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Réflexions sur Dieu : qui est-il ?

I- Histoire des dieux

Depuis les débuts de l’humanité, les êtres humains ont essayé de comprendre l’origine et le nature de l’univers, le pourquoi du mal, le sens de la vie, etc., en les attribuant souvent à des êtres supérieurs ou des divinités. Certaines de ces visions du monde sont restées sommaires, d’autres ont donné lieu à des doctrines philosophiques et théologiques raffinées. On peut distinguer à cet effet quatre grandes lignes de pensée.

Le polythéisme

Neptune
Les uns ont personnifié et divinisé les forces de la nature (tonnerre, soleil, lumière, pluie, moisson, etc.) ou les passions humaines (amour, haine, force, ambition). On les a appelés polythéistes (du grec poly : beaucoup et théos : dieu) : croyance en plusieurs dieux. Tout le monde connaît le panthéon des dieux grecs, repris en bonne partie par les Romains : Apollon le dieu de la lumière, Poséidon le dieu de la mer, Cronos le dieu du temps, surtout Zeus le père des dieux; et dans un autre registre Aphrodite (Vénus) la déesse de la beauté et de de l’amour, Cupidon (Éros) le dieu de l’amour, etc.

Le panthéisme

Ce système diffère du panthéisme (du grec ancien pan : tout et théos : dieu) affirmant l’identité substantielle de Dieu et du monde. Dieu est une substance infinie dont tous les êtres sont des modalités. L’univers entier est le seul Dieu. D’après cette vision du monde, l’univers, la nature et Dieu sont une même chose. On retrouve cette vision dans l’Indouisme, chez des stoïciens anciens et des philosophes plus récents comme Spinoza au XVIIe siècle.

L’animisme

Pour l’animisme (du latin animus : âme, esprit), Dieu est l’âme du monde. L’animisme est la croyance en un esprit, une force vitale, qui anime les êtres vivants (humains et animaux), mais aussi les éléments naturels, comme les pierres ou le vent, ainsi qu’en des génies protecteurs. C’est une conception fréquente chez les Autochtones nord-amérindiens.

Le monothéisme

Le monothéisme (du grec monos : un, et théos : dieu) désigne la croyance en un seul Dieu ou une théorie philosophique analogue. Il a été développé dans le mazdéisme, au temps du prophète Zarathoustra en Perse au VIIe siècle avant notre ère. Il correspond à la vision des philosophes grecs Platon et Aristote. Il est professé par trois grandes religions encore florissantes : le judaïsme, le christianisme et l’islam.

Voyons maintenant l’évolution de la croyance du peuple juif qui a culminé dans le monothéisme, après des détours par des positions intermédiaires.

II – L’évolution chez les Juifs

Les lointains ancêtres des Juifs étaient polythéistes. Ils deviennent ensuite monolâtres : ne reconnaissant et n’adorant qu’un seul dieu (tout en reconnaissant qu’il en existe plusieurs), celui de leur peuple, celui qui les protégeait. Quand Abraham quitte la Mésopotamie, c’est le Dieu de sa tribu qui l’appelle et lui promet terre et descendance. Sa femme apporte, d’ailleurs, avec elle, en cachette, plein d’amulettes d’autres dieux. Moïse était probablement lui-même monolâtre. Le premier commandement du Décalogue dit bien : « Tu n’adoreras qu’un seul Dieu » (Exode 20, 3) et non : « il n’y a qu’un seul Dieu ».

Ce n’est vraisemblablement que pendant l’exil en Babylonie, au VIe siècle avant notre ère, que le peuple devient monothéiste, sous l’influence possible du mazdéisme. La monolâtrie et le monothéisme étaient d’ailleurs surtout le fait des élites et des prêtres. De retour d’exil, le prêtre et haut fonctionnaire Esdras essaie de l’imposer à tous : la réforme sera lente. La prédication des prophètes témoigne, par la négative, des pratiques polythéistes du peuple : Yahvé porte d’autres noms à consonance païenne (Élohim, Adonaï); il y a même dans le Temple une statue de la déesse Ashera, épouse de Yahvé. Reconnaissant ces pratiques polythéistes comme courantes, voire justifiées, certains historiens ont inventé le terme d’hénothéisme pour désigner la croyance en un Dieu principal qui n’exclut pas le culte rendu à des dieux subalternes ou des avatars du Dieu majeur.

L’après-exil est probablement la période où le peuple juif invente ou commence à rédiger son histoire, avec le récit de la création, du paradis terrestre, du déluge, des voyages d’Abraham, voire de l’histoire de Moïse, puis de la conquête du pays de Canaan… en transposant à l’origine de l’histoire sa conception nouvelle de Dieu. Dieu, Yahvé, est unique; et il est un Dieu personnalisé qui régit le monde, un Dieu qui fait alliance avec un peuple, le peuple élu auquel tous les hommes et femmes sont invités à s’intégrer. C’est un Dieu jaloux qui n’apprécie pas le culte aux autres divinités; un Dieu vengeur, qui condamne les Juifs à errer au désert pendant 40 ans parce qu’ils ont manqué de foi; un Dieu cruel qui ordonne de tuer les ennemis, selon les mœurs du temps; un Dieu qui punit :  l’exil et les défaites militaires sont des punitions pour les péchés du peuple ou du roi. Mais, Yahvé est aussi un Dieu qui se repent, qui pardonne et se reprend. N’a-t-il pas facilité le passage de son peuple dans la « mer des Joncs » grâce à son souffle puissant (Exode 14, 21). Puis ne l’a-t-il pas nourri de la manne au désert (Exode16, 21). Et des prophètes, comme Ézéchiel et le Deutéro-Isaïe, parlent d’un Dieu plein de tendresse, lent à la colère, agissant comme un bon berger.

Au temps de Jésus, les Juifs sont explicitement monothéistes, y compris les Samaritains (les frères mal-aimés), quoique les premiers adorent Dieu dans le Temple de Jérusalem et les seconds dans un autre construit sur le mont Gerizim (ou Garizim), près de Samarie. Le monothéisme juif s’approfondira théologiquement aux Ve et VIe siècles, puis au XIIe grâce à Maïmonide par exemple.

Puis, il y a eu le Dieu de Jésus.

III – Le Dieu de Jésus

Tout en s’inscrivant dans la tradition juive, Jésus présente un Dieu très différent. C’est un Dieu universel, Dieu de tous les hommes et femmes, quels que soient leur race ou peuple (et non celui du seul peuple élu). Il est surtout un Dieu père, bon, aimant et miséricordieux, prenant soin de tous les êtres humains, appelant tout un chacun à l’amour, amour concret, agissant, artisan de justice et de paix.

Le Dieu révélé par Jésus est, en effet, un Dieu Père, un Dieu bon, miséricordieux (malgré quelques affirmations difficiles à comprendre, comme Matthieu 25, 14-30), un Dieu qui a confié le monde à la responsabilité des hommes et des femmes. Plusieurs affirmations de Jésus le présentent comme père : « mon père » et « votre père ». Révélatrice à cet effet la prière qu’il a enseignée à ses disciples : « Quand vous priez, dites : Notre Père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel… » (Matthieu 6, 9-15).
La croix
Ce trait apparaît dans de nombreuses paraboles. Comme celle de l’enfant prodigue où le père se réjouit du retour de son fils cadet qui a dilapidé son héritage. Celle de la brebis perdue où le maître laisse tout de côté pour aller à sa recherche. La scène du Jugement dernier, si on y regarde bien, est elle-aussi révélatrice. Tout se joue sur l’attitude que les hommes ont eu envers leurs semblables. Les bons (les bénis de Dieu) sont ceux qui ont nourri les affamés, vêtu les pauvres, consolé les affligés, fait œuvre de justice et de paix. Car, conclut Jésus, « Quand vous l’avez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait » (Matthieu 25, 31-46).

S’inspirant de certains textes de l’Ancien Testament comme le psaume 26, 19-20, Jésus, dans certaines paraboles, présente parfois Dieu sous les traits d’une mère. Par exemple, la parabole de la pièce de monnaie perdue que la femme cherche avec une lampe jusqu’à ce qu’elle la retrouve (Luc 15, 8-10). Ou celle du levain que la femme met dans sa farine pour faire lever le pain (Luc, 13, 33).

Le sommet est cependant chez saint Jean. « Dieu est amour, proclame-t-il, et partout où il y a amour, il y a Dieu » (Jean 4, 8). Puis, « Dieu a tant aimé les hommes qu’il leur a envoyé son fils unique » (Jean 3, 16). Et le premier commandement est conséquent : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés » (Jean 15, 12). Il y a dans les épîtres, en particulier de Paul et de Jean plusieurs éloges touchants de l’amour.

Les religions parlent beaucoup de Dieu et prennent donc pour acquis son existence. La philosophie peut-elle le confirmer ?

IV – Les preuves de l’existence de Dieu

Au-delà des croyances religieuses, existe-t-il des preuves de l’existence de Dieu ? Si oui, pourquoi tous les hommes ne croient-ils pas ? De tout temps, philosophes et théologiens se sont penchés sur la question.

Déjà Socrate, au Ve siècle avant J.-C., a été condamné parce qu’il refusait le polythéisme de ses contemporains pour ne retenir que l’existence d’un Dieu unique, transcendant. Le philosophe Aristote, réfléchissant sur le mouvement et le changement dans le monde, concluait que s’il y a un tel mouvement perpétuel, il faut présupposer l’existence d’un premier moteur, immobile, Dieu. Mais c’était un principe bien abstrait.

Au XIe siècle, le théologien saint Anselme développait l’idée que si on peut imaginer un être parfait, celui-ci existe effectivement parce que l’existence fait partie de la notion de perfection. Au XIIIe siècle, saint Thomas d’Aquin a développé cinq preuves de l’existence de Dieu, qui ont eu une influence énorme dans la chrétienté : à partir du mouvement et de l’immobile, du rapport effet-cause, du rapport entre le contingent et le nécessaire, du rapport entre le contingent et la transcendance, de l’ordre du monde. Beaucoup plus tard, Pascal a élaboré sa théorie du pari : Dieu existe ou pas. Ne pas y croire nous range parmi les mécréants éternellement; aussi bien donc y croire.

Avec le développement des sciences, on a compris qu’il n’y avait pas de preuves physiques de l’existence de Dieu. La science se tient par elle-même. Elle élabore diverses théories pour expliquer le monde, comme celle de l’évolution des espèces, ou celle du Big bang originel, ou encore des multiples Big bang. En sorte que l’on distingue de plus en plus les deux champs de connaissance : la science et la foi. Ainsi certains auteurs récents peuvent-ils conclure : « On peut être agnostique et croyant » : agnostique au point de vue scientifique (je ne sais pas si Dieu existe) et croyant sur le plan existentiel. La foi est d’un autre ordre de connaissance, comme la connaissance philosophique, l’intuition, l’amour, l’amitié, la confiance que l’on fait à quelqu’un (encore que certains scientifiques pensent que tout se passe préalablement dans le cerveau neurologique !).
L'univers
Mais avant d’aborder la question de la foi, réfléchissons sur la connaissance philosophique ou sur le rapport entre connaissance scientifique et philosophique.

V – Retour sur les divers modes de connaissance

Notre monde moderne magnifie la connaissance scientifique. Celle-ci pourtant change régulièrement. Et elle ne détrône pas la connaissance philosophique. Cette dernière, en effet, quoique d’un autre ordre, est tout aussi ferme, nécessaire, essentielle.

Jean-Paul Sartres, par exemple, le philosophe phare du milieu du XXe siècle, écrivait ceci sur les fondements de la morale centrée pourtant sur l’autonomie pratiquement absolue de l’homme : « Ma liberté est l’unique fondement des valeurs et […] rien, absolument rien ne justifie d’adopter telle ou telle valeur, telle ou telle échelle de valeurs. En tant qu’être par qui les valeurs existent, je suis injustifiable, [mais l’homme] en se choisissant choisit tous les hommes [et] ce que nous choisissons, c’est toujours le bien, et rien ne peut être bon pour nous sans l’être pour tous ». (L’existentialisme est un humanisme)

Cela rejoint le philosophe actuel André Comte-Sponville, qui ne cache pas du tout son athéisme : « Philosopher [de même que croire ou théologiser, c’est moi Guy Durand qui ajoute cette incise], c’est penser sans preuves (s’il y avait des preuves, ce ne serait plus de la philosophie), mais point penser n’importe quoi (penser n’importe quoi, d’ailleurs, ce ne serait plus penser), ni n’importe comment ». La raison commande, comme dans les sciences, mais sans vérification ni réfutation possibles. Pourquoi ne pas se contenter alors des sciences ? Parce qu’on ne le peut : elles ne répondent à aucune des questions essentielles que nous nous posons, ni même à celles qu’elles nous posent. La question « Faut-il faire des mathématiques ? » n’est pas susceptible d’une réponse mathématique. La question « Les sciences sont-elles vraies ? » n’est pas susceptible d’une réponse scientifique. Et pas davantage, cela va de soi, les questions portant sur le sens de la vie, l’existence de Dieu ou la valeur de nos valeurs… Or comment y renoncer ? « Il s’agit de penser aussi loin qu’on vit, donc le plus loin qu’on peut, donc plus loin qu’on ne sait. […] La chose est plus difficile, et plus nécessaire qu’on ne le croit ». (Petit traité des grandes vertus, PUF, 1995, p. 236)

En réalité, écrit de son côté le théologien Xavier Thévenot, la vie morale n’existe que basée sur un acte de foi, un acte de foi en soi, en l’homme et en la vie. Elle intègre toujours une forme de pari sur l’avenir, malgré les démentis que apportent la souffrance et le mal; et par-delà les démentis apportés par les excès de la liberté humaine quand celle-ci cherche à dominer ou à exploiter l’autre. (Une éthique au risque de l’Évangile, p. 17-18).

Connaissance scientifique, connaissance philosophique, foi : trois modes de connaissance, valables, complémentaires. Qu’est-ce donc que la foi, la foi religieuse ?

VI – La foi en Dieu

Le mot foi peut avoir une sens large : avoir foi en la technologie, par exemple. Le mot vient du latin fides, c’est-à-dire confiance. Comme dans l’expression « avoir foi en quelqu’un », c’est-à-dire avoir confiance en lui, lui faire confiance. Le plus souvent, le mot est d’ordre religieux : avoir la foi, la foi en Dieu, croire en Dieu. Qu’en est-il alors ?

Il n’y a pas de preuves formelles de l’existence de Dieu, ai-écrit précédemment. Mais il existe d’autres modes de connaissance que la connaissance scientifique, comme la connaissance philosophique, l’intuition, la connaissance esthétique, l’amour, l’amitié. La foi relève d’une connaissance de ce genre, fondée sur une décision (un acte de volonté) qui n’est cependant pas dénuée d’intelligence parce que appuyée sur des raisonnements valables sans être concluants, sur le témoignage de multiples générations, sur des miracles, sur des expériences mystiques de certains contemporains, comme l’écrivain très connu Éric-Emmanuel Schmidt (voir son livre Ma nuit de feu), quand ce n’est pas sur nos propres expériences spirituelles.

Dans le film documentaire québécois de Guillaume Tremblay Heureux naufrage, le même Éric-Emmanuel Schmidt dit : « Il n’y a pas de preuve que Dieu existe. Certains font le choix qu’il n’existe pas, je fais le choix contraire : je suis croyant ». (Dans le même documentaire, son contemporain le philosophe André Comte-Sponville fait le même raisonnement et conclut par l’athéisme). La foi est un choix.

La foi est donc un choix, un choix raisonné, un acte d’adhésion personnelle. Croire en Dieu, c’est reconnaître qu’il existe, reconnaître qu’il est présent dans nos vies et dans le monde, et qu’il y donne sens. Qu’on l’appelle Père comme Jésus, ou autrement : l’Absolu, le Transcendant, la Plénitude, Lumière et Paix (la différence est alors bien minime entre cette vision et le panthéisme, mais elle existe). Ça reste des mots humains qu’il s’agit de comprendre.

La foi n’exclut pas le doute, les heures sombres. Bien des saints l’ont avoué, y compris Thérèse de l’Enfant-Jésus, Mère Teresa et évidemment saint Jean-de-la-Croix, au XVIe siècle, qui a écrit un livre marquant sur les Nuits de la foi.

On dit souvent que la foi est un don de Dieu. L’expression peut surprendre. Car ce don est offert à tous. Pourquoi certains l’acceptent-ils, d’autres non ? On est renvoyé à la question principale, celle de la nature de la foi : un choix, une confiance, une adhésion.

Oui pour la foi. Mais les dogmes eux ne viennent-ils pas tout compromettre ?

VII – Les dogmes

Et les dogmes ? La Trinité, la divinité de Jésus, la Résurrection des corps, l’Immaculé conception, l’Assomption de Marie, le péché originel, etc. ? Dans un livre exceptionnel, écrit à la fin de sa vie en s’inspirant de la grande philosophe et mystique Simone Weil, le théologien québécois André Naud répond à la question en faisant état de son propre cheminement intellectuel et spirituel. L’Église a raison de proposer des dogmes, explique-t-il. Ceux-ci sont nécessaires, mais l’Église devrait changer sa manière de les dire, et le fidèle doit de son côté changer sa manière de les recevoir. (Les dogmes et le respect de l’intelligence, Fides, 2002).
La Bible
Les dogmes sont nécessaires, précieux comme des diamants, explique André Naud, pour amener à réfléchir, pour échanger entre humains, et pour prier et méditer; mais l’Église doit davantage proposer qu’imposer. Et le chrétien doit y prêter une attention respectueuse : se laisser interpeller par la précision des formules dogmatiques et même des condamnations, tout en faisant œuvre d’intelligence. Et cela au nom de la vérité de l’intelligence humaine et de la conscience individuelle (dont le respect doit être absolu) de même que de la vérité des dogmes (qui ont aussi quelque chose de repères absolus).

D’où les quatre repères herméneutiques suivants :

  1. Il y a une hiérarchie des vérités … et des dogmes. La divinité du Christ, par exemple, est plus importante que l’Assomption de Marie, absente des Évangiles.
  2. La vérité ne porte jamais sur la formulation. Les mots sont forcément liés à la culture d’une époque et à une philosophie : la foi n’est liée à aucune culture; et aucune philosophie n’est révélée.
  3. En théologie, on parle depuis des siècles de l’analogie de la foi : Dieu est comme un père, comme un roi, etc. De telle sorte qu’on peut aussi bien dire : Dieu n’est pas un père (sous-entendu, comme nous l’imaginons), il n’est pas tout-puissant (comme nous percevons la puissance), il n’est pas bon (comme nous percevons la bonté), etc. parce qu’il n’est jamais comme nous le disons, ni comme nous le pensons. Nos mots humains sont impuissants à dire correctement Dieu, le mystère, la transcendance.
  4. D’où tout le courant traditionnel de la théologie négative, exprimé par de nombreux mystiques et théologiens chrétiens : De Dieu on ne peut rien dire.

Les dogmes sont des indicateurs, des repères, des flèches vers la transcendance, le mystère : ceux-ci sont toujours au-delà des mots et des formulations. À vouloir trop en préciser le contenu, les enfermer dans une formule, on trahit ce pourquoi ils existent. Si le dogme pointe la transcendance, il ne peut l’enfermer. Un dogme n’est pas donné comme étant la vérité, mais comme étant quelque chose derrière quoi se trouve la vérité. Le mystère ne correspond pas à ce que nous ne connaissons pas ou pas encore, mais à ce qu’on n’a jamais fini de questionner et méditer. Il n’est pas de l’ordre des faits ; il n’en est pas moins réel. Il ne s’adresse pas à l’intelligence de la même manière que les faits, mais à celle des valeurs.

La difficulté du sujet rend-elle impossible de parler de Dieu aux enfants ?

VIII – Dieu expliqué aux enfants

D’où vient l’univers avec toute sa diversité et sa beauté ? – Du Big bang ?  Du hasard? – Mais, au-delà de Big bang et du hasard, comment ne pas pressentir une Intelligence qui a présidé à cet élan initial et mystérieux ? Comme il y a un artiste derrière un tableau, un architecte derrière un édifice, un musicien derrière une partition musicale, un inventeur derrière une technologie. Intelligence infinie, sans commencement – car il faudrait alors l’expliquer elle-aussi – ni fin, pour la même raison, donc un Être ou un Esprit qui préside encore à cette évolution du monde, en somme Dieu. On ne peut le représenter, ni l’imaginer. Il est au-delà de toute représentation et compréhension.
Les fleurs

Plutôt que de le voir comme une Intelligence froide, indifférente à son œuvre – donc à nous –, on peut se fier à Jésus et voir Dieu comme un Être ou un Esprit généreux, plein de sollicitude, même s’il y a des cataclysmes naturels et des comportements haineux. Un Être qui espère que les hommes s’entraideront et découvriront comment s’en prémunir ou préserver. Un Être paternel, maternel – pourquoi pas cette comparaison avec nos expériences. C’est, en partie, ce que les chrétiens veulent dire quand ils affirment que Dieu est Père, Fils et Esprit. Il est à la foi comme un père qui aime, comme un fils solidaire avec nous, comme un esprit qui nous inspire et dynamise.

La physique nous apprend qu’il y a une communication entre toutes choses. « Le froissement d’aile d’un papillon à l’Équateur peut être ressenti au Québec ». À plus forte raison, l’interrelation entre les humains doit-elle exister. C’est proche de ce que les chrétiens appellent la communion des saints. « Une âme qui s’élève, élève le monde », traduit un slogan populaire. La prière n’est peut-être pas une façon de changer matériellement quelque chose, mais une façon de me situer moi-même, voire de me changer moi-même pour que je change quelque chose dans le monde ?  Question de circulation d’énergie spirituelle.

 

Entre quatre dieux

N.D.L.R. Le forum Saint-Jean-Longueuil a consacré les derniers mois à tenter de définir ce que pouvait représenter Dieu aujourd’hui en 2018. Voici la contribution d’un de ses membres. Dieu a pris plusieurs formes au cours de sa vie.

Le dieu de mon enfance : un dieu culturel et forcé

La connaissance primaire de dieu m’a été apportée et donnée comme on offre un cadeau à quelqu’un qu’on aime. Mon milieu de vie était imbibé de cette religion à culture monothéique et rien ne pouvait me laisser imaginer autre chose. Comme un poisson dans l’eau, je nageais dans cette unique réalité : le dieu des chrétiens catholiques romains. Prier les mains jointesEt pour me rassurer que l’enseignement fût vrai, je suis né dans la ville aux cent clochers, baptisé d’urgence, confirmé avec un accès solennel aux sacrements. La loterie religieuse avait fait sauter la banque.La programmation était établie comme une garantie que le bonheur ne pouvait pas m’échapper si…. Mes souvenirs religieux me rappelaient étroitement les expériences, les réactions et l’enseignement de ma famille et des professeurs qui me dictaient le bien que je devais réaliser dans ma vie sans toutefois se soucier de mes expériences et de ma conscience. Je ne regrette rien parce que j’ai la conviction que tout a été fait pour mon bien. D’ailleurs j’ai répété ce « modus vivendi » avec mes propres enfants, aveuglément et en toute sincérité. C’est la période où on m’avait appris à conduire ma vie actuelle jusqu’au-delà de la mort dans la perspective finale de rencontrer ce dieu des chrétiens et d’être heureux pour l’éternité.

Tout ce que je savais sur dieu m’avait été donné ; rien ne parvenait de mon expérience. Le dogme du « croit ou meurt » a fait ses effets comme les clous de la croix fixaient le corps simplement pour se soustraire à la liberté. Pas de liberté, pas d’amour. Il me fallait un autre dieu.

Le dieu ami

Je cherche. J’apprends personnellement que le dieu que je veux est celui qui deviendra mon ami. Mais pour cela, j’apprends, à travers le temps, que l’amitié vécue parmi les hommes et les femmes me montre un chemin compatible avec une amitié envers dieu lui-même. Le regard sur nos questionnements et les discutions qui s’en suivent sont autant de petits pas qui soudent l’amitié que je développe au fil des ans avec mes enfants et des gens choisis. La religion ne répond pas toujours à mes interrogations ou plutôt aux nôtres. L’humanisme est beaucoup consulté au détriment de la religion. Les exemples d’un Martin Luther King, d’une Mère Teresa, d’un Dr Norman Béthune, des médecins sans frontière et j’en passe, me dirigent vers une religion beaucoup plus universelle que Romaine. Il y a du bon monde partout, pas seulement chez les catholiques. Le service devient un « modus operandi » dans ma vie. Rien ne sert de travailler uniquement pour l’argent si on ne rend pas service. Les erreurs, la souffrance et les échecs m’ont fait douter de cette amitié transposée. Mais jamais celle de mes enfants et de mes amis. Pourquoi ? C’est ainsi que la souffrance et l’échec m’ont dirigé vers les études théologiques pour mieux me comprendre avec lui.
Le dieu étudié

Je découvre que le Jésus (l’homme) Christ (Jésus ressuscité) n’est pas le fondateur de la religion catholique mais qu’il en est le fondement ; qu’il est serviteur et non maître ; qu’il est soucieux de la pauvreté ; qu’il est aidant naturel ; qu’il pardonne (par don) ; qu’il meurt spécifiquement pour ceux et celles qui ont obstinément refusés de l’aimer, etc : tout bascule. C’est la fin des mensonges (voulus ou non) institutionnalisés. À la lecture assidue des Évangiles, je constate que notre dieu est unique parce qu’il ne nous demande pas de l’aimer comme les autres dieux mais bien de nous aimer les uns les autres comme il nous aime. Voici un dieu qui n’est pas narcissique ni egocentrique et il me plaît au plus profond de moi-même. Mais devant ce dieu si grand, il devient tout à fait inatteignable, telle est l’amplitude entre sa majesté et sa pauvreté ! Alors, il ne me reste plus qu’à me laisser atteindre.

Dans un autre ordre d’idée, une phrase tout à fait anodine retient mon attention : « Le temps présent n’existe pas (sinon un espace instantané), il est un passé imposé (l’histoire) et un avenir à créer (l’avenir). » (Maurice Zundel) Or le dogme absolu nous oblige et empêche la création d’un avenir évolutif. Je veux bien admettre que le dogme est à considérer dans son interprétation d’aujourd’hui mais jamais dans une définition immuable. Le secret de Jésus est de marcher dans la bonne direction : celle de la volonté divine. Être toujours en mouvements, tel le bateau à aubes du Mississipi : les godets de la grande roue qui se gorgent d’eau doivent se vider pour faire avancer le navire. J’apprends qu’il faut faire de la place pour loger Celui qui sera heureux de saisir l’espace simplement pour pouvoir m’aimer.

Le dieu personnel

C’est le dieu de la recherche, le dieu de la relation (foi), c’est le dieu du dialogue, le dieu de l’écoute, le dieu de la parole qui me rejoint à travers les hommes, les femmes et les enfants que je côtoie personnellement où via les sources d’information que je consulte. C’est le dieu de la prière, du silence et surtout, c’est le dieu de la présence, dans chacun, partout.

Définir Dieu m’est impossible pas plus que de dire qu’il existe et qu’il n’existe pas. Personnellement, j’ai la sensation qu’il est là, partout où sont les êtres vivants. C’est pourquoi j’écris dieu avec un petit « d » jusqu’au jour où je découvrirai le grand « D ».   Je vous ai soumis le dieu de mon histoire qui, demain sera une toute autre histoire parce qu’il me parlera à travers vous qui me lisez. Puis-je avoir la grâce de vous entendre ?

L’homme-Dieu et Dieu, le psychothérapeuthe

L’automne dernier, la revue l’Express donnait le sommet du palmarès des ventes des essais à trois ouvrages : Homo deus et Sapiens de l’Israélien Yuval Noah Harari, ainsi que Psychothérapie de Dieu, de Boris Cyrulnik. Il faut croire que Dieu continue à faire recette.

Homo deusDans Sapiens, l’auteur avait fait une synthèse des étapes de l’évolution de l’espèce humaine depuis 100 000 ans : la création des villes et des royaumes, l’invention des religions, des nations, des droits de l’homme, de l’argent, des livres et des lois, de la bureaucratie et de la consommation de masse. Dans Homo deus, l’auteur tente de décrire ce que sera le monde lorsque « les mythes collectifs tels que les dieux, l’argent, l’égalité et la liberté, s’allieront de nouvelles technologies démiurgiques. Et que les algorithmes, de plus en plus intelligents, pourront se passer de notre pouvoir de décision. »

Selon le Figaro, l’auteur de Homo deus, «Harari a un réel talent pour vulgariser, faire réfléchir en faisant marcher l’imagination de son lecteur. » L’auteur a aussi le mérite de faire une synthèse des changements importants et déterminants que l’humanité a connus surtout au cours du dernier siècle. C’est rare.

Il n’est cependant pas toujours heureux lorsqu’il s’aventure à dresser des perspectives sur l’avenir de l’humanité. Il évoque par exemple l’immortalité physique probable de l’être humain : c’est plutôt présomptueux pour qui ne connait pas l’ensemble des conséquences du vieillissement. Après tout, l’auteur n’a que quarante ans. Il appréhende la domination de « l’algorithme » sur l’être humain : si on en juge par les performances du système de paie Phénix du gouvernement du Canada, le risque est plutôt ténu dans un avenir prévisible.

Titre: Homo deus : une brève histoire de l’avenir
Auteur: Yuval Noah Harari
Année de publication: septembre 2017
Maison d’édition: Albin Michel
ISBN: 9782226393876 (22263938711)
Format : Epub, papier
Prix: Epub : 26,99 $, papier :  36,95

La psychothérapie de Dieu
Boris Cyrulnik est neuro-psychiatre. Lui aussi explore les recherches bio médicales récentes. Il tente de décrire l’effet de la foi sur le comportement humain. Selon son éditeur, l’ouvrage est « un merveilleux texte, lumineux, tendre et original sur le rôle majeur que joue l’attachement dans le sentiment religieux. » Renaud-Bray résume ainsi le contenu du livre : « Le neuropsychiatre propose une psychothérapie du sacré et analyse les liens entre l’attachement religieux individuel ou collectif et les conditions sociales, économiques, politiques, ou historiques, mais aussi le sentiment de sécurité. »

Geneviève Delaisi de Parseval, de Libération conclue sa critique par : « On sort un peu sonné de la lecture de ce livre truffé de plus de mille références en bas de page. C’est une somme qui confortera croyants comme non-croyants – mais pas pour les raisons auxquelles ils avaient spontanément pensé… »

Le quotidien La Croix, sous la plume de Élodie Maurot, reconnaît que le propos de l’auteur est efficace bien que certains rapports à Dieu soient négligés. Maurot déplore une certaine superficialité là où les prétentions scientifiques sont avancées.

Titre: Psychothérapie de Dieu
Auteur: Boris Cyrulnik
Année de publication: août2017
Maison d’édition: Odile Jacob
ISBN: 9782738138873 (273813887X)
Format : Papier
Prix: 34,95

Le XXIe siècle est tout sauf religieux

Sciences et avenirC’est dans ces termes, que Luc Ferry a amorcé la communication inaugurale d’un colloque organisé par le magazine « Sciences et avenir ». En effet, dans le numéro hors-série de janvier-février 2016 dont le thème est « Dieu et la science », Luc Ferry, philosophe et ancien ministre du gouvernement français, constate que « si le religieux « revient », c’est de l’extérieur, par l’Islam, de manière exogène ».

Selon lui, on assiste plutôt à la sécularisation, la laïcisation et, surtout, à une dé-dogmatisation de la religion comme en atteste la double réconciliation de l’Église catholique avec la science et la démocratie.

La réhabilitation de Galilée, le discours de Jean-Paul II devant l’assemblée pontificale des sciences, le 22 octobre 1996 et l’encyclique Fides et ratio témoignent ainsi d’une reconnaissance de l’ensemble des recherches de la science moderne à l’exception des questions bio-éthiques à propos desquelles le Vatican demeure ultra-conservateur.

La science et la démocratie sont indissolublement liées : les vérités énoncées par la première sont valables pour tous. La réconciliation du Vatican avec la science, et donc  avec la démocratie devrait l’amener, selon Ferry, à se dissocier de l’attitude réactionnaire nostalgique de l’ancien régime qui prévalait encore au XXe siècle dans l’Église catholique.

Selon l’auteur de « La Révolution de l’amour. Pour une spiritualité laïque », si on ne peut pas prouver l’existence de Dieu, on ne peut pas non plus prouver son inexistence. Du rapport entre la science et la théologie, il conclut : « laissons ces deux sphères de la vie de l’esprit à elles-mêmes, ne les confondons surtout pas, ne les mélangeons jamais et surtout, ne les subordonnons jamais l’une à l’autre ! »

C’est une conclusion qui est partagée par Nidhal Gessoum qui aborde le rapport entre l’Islam et la science et qui affirme « qu’il n’y a pas de science à trouver dans les textes sacrés. »

Voici un aperçu de différents thèmes abordés par ce numéro de « Sciences et avenir ».

Ni créationnisme, ni Big bang

Étienne Klein, professeur à l’École centrale de Paris, rappelle que la théorie du « Big bang » est le fruit de la théorie de la relativité générale d’Albert Einstein. Cependant cette théorie ne tient pas compte notamment des forces électromagnétiques et nucléaires à de grandes densités et à de grandes températures. Selon lui, une « conception de la gravité quantique englobant la physique quantique et relativité générale » a pour conséquence de permettre l’élaboration de toutes sortes de théories scientifiques valables qui ont en commun de nier l’existence d’un « instant zéro » : l’univers serait infini.

Ce qui fait conclure à l’auteur de « Les secrets de la matière » que : « l’origine de l’univers est un mystère authentique ». Bref, si aux yeux de la science, le créationnisme est complètement écarté, le « Big bang » n’est qu’une théorie parmi d’autres.

La morale précède la religion

Il n’est pas nécessaire de partager une foi religieuse pour être animé de principes moraux. Selon Axel Kahn, co-auteur de « L’Homme, le Bien, le Mal. Une morale sans transcendance » et directeur de recherche à l’Inserm, des textes vieux de 4 000 ans évoque la tyrannie, l’oppression et le droit de cuissage comme condamnables et cela, bien avant la Bible. C’est une pensée morale, mais sans transcendance.

Par ailleurs, pour Yves Coppens, Professeur au Collège de France et paléontologue, « dès son apparition, l’homme élabore des objets symboliques qui témoignent de sa spiritualité. » Ainsi, selon l’auteur de « Devenir humains », la première pierre taillée, les pierres-figures, la musique, le traitement des morts et les mégalithes sont autant de témoignages de la quête du sacré que poursuit l’être humain jusqu’à nos jours.

Hiroshima : une fin du monde est possible

Il est raisonnable et rationnel de parler aujourd’hui de fin du monde. Mais ce catastrophisme n’est pas une promesse de vérité, mais le néant. En effet, selon Michaël Foessel, professeur à l’École Polytechnique de Paris et philosophe, le catastrophisme n’est pas l’apocalypse religieuse qui signifie « la  Révélation qui est la croyance selon laquelle Dieu – ou la vérité, la justice – apparaîtra sur les ruines du monde. »

La conclusion du catastrophisme contemporain serait que : « Nous avons passé trop de temps à transformer le monde, il faut maintenant le préserver, le sauver, quitte à renier nos propres espérances d’émancipation. » Plutôt que de juger les élus et les damnés, il serait ici plutôt question de faire le procès de la modernité. Citant Hans Jonas, Foessel poursuit : alors qu’auparavant l’être humain était responsable des actes qu’il avait posés dans le passé, depuis Hiroshima, l’être humain devient responsable de l’avenir.

Il faut cependant distinguer le fin du monde de la fin d’un monde. La fin du monde appartient aux religions créationnistes. L’auteur de « Après la fin du monde : critique de la raison apocalyptique » conclut que le catastrophisme se retrouve surtout dans les classes défavorisées et qu’il correspond à un type de catastrophe sociale auquel il faudrait trouver une solution.

Méfiez-vous les uns des autres

Pour Dominique Lecourt, Professeur émérite à l’université Paris Diderot-Paris VII, et directeur général de l’institut Diderot, la fin du monde n’est pas pour demain. On pourrait certes parler du début d’un nouveau monde avec l’arrivée du « numérique » . La manipulation des méga-données (Big data) permettront  « d’acquérir une connaissance des individus, de leurs comportements, de leurs intentions, avec une précision sans précédent. »

Non sans un certain catastrophisme, l’auteur de « L’Égoïsme. Faut-il vraiment penser aux autres ? » affirme que de la quête de la liberté qui était le credo de la démocratie; mais nous semblons nous diriger maintenant vers une quête de la sécurité. De même de l’individualisme de la révolution industrielle nous semblons nous diriger vers l’égoïsme de la révolution numérique. Prenant à témoin la société française qui suspecte la technologie, il constate qu’on y est en train de troquer la prévention, qui vise à faire une estimation des risques, pour la précaution qui consiste à éviter de prendre des risques.

Selon Lecourt, l’être humain, hanté par les catastrophes et au nom de l’écologie, adopte un « développement durable » qui va devenir une absence de développement si on lui adjoint une absence de croissance. Or l’être humain est incapable d’apporter la preuve d’une absence de risque. Dominique Lecourt est catégorique :  cessons d’avoir peur.

Apocalypse et messianisme islamiques

Le théologien Éric Morin, coordonnateur de l’École cathédrale de Paris, au collège des Bernardins, rappelle que l’apocalypse est un genre littéraire qui « repose sur un mythe selon lequel la fin du monde se manifeste comme un combat entre les ténèbres et la lumière, qui, elle, finit par triompher. » Le père Morin précise que l’apocalypse ne décrit pas la fin du monde, mais ce qui va arriver jusqu’à la fin du monde.

Par contre, selon Nabil Mouline, auteur de « Le Califat: histoire politique de l’islam », Daech pense que l’heure du jugement dernier est arrivée : perversion des mœurs,  multiplication des guerres et des catastrophes naturelles, etc. La fin du monde est proche et le bien va triompher du mal. De plus, selon certaines traditions musulmanes, le « Mahdi »,  un guide viendra sur terre pour faciliter le retour de Jésus appelé Issa dans le Coran. Selon Daech, il surgira de la province de Khorasan.

Pour Mouline, la rhétorique messianique a aussi été utilisée par différents meneurs, de Nasser à Kadhafi. La vision apocalyptique s’est nourrie d’événements  comme le traité de paix israélo-égyptien, la révolution iranienne et l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS. Et l’Antéchrist est incarné par Israël, les États-Unis et les puissances coloniales.

La science ne peut pas prouver l’intentionnalité

Le médecin immunologue Jean-Claude Ameisen affirme précisément : « Les sciences n’ont bien sûr jamais fait la preuve de l’absence de toute finalité, de toute intentionnalité, et à plus forte raison de Dieu, dans l’Univers – la question d’une telle preuve sortirait de leur champ, le champ des hypothèses testables. » En d’autres termes, la science n’a pas pour objet la recherche du sens mais la recherche du comment.

Il y eu un accord tacite entre la théologie et la science que Galilée a formulé ainsi : « L’intention du Saint-Esprit est de nous enseigner comment on va au Ciel, et non comment va le ciel. » C’est ce que nous rappelle Pascal Picq, paléoanthropologue et maître de conférence au Collège de France. L’auteur de « Le monde a-t-il été créé en sept jours ? » conclut comme Ameisen, que « la question de l’existence de Dieu, entité immatérielle et métaphysique, échappe à la démarche matérialiste de la science ». Par contre, affirme-t-il, « la question de l’apparition de l’idée de Dieu, des croyances, des religions et de leur histoire est légitime et pleinement scientifique ». Et il cite Jean-Paul II s’adressant à Stephen Hawking, professeur de mathématiques à l’université de Cambridge de 1980 à 2009 : « Mon cher professeur, nous sommes bien d’accord. Après la création, c’est vous, avant c’est nous. »

Par ailleurs, si l’enseignement créationnisme persiste encore dans certains cercles chrétiens fondamentalistes, l’enseignement de l’évolutionnisme est un défi dans les lycées musulmans. C’est ce qu’a constaté, Soufiane Zitouni, professeur de philosophie au lycée Averroès de Lille. Ce dernier révèle que, dans sa démarche pédagogique, il fait référence à l’astrophysicien Nidhal Gessoum pour expliquer à ses étudiants que plusieurs versets du Coran abondent dans le sens de la théorie de l’évolution. Mais, le Wahabisme et le Salafisme serait responsable d’une régression du monde musulman en prêchant une lecture rigoriste et puritaine du Coran.

Des animaux ont la vie éternelle

Nicole Le Douarin,  professeur au Collège de France et secrétaire perpétuelle de l’Académie des sciences de France, constate que « La nature même de la molécule d’ADN, capable de se reproduire à l’identique, permet de concevoir une forme d’immortalité à l’échelle de la cellule. »  Mais Frédéric Saldmann, cardiologue et nutritionniste, fait état d’une méduse qui vivrait éternellement : « Lorsqu’elle atteint sa maturité sexuelle, la méduse Turritopsis nutricula semble inverser brusquement son processus de vieillissement et remonte le temps jusqu’à sa forme juvénile, et ainsi de suite, éternellement … »

En fait, il y a dans la nature, toutes sortes de formes de longévité. Un autre exemple évoqué par Saldman est une grenouille qu’on retrouve entre autres au Québec et qui peut être congelée pour revenir à la vie à sa sortie du congélateur, ouvrant ainsi la porte à la  cryogénisation.

Mais, selon Nicole Le Douarin, ces formes d’immortalité sont « en quelque sorte,
« le lot de consolation » des êtres les plus simples, comme les bactéries. En revanche, l’individualité irremplaçable de chacun des représentants des espèces les plus complexes et, par excellence, des sujets humains avec leur cerveau, repose sur l’orchestration unique, mais fragile, d’une incroyable diversité de facteurs, et cela a un prix : la mort. »

La revue propose aussi un tableau des courants de pensée qui cherchent à expliquer le fonctionnement du monde et où on y retrouve notamment: le littéralisme, le théisme, le déisme et l’évolutionnisme. Il y a aussi une description de la genèse des textes sacrés fondamentaux des trois monothéismes : le Talmud, le Nouveau testament et le Coran.