuple en marche.

Qui sommes-nous ?

Nous sommes un groupe d’hommes et de femmes, une trentaine, laïcs et prêtres des diocèses de Nicolet et de Trois-Rivières rassemblés autour de la pensée d’André Naud, prêtre de Saint-Sulpice, théologien qui a beaucoup réfléchi sur Vatican II. Nous travaillons aussi en réseau provincial, avec d’autres membres comme nous, préoccupés de la vitalité et de la santé de l’Église dans d’autres diocèses de la province de Québec.

La famille

Pour l’heure, en Occident, la famille prend de plus en plus un sens élargi et Jésus n’y est pas étranger. Il nous invite à offrir à notre tour, notre amour au-delà de nos groupes de sang. Il y a tant d’exclus et de personnes marginalisées. C’est avec eux qu’Il nous exhorte à faire famille. Nous croyons que l’Évangile et surtout l’attitude de Jésus doivent nous inspirer non seulement pour nourrir le modèle traditionnel de famille qui, à l’évidence, n’est plus le modèle principal dans notre Québec actuel, mais nourrir aussi le modèle éclaté du noyau familial qui prend une multitude de formes toutes aussi vraies les unes que les autres. La bible ne fournit pas de modèle de famille pour toutes les époques et la vie de Jésus dépasse le cadre familial. Il nous appartient donc à nous de reconnaître de nouveaux lieux.

Quand Jésus rencontra la Samaritaine (Jn 4, 1-39) et Zachée (Lc 19, 1-10), il a montré que converser avec des personnes marginalisées comme elles, c’était d’abord se convertir, se retourner vers une personne pour l’écouter, lui dire son émotion, écouter son rêve.

Nous vivons souvent davantage de fraternité et d’échanges spirituels avec des groupes communautaires, paroissiaux ou autres que dans nos propres familles naturelles. Nous souhaitons véritablement entendre et voir nos évêques enjoindre les pasteurs de leur diocèse, à s’ouvrir avec confiance aux nouvelles réalités familiales et leur permettre d’accueillir à la table eucharistique, les fidèles qui viennent solliciter la nourriture spirituelle du pain de Vie partagé à la messe. Cela dans la lignée des suggestions du Cardinal Walter Kasper (L’ÉVANGILE DE LA FAMILLE, Cerf, 2014).

Les relations avec les lesbiennes, les gais, les bisexuels et les transgenres. (LGBT)

Allons plus loin encore, La richesse morale des unions de chrétiens LGBT qui vivent leur couple et leur famille dans la durée, l’amour et le partage doit être reconnue. Il nous plaît de penser que toi-même tu t’es audacieusement ouvert à cette réalité en pratiquant une brèche dans le mur de la honte qu’est l’ostracisme vis-à-vis des transgenres. Le samedi 24 janvier 2015, n’as-tu pas initié une rencontre avec Diego Neria Lejarraga, un Espagnol de 48 ans, né femme, accompagné de sa fiancée ?

Une parole d’un ex-membre du FAN traite avec humour de ce sujet : Mon Dieu, ton Esprit est féminin chez les Hébreux, Ruah; masculin chez les Latins, Spiritus; neutre chez les Grecs, Pneuma. N’est-il pas transgenre ? Tes anciens maîtres diraient que tu distilles un « mauvais esprit ». Gérard Marier

Les curés et les prêtres en général, par une prédication véritablement inspirée du Royaume, doivent annoncer un vrai changement dans nos manières de former communauté, quitte à sortir des paradigmes traditionnels. En effet, comment des frères et des sœurs de sang qui ne sont pas toujours en bons termes entre eux, peuvent-ils à fortiori croire à la communauté de vie selon le cœur de Jésus ? En d’autres mots, le rôle du prédicateur n’est-il pas d’inciter les paroissiens à entrer dans le rêve même de Jésus et de rassembler dans l’unité, toutes les personnes qui se présentent à lui ? Plus encore, il faut favoriser le règlement des questions sur la famille et le mariage par les autorités diocésaines, en consultant les baptisés, hommes et femmes. Pourquoi la défense de la famille est-elle une priorité de l’Église ? N’y a-t-il pas plusieurs organismes qui s’occupent des familles, des couples, des enfants? L’Église devrait se centrer sur la diffusion de l’amour, faire un accueil à toute personne. Le style de famille de Jésus (qui est ma mère et qui sont mes frères ? (Mt 12 46-50) est un modèle faisant référence à la communauté, projet spirituel et collectif, privilégiant le Royaume, lui-même projet du Père. Les foyers chrétiens sont idéalement, selon la vision traditionnelle, une réussite de type nucléaire, de membres reliés par le sang. Au-delà de cette vision, d’autres types de familles se construisent dans des liens parfois fragiles, mais bien réels affirmant que la qualité de la communion doit prédominer sur la communauté en tant que telle et ses structures. Dans le texte des Actes des Apôtres, cette communion faisait que personne ne manquait de rien.

De nos jours, nous pouvons vraiment affirmer qu’une famille accueillante doit nécessairement s’ouvrir aux gens d’autres nationalités, voire d’autres croyances. Incarner le rêve de Jésus, être une expérience visible pour tous. « On vous reconnaîtra comme mes disciples à l’amour que vous aurez les uns pour les autres. » (Jn 13, 34).

La contraception

On doit reconnaître que l’ouverture sur la vie est plus large que la seule sexualité dans un couple marié. Comme la Sainte Famille (Jésus, Marie, Joseph) nous en donne l’exemple, le couple doit adopter les nouvelles vies que Dieu met dans sa destinée. Cela implique l’accueil et l’adoption des enfants, qu’ils proviennent de rapports bisexuels d’un couple marié ou non. Comme ils seraient heureux d’être confirmés par leur Église, dans leurs choix, ces couples responsables et matures qui veulent dire et vivre à leur manière, cette parole que nous pourrions mettre dans la bouche même de Jésus, « J’ai voulu vivre et vous m’avez donné la vie » !

Ne devrions-nous pas nous réjouir que la « technologie » ait permis l’émancipation des femmes, en plus d’être un moyen de protection contre des infections mortelles dans plusieurs pays du tiers-monde ? Le souligner ne sera pas sans importance. Concernant la loi naturelle, il serait bon de nous rappeler qu’elle n’est pas la seule approche en éthique mais qu’il y a aussi l’approche au niveau des valeurs et de façon particulière, l’amour comme valeur fondamentale de l’Évangile.

La violence faite aux femmes

Le violence conjugale et familiale contre les femmes et les enfants (viols, incestes, abus sexuels des enfants) doit être explicitement mentionnée. Il devrait favoriser par des décisions concrètes sa vive préoccupation quant à la violence faite aux femmes. À cet égard, des théologiennes avec droit de débattre et droit de vote aurait du être admis au sein de l’assemblée synodale. Il faut, à notre humble avis, écouter de manière décidée et inspirée, les incessantes revendications des femmes eu égard à la condition et aux droits des femmes non seulement dans la religion catholique, mais aussi dans les autres religions et cultures en général. C’est un acte nécessaire à poser si nous voulons que l’Église ne reste pas dans le même état où elle était avant que tu ne convoques cette mémorable rencontre. Il y a ici menace de « passe ou casse » dirait-on.

Conclusion

En terminant, bien cher François, nous sommes reconnaissants que tu aies pris connaissance de nos interpellations et sommes confiants que tu peux leur accorder le poids et le crédit qu’elles ont à nos yeux. Elles traduisent respectueusement notre ardent désir de poser à notre tour et à notre manière, les pierres à la construction d’une Église selon le coeur, référence privilégiée laissée par Jésus pour faire le Royaume. Bénis-nous de ta main qui porte ce projet aussi vers ton coeur.

Y trouve-t-on des signes d’amour ?

Gregory Baum, théologien

(N.D.L.R.) Dans le cadre du Synode romain sur la famille tenu en 2014 et en 2015, le Forum André-Naud a demandé  à des auteurs, parmi d’autres, de rédiger une opinion afin d’alimenter la réflexion sur le sort réservé à la famille en 2015. Voici un extrait de la « courtepointe » qui a été publiée dans notre dernier bulletin.

La communauté Saint-Pierre Apôtre de Montréal, dont je suis membre, a élaboré sa vision de la famille, contribution au Synode Romain d’octobre 2015. Cette communauté se décrit ainsi : « Notre famille chrétienne est riche du vécu des personnes célibataires hétérosexuelles et homosexuelles, bisexuelles et transgenres; des couples hétérosexuels, des couples homosexuels, de couples divorcés, de couples remariés; de familles biparentales, de familles monoparentales, de familles recomposées, de familles homoparentales.

Pourquoi cette paroisse espère-t-elle pouvoir influencer l’enseignement officiel de l’Église? Premièrement, le pape François a maintes fois déclaré qu’il veut une Église ouverte, capable d’intégrer à la vie paroissiale les catholiques actuellement exclus. Deuxièmement, le rapport du Synode Romain 2014 montre que les évêques, conscients que dans le monde actuel la famille traditionnelle a été fragilisée, veulent apporter de l’aide à des catholiques vivant dans des unions non reconnues par l’Église, se débrouillant seuls avec leurs enfants, ou formant une famille inhabituelle.

Dans le rapport intérimaire du Synode 2014, en effet, on trouve une approche pastorale tout à fait innovatrice, que j’ai déjà présentée dans les pages de la revue Relations et que je veux décrire brièvement ici. Le rapport se réfère à l’affirmation quasi paradoxale du con-cile Vatican II: d’un côté, l’Église catholique est la seule véritable Église, d’un autre côté, les autres Églises chrétiennes, moins parfaites, communiquent le baptême et des vérités évangéliques à leurs membres, faisant ainsi partie du mystère de l’Église. Le rapport voit le même paradoxe dans la situation contemporaine des familles: d’un côté, le mariage ca-tholique, sacramentel et indissoluble, institution parfaite de Dieu, et de l’autre côté, les autres unions, stables et moins stables, contenant souvent des éléments positifs manifes-tant que Dieu y est présent.

Le rapport ne donnant pas une liste des éléments positifs de ces unions non conformes, j’en propose quelques-uns: la confiance en Dieu, l’appui mutuel, l’amour altruiste, le soin dévoué des enfants, l’empressement de se pardonner, et l’effort commun pour être au service de la société. On trouve dans ces unions non reconnues toutes sortes d’expressions d’amour, signes de la présence de Dieu, que – selon le rapport – l’Église officielle doit reconnaître et respecter. L’appréciation positive de la vie d’amour dans des couples «pas correctement» mariés est tout à fait nouveau dans l’Église catholique. Cela représente un saut vers une nouvelle théologie: on passe d’une approche déductive à une approche inductive. Je m’explique: dans le passé, à partir d’une idée claire du mariage catholique, on concluait que les catholiques dans une union non conforme vivaient dans le péché; aujourd’hui, selon le rapport, pour arriver à un jugement sur les catholiques dans une union non conforme, il faut regarder ce qui se passe dans cette union. Il s’agit d’une approche empirique: est-ce qu’on y trouve des signes d’amour, de service altruiste et des efforts communs pour faire du bien? Si oui, le rapport veut que l’on respecte cette union imparfaite et qu’on l’accueille dans la paroisse.

Cette approche théologique généreuse me rappelle une antienne qu’on chantait dans l’ancienne liturgie de la Semaine Sainte : ubi caritas et amor, Deus ibi est, là où se trouvent l’amour et la charité, Dieu est présent. Cette approche théologique conduit aussi à une nouvelle perception des unions homosexuelles Pour évaluer moralement ces dernières, il faut regarder ce qui se passe dans ces unions : est-ce qu’on y trouve l’amour, l’amitié, l’appui mutuel, un sens commun de responsabilité citoyenne, etc. ? Si oui, on doit respecter ces couples catholiques: leur union est imparfaite, mais le comportement des personnes impliquées est appuyé par la grâce de Dieu.

Les paragraphes du rapport intérimaire du Synode 2014 qui présentent cette nouvelle approche théologique et pastorale ne se retrouvent plus dans le rapport final, publié après le Synode. Il semble bien que ces paragraphes ont été supprimés par des cardinaux conservateurs ne partageant pas l’ouverture du Pape François. Il est donc important que les catholiques progressistes s’organisent pour soumettre leur témoignage à la considération du Synode 2015.

Présentation de la Courtepointe

« C’est en effet l’homme et la femme qu’il s’agit de sauver » écrivaient les pères du Concile Vatican II en 1965; à sa façon le « silencieux » Samaritain évoqué par Jésus dans les écrits de Luc (10, 25-37) l’illustre parfaitement. Ce Samaritain se libère lui-même des dogmes, de la loi religieuse sectaire et des croyances isolantes pour se rendre disponible au fondamental et à l’essentiel. Sans rien demander pour lui-même, il accomplit une sorte de « ministère de la réconciliation » comme l’écrivait saint Paul : il sauve celui qui est menacé et s’organise pour le réconcilier avec la santé sans se soucier des qu’en-dira-t- on. On pourrait ajouter qu’il le conforte pour le reconduire à l’auberge. Il utilise « l’huile de la tendresse » pour le ramener à la Vie. Cet abandonné de la société retrouve des bras accueillants qui ne lui ont pas demandé ses papiers. Pas de « douane », dirait l’évêque de Rome avec son merveilleux sou- rire. D’abord la dignité à rétablir à tout prix, d’abord la recherche d’attitudes pour relever celui qui est dans le besoin. D’abord la sortie du tombeau!

Il y a ici, dans cet épisode du Samaritain, des attitudes que François, l’évêque de Rome, adopte sans cesse, et tout simplement, au quotidien, « sur le trottoir », pour sauvegarder la maison commune. Sauvegarder la planète et les familles qui l’habitent. Ces deux réalités menacées partout sur la boule qui nous a été offerte afin que, complices et co-créateurs, nous en faisions un « paradis » pour toutes et tous. Deux réalités liées que notre Institution a souvent négligées pour imposer un peu trop majestueusement ses lois et son Ciel.

Dans les articles qui suivront et seront publiés à un rythme soutenu, les membres du Réseau des Forums André-Naud qui ont collaboré au Synode sur la famille en 2014 vous exposeront leur Courtepointe fabriquée en 2015 pour contribuer encore au Synode et à la sauvegarde des familles d’aujourd’hui. Au Québec la courtepointe est un agencement cousu de pièces de tissu triangulaires et colorées fabriquées autrefois dans les maisons pour réchauffer « son monde » et lutter contre le froid nocturne tentant de paralyser la Vie. Les pièces triangulaires provenaient de vieux vêtements usés ramassés durant l’année écoulée : la récupération était déjà à l’œuvre!

Notre Courtepointe est un assemblage de textes autant individuels (9 auteurs sollicités) que collectifs (6 forums) tous « cousus ensemble » pour réchauffer l’espérance inquiète des femmes, des hommes, des enfants, des familles de notre maison commune nommée la Terre. Un effort pour que la chaleur de la tendresse et un paisible confort circulent entre les humains. Des textes sur les colorées familles d’aujourd’hui afin d’arriver à « repousser vigoureusement tout juridisme étroit et mesquin qui perdrait de vue le primat de l’amour généreux sur les règles concrètes d’action. »

Courtepointe

Le premier texte (la première pointe!) est celui des membres du Forum André-Naud (FAN) de Montréal qui s’intitule Laissez-nous approcher (Mc 2, 1-12) : un désir manifesté par le paralytique que ses amis ont dû passer par le toit pour arriver à Jésus. Un texte interrogateur sur les murs qui présentement (et depuis longtemps) bloquent et découragent de nombreuses personnes cherchant à rencontrer Jésus.

Le second, provenant des membres du FAN de St-Jean/Longueuil nous met sur la piste de l’histoire de la famille qui pose de nombreuses questions sur les positions arrêtées (figées) de notre Institution imposées aux familles catholiques. « Des orientations vraiment évangéliques sont requises pour que le Royaume se répande dans les familles. »

Les membres des FAN de Trois-Rivières et de Nicolet ont mis en commun leurs préoccupations et leurs souhaits pour que les familles, celles d’ici et celles d’ailleurs, soient davantage respectées dans leur organisation. Ni la Bible ni Jésus n’ont proposé de modèle familial unique pour apprendre l’Amour, le pardon, le partage… Une phrase de Jésus illustre bien sa pensée : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » Ce troisième texte de ces deux FAN a pris l’allure d’une lettre au pape François.

Le quatrième texte signé par un membre  du FAN de Joliette utilise le retour du fils perdu et retrouvé (Lc 15, 11-32) pour nous sensibiliser à la condition ecclésiale de plusieurs personnes homosexuelles : quand favoriserons-nous vraiment leur retour?

« Le message évangélique est la proposition d’un idéal de vie épanouissante, sanctifiante, divinisable, dans un monde et un processus laborieux qui exige efforts et patience. » L’auteur de ce message évangélique n’a jamais eu en tête l’exclusion et la condamnation pour celles et ceux qui peinent à y arriver; au contraire son accueil a toujours été immense et valorisante. Ce cinquième texte signé par un membre du FAN de St-Jérôme est d’un grand réalisme et propose des voies d’accomplissement pour parvenir paisiblement à vivre l’idéal proposé.

Un sixième texte collectif rédigé par les membres du FAN de Gatineau (Outaouais) insiste sur l’urgence « d’accueillir ouvertement dans leurs différentes situations de couples les personnes séparées réengagées, les personnes homosexuelles, les personnes vivant en union de fait,… qui cheminent dans la communion au Christ à la table eucharistique. » (extrait du Manifeste pour une Église dans le monde de ce temps adopté en octobre 2012 par TOUS les membres du Réseau des Forums André-Naud RFAN) Dans trop de situations, c’est l’Institution catholique qui a quitté les couples et non l’inverse. Le rôle de l’Église n’est pas d’abord de juger mais d’accompagner et de révéler Dieu.

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 Les textes qui suivent proviennent de 9 auteurs québécois sollicités par le RFAN pour apporter librement leur collaboration (leurs pièces de tissu à coudre) à l’élaboration de notre Courtepointe en vue de réchauffer et d’accompagner les gens de chez nous. Le premier texte nous a été offert par le théologien bien connu Gregory Baum qui montre comment une approche inductive de la réalité des familles « non conformes, donc non reconnues par l’Institution » est en train de remplacer cette approche déductive en vigueur depuis trop longtemps. Une très belle question : trouve-t-on des signes d’amour dans ces familles « non conformes? » Homme de sagesse et de longue expérience, monsieur Baum se souvient d’une belle phrase de la Semaine Sainte d’autrefois : Ubi caritas et amor, Deus ibi est!

Dans leur Manifeste pour une Église dans le monde de ce temps adopté par le RFAN en octobre 2012 lors de leur assemblée générale annuelle, les membres ont insisté grandement (inspirés par André Naud) pour souligner l’importance de la conscience. Ici, dans cette Courtepointe, le second texte, Une morale de miséricorde et de vérité, Guy Durand affirme clairement que la morale chrétienne est une morale de cheminement et qu’on ne doit jamais interdire de manger à celle ou celui qu’on a invité… ou qui a faim; un idéal à atteindre avec le temps, les échecs et les réussites. N’était-ce pas l’attitude de Jésus envers celles et ceux qu’il rencontrait?

Le texte suivant de Lisette Audet (FAN de Joliette) vient appuyer et illustrer le texte de Guy en proposant de développer certaines attitudes essentielles pour accueillir les familles d’aujourd’hui telles qu’elles sont.

Diacre permanent depuis longtemps dans l’Église qui est à Trois-Rivières, Robert Hotte espère une ouverture pastorale « sans douane » de l’Institution et une présence plus grande sur la rue, les trottoirs et les organismes impliqués auprès des familles. Une question résume sa réflexion : « Quelle est la compétence réelle dont l’Église dispose pour venir imposer son système d’interprétation personnelle aux couples? » Il faudrait ouvrir l’Évangile, écrit-il, pour apprendre ce que veut dire accueillir et aimer.

Le 13 août 2013, Bernard Ménard (prêtre depuis 56 ans) écrivait à François, l’évêque de Rome, une lettre pour lui offrir sa pensée (des questions, des certitudes et des suggestions) sur l’homosexualité et les personnes homosexuelles. Bernard a accepté d’insérer cette lettre dans notre Courtepointe en espérant que « ses frères et sœurs ne soient plus exclus de la table de fa- mille ».

Le sixième auteur sollicité, Gilles Lagacé, nous propose un texte très serré et très nourri sur La vocation et la mission de la famille dans l’Église et le monde contemporain. L’état des lieux, la théologie du mariage et des pistes pastorales à approfondir sont les 3 dimensions abordées. Dès le début, l’auteur est clair : « Jésus est une faible source d’information directe sur le sens du mariage. Lui-même ne s’est pas marié et n’a donc pas témoigné de sa propre personne sur la vie de conjoint ni sur celle de parent. »

Clamée, chantée, méditée à l’occasion d’un synode sur la famille, elle est belle, cette phrase du septième auteur sollicité, Gérard Marier, pour apporter sa pièce triangulaire à notre courtepointe : «Notre espérance, c’est la recherche d’une entente minimale entre nous pour fonder un vivre ensemble ecclésial pacifié. » La conclusion est celle d’un sage : « Recherche la paix et poursuis-la. » comme l’écrivait le psalmiste. (Ps 34, 15)

Paru sur le site Internet du RFAN, le huitième texte d’un auteur sollicité André Gadbois, sous le titre Des familles colorées, relate un événement qui a permis à l’auteur de découvrir que souvent dans les familles est vécu le fondamental qui transcende les modalités.

Prêtre missionnaire depuis 1962 (p.m.é.), Claude Lacaille (notre dernier auteur sollicité) vit maintenant au Québec, au service de personnes hébergées en institution pour maladies chroniques et de perte d’autonomie. « L’Église catholique, écrit-il, dans son enseignement sur la famille, est aujourd’hui en complète rupture avec la culture du 21e siècle. La famille est une  institution humaine fondamentale pour le bien-être de l’humanité… Notre intransigeance devant la réalité des hommes et des femmes de notre temps nous éloigne de l’Évangile de Jésus. »

Voilà donc 15 pointes colorées et cousues ENSEMBLE, 15 textes pour former une courtepointe capable d’offrir de l’espérance et de la chaleur à celles et ceux qui en recherchent. Merci à toutes celles et ceux qui, ici, ont osé SE DIRE, S’EXPOSER, et contribuer ainsi à alléger le poids que notre Institution a déposé sur les épaules de plusieurs de nos sœurs et frères. Il est venu pour que nous ayons la Vie, et la Vie en abondance. Il a marché vers Emmaüs pour nous ouvrir les yeux sur la réalité. Il fait de nous ses complices pour que nous nous rendions proches les uns des autres, que nous devenions des co-créateurs et co-créatrices et que nous sauvegardions notre maison com-mune : la planète et ses familles.

Merci à ce cher François, l’évêque de Rome, pour son audace au quotidien, pour sa dissidence évangélique, pour son humour et sa joie, pour sa confiance en Celui qui a dit à Moïse hésitant d’aller voir le Pharaon pour libérer son Peuple : « T’es capable! Je serai avec toi. » (Ex 3, 15)

Invitation au lancement de notre Courtepointe

Les membres de l’équipe nationale du Réseau des Forums André-Naud (RFAN) sont fiers et heureux de vous inviter au lancement du document nommé la Courtepointe réalisé à l’occasion du Synode sur la famille. Ce document de 68 pages a été réalisé à la suite de l’assemblée générale du RFAN en octobre 2014; il contient 15 textes provenant des 6 forums locaux et de 9 auteurs invités qui ont généreusement collaboré avec nous.

Autrefois, assemblée dans la joie, la patience et la discrétion, la courtepointe de nos grands-mères était destinée à celles et ceux qui avaient froid et tentait de sauvegarder la vie assaillie; elle contribuait à réchauffer l’espérance. Notre courtepointe veut jouer aujourd’hui ce rôle car la famille est un tissu social cousu en courtepointe.

Durant la soirée vous aurez l’occasion de dialoguer avec
Guy Durand
(théologien et juriste),
Françoise et Gilles Lagacé
(impliqués depuis longtemps à Hull),
Lucien Lemieux (prêtre, théologien spécialisé en histoire de l’Église),
Bernard Ménard (oblat, responsable d’une vaste enquête sur Église et homosexualité) et
Denis Normandeau (engagé en pastorale à St-Eustache).
Animateur : André Gadbois.

Le lancement aura lieu le mardi 13 octobre 2015 à 19h30 à la Librairie Paulines sur la rue Masson à Montréal. Contribution suggérée:   5.00 $

Vous pouvez télécharger une Affiche de l’événement: Affiche en format pdf  (472Ko)

Écoutez aussi l‘interview d’André Gadbois à l’émission Foi et Turbulences du 16 septembre au poste de Radio Ville-Marie.