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Harcèlement sexuel en Afrique

Y a-t-il du harcèlement sexuel en Afrique ? Poser la question, c’est y répondre… J’avoue ne pas être des plus compétents pour oser vous en faire part. Aussi ai-je pensé relayer quelques articles qui m’ont informé et même secoué.

« En Afrique, les Weinstein se ramassent à la pelle ! »

Voici d’abord, dans Jeune Afrique, Clarisse Juompan-Yakam qui décrit l’absence de réactions qu’a suscitées en Afrique noire l’affaire Weinstein. C’est assez démoralisant.
Harvey Weinstein

« Alors que le scandale déclenché par l’affaire du producteur américain se répercute dans le monde entier – via le hastag #MeToo, notamment -, les Africaines n’ont pas encore rejoint le chœur des femmes qui dénoncent leurs agresseurs. Elles ne sont pourtant pas épargnées… Hormis en Afrique du Sud, l’affaire Harvey Weinstein ne déclenche pas sur le continent la même avalanche de dénonciations qu’ailleurs dans le monde. Les deux plaintes pour viol déposées contre l’islamologue et théologien Tariq Ramadan, bien connu au Maghreb, n’y ont rien fait. Comme si les Africains tenaient à rester à l’écart d’un phénomène désormais planétaire.

« Pourtant, en Afrique, les Harvey Weinstein se ramassent à la pelle, dans tous les milieux, dans tous les secteurs, notamment chez moi, au Gabon, où la chosification de la femme est institutionnalisée », soutient l’avocate Paulette Oyane Ondo. Harcelée par un prêtre qui l’avait recrutée comme bibliothécaire dans une structure kinoise, Muriel (le prénom a été changé), 25 ans, a dû démissionner au bout de trois mois. « Mes journées de travail consistaient surtout à inventer des subterfuges pour éviter de me retrouver dans la même pièce que lui ! »

La journaliste relève un autre exemples :

La Congolaise Muriel dit s’être bien gardée de donner à ses collègues le véritable motif de sa démission : « C’était sa parole contre la mienne. Et son honorabilité semblait incontestable. J’aurais même pu passer pour la harceleuse. » Le sujet ne fait quasiment jamais grand bruit, mais tout le monde sait que cela existe. Les femmes « gèrent » le problème discrètement. Elles en parlent entre elles dans les salons de coiffure ou dans les tontines, mais ça ne va jamais plus loin.

Ce sont des pratiques courantes et la dénonciation peut provoquer la stigmatisation :

Pour Paulette Oyane Ondo, les Gabonaises se taisent parce que le harcèlement est une pratique ancrée dans les mœurs. « Dans l’imaginaire populaire, aucune femme n’accède à un emploi ou ne progresse au sein de l’entreprise grâce à ses seules compétences. Le plus triste, c’est que les femmes elles-mêmes en sont persuadées, les plus jeunes encore plus. »
Journaliste sénégalaise installée à Abidjan, Adama N. s’interroge sur la pertinence d’une campagne de dénonciation sur les réseaux sociaux. Elle ne veut pas prendre le risque d’être stigmatisée ni mettre en péril sa jeune carrière.

« D’ailleurs, qui dénoncerais-je ? Les amis de mon père, les tontons, les cousins, le banquier, le voisin ? Et de quoi les accuserais-je ? De harcèlement ? Les Africains parlent trop librement de sexe, alors la frontière entre grivoiserie et harcèlement est ténue », explique-t-elle.

Il faut du courage pour dénoncer mais les actes libèrent :

« Mais il faut du courage pour oser saisir sa hiérarchie. La Tchadienne Émilie A. s’est entendu répondre : « Débrouille-toi comme une grande : toutes les femmes sont confrontées à ce type de problème. Oser parler est aussi une question d’éducation, souligne Colette Florence Mebada. La femme doit pouvoir s’affranchir de situations inconfortables. Car on a toujours le choix. Être anticonformiste et oser assumer ses choix apparaît alors comme un atout. » Plus prosaïque, Kala Lobè affirme que « ce sont les actes qui libèrent » : « Il faut apprendre à se faire respecter sans passer par un intermédiaire qui serait la loi. La parole dénonciatrice me semble infantilisante. Un homme me met la main aux fesses ? Je saisis ses testicules, égalité oblige. »

« Le harcèlement de rue n’est pas un compliment »

Quand est-il au Maghreb ? Est-ce la même chose ? Djamila Ould Khettab fait un état de la situation sur la drague abusive dans la rue. Pour illustrer le harcèlement sexuel dans la rue, elle relate la diffusion d’un clip produit par « deux jeunes Algériennes, membres d’un collectif de slam, qui dénonce le harcèlement de rue, qui perdure malgré une loi punissant ce type de comportement. »

« L’histoire est simple mais effroyablement banale. Une jeune femme sort de chez elle et retrouve un peu plus loin une amie. Mais le chemin est semé d’embûches : un homme la prend par le bras, un autre tente d’asperger son visage de parfum, plusieurs autres lui jettent des regards obscènes ou des propos salaces. Alors, la jeune femme presse le pas, fait demi-tour, accélère encore, tête baissée et bras croisés. Pour son premier clip vidéo, Awal, un collectif de slam d’Oran, a voulu s’attaquer à ce malaise qui règne dans les rues de la plupart des villes d’Algérie.

Le projet a été mené de bout en bout par deux membres du collectif : Zoulikha Tahar, alias Toute Fine, et Sam MB. Dans la vidéo, les deux amies slameuses se mettent en scène, tandis qu’une voix off déclame les textes qu’elles ont elles-mêmes rédigé. Un témoignage à cœur ouvert dans lequel elles dénoncent tour à tour les comportements déplacés, le sexisme, la pression sociale et un problème d’éducation. Objectif : crier leur ras-le-bol et sensibiliser leurs congénères contre des paroles et des gestes abjectes. Le clip se termine d’ailleurs sur le slogan suivant : « Le harcèlement de rue n’est pas un compliment ».

« On nous fait croire que la situation des femmes a changé ! »

En Tunisie, on pourrait penser que la situation est meilleure qu’ailleurs en Afrique du nord… Le journal La Croix a publié 3 textes de Marie Verdier, envoyée spéciale à Tunis sur la situation de la femme en Tunisie. Or, selon la journaliste, même au travail, les femmes restent soumises :

« On nous fait croire que la situation des femmes a changé ! » persifle Raga Hedhili, directrice d’une usine de confection près de Monastir. « Même quand elles travaillent, les femmes restent soumises, la majorité d’entre elles donnent leur salaire à leur mari sans forcément s’indigner. » Dans son usine, des femmes viennent parfois la supplier de ne pas mentionner la totalité de leur salaire sur la fiche de paie pour pouvoir garder pour elle une petite somme en liquide. Et de conclure : « les filles apprennent à ne pas parler devant leur père, devant leur frère et devant leur professeur, comment deviendraient-elles libres et indépendantes une fois mariées ? »

Et les femmes ont intériorisé cette violence :

La fameuse exception tunisienne et son statut de la femme envié dans le monde arabo-musulman a, en réalité, longtemps occulté le poids du modèle patriarcal et de son corollaire, la violence, « attribut naturel de la supériorité des hommes », selon la juriste et militante féministe Sana Ben Achour, auteure du rapport Violences à l’égard des femmes : lois du genre, en 2016. La violence contre les femmes, explique-t-elle, est plus une atteinte à l’honneur des hommes qu’une agression commise contre une personne.

Le corps de la femme corps est un bien public et, pour préserver la virginité, la sodomie est recommandée :

« Cacher le corps ça commence à l’école, quand les filles portent des tabliers mais pas les garçons », s’offusque Bochra, la trentaine affranchie. Chez elle, son compagnon et ses amitiés tunisoises et cosmopolites se retrouvent le soir autour de bières. Mais dès qu’elle franchit le pas de sa porte, Bochra enfile sa carapace. « Avant de sortir, je dois réfléchir à comment m’habiller et me comporter. J’ai proscrit les robes que j’adore. Je marche d’un pas décidé, quasi militaire, parce que se promener tranquillement, c’est être une fille facile. » Et dans un élan d’indignation, elle tempête : « Mon corps est un bien public. Il ne m’appartient pas ! Il est contrôlé par la famille, mais aussi par les voisins, le quartier et la rue entière. »
« « Ce qui t’inquiète, a crié Bochra à sa mère, ce n’est pas moi mais mon hymen ! » Elle voulait m’envoyer au poste de police vérifier si j’étais toujours vierge ! Les relations sexuelles, c’est la ligne rouge pour tout le monde. » Or une fille sur sept et un garçon sur deux avait eu des relations sexuelles avant 24 ans, selon des données 2009 de l’Office national de la famille et de la population. « On vit tous dans nos contradictions. Celles qui ont des relations sexuelles ne s’autorisent que la sodomie », poursuit Bochra.

Et v’lan ! On est quitte pour y réfléchir à deux fois… Si la parole des jeunes femmes est un peu libérée, ce n’est pas le cas de toutes. Et il y a loin de la coupe aux lèvres. Les textes législatifs sont bien beaux, la réalité se vit autrement. Le journal La Croix relève quelques faits sur la situastion de la femme en Tunisie :

  • Dans la constitution de 2014, l’État tunisien s’engage à protéger les droits acquis de la femme et œuvre à les renforcer et les développer.
  • Dans le code du statut personnel, le mari reste chef de famille et tuteur des enfants.
  • Les femmes représentent 28 % de la population active et 42 % des chômeurs.
  • 67 % des diplômés de l’enseignement supérieur sont des femmes. Mais 41 % d’entre elles sont au chômage contre 21,4 % pour les hommes.
  • L’écart de salaires hommes-femmes est de 40 % dans les très petites entreprises et de 25,4 % dans le privé.
  • La Tunisie est classée au 126e rang (sur 144 pays) dans le rapport Davos 2016 sur l’égalité de genre.
L’Islam n’est pas responsable

Ce qui suit peut surprendre. Léo Pajon, dans Jeune Afrique, tente de cerner la responsabilité de la religion sur le statut de la femme.

L’islam est souvent désigné, au nord de la Méditerranée, comme l’un des responsables de l’asservissement des femmes, voire d’une sexualité troublée. Et s’il était pourtant au moins une partie de la solution ? L’un des problèmes, relevé par le professeur en islamologie à l’université de Strasbourg Éric Geoffroy en préambule de L’Islam et le Couple, est surtout que le Coran souffre « d’une interprétation biaisée, machiste, aujourd’hui considérée comme l’orthodoxie ».

« Or, à l’inverse du catholicisme et d’autres traditions religieuses, l’islam ne commande pas, par exemple, de combattre sa nature charnelle, mais de la satisfaire modérément. Comme le rappelle Sofia Bentounes, le Prophète recommande même à ses fidèles de s’acquitter de leur devoir sexuel envers leurs épouses. »

Quant à la virginité, Mohamed n’a exprimé aucun intérêt pour la question lorsqu’il s’est marié… Pour preuve, parmi ses neuf épouses, une seule était vierge : Sayyida Aïcha. L’auteure va plus loin en précisant que dans le texte coranique aucune mention n’est faite de la masturbation, et qu’il n’y est pas non plus évoqué de peine à l’encontre de l’homosexualité.

Voici enfin tiré d’une chronique, la réaction douloureuse de Fawzia Zouari devant cet état de faits en Afrique. Accrochez bien votre petit cœur sensible s.v.p.

« Bien sûr que je peux balancer moi aussi ! Il faut juste que je cherche dans mes souvenirs, car des harceleurs, j’en ai connu, du petit patron péteux au chef d’État qui vous prend pour sa énième courtisane, sauf que la pudeur m’interdit de parler, c’est mon côté femme du Sud, édifiée sur la chose…

En fait, cette affaire n’a rien d’un scoop. Des types comme Weinstein, il y en a partout, ils nous rappellent que le monde continue à fonctionner comme un gigantesque harem et que la guerre des sexes ne tourne qu’autour d’un seul sujet : le sexe. Mais comme l’affaire nous vient d’Amérique et qu’elle concerne des stars, tout le monde s’époumone, on réveille l’humanité entière, on sonne l’alarme dans le village mondial.

Pour la journaliste, c’est un phénomène courant, mais pleurer le malheur des riches peut alimenter le puritanisme des religieux.

C’est hypocrisie générale que de faire croire que les carrières qui se construisent sur le chantage sexuel – ou plus familièrement sur « la promotion canapé » – sont une rareté. C’est imposture que de nous demander de verser des larmes sur le malheureux destin de vedettes riches et célèbres qui n’auraient sans doute pas fini sous les ponts si elles avaient dénoncé leur magnat. Je comprends qu’une caissière ou une ouvrière n’ait pas le courage ou les moyens de s’en prendre à son agresseur parce qu’il y va de sa survie, mais pas ces nanties de bonne famille qui se sont payé le luxe de se taire.

En plus, j’ai bien peur que cette théorie du soupçon qui pèse sur tous les hommes ne donne raison aux puritains du monde entier. Laisser entendre que l’homme est un prédateur par essence conforte la vue des religieux de tous poils. Prenez les islamistes. Depuis le temps qu’ils claironnent que le désir masculin menace à tous les coins de rue et qu’il faut porter le hidjab et refuser la mixité. Ils nous ont répété mille fois que « chaque fois qu’une femme et un homme se retrouvent seuls, le troisième compagnon est le diable ! »

Enfin, pourquoi tant de bruit autour de femmes issues du monde libre alors qu’on oublie l’existence de millions d’autres dont le législateur, le chef du village ou l’imam a officialisé l’agression sexuelle et légalisé le viol conjugal ? Toutes ces demoiselles mariées de force, obligées d’épouser leur violeur ou subissant la libido masculine au moyen de mille et une fatwas…

Alors, tout ce tapage occidental, pour certaines d’entre nous, ressemble à une menue querelle, pour ne pas dire une coquetterie de Blancs.

Je n’ose offrir de conclusion à ces extraits, si ce n’est que nous ne pouvons ni fermer les yeux, ni agir comme si tout cela n’existait pas. « Le plus long voyage, raconte le proverbe, commence par un premier pas. » À nous de nous mettre en route.

Les pionnières de Montréal avec Dominique Deslandres

Le 375e anniversaire de Montréal a mis en lumière le rôle des femmes dans la fondation de Montréal. Jeanne Mance, Marguerite Bourgeois, les religieuses hospitalières, etc. ont été des femmes de foi, de courage et des organisatrices hors pair. L’historienne Dominique Deslandres nous présentera ces grandes figures de notre histoire lors d’une conférence.

Professeure titulaire au département d’histoire de l’Université de Montréal, Dominique Deslandres a participé à la fondation du Centre d’Études des Religions (CERUM) en 2000. Elle consacre ses travaux à l’histoire comparée des mentalités socioreligieuses d’Europe et d’Amérique à l’époque moderne.
Elle a publié Croire et faire croire. Les missions françaises au 17e siècle (Paris, Fayard, 2003), et en collaboration avec John A. Dickinson et Ollivier Hubert Les Sulpiciens de Montréal. Une histoire de pouvoir et de discrétion, (Montréal, Fides, 2007). Elle a codirigé avec Raymond Brodeur et Thérèse Nadeau-Lacour, Lecture inédite de la modernité aux origines de la Nouvelle-France. Marie Guyart de l’Incarnation et les autres fondateurs religieux (Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2010). Elle travaille présentement à une biographie de Marie Guyart de l’Incarnation, fondatrice du tout premier établissement d’enseignement féminin en Amérique tout en poursuivant ses recherches sur les rôles des sexes, de la religion et de la politique dans l’histoire de l’expansion française moderne.
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Cette soirée se tiendra à 19h30, le vendredi 24 novembre 2017, en l’église des Dominicains située au 2715, Côte-Sainte-Catherine, à Montréal (autobus 129 – métro UdeM). Stationnement gratuit disponible à droite de l’église. Une contribution volontaire de 10 $ est suggérée. Pour des renseignements additionnels, écrire à info@cccmontreal.org

Diaconat et statut de la femme

Le Vatican a annoncé officiellement, le 2 août 2016, la constitution d’une commission chargée d’étudier la question du diaconat féminin. Selon, Radio-Vatican, le mandat de la commission sera de « se penchera sur le rôle des femmes-diacres, aux premiers temps de l’Église. Le « diaconat » féminin primitif, tel qu’il a pu exister, n’était pas un ministère en vue du sacerdoce, mais un service institué, notamment, pour assister les femmes catéchumènes lors du baptême. Le sujet n’est donc pas nouveau et a déjà fait l’objet de réflexion. »

La commission compte 13 membres, dont 6 femmes présidée par Mgr Luis Francisco Ladaria Ferrer, archevêque de Tibica, secrétaire de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Parmi les membres, on notes la présence du père Bernard Pottier, enseignant à l’Institut d’Etudes théologiques de Bruxelles et de Sœur Mary Melone, première femme à la tête de l’université pontificale franciscaine de l’Antonianum, à Rome.

http://www.pelerin.com/var/pelerin/storage/images/a-la-une/diaconat-des-femmes-bientot-possible/l-eglise-ouvre-la-porte-aux-femmes-diacres/27831087-1-fre-FR/L-Eglise-ouvre-la-porte-aux-femmes-diacres_article.jpg
Photo imaginée par la rédaction de Pèlerin. © Fabrice Guyot

C’est à l’occasion d’une rencontre, en mai 2016, avec les responsables de l’Union internationale des supérieures générales (UISG) que le pape François s’était dit « prêt à créer une commission d’étude sur le diaconat féminin », selon ses propos rapportés par Radio-Vatican. Le Pape avait invité les responsables « à éviter les écueils d’un ‘féminisme’ et d’une ‘servitude’ mal compris, qui se substitueraient à un service véritable. » Entre temps, le Pape s’était dit cependant « d’accord pour une plus grande représentation des femmes dans des postes de responsabilité, dans les cas où ces fonctions n’auraient pas de lien avec le sacrement de l’ordre. »
Au Québec, l’Autre parole, une Collective de femmes féministes et chrétiennes, actives au Québec depuis 1976 avait réagi à cette déclaration :

En septembre 1989, dans le no 43 de la revue, L’autre Parole avait publié un éditorial et nous indiquions entre autres :

Nous ne voulons pas promouvoir un sacerdoce proprement féminin à partir de qualités qui seraient intrinsèquement féminines. Nous ne croyons ni à un sacerdoce masculin, ni à un sacerdoce féminin. Pour nous, il ne devrait y avoir qu’un ministère ecclésial accompli par des femmes ou des hommes qui sont des sujets sexués dans l’histoire.

Même si l’avènement de l’ordination des femmes n’offre pas de garantie absolue du renouvellement ecclésial, nous pensons qu’il favoriserait, à tout le moins, la réalisation de l’Église de notre espérance.

Pour sa part, Jean-Claude Leclerc du Devoir, concluait sur cette question :

Le jésuite argentin devenu pape peut mieux que d’autres éclairer l’Église catholique en matière sociale et même écologique. Mais il reste captif en regard du sort fait aux femmes dans l’Église qu’il a connue. Lui en donner un éclairage évangélique ne sera pas le moindre défi des féministes.

Par ailleurs, plusieurs pétitions pour soutenir le diaconat des femmes sont en ligne, notamment celle d’une une organisation britanique, le Wijngaards Institute for Catholic Research, à laquelle le Parvis de Québec a souscrit.

Les femmes et les grandes religions

Dans son numéro de mars 2016, la Gazette des femmes publie un dossier sur la place des femmes dans chacune des grandes religions: Bouddhisme, Hindouisme, Judaïsme, Islam et Christianisme. La Gazette des femmes rappelle que « certains préceptes, rites, interprétations des textes sacrés et hiérarchisations des rôles au sein des grandes religions continuent d’incarner des valeurs patriarcales ». Cependant, les femmes sont très présentes au sein de ces grandes religions. Alors, comment faire une place au religieux et au Sacré sans hypothéquer la promotion des droits de la femme. La Gazette a demandé à des femmes pratiquantes comment se vivait cette antinomie. Voici un aperçu de ce dossier.

Des moniales bouddhistes

Alors que la sphère publique du Bouddhisme tibétaine est occupée surtout par des hommes, notamment par le dalaï-lama et par Mathieu Ricoeur dans le monde francophone, « plusieurs femmes ont fondé des monastères, dirigent des communautés, enseignent et écrivent des livres, notamment aux États-Unis » selon Jason Simard du Centre Paramita de bouddhisme tibétain dans l’est de l’île de Montréal citée par Melina Schoenborn de la Gazette des femmes. « Quatre-vingts pour cent des membres de notre communauté laïque sont des femmes », estime Sonia Constantineau du même centre.

Par ailleurs, selon Danielle Lamoureux qui a été moniale bouddhiste pendant 15 ans,  ce sont les pressions des occidentales qui ont modifié le statut accordé aux femmes : « En Asie, il y a longtemps eu de la discrimination envers les femmes bouddhistes : elles étaient plus orientées vers la dévotion rituelle, alors qu’on encourageait les hommes à étudier plus avant et à devenir enseignants. » Mais aujourd’hui, selon elle, c’est la conjugaison entre l’engagement social et la vie spirituelle qui est actuellement le principal défi.

Viols collectifs en Inde, déesses hindoues

La figure centrale de la pratique hindoue des ashrams peut être une femme vivante ou non et celle-ci est alors presque considérée comme une déesse.  Les femmes ont le même pouvoir que les hommes de se sortir du cycle karmique des réincarnations successives rappelle Marilyse Hamelin de la Gazette des femmes.

Mais la condition des femmes varie d’un extrême à l’autre dans le monde hindouiste. « Dans certains milieux, castes, villages et familles, les hindoues sont considérées comme n’ayant pas de valeur en dehors de leurs rôles d’épouses et de mères, concède Catherine St-Germain, auteure d’un mémoire sur la vie des hindoues. Par contre, dans les milieux urbains et éduqués, on valorise beaucoup leur accomplissement professionnel. » Toujours selon  Catherine St-Germain, alors qu’il n’y a pas de femme au conseil d’administration ou de femme prêtre, il y a des temples qui ne peuvent pas fonctionner  sans la présence des femmes.

L’Inde connaît les viols collectifs, les femmes brûlées à l’acide et les avortements sélectifs mais selon Diana Dimitrova, professeure à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal, « Aucune de ces pratiques ne figure dans les textes, même les plus stricts envers les femmes, explique . Le sexisme existe en Inde, mais il n’est pas basé sur la religion. »

« Au final, il est très difficile d’avoir une perspective de la situation des femmes dans l’hindouisme… Pour espérer y arriver, il faut mentionner la pluralité des réalités », conclut Diana Dimitrova.

Répudiation sans divorce dans le Judaïsme

Sarah Poulin-Chartrand de la Gaztte des femmes constate que, dans le Judaisme, « des femmes de différents horizons s’appliquent à dépoussiérer sa pratique et bousculent l’ordre établi… à petits pas. » Mais une femme qui veut prier devant le mur des Lamentations risque la lapidation par les ultra-orthodoxes et il y a toujours une ségrégation sexuelle à la Synagogue. Et si « on célèbre encore à grands traits la maturité religieuse des jeunes garçons, on est beaucoup plus discrets avec les jeunes filles. »

Rachel Kohl Finegold est devenue, en 2013, la première maharat du milieu orthodoxe montréalais, dans la congrégation Shaar Hashomayim. Selon elle, « les pratiques sexistes ne trouvent aucune justification dans les textes sacrés ». Norma Joseph, pour sa part, milite pour faire cesser la pratique du « divorce juif », une répudiation de l’épouse qui est une pratique à ses yeux profondément sexiste.

Pour Anne Létourneau, chargée de cours en sciences des religions à l’UQAM et spécialiste des femmes dans le judaïsme, dans le contexte québécois, ces revendications peuvent paraître insuffisantes, mais dit-elle, il faut voir d’où partent ces femmes et le courage dont il faut faire preuve pour affronter les ultra-orthodoxes.

Interprétations patriarcales dans l’Islam

Niqab, burqa ou simple hijab sont les marques de commerce du statut de la femme dans le monde musulman pour bien des Québécois. Pour Asmaa Ibnouzahir, militante pour les droits des femmes et auteure du récent ouvrage Chroniques d’une musulmane indignée (Fides, 2015), et citée par Sarah Poulin-Chartrand de la Gaztte des femmes, « certaines interprétations patriarcales sont très anciennes et ont été renforcées dans les systèmes d’éducation religieuse. Malheureusement, ces lectures dominent dans l’enseignement des sciences religieuses dans les pays à majorité musulmane. »

Au Québec, selon, Roxanne Marcotte, professeure au Département de sciences des religions de l’Université du Québec à Montréal, « Une musulmane provenant d’Algérie, appartenant à la classe aisée, universitaire et entrepreneure, aura une expérience très différente de celle d’une musulmane d’Égypte issue d’un milieu rural et plus traditionnel dans ses rapports à la religion, à l’éducation, aux valeurs, à la carrière. »

Asmaa Ibnouzahir constate que « plusieurs femmes sont opprimées en raison du fait qu’elles sont femmes, non blanches et qu’elles vivent dans un statut socio-économique précaire. Il est clair que le fait d’être musulmanes, surtout si elles sont visiblement musulmanes, avec le foulard par exemple, ajoute une couche à l’oppression ! Et cette oppression supplémentaire freine les femmes dans leur travail d’émancipation, particulièrement dans les milieux francophones. »

Les femmes : main d’oeuvre de l’Église

Marilyse Hamelin de la Gazette des femmes esquisse un portrait des luttes féministes à l’intérieur des Églises chrétiennes au Québec. Ainsi, le collectif l’Autre parole s’est donné pour mission d’organiser et présider des célébrations comportant des relectures et des réécritures féministes de la Bible depuis près de 40 ans. Pour leur part, les Femmes prêtres catholiques romaines (FPCR) ordonnent déjà des femmes et ont nommé en 2011, une évêque canadienne.

Alors que les « femmes représentent une main-d’œuvre indispensable pour les fonctions pastorales et administratives de l’Église catholique romaine », force est de constater que le dernier Synode romain sur la famille n’a pas fait avancer les questions liées aux conditions des femmes. Selon Denise Couture, professeure titulaire à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal, alors qu’on pressentait une progression vers l’atteinte de l’égalité homme-femme durant les années 1970, jean-Paul II est intervenu avec une position « selon laquelle la femme a été créée comme l’autre de l’homme, pour le servir ».

La plupart des Églises protestantes québécoises autorisent depuis plusieurs années l’ordination des femmes.  Mais selon Liliane Crété, auteure de Le protestantisme et les femmes. Aux origines de l’émancipation (Labor et Fides, 1999), « ordination de femmes ou présence de pasteures ne rime pas nécessairement avec éradication du sexisme. » Par ailleurs, dans le monde protestant, il y a les Églises évangéliques. Mais pour Chantal Bertrand, doctorante à la Faculté d’éducation de l’Université de Montréal et détentrice d’une maîtrise en science des religions, « Elles sont extrêmement différentes les unes des autres. Certaines comptent des pasteures depuis très longtemps, alors que c’est carrément inconcevable pour d’autres. Il existe des centaines de dénominations qui peuvent être en complet désaccord sur le mariage gai, l’avortement et la place des femmes. »

Ne pas abandonner la spiritualité

Ainsi, pour plusieurs femmes, il est nécessaire de réformer de l’intérieur les religions plutôt qu’abandonner leur spiritualité. Il faut convenir avec elle, que l’égalité hommes-femmes passer par une réforme des rites des dogmes religieux dans plusieurs sociétés.