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Changer les religions

Les religions et en particulier les grandes religions occidentales affichent une image dictée par leurs extrémistes. C’est notamment le cas pour le Catholicisme, le Judaïsme et l’Islam. Les extrémistes de deux dernières religions sont d’ailleurs les protagonistes de guerres confessionnelles. Pourtant certains de leurs ministres, humblement, tentent de réformer leur religion afin de la rendre plus moderne et plus ouverte. Un documentaire québécois d’une heure en fait un portrait. À une plus grande échelle, un réseau mondial s’est constitué à l’occasion du 50e anniversaire du Concile Vatican II. Il s’est donné pour mission de susciter des réflexions et de faire des propositions  sur les réformes à entreprendre dans l’Église catholique. Voici ces démarches.

Ma foiThomas Rinfret, après une carrière éclectique en ski professionnel, s’est orienté en production cinématographique. Après avoir produit avec succès des films sur le ski extrême, il est désormais réalisateur à Télé-Québec. Âgé de près 35 ans, père d’un jeune enfant, Rinfret s’est interrogé sur la pertinence de faire baptiser son fils.

C’est cette question qui lui a inspiré le documentaire Ma Foi présenté en décembre 2016 à Télé-Québec. Il nous présente sa quête faite auprès d’un prêtre catholique, Pierre-Gervais Majeau, incidemment membre du Réseau des Forums André-Naud, de deux Imans,  dont un homosexuel et un… skieur et enfin, une Rabbin. Tous ces ministres religieux travaillent à réformer leur religion afin de les mettre à jour avec les exigences de nos sociétés contemporaines et afin de corriger l’image négative que ces religions transmettent dans l’opinion. Par ailleurs, un spécialiste présente des données factuelles sur l’État de ces religions.

Le documentaire permet ainsi de mieux comprendre l’état d’esprit avec lequel les Québécois nés après 1960 appréhendent la religion. Il donne aussi un aperçu des efforts déployés actuellement pour combler le retard qu’on pris les religions.

Par ailleurs, le Réseau conseil mondial s’est constitué à l’occasion du 50e anniversaire de Vatican II lors d’une rencontre qui s’est déroulé à Rome du 20 au 22 novembre 2015. Environ 100 délégués venant de 28 pays répartis dans les 5 continents se sont réunis pour entamer une démarche visant à réformer l’église catholique selon deux perspectives :

  1. la manière d’être de l’Église ( le peuple, y compris la hiérarchie ), son fonctionnement et son organisation afin de l’ améliorer, de sorte qu’elle soit au 21eme siècle ce qu’elle dit être ,
  2. le dire et le faire de l’Église afin de permettre à ses membres d’éclairer, avec l’Esprit de Jésus, notre monde en constante évolution, et de contribuer à sa transformation en un monde de paix, de justice sociale et économique, de solidarité, un monde luttant contre la pauvreté dans lequel chaque homme et chaque femme puisse se développer dans toutes les dimensions de son être.

Réseau conseil mondialInitié par le Réseau Européen Églises et Libertés et le Mouvement International Nous Sommes Eglise, le réseau est constitué et appuyé par des organisations comme le Réseau des Parvis de France, le Catholic Church Reform International (CCRI), le  Movimento Fé e Política brésilien ou le Réseau des Anciens Jecistes d’Afrique (RAJA) d’Afrique qui font partie des nombreuses organisations qui appuient la déclaration Council 50 adoptée à l’occasion de la réunion de Rome. La déclaration comporte des engagements des membres selon les perspectives évoquées plu tôt et sur différents thèmes :

  1. Dans le monde
    1. Paix et guerre
    2. Justice économique et sociale
    3. Environnement et développement durable
    4. Genre, sexualité et famille
  2. Dans l’Église
    1. Ministères et égalité entre les femmes et les hommes
    2. Communautés ecclésiales de base
    3. Dialogue au sein de l’Église et avec le mond
    4. Église des pauvres

Le réseau s’est donné un plan d’action qui vise notamment à identifier les réformes nécessaires et à tenir des « Synodes du peuples de Dieu ». Le premier Synode est prévu pour 2018 et devrait se tenir à Brasilia, Brésil. Les sujets traités par ce Synode devraient être :

  • mettre l’accent sur les insuffisances de la manière d’être et de l’organisation actuelle de notre Église;
  • présenter des alternatives à la lumière du Concile Vatican II, de l’Évangile, et des résultats des approches théologiques, y compris de la théologie de la libération;
  • exprimer une vision, fondée sur le message de Jésus, qui soit capable d’inspirer le monde entier pour la justice sociale et économique, la solidarité, les droits humains, la préservation de notre planète et de la paix.
  • restaurer l’espoir que l’esprit d’ouverture exprimé il y a plus de 50 ans dans les documents du Concile, ainsi que dans les écrits, les paroles et la pratique de notre pape François.

Il y a là une immense tâche à accomplir. Et il reste à savoir si cela suffira pour répondre aux besoins de celui qui est en quête de Foi.

Suggestions pour renouveler et revivifier l’église

Le credo
N.D.L.R. Dans sa réflexion, le Forum André-Naud explore les avenues qui permettraient de reconstruire l’Église québécoise. Voici des suggestions formulées par un membre du Forum de Montréal qui sont alimentées par les discussions en cours. Jean Desrochers est un père de la congrégation de Sainte-Croix. Il a notamment été missionnaire en Inde.

Les mesures suivantes doivent évidemment être discutées, élaborées et précisées dans nos réunions. Comme les membres du FAN de Montréal connaissent mieux que moi ce qui se passe au Québec et au Canada, il serait intéressant de savoir si vous connaissez divers efforts et expériences pour mettre en œuvre de près ou de loin les suggestions 1 que je fais.

  1. Implication sociale
    Il y est nécessaire pour l’Église et ses membres de s’impliquer activement dans les problèmes sociaux et ainsi, de développer et faire connaître sa doctrine sociale, encore trop embryonnaire et qui est un secret bien gardé. C’est un secteur privilégié pour dialoguer et collaborer avec tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté. C’est aussi un des impératifs les plus urgents et prophétiques pour répondre aux besoins et aux aspirations de notre temps. C’est probablement une approche mieux perçue par plusieurs jeunes et penseurs. Comme le mentionnait le Pape Jean XXIII 2, ce qui a été fait en ce domaine n’est presque rien en comparaison avec ce qui reste à faire. Pour cela, trois types inter-reliés d’initiatives et d’engagements sont requis:

    1. L’Église doit collaborer avec toutes les personnes de bonne volonté à travers le monde pour élaborer des enseignements sociaux pertinents 3. Des principes et des solutions appropriés seront ainsi être développés sur des questions importantes dans les domaines écologiques, socio-économiques, politiques, culturels et religieux.
    2. Il faut donc former des groupes de réflexion et des groupes de travail  à cet effet à différents niveaux.
    3. Des mouvements sociaux doivent aussi être organisés pour s’engager dans des tâches et projets bien concrets. Il est nécessaire et urgent de mettre en oeuvre un plan d’action !
  2. Décentralisation, diversification, inculturation et féminisation de l’Église. L’enseignement dogmatique et éthique de l’Église occidentale, ainsi que sa liturgie et son droit canonique, sont trop centralisés et uniformes pour répondre adéquatement aux aspirations et aux besoins majeurs du monde actuel. Ce manque de diversité et de flexibilité nuit énormément à la vie chrétienne à travers le monde. Elle réduit aussi, de façon catastrophique, la capacité de l’Église de dialoguer et de collaborer avec les femmes et les hommes de bonne volonté pour transformer le monde dans l’esprit de l’Évangile. L’Église doit donc devenir plus multiforme, diversifiée, et participative afin de mieux remplir sa mission dans les Églises et les cultures particulières.Plusieurs changements de mentalité et de législation sont nécessaires dans l’Église, par exemple pour effectivement mettre en pratique certains enseignements du Pape François (ex. : sur la fréquentation des sacrements par les divorcés remariés) et du Message des Évêques Canadiens de janvier 2016. Notre FAN pourrait réfléchir sur ce sujet et souligner certaines mesures pratiques. Chaque diocèse, et si possible chaque paroisse , devraient organiser un plan pastoral à différents volets, c’est-à-dire répondant de façon appropriée aux besoins de divers groupes de chrétiens et chrétiennes : les pratiquants réguliers, les non-pratiquants, les chrétiens instruits qui remettent plusieurs éléments de leur foi en question, les personnes sans connaissance religieuse et celles et ceux qui sont attirés par diverses sectes et religions.Chaque diocèse et paroisse devraient aussi offrir régulièrement un autre modèle de célébrations eucharistiques (ex.: dans une atmosphère plus familiale et « domestique », plus spontanée et participative) pour ceux et celles qui le désirent.
  3. Identité chrétienne
    De plus il est probablement impératif de redéfinir l’identité chrétienne, surtout dans le monde occidental. Dans le passé, cette identité était généralement exprimée par la prière familiale et communautaire, la fréquentation des sacrements, l’ensemble des « pratiques religieuses » , la profession du credo, et l’acceptation de certains principes éthiques. Dans ce contexte, la connaissance de Jésus et de l’Évangile était généralement présupposée. Cela demeure-t-il suffisant dans le monde actuel ? Cette identité ne doit-elle pas être repensée et révisée, transformée et expliquée, de nos jours ?

    1. Comme nous y avons fait allusion plus tôt, les responsabilités et les obligations sociales des chrétiens (et de tous les êtres humains !) dans les domaines de la protection de l’environnement, de l’écologie, de la consommation et du style de vie, de la justice sociale, de l’abolition de la pauvreté, du partage des richesses et du pouvoir, des droits humains, de la lutte contre les guerres et les armements, de la corruption et de la discrimination et pour une véritable solidarité, etc.  doivent être précisées et renforcées de diverses façons pour répondre aux besoins actuels.
    2. Comment la vie chrétienne peut-elle prendre racine, se perpétuer, se développer ? Comment peut-elle s’exprimer « communautairement » dans la société actuelle ? Une « connaissance fondamentale de Jésus et de l’Évangile » et même une « certaine expérience de Jésus dans la prière » ne sont plus généralement transmises dans de nombreuses et peut-être la plupart des familles, du moins dans les pays occidentaux… Comment assurer ce qui semble une « base essentielle pour être chrétien » quand elle n’existe pas ? Quelle sorte de catéchèse parait requise dans de telles circonstances ? Certaines mesures majeures ne devraient-elles pas être fortement encouragées et mises en pratique pour y arriver (ex.: un accompagnement prolongé, un programme substantiel de conférences, des lectures et des échanges communautaires, des périodes importantes de prière personnelle ou un partage dans des « communautés de base », des stages parmi des croyants, etc.) ? De telles mesures et expériences existent-elles en certains endroits ? Devraient-elles être généralisées ou même rendues obligatoires ?
      Au terme de cet approfondissement, certains engagements concrets ne devraient-ils pas être faits ? Cela ne serait-il pas une adaptation pertinente de la confirmation, une mise en œuvre des promesses baptismales ? Que pensez-vous de cette mesure ? Quels seraient les éléments essentiels de ces engagements ?
    3. Une certaine « dimension communautaire » n’est-elle pas requise dans la vie chrétienne ? Dans cette perspective, comment envisagez-vous la « pratique régulière » de notre vie chrétienne ? L’Église devrait-elle officiellement maintenir l’obligation à la messe dominicale ? Ne devrait-elle pas plutôt offrir une multiplicité de choix à ses fidèles ?
      Par exemple:

      1. La participation à l’eucharistie dominicale pour ceux et celles qui préfèrent cette option ;
      2. Le remplacement de cette option par quelques autres pratiques, libres ou obligatoires, notamment :
        1. 5-6 célébrations eucharistiques par an, incluant Pâque et Noël, et quelques éléments de b et c;
        2. Certaines prières ou lectures personnelles ou familiales, plus ou moins fréquentes ;
        3. Des « échanges et partages de vie et de foi » dans une « communauté de base » se réunissant environ 10 fois par année pour réfléchir à leur foi et à leurs engagements. D’autres possibilités pourraient aussi être incluses…

      L’Église ne devrait-elle pas aussi repenser et réorganiser profondément l’usage et la célébration des différents sacrements dans les diverses circonstances actuelles : le baptême, la confirmation, l’eucharistie, la pénitence-réconciliation, l’onction des malades, le mariage et l’ordre ?

      Que pensez-vous de ces suggestions ? (Quels changements ou additions aimeriez-vous y apporter ?) Ne permettent-elles pas une plus grande diversité répondant à différents besoins et aspirations ? Ne permettent-elles pas de reconnaître les éléments positifs d’une « religion et spiritualité à la carte » ?

    4. Une question spécifique demeure : la reformulation et l’expression de notre foi. Sans nier l’importance de la continuité avec la tradition, les chrétiens et les chrétiennes d’aujourd’hui ne devraient-ils pas apprendre à exprimer l’essentiel de leur foi (dans leurs Églises régionales, diocésaines et locales) d’une façon plus significative et pertinente ? Est-ce le cas présentement ? Les « credos » utilisés dans l’Église actuelle répondent-ils aux aspirations et besoins contemporains ? Comment réfléchir à ces credos, et à leurs diverses affirmations, et les ré-exprimer dans des perspectives et mots adaptés à notre temps ? Quelles ressources peuvent être utilisées pour le faire dans un contexte ouvert et non-polémique ? Comment revivifier et actualiser notre foi, et mieux la « comprendre », la pratiquer et l’exprimer ? Dans les évangiles, développer sa foi se fait en « devenant disciple de Jésus », « cheminant avec lui » et « vivant avec lui ». Comment réintégrer cette approche ?Les divers catéchismes catholiques contiennent sans doute beaucoup d’information sur le contenu des professions de foi. Et il y a tellement de publications sur la foi ! Mais la foi demeure une question particulièrement pertinente dans notre monde sécularisé. Nos communautés et nos célébrations chrétiennes nous aident-elles vraiment à vivre notre foi en profondeur ? Nous aident-elles vraiment à intérioriser et personnaliser notre foi ? Quelles mesures devons-nous prendre pour remédier cette situation ?

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1
 Mes suggestions énumèrent certaines mesures que j’espère pertinentes et même nécessaires pour revivifier l’Église actuelle à différents niveaux, surtout dans le monde occidental. Nos perspectives ne doivent pas en effet être étroites, car le renouveau des Églises régionales, diocésaines et locales ne peut se faire sans tenir compte de l’enseignement et la législation de l’Église universelle.

2 Mater et Magistra

3 Voir Paul VI, Octogesima Adveniens, 1971, no 4.

4 Voir Paul VI, Populorum Progressio, 1967, no 81, et OA, op. cit., no 48

5 Mentionnons deux écrits à ce sujet. En Mai 2013, la revue Prêtre et Pasteur a publié 6 articles sur « Le Crédo dans tous ses états ». Dans un de ces articles intitulé « Une hiérarchie des dogmes ? », P. Léger remarque que, « dans l’expérience de foi des apôtres, on peut clairement identifier des progrès, des reculs, des hésitations, de réelles incompréhensions » (p. 274). Les chrétiens contemporains ne vivent-ils pas des expériences assez semblables ? Comment tenir compte de telles réalités dans nos réflexions et les expressions de notre foi ? Dans son livre, « Ce que je crois, en quête d’un Dieu digne de foi » (Bellarmin, 2002), Joan Chittister réfléchit sur le sens des différentes affirmations du « credo ».

Repenser nos liturgies et l’utilisation des églises

N.D.L.R. Voici un extrait du numéro 36, Octobre 2016, du Bulletin du Réseau des Forums André-Naud. C’est un texte extrait de la section Vie du réseau.

nanterre.jpg - http://nanterre.paroisse.net/paroisses/sainte-genevieve/celebrer-la-messeDans une lettre récente au cardinal Ouellet, le pape François signale, entre autres choses, le besoin de « trouver de nouvelles formes d’organisations et de célébrations de la foi ». Cela comprend des initiatives et des modèles variés, petits et grands. Je voudrais ici évoquer quelques modifications qu’on pourrait faire dans notre liturgie et dans l’utilisation de nos églises.

Je suis très souvent surpris de ce que je lis ou entends lors de nos célébrations liturgiques. Je me demande si les gens prêtent vraiment attention aux textes utilisés dans nos assemblées liturgiques : textes des Écritures, canon de la messe, hymnes, chants. Je pense, par ailleurs, que certains participants occasionnels en sont fortement surpris. Personnellement, je suis moi-même souvent scandalisé. Il me semble que l’on pourrait facilement changer certaines choses : une phrase d’un chant ou d’un hymne, voire un mot d’une prière officielle.

Je crois, en effet. que nos communautés chrétiennes pourraient prendre diverses libertés. Surtout dans la perspective des changements que le pape François a indiquée. Liberté par rapport aux textes proposés pour retrouver une théologie plus saine, une plus juste anthropologie, une meilleure compréhension des Écritures et un enrichissement plus grand pour chacun et chacune. Voici donc certaines suggestions.

  1. Chants
    Je commence par les chants, qui vivifient tellement nos célébrations et dont je trouve les paroles la plupart du temps très belles, poétiques, inspirantes.

    • Minuit ! Chrétien
      Dans ce chant, il y a deux lignes absolument inacceptables. Comment parler du courroux de Dieu contre l’humanité. Proposition :

      Minuit! Chrétiens, c’est l’heure solennelle
      Où l’homme Dieu descendit jusqu’à nous
      Pour annoncer une bonne nouvelle
      Et de son Père révéler tout l’amour.
      Le monde entier…
      Refrain: Peuple debout… ou Peuple de Dieu, reçois ta délivrance

      On trouve d’autres formulations, par exemple sur Internet, celle attribuée à Renaat Van Hove (1990) qui propose une réécriture complète du cantique. Elle dérouterait cependant davantage à cause de la multitude de changements.

    • Venez divin Messie
      On peut facilement trouver dans les cahiers liturgiques ou sur Google des mots différents. Il faut en changer quelques-uns. Et éviter encore de parler du « courroux » de Dieu dans le deuxième couplet.

      Venez divin Messie
      Nous rendre espoir et nous sauver.
      Vous êtes source de Vie
      Venez, venez, venez !
      Ah ! Descendez, hâtez vos pas ;
      Sauvez les hommes du trépas,
      Secourez-nous, ne tardez pas.
      Redites-nous encore ……………. au lieu de « Dans une peine extrême De quel amour vous nous aimez… »
      au lieu de « Gémissent nos cœurs affligés »
      Venez Bonté Suprême, Venez, venez, venez !

    • Gloria
      Il y a un autre chant où l’on fait parfois des changements, qui pourraient être généralisés, afin qu’il soit plus inclusif. Gloire à Dieu au plus haut des cieux, Paix sur la terre aux peuples qu’il aime ….ou… aux amis de Dieu plutôt que « aux hommes ».
  2. Prières
    Il y aurait aussi quelques phrases à changer dans nos prières même les plus officielles. À commencer par le Notre Père.

    • Notre Père
      Malgré la respectabilité du texte, il y aurait quelques mots à changer dans la seconde partie de la prière.

      Et ne nous laisse pas succomber à la tentation…
      au lieu de
      «Et ne nous induisez pas en tentation» ou «Et ne nous soumets pas à la tentation»
      ou « Et ne nous laisse pas entrer en tentation »

      Le changement à l’avant-dernière phrase s’impose. On ne peut absolument pas dire: « Ne nous induisez point en tentation », selon la formulation de l’ancien Petit Catéchisme du Québec, ou depuis 1965-66 « et ne nous soumets pas à la tentation » selon la traduction dite œcuménique, même si cette formulation semble coller au texte évangélique (Mt 6, 9-13; Lc 11, 2-4), comme si c’était Dieu qui nous envoyait les tentations. C’est ce que le livre de Job dans l’Ancien testament suggère, mais il s’agit justement d’un conte ou d’une fable coulée dans la perspective de l’AT. On ne peut retenir cette formulation. Les tentations ne viennent pas de Dieu. «Dieu lui-même ne tente personne», affirme l’Épître de Jacques (Jc 1, 13). Les tentations viennent du monde qui nous entoure, de notre subconscient ou de nos propres pensées conscientes. On demande à Dieu la force de passer à travers. La formulation récente, discutée depuis 2013, qui devrait entrer bientôt dans le lectionnaire officiel « et ne nous laisse pas entrer en tentation » n’est guère mieux, malgré les explications torturées qu’on en donne. Et elle n’est pas facilement compréhensible. La formule que je retiens « Et ne nous laisse pas succomber à la tentation », belle, juste, compréhensible du premier coup, généralement employée jusque dans les années 1970, jouit d’ailleurs de l’autorité du Catéchisme de saint Concile de Trente (texte et traduction édités chez Desclée et cie, Paris-Tournai-Rome, en 1905) . On pourrait aussi faire un changement plus radical. Au moins en pensée, si on ne le fait pas de vive voix.

      Pardonne-nous nos offenses, comme tu nous demandes de pardonner septante fois 7 fois.
      au lieu de « comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ».

      Ce dernier changement est moins évident puisque la formulation actuelle vient explicitement de l’Évangile. Mais, il est lui-même inspiré d’un autre texte évangélique (Mt 18, 22) et serait cependant beaucoup plus vrai théologiquement et plus réconfortant. Le pardon de Dieu n’est pas défini à aulne humaine: il est infini, inconditionnel.

    • Prières à Marie
      Concernant les prières mariales, on pourrait changer parfois l’expression « Vierge Mère » ou « Mère de Dieu », par Sainte Marie (comme dans l’Ave Maria) ou « Mère Marie » ou « Marie, mère de Jésus ». Cela nous ferait moins buter sur l’expression « vierge mère » et soulèverait des résonances nouvelles et riches en nous.
    • Autres
      Dans une para-liturgie, on nous a fait lire une prière commençant ainsi: « Dieu, père de miséricorde et mère de tendresse… » Quelle surprise, mais aussi quelle source de réflexion !
  3. Le texte de la messe
    Ici, j’ai des suggestions de divers ordres (grammatical, humanitaire, procédurale ou théologique). Les premières sont faciles à admettre et appliquer; les dernières plus importantes.

    • Des commentaires
      Il serait important, à mon avis, que le président d’assemblée ou un animateur fasse des commentaires de bienvenue et de transition entre les prières et les chants pour ménager les transitions. Si non, on passe d’une émotion à l’autre par sauts surprenants. Le Prions en Église pourrait lui-même comporter de tels textes, pour aider le prêtre pressé ou sans créativité. Voici quelques suggestions:

      • Faire un court commentaire de mise en situation avant l’acte pénitentiel. Si non, la célébration commence de manière bien négative et abrupte.
      • Faire un court commentaire de transition après l’acte pénitentiel du début et avant le Gloria pour signaler le changement de perspective ou de sentiment. Surtout lors des funérailles. Sinon, il y a un choc qui dérange.
      • Faire un court commentaire explicatif avant certaines lectures de la Bible (parfois signaler seulement le sens d’un mot) pour aider à comprendre, quitte à prolonger l’explication dans l’homélie. Un exemple récent: à la Pentecôte, on lit un texte de saint Paul qui dit: « Sous l’emprise de la chair, on ne peut plaire à Dieu »(Romains 8, 8). Or le mot « chair » pour Paul désigne, non pas le corps sexué ou sexuel auquel réfère la majorité des gens, mais l’ensemble de la personne humaine (corps et âme) coupée de Dieu et donc sujette aux passions de luxure, d’orgueil, de richesses, de pouvoir, etc. Le texte de Paul prend alors une tout autre dimension.
    • Des changements
      Mais, il y a plus, de nombreux changements seraient bienvenus et bénéfiques.

      • On peut facilement changer les mots masculins inclusifs pour dire explicitement « frères et sœurs », et « hommes et femmes ».
      • On devrait supprimer certaines strophes des psaumes qui parlent d’un Dieu guerrier ou d’un Dieu vengeur. D’un Dieu qui demande de tuer tous les ennemis.
      • On pourrait couper des hymnes trop longs (au langage souvent peu approprié), surtout quand ils sont chantés, même si la mélodie est belle. Y compris à la veillée pas-cale: vu la solennité de la fête, on s’attend à une célébration plus longue, mais il y a des limites pour les gens d’aujourd’hui et que la famille attend souvent à la maison.
      • On pourrait changer très souvent les mots « péché », « pécheur » à cause de leur charge émotive (mot mal compris théologiquement d’ailleurs) par d’autres comme « faute », « erreur » ou par « faiblesse », « fragilité »
      • Je trouve exceptionnellement vrai et beau d’entendre le prêtre chanter les paroles de la consécration et de nous y associer, manifestant ainsi explicitement que c’est toute l’assemblée des fidèles qui célèbre sous la présidence du prêtre.

        Quant le Seigneur se mit à table avec ses amis (bis)
        Il leur partagea le pain en leur disant
        Prenez et mangez, ceci est mon corps livré pour vous (bis)
        Quand le Seigneur se mit à table avec ses amis (bis)
        Il leur distribua le vin en leur disant
        Prenez et buvez, ceci est mon sang livré pour vous (bis)
        Nous célébrons ce grand mystère, ta mort sur la croix (bis)
        Nous chantons la joie de ta résurrection
        Et nous attendons le jour de ton retour glorieux (bis)

      • Au milieu de la prière eucharistique, après la consécration, quand on prie pour le pape, l’évêque du lieu, etc, je comprends que l’on dise « le pape François », mais quel fidèle comprend quand on dit seulement « notre évêque Paul » ou « notre évêque Christian », etc. Personne chez les fidèles n’appelle son évêque par son prénom ; souvent on ne le connaît même pas. Juste après, avant de prier pour les défunts, pour ne pas restreindre l’Église aux seules autorités, on pourrait prier pour tous les vivants, par exemple : « Prions pour tous les Chrétiens à travers le monde…  » ou « Prions pour tous ceux et celles à travers le monde qui cherchent Dieu ».
      • Au cours de la messe, on demande pardon à Dieu à trois moments. Il y en a sûrement un de trop. Difficile de choisir lequel. Mais j’ai entendu un prêtre changer les paroles précédant la communion, qui m’ont bien plu. Au lieu du traditionnel et humiliant « Seigneur, je ne suis pas digne de… », il a proclamé:

        Seigneur, je suis heureux de te recevoir
        Mais dis seulement une parole
        Et nous serons tous heureux….… ou … et nous serons tous raffermis

    • Autres changements plus radicaux
      On peut élargir les changements de manière encore plus large, de manière à être plus bénéfique pour les assemblées actuelles.

      • Au lieu de certains récits de l’Ancien Testament ou de certains psaumes et certains hymnes peu adaptés, ne pourrait-on pas trouver des textes plus vrais, y compris des textes de théologiens anciens, de saints ou saintes connus, ou encore d’auteurs contemporains. On serait attentif à, par exemple à un texte de Jean-de-la-Croix, de Thérèse-de-l’Enfant-Jésus, de Mère Theresa ou de Martin Luther King. Ou encore d’un poète contemporain. Voire d’un auteur québécois.
      • Dans l’homélie, je ne trouve pas toujours nécessaire de faire un lien (parfois d’ailleurs un peu artificiel) entre les trois lectures. Mieux vaut essayer d’expliquer le sens des textes, ceux de l’Ancien Testament étant souvent « déroutants ».
      • Plus généralement, j’aimerais bien que parfois au lieu de l’homélie, on fasse une sorte de catéchèse aux adultes sur Dieu ou le Christ, les miracles, un sacrement, la morale chrétienne, la distinction entre morale et droit. Quitte même à supprimer une lecture ou deux pour avoir un peu plus de temps. Ce serait plus fécond qu’une soirée spéciale sur les mêmes sujets, qui rejoindraient évidemment moins de monde. On pourrait même, à l’occasion, pourquoi pas, remplacer la première partie de la messe par ce type de catéchèse, et garder la seconde partie ou simplement la communion (comme le Vendredi Saint où il y a une liturgie avec communion mais sans messe).

      Une bien triste expérience que j’ai vécue dernièrement. C’était le 3e dimanche ordinaire. À propos, savez-vous ce que les gens comprennent de ce mot « ordinaire » ?. C’était une messe en l’honneur du 10e anniversaire de la mort d’un homme très connu et très impliqué dans la municipalité. Il y avait une cinquantaine de personnes de plus que les dimanches réguliers : plusieurs membres de sa famille: enfants et petits-enfants (d’âge adolescent). Une très courte parole de bienvenue officielle fut faite, et puis … hop ! le rite pénitentiel, et… re-hop le chant Gloire à Dieu. Deux adolescentes ont fait les lectures… sans parler vraiment dans le micro. Les trois lectures portaient sur le péché : heureusement que l’Évangile parlait de Marie-Madeleine et de l’attitude de Jésus. Mais quel climat ! À la fin, au lieu de me rebeller, j’avais les larmes aux yeux. Quelle occasion manquée ! Quelle Église coupée du monde ordinaire ! Pourquoi ne pourrait-on pas parfois choisir un autre Office ?

  4. Acoustique
    Dans un autre ordre d’idée, il faudrait être extrêmement attentif au fonctionnement des micros et à la qualité de la proclamation des lectures. Les églises sont vastes, beaucoup de participants âgés sont durs d’oreilles. Ce serait pourtant facile de dire aux lecteurs de se familiariser d’avance avec le texte qu’ils vont proclamer et d’être attentifs à l’emplacement du micro. Sinon, un responsable déjà dans le chœur peut facilement aller le placer. Cela est encore plus important dans les célébrations occasionnelles, comme les mariages et les funérailles où l’assistance est peu familière avec les textes liturgiques ou le lecteur d’un témoignage peu habitué à parler au micro (directement dans le micro).
  5. Utilisation de l’église
    On pourrait faire servir l’église à d’autres activités que la liturgie. Déjà beaucoup d’églises offrent des concerts et des conférences. On pourrait faire davantage, me semble-t-il.

    • Il y a quelques années, des citoyens notoirement athées (ou leur famille) ont de-mandé de faire une cérémonie de funérailles dans une église. Certains Chrétiens ont crié à la profanation, mais pourquoi donc ? Si un non-croyant veut donner une dimension spirituelle à son départ, pourquoi refuserions-nous ? Cela peut aussi offrir au prêtre ou à un autre croyant l’occasion de dire un mot sur la foi ou la spiritualité. Déjà plusieurs constatent comment des funérailles chrétiennes (avec messe) sont des occasions privilégiées pour rejoindre des gens qui ne viennent jamais à l’église et les amener à réfléchir sur le sens de la vie.
    • Pourquoi pas des mariages civils ? Si un couple le demande, exprimant ainsi son désir de donner une certaine note spirituelle à son union, pourquoi pas? Pour éviter les mauvaises interprétations ou « le scandale des faibles », il suffit de bien dire qu’il s’agit d’un mariage civil et que le prêtre n’est pas l’officier (même si celui-ci intervient à un moment ou l’autre pour donner une touche spirituelle). On ne fera pas d’inscription dans le registre religieux non plus évidemment. L’engagement civil présente, en effet, beaucoup de valeurs, de même que le contexte spirituel.
    • Et des funérailles à l’église pour des personnes qui ont demandé l’aide médicale à mourir. Je pense que l’archevêque de Montréal et le cardinal de Québec en affirmant que, même s’ils privilégient nettement les soins palliatifs, ils ne s’opposeront pas à de telles funérailles, s’inscrivent vraiment dans la ligne de l’Évangile. Les funérailles « servent à prier pour quelqu’un, affirme Mgr Lépine, et non pas à porter un jugement de valeur ». L’Église offre d’ailleurs depuis longtemps les funérailles aux personnes qui se suicident, ajoute-t-il. Les évêques qui refusent les funérailles aux malades qui choisissent l’aide médicale à mourir ignorent ce qu’est la souffrance, dénonce Gille Fontaine, aumônier d’hôpitaux à la retraite. « Faire ça, c’est ajouter de la souffrance à la souffrance. Les gens ont assez d’avoir perdu quelqu’un sans qu’on ne les pénalisent ». « C’est imprévisible comment on va réagir dans la maladie, donc vaut mieux être accueillant et compréhensif ». (Le Journal de Montréal, 30 sept. 2016; idem dans le Devoir).
    • Dernièrement, une paroisse de Chicoutimi a organisé une fête de l’Amour à l’adresse de tout couple « qui désire célébrer son amour et renouveler son engagement à deux » quel que soit son type d’engagement (mariage catholique, mariage civil, conjoints de fait, couple homosexuel). L’initiative a suscité l’irritation de plusieurs fidèles, y compris au niveau international. Mais pourquoi donc, encore une fois? Jésus à fait pire: il a fréquenté des prostituées et des voleurs aux yeux de ses contemporains !

On pourrait allonger la liste des changements à apporter, des initiatives nouvelles à pren-dre. Je reprends la phrase du pape François au cardinal Ouellet sur le besoin de « trouver de nouvelles formes d’organisations et de célébrations de la foi ». Je pourrais reprendre d’autres invitations du pape à ouvrir la mission de l’Église, à aller au-devant des gens par-tout où ils se trouvent. Ainsi cet extrait d’entrevue du pape à un journaliste italien: «Il ne suffit pas d’ouvrir les portes, il faut donc sortir dans la rue, à ses risques et périls. […] Au lieu d’être seulement une Église qui accueille et qui reçoit, efforçons-nous d’être une Église capable de sortir d’elle-même et d’aller vers les hommes et les femmes qui ne la fréquentent pas, qui ne la connaissent pas, qui se sont éloignés, qui sont indifférents. » (L’Église que j’espère, Flammarion/Études, p 95 et 98). À nous d’accueillir les gens au rythme de leur cheminement religieux ou spirituel et de nous répéter une autre parole du pape : « Qui suis-je pour juger ? ». Il s’agit d’une nouvelle vision de la pastorale, une pastorale des petits pas, une pastorale circonstancielle. À l’exemple de Jésus qui accueillit les gens, en toutes occasions, sans discrimination.

Sur la vocation et la mission de la famille dans l’église et dans le monde contemporain

Gilles Lagacé, FAN de Gatineau

(N.D.L.R.) Dans le cadre du Synode romain sur la famille tenu en 2014 et en 2015, le Forum André-Naud a demandé à des auteurs, parmi d’autres, de rédiger une opinion afin d’alimenter la réflexion sur le sort réservé à la famille en 2015. Voici un extrait de la « courtepointe » qui a été publiée dans notre dernier bulletin.Ce texte est une réflexion sur le rapport de la première séance de l’Assemblée Synodale Les défis pastoraux sur la famille dans le contexte de l’évangélisation qui a été publié en octobre 2014.

Le document comprend trois sections bien différentes

Première section: l’état des lieux

C’est un texte factuel qui reflète bien la réalité des gens d’ici et, semble-t-il, la réalité mondiale. Le vocabulaire est simple, compréhensible et la réalité est décrite avec nuances. On pourrait apporter des précisions à plusieurs paragraphes mais l’ensemble est satisfaisant parce qu’il accomplit ce qu’il se propose d’accomplir: décrire la réalité.

Par ailleurs, un thème revient à travers le texte: il faut approfondir en église locale nos perceptions de la réalité. Il ne s’agit pas, pour un groupe d’évêques, de faire un bilan entre eux puis de l’imposer à l’ensemble de l’Église, mais de tracer ce bilan ensemble en Église. On souligne deux raisons:

  1. C’est ainsi que la réalité sera perçue dans toute sa variété et jusque dans ses racines
  2. C’est ainsi que les pratiques pastorales (les solutions au diagnostic établi) seront comprises localement et exécutées efficacement.

Deuxième section: la théologie du mariage

La deuxième partie essaie de définir « l’Évangile de la Famille » et la théologie du mariage. Le vocabulaire y est tout à fait diffèrent, comme si cette partie avait été rédigée par une équipe différente. Le vocabulaire y est principalement symbolique, difficile à rattacher à la réalité vécue par les familles. L’anthropologie qui la sous-tend est désuète. L’exégèse des textes bibliques est contestable. Les multiples références à « saint Jean-Paul II » et aux papes récents, tous mâles et célibataires, sont indécentes. Je le dis franchement et sincèrement: ce texte semble avoir été rédigé entre bureaucrates ecclésiastiques mâles et célibataires. Il doit être entièrement réécrit. À cette fin, je trace plus loin les grandes lignes de ce que pourrait être une théologie du mariage.

Troisième section: les pistes pastorales à approfondir

Comme pour la 1ere partie, les pistes proposées sont variées et adaptées à la réalité. On propose aussi qu’elles soient approfondies par l’ensemble de la communauté chrétienne. C’est là un thème récurrent et essentiel.

Mais c’est aussi ce qui inspire le plus de crainte. Ces propositions sont faites au moment où, dans notre pays (et dans plusieurs autres), les communautés se dissolvent. Il n’y a pas de relève, à la fois chez les pasteurs et chez les membres des communautés. On ne peut jeter un regard réaliste sur la famille d’aujourd’hui sans aussi regarder l’avenir de nos communautés.

Il y a plus. Le déclin de nos communautés peut-il être relié au décalage de l’Église par rapport à la réalité de la famille? Alors que l’église affirme la grande dignité du mariage, celui-ci est, en pratique, facteur de discrimination dans la répartition des responsabilités et des pouvoirs dans cette même église. On ne pourra susciter davantage de participation des couples à la pastorale du mariage si ces mêmes couples continuent d’y être exclus des prises de décisions.

Le mariage chrétien

Le Mariage a une histoire

Au cours des siècles (avant Jésus Christ comme depuis le début du christianisme) les sociétés ont adapté les modes de vie à deux et de vie familiale à leurs besoins spécifiques. Selon leurs besoins, elles ont interdit ou encouragé le mariage endogame ou exogame, elles ont encouragé ou défendu la polygamie ou la polyandrie, elles ont soumis les mariages au contrôle des familles ou les en ont dégagés, elles ont formulé des rites et des codes plus ou moins rigides. Cette évolution se poursuit et il est hasardeux de prévoir comment le mariage et la famille évolueront encore dans le contexte culturel, technologique et juridique des siècles à venir.

Regard sur le Christ

Quoi qu’il en soit, toute réflexion théologique sur le mariage doit partir du regard du Christ. Or il faut, au point de départ, faire un immense acte d’humilité. Jésus est une faible source d’information « directe » sur le sens mariage. Lui-même ne s’est pas marié et n’a donc pas témoigné de sa propre personne sur la vie de conjoint ni sur celle de parent. Sa propre famille est atypique en ce sens qu’il n’a eu ni frère ni soeur, que son propre père est un père « putatif » et qu’on infère que ses parents n’ont jamais eu de relations sexuelles. Ses amis intimes (Marthe, Marie, Lazare, Marie-Madeleine…) ne semblent pas mariés et si nous savons que certains apôtres l’étaient, on ne mentionne rien de leur vie amoureuse ni de la façon dont ils ont dû concilier leur mission et leur vie familiale. Jamais les Évangiles ne citent Jésus discourant sur le sens du mariage, de la vie de famille, et encore moins sur la sexualité, la planification de naissance ou l’homosexualité. Il faut donc aborder avec prudence le seul texte où les ennemis de Jésus tentent de le piéger sur un sujet très particulier: le droit des hommes de répudier leurs femmes. Il ne faudrait pas, à notre tour, tomber dans le piège de ces pharisiens et élargir la portée de ce texte à tous les aspects de la morale conjugale. On étudiera ce texte plus loin.

Par ailleurs, il est clair qu’en accomplissant son premier miracle à Cana, Jésus montre l’importance qu’il accorde au mariage ainsi qu’aux institutions et coutumes qui le soutiennent. Mais, là encore, il n’y fait aucun discours sur le sens du mariage ou sur la morale conjugale.

Le mariage dans l’annonce du Royaume de Dieu

Pour comprendre le sens profond du mariage chrétien, il faut plutôt comprendre le message évangélique sur le Royaume, dans lequel ce mariage s’inscrit et, de là, en approfondir le sens. C’est sans doute pourquoi, il faut le rappeler, les premiers chrétiens n’ont pas établi de rite spécial pour le mariage ni même considéré le mariage comme un sacrement. Pour eux, c’est le baptême qui rendait chrétien le mariage traditionnel, quel que soient les rites ou les traditions familiales dans lesquels il était célébré. Il a fallu 12 siècles avant que la « théologie du mariage » n’atteigne sa pleine formulation et ce n’est qu’au Concile de Trente que la forme actuelle du mariage chrétien est devenue obligatoire (et même là, avec des exceptions jusqu’au début du 20e siècle!) Encore ici, donc, il faut aborder le sujet avec énormément d’humilité !

Par ailleurs, le Sermon sur la Montagne, le Notre Père, l’attitude de Jésus face aux pêcheurs et aux personnes rejetées, y compris les personnes impliquées dans des délits sexuels, parlent tous de la manière de vivre, dès maintenant, le Royaume de Dieu. À cet enseignement sur le Royaume, il faut ajouter la Résurrection de Jésus qui suit sa Passion. Or le défi de vivre à deux est, pour la majorité des gens, le plus important défi de leur vie en société, donc de leur vie en « Royaume de Dieu ». C’est donc dans cet enseignement sur le Royaume qu’il convient, en premier lieu, de chercher le sens de la vie conjugale des disciples du Christ. De fait, plusieurs éléments de l’enseignement sur le Royaume s’appliquent particulièrement bien au mariage:

  • L’égalité parfaite dans le couple, découlant de l’égalité parfaite de tous les enfants de Dieu.
  • L’amour profond et réciproque de l’autre qui est le signe auquel on reconnait les disciples du Christ.
  • Le pardon inconditionnel et sans compter comme Dieu notre père lui-même pardonne.
  • La dimension eschatologique du Royaume qui fait comprendre qu’au-delà des limites de la vie conjugale sur terre, c’est dans la parousie que l’amour atteindra sa pleine perfection.
  • Les vertus reliées aux béatitudes (humilité, miséricorde, douceur…) sont identiques à celles qui permettent au couple de s’épanouir
  • le souci des plus faibles, des plus pauvres à commencer par celui ou celle qui dans le couple et la famille, à chaque étape de croissance, a le plus besoin du soutien des autres.
  • Le besoin de l’aide du Dieu pour dépasser les limites de notre condition humaine.

C’est en constatant comment le Royaume de Dieu se réalise, en premier lieu, dans la famille et le couple, que se dégage le sens profond du mariage, comme le mentionne saint Paul.

Le mariage Sacrement

Il faut d’abord saisir ce qu’est un sacrement. C’est un signe sensible, visible, par lequel Dieu exprime sa grâce. Il relève de la « pédagogie » de Dieu, la manière dont Dieu nous révèle le sens profond de notre vie. Le premier et seul véritable sacrement est Jésus. C’est en lui que se révèle le sens profond de notre vie et l’intention de Dieu sur nous et sur le monde. Les sept autres sacrements ne font que reprendre à leur tour, en l’absence physique de Jésus « retourné au Père », les diverses dimensions du sacrement qu’était Jésus-parmi-nous. Autrement dit, les sept sacrements font mémoire, font revivre (au sens du Zikaron hébraïque) sept dimensions de la pédagogie de Dieu en Jésus.
Le mariage, quant à lui, témoigne de l’amour que Jésus avait (et a encore) pour les hommes et les femmes de « notre temps ». Et l’amour de Jésus pour son Église est lui-même témoignage de l’amour de Dieu pour l’humanité. Exprimé en mots tout simples, le sens du sacrement du mariage est le suivant:

L’amour vécu dans le couple est le reflet de l’amour de Jésus (et de Dieu) pour nous et vice-versa.
Pour comprendre le sens de notre vie, il suffit de mettre en parallèle ce que nous vivons comme couple et ce que Jésus a vécu avec son entourage. On comprend ainsi le sens véritable du pardon, celui de « donner la vie », celui de se soucier de l’autre sans pour autant « faire à sa place », celui de risquer de donner priorité au bonheur de l’autre pour atteindre son propre bonheur. Quand nous cherchons le sens profond de notre vie humaine, de notre naissance, de notre mort, de nos désirs, de nos succès comme de nos échecs, il suffit, comme chrétien, de décoder le sens de notre vie de couple et de parents.

Ainsi, pour comprendre comment Dieu est « Père (ou mère !) » pour nous, rien de mieux que de prendre conscience de notre propre paternité envers nos enfants. La paternité ou la maternité nous permettent de saisir de l’intérieur ce que ressent Dieu pour nous ! Ainsi prend tout son sens le texte de la Genèse, à savoir que Dieu, en nous créant homme et femme, nous a créés à son image.

De plus, le sacrement du mariage agit comme un reflet mutuel: ce que Jésus a vécu avec les siens illustre ce que nous pouvons vivre comme couple. Ce que nous vivons comme couple illustre, pour nous comme pour notre entourage, ce que Dieu éprouve pour nous.

Pour approfondir le sens du mariage

Pour poursuivre cet énoncé, plusieurs remarques peuvent être faites.

  1. La dimension d’égalité fondamentale entre l’homme et la femme dans le mariage risque d’être occultée par l’image débalancée de « l’amour du Christ pour son église ». Depuis le début de l’Église, cette image sert à définir le sens du mariage chrétien. Mais l’enveloppe anthropologique de cette comparaison doit être séparée de son sens théologique. À cette époque, l’homme marié était « le chef » de la femme, comme le Christ était le « chef » de son Église. Ce n’est plus vrai aujourd’hui où le mariage s’inscrit dans une parfaite égalité entre l’homme et la femme. Pourtant, la structure hiérarchique de l’Église maintient encore cette prémisse de l’homme chef en Église. Non seulement le pouvoir y demeure essentiellement masculin mais le mariage lui-même est un empêchement à l’exercice d’autorité en église. Le diaconat accessible à un homme marié mais pas à une femme mariée en est la plus anachronique illustration.
  2. Cette même image de « l’amour du Christ pour son église », et encore plus celle de la « Sainte Trinité » risque de masquer le caractère évolutif du mariage. Jésus aime parfaitement dès le point de départ. Toute l’anthropologie qui sous-tend la théologie traditionnelle du mariage suppose que le mariage commence et est accompli (donc « complet ») dès que les époux se promettent mutuellement fidélité et forme « une seule chair ». En réalité, et aujourd’hui plus que jamais, l’union d’un homme et d’une femme se fait progressivement. L’union financière, émotive, sexuelle, domestique, sociale, légale, psychologique des deux conjoints est un énorme défi qui se produit graduellement, comme le fait de devenir parent se fait également progressivement. Et, parfois, ne se réalise jamais complètement. « Ce que Dieu a uni » devrait peut-être se dire « Ce que Dieu aide progressivement à unir… »
  3. Si Jésus aime parfaitement l’Église, celle-ci est toujours sujette aux faiblesses et aux échecs, sans pour autant disparaître. Les faiblesses ou même l’échec du mariage humain ne rendent pas caduque la comparaison avec l’amour de Jésus pour son église. Ni la valeur du sacrement. Loin d’être un long fleuve tranquille, le mariage est souvent un tortueux apprentissage semé de difficultés, d’errances passagères et de réconciliations. On peut même comprendre que le mariage-sacrement est témoin de l’amour de Jésus autant dans ses déchirements que dans ses moments de pur bonheur. Bien que, légalement, le mariage soit dissous à la mort d’un des conjoints, ce n’est que dans la Parousie que l’union de conjoints atteint sa perfection et que le  mustérion  s’accomplit.
  4. Jésus n’a pas rédigé de Droit canon ni même défini de conditions pour qu’un mariage soit valide. On peut tirer de l’enseignement de Jésus des préceptes pour un mariage heureux: le choix libre de personnes adultes, l’engagement exclusif, la fidélité, la fécondité, la reconnaissance par la communauté ecclésiale et l’appel au soutien de Dieu. Le Droit canon peut en faire des exigences mais cela n’épuise pas l’éventail des situations dans lesquelles vivent les conjoints chrétiens. Il faut donc rappeler au sujet du mariage de ce que Jésus a souligné à plusieurs reprises au sujet de la Loi : l’homme n’est pas fait pour la loi mais la loi pour l’homme. Il est donc possible que plusieurs couples contemporains décident de ne pas contracter de mariage « selon la loi » et forment tout de même de véritables couples chrétiens, comme cela s’est fait fréquemment tout au long de l’histoire de l’Église (comme les « mariages clandestins » reconnus par le Concile de Trente).
  5. La fécondité et la planification des naissances vont de pair. La planification des naissances s’impose comme responsabilité dès qu’un couple a des relations sexuelles. Un dialogue en Église est encore à faire à ce sujet. En tant qu’encyclique papale à ce sujet, Humane vitae mérite respect. Mais elle a été écrite par un homme célibataire, conseillé principalement par des hommes célibataires et demeure, après bientôt un demi-siècle, en dissonance avec la réalité sexuelle des couples. Elle a été publiée sans tenir compte du Sensus Fidei et d’une manière qui excluait un dialogue pastoral sur un sujet qui est pourtant mis en oeuvre par la base. Elle ne doit pas être tenue pour « la position de l’Église » mais uniquement pour l’opinion de Paul VI, frère en Jésus-Christ et évêque de Rome. Continuer à l’inclure dans un chapitre sur « le regard du Christ » sur le mariage ne fait que prolonger la douloureuse maladresse de sa publication.
  6. Aucun couple ne se forme en ayant comme but de devenir « indissoluble ». L’indissolubilité est un concept légal. Ce n’est ni un idéal, ni une vertu, ni un « don ». Ce que le couple vise c’est la fidélité, la persévérance, la ténacité. C’est de se rappeler de la grâce des premiers amours tout en s’adaptant à une réalité constamment changeante. Et qu’arrive-t-il si, après plusieurs difficultés et malgré tous leurs efforts, les conjoints constatent que ces difficultés sont en train de détruire chacun d’eux ? Et s’ils ne voient d’autre solution que de se séparer ? Et qu’arrive-t-il si, après cette séparation et en se rappelant la grâce de leur premier amour, l’un ou l’autre ou les deux décident à nouveau de tenter la vie à deux avec un nouveau partenaire ?
    Certains citent la réponse de Jésus aux pharisiens. Il faut ici, avec toute l’humilité requise, se rappeler trois points:

      • La question qui est posée à Jésus ne concerne pas le divorce par décision mutuelle comme cela se produit de nos jours. Il concerne une réalité d’Israël au temps de Jésus: la répudiation d’une femme par un homme (puis, par extension dans le contexte romain, chez Marc uniquement: la répudiation d’un homme par une femme). Il est donc périlleux de présumer de la réponse que Jésus ferait au sujet du divorce de deux chrétiens d’aujourd’hui, compte tenu de la diversité des situations qui peut les mener au divorce.
      • La référence au « Commencement » n’est pas une référence à un commencement historique mais à un idéal à atteindre. Imaginer (comme le font les Lineamenta) qu’il y ait eu une époque originelle selon la volonté de Dieu puis un temps de compromis dû au péché puis un temps de rachat dans le Christ peut aider à illustrer le sens du mariage ; mais prendre ces trois étapes comme des faits historiques est un incompréhensible anachronisme.
      • Enfin, l’expression « ce que Dieu a uni » doit, lui aussi, être compris avec énormément… d’humilité. On a toujours considéré que ce sont les époux qui s’unissent. Ce sont eux les ministres du mariage. C’est plus vrai que jamais dans la réalité d’aujourd’hui. Diverses cultures se mélangent, les familles ont peu d’influence sur le mariage de leurs enfants, la vie privée est souvent en conflit avec la vie publique et l’avenir comporte d’innombrables incertitudes. La décision de vivre ensemble est un grand risque qu’un couple décide de prendre en étant conscient qu’il peut échouer. Dans ce contexte, que signifie « ce que Dieu a uni  »? Croit-on que c’est Dieu qui choisit, pour chacun des conjoints, la personne qui lui est assortie ? Croit-on plutôt que, dans le sacrement, Dieu endosse l’union des époux, ce qui devrait permettre le succès de leur mariage? Dans ces deux cas, on pourrait dire « Ce que Dieu a uni », mais cette vision de la Providence pose de sérieux problèmes théologiques en regard de la responsabilité humaine. Si, enfin, on croit que Dieu prend le « risque » d’accompagner les époux dans leurs succès comme dans leurs échecs, on devrait plutôt parler « des époux à qui Dieu s’est uni ».
  7. La fidélité et le pardon ont été répétés par Jésus à la femme adultère, à la Samaritaine, à Jachée ; ils font partie intégrante de la réalité sacramentelle du mariage. Il arrive, nous en avons de multiples témoignages, que des couples se séparent (avec ou sans divorce civil), continuent à collaborer étroitement à l’éducation de leurs enfants, puis forment de nouveaux couples tout en continuant à se soucier, mais différemment, de leur conjoint précédent. Ils réalisent ainsi une forme réelle de pardon et de fidélité. Est-ce possible qu’en de tels cas, même après un divorce, ce pardon et cette forme de fidélité soient un témoignage sacramentel, comme le Christ aime son Église très imparfaite ?
  8. Pour aborder la grâce de Dieu dans le mariage, comme pour toute discussion au 21e siècle sur la grâce, alors que les diverses sciences humaines nous ont tant appris sur l’apprentissage, la faiblesse humaine, les maladies mentales, la liberté, les contraintes génétiques et sociales, il faut comprendre le mot grâce avec… beaucoup d’humilité. Il faut distinguer une vision magique de la grâce qui a souvent prévalu dans l’histoire du christianisme et la présence ou absence de Dieu dans nos choix plus ou moins libres et responsables. Les époux prient et demandent à Dieu de les aider. Mais il est difficile de croire autrement que par la pensée magique, que par le mariage chrétien Dieu octroie aux conjoints une grâce effective qui pourrait leur permettre de traverser avec succès tous les périls que la vie leur réserve. Il faut ici rappeler que le défi de vivre à deux est le premier et le plus grand défi auquel font face la majorité des humains. La véritable grâce de Dieu est d’abord celle de la naissance sur terre, celle de la rencontre d’un semblable et celle de la vie éternelle.
  9. L’homosexualité. Jésus n’en a jamais parlé. Le Nouveau Testament n’en a jamais parlé sauf un seul texte de Paul qui ne traite pas spécifiquement d’homosexualité mais énumère une liste de déviations sexuelles. Les Pères de l’Église en parlent peu. Il est donc périlleux de faire appel à une tradition en Église qui n’existe pas et d’ignorer les études des sciences humaines contemporaines. Comment, dans ce contexte, discerner (…en toute humilité) ce qui relève du préjugé de ce qui relève de la réelle intention de Dieu ? Il faut reconnaître que les homosexuels et les hétérosexuels font face à un défi commun: apprendre à aimer et à vivre à deux. Et cela à de multiples niveaux dont la sexualité n’en est qu’un parmi plusieurs. Au lieu d’affirmer qu’il ne peut y avoir aucune comparaison entre le mariage et la vie d’un couple homosexuel, il faut plutôt chercher dans quelle mesure l’expérience sacramentelle des couples mariés peut offrir des points de repères aux homosexuels qui décident de prendre le risque de vivre à deux. La Bible affirme qu’il n’est pas bon que l’homme vive seul ! C’est aussi vrai pour les « personnes homosexuelles ».

Conclusion

Ayant approfondi le sens du mariage chrétien, on peut alors en dégager des propositions éthiques, des conseils pour soutenir les couples et même un cadre légal (dans le Droit canon). Le rôle premier de l’Église ne sera jamais de codifier des règles de mariage mais d’accompagner les couples et de les aimer comme le Christ aime son Église.