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Diaconat et statut de la femme

Le Vatican a annoncé officiellement, le 2 août 2016, la constitution d’une commission chargée d’étudier la question du diaconat féminin. Selon, Radio-Vatican, le mandat de la commission sera de « se penchera sur le rôle des femmes-diacres, aux premiers temps de l’Église. Le « diaconat » féminin primitif, tel qu’il a pu exister, n’était pas un ministère en vue du sacerdoce, mais un service institué, notamment, pour assister les femmes catéchumènes lors du baptême. Le sujet n’est donc pas nouveau et a déjà fait l’objet de réflexion. »

La commission compte 13 membres, dont 6 femmes présidée par Mgr Luis Francisco Ladaria Ferrer, archevêque de Tibica, secrétaire de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Parmi les membres, on notes la présence du père Bernard Pottier, enseignant à l’Institut d’Etudes théologiques de Bruxelles et de Sœur Mary Melone, première femme à la tête de l’université pontificale franciscaine de l’Antonianum, à Rome.

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Photo imaginée par la rédaction de Pèlerin. © Fabrice Guyot

C’est à l’occasion d’une rencontre, en mai 2016, avec les responsables de l’Union internationale des supérieures générales (UISG) que le pape François s’était dit « prêt à créer une commission d’étude sur le diaconat féminin », selon ses propos rapportés par Radio-Vatican. Le Pape avait invité les responsables « à éviter les écueils d’un ‘féminisme’ et d’une ‘servitude’ mal compris, qui se substitueraient à un service véritable. » Entre temps, le Pape s’était dit cependant « d’accord pour une plus grande représentation des femmes dans des postes de responsabilité, dans les cas où ces fonctions n’auraient pas de lien avec le sacrement de l’ordre. »
Au Québec, l’Autre parole, une Collective de femmes féministes et chrétiennes, actives au Québec depuis 1976 avait réagi à cette déclaration :

En septembre 1989, dans le no 43 de la revue, L’autre Parole avait publié un éditorial et nous indiquions entre autres :

Nous ne voulons pas promouvoir un sacerdoce proprement féminin à partir de qualités qui seraient intrinsèquement féminines. Nous ne croyons ni à un sacerdoce masculin, ni à un sacerdoce féminin. Pour nous, il ne devrait y avoir qu’un ministère ecclésial accompli par des femmes ou des hommes qui sont des sujets sexués dans l’histoire.

Même si l’avènement de l’ordination des femmes n’offre pas de garantie absolue du renouvellement ecclésial, nous pensons qu’il favoriserait, à tout le moins, la réalisation de l’Église de notre espérance.

Pour sa part, Jean-Claude Leclerc du Devoir, concluait sur cette question :

Le jésuite argentin devenu pape peut mieux que d’autres éclairer l’Église catholique en matière sociale et même écologique. Mais il reste captif en regard du sort fait aux femmes dans l’Église qu’il a connue. Lui en donner un éclairage évangélique ne sera pas le moindre défi des féministes.

Par ailleurs, plusieurs pétitions pour soutenir le diaconat des femmes sont en ligne, notamment celle d’une une organisation britanique, le Wijngaards Institute for Catholic Research, à laquelle le Parvis de Québec a souscrit.

Les femmes et les grandes religions

Dans son numéro de mars 2016, la Gazette des femmes publie un dossier sur la place des femmes dans chacune des grandes religions: Bouddhisme, Hindouisme, Judaïsme, Islam et Christianisme. La Gazette des femmes rappelle que « certains préceptes, rites, interprétations des textes sacrés et hiérarchisations des rôles au sein des grandes religions continuent d’incarner des valeurs patriarcales ». Cependant, les femmes sont très présentes au sein de ces grandes religions. Alors, comment faire une place au religieux et au Sacré sans hypothéquer la promotion des droits de la femme. La Gazette a demandé à des femmes pratiquantes comment se vivait cette antinomie. Voici un aperçu de ce dossier.

Des moniales bouddhistes

Alors que la sphère publique du Bouddhisme tibétaine est occupée surtout par des hommes, notamment par le dalaï-lama et par Mathieu Ricoeur dans le monde francophone, « plusieurs femmes ont fondé des monastères, dirigent des communautés, enseignent et écrivent des livres, notamment aux États-Unis » selon Jason Simard du Centre Paramita de bouddhisme tibétain dans l’est de l’île de Montréal citée par Melina Schoenborn de la Gazette des femmes. « Quatre-vingts pour cent des membres de notre communauté laïque sont des femmes », estime Sonia Constantineau du même centre.

Par ailleurs, selon Danielle Lamoureux qui a été moniale bouddhiste pendant 15 ans,  ce sont les pressions des occidentales qui ont modifié le statut accordé aux femmes : « En Asie, il y a longtemps eu de la discrimination envers les femmes bouddhistes : elles étaient plus orientées vers la dévotion rituelle, alors qu’on encourageait les hommes à étudier plus avant et à devenir enseignants. » Mais aujourd’hui, selon elle, c’est la conjugaison entre l’engagement social et la vie spirituelle qui est actuellement le principal défi.

Viols collectifs en Inde, déesses hindoues

La figure centrale de la pratique hindoue des ashrams peut être une femme vivante ou non et celle-ci est alors presque considérée comme une déesse.  Les femmes ont le même pouvoir que les hommes de se sortir du cycle karmique des réincarnations successives rappelle Marilyse Hamelin de la Gazette des femmes.

Mais la condition des femmes varie d’un extrême à l’autre dans le monde hindouiste. « Dans certains milieux, castes, villages et familles, les hindoues sont considérées comme n’ayant pas de valeur en dehors de leurs rôles d’épouses et de mères, concède Catherine St-Germain, auteure d’un mémoire sur la vie des hindoues. Par contre, dans les milieux urbains et éduqués, on valorise beaucoup leur accomplissement professionnel. » Toujours selon  Catherine St-Germain, alors qu’il n’y a pas de femme au conseil d’administration ou de femme prêtre, il y a des temples qui ne peuvent pas fonctionner  sans la présence des femmes.

L’Inde connaît les viols collectifs, les femmes brûlées à l’acide et les avortements sélectifs mais selon Diana Dimitrova, professeure à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal, « Aucune de ces pratiques ne figure dans les textes, même les plus stricts envers les femmes, explique . Le sexisme existe en Inde, mais il n’est pas basé sur la religion. »

« Au final, il est très difficile d’avoir une perspective de la situation des femmes dans l’hindouisme… Pour espérer y arriver, il faut mentionner la pluralité des réalités », conclut Diana Dimitrova.

Répudiation sans divorce dans le Judaïsme

Sarah Poulin-Chartrand de la Gaztte des femmes constate que, dans le Judaisme, « des femmes de différents horizons s’appliquent à dépoussiérer sa pratique et bousculent l’ordre établi… à petits pas. » Mais une femme qui veut prier devant le mur des Lamentations risque la lapidation par les ultra-orthodoxes et il y a toujours une ségrégation sexuelle à la Synagogue. Et si « on célèbre encore à grands traits la maturité religieuse des jeunes garçons, on est beaucoup plus discrets avec les jeunes filles. »

Rachel Kohl Finegold est devenue, en 2013, la première maharat du milieu orthodoxe montréalais, dans la congrégation Shaar Hashomayim. Selon elle, « les pratiques sexistes ne trouvent aucune justification dans les textes sacrés ». Norma Joseph, pour sa part, milite pour faire cesser la pratique du « divorce juif », une répudiation de l’épouse qui est une pratique à ses yeux profondément sexiste.

Pour Anne Létourneau, chargée de cours en sciences des religions à l’UQAM et spécialiste des femmes dans le judaïsme, dans le contexte québécois, ces revendications peuvent paraître insuffisantes, mais dit-elle, il faut voir d’où partent ces femmes et le courage dont il faut faire preuve pour affronter les ultra-orthodoxes.

Interprétations patriarcales dans l’Islam

Niqab, burqa ou simple hijab sont les marques de commerce du statut de la femme dans le monde musulman pour bien des Québécois. Pour Asmaa Ibnouzahir, militante pour les droits des femmes et auteure du récent ouvrage Chroniques d’une musulmane indignée (Fides, 2015), et citée par Sarah Poulin-Chartrand de la Gaztte des femmes, « certaines interprétations patriarcales sont très anciennes et ont été renforcées dans les systèmes d’éducation religieuse. Malheureusement, ces lectures dominent dans l’enseignement des sciences religieuses dans les pays à majorité musulmane. »

Au Québec, selon, Roxanne Marcotte, professeure au Département de sciences des religions de l’Université du Québec à Montréal, « Une musulmane provenant d’Algérie, appartenant à la classe aisée, universitaire et entrepreneure, aura une expérience très différente de celle d’une musulmane d’Égypte issue d’un milieu rural et plus traditionnel dans ses rapports à la religion, à l’éducation, aux valeurs, à la carrière. »

Asmaa Ibnouzahir constate que « plusieurs femmes sont opprimées en raison du fait qu’elles sont femmes, non blanches et qu’elles vivent dans un statut socio-économique précaire. Il est clair que le fait d’être musulmanes, surtout si elles sont visiblement musulmanes, avec le foulard par exemple, ajoute une couche à l’oppression ! Et cette oppression supplémentaire freine les femmes dans leur travail d’émancipation, particulièrement dans les milieux francophones. »

Les femmes : main d’oeuvre de l’Église

Marilyse Hamelin de la Gazette des femmes esquisse un portrait des luttes féministes à l’intérieur des Églises chrétiennes au Québec. Ainsi, le collectif l’Autre parole s’est donné pour mission d’organiser et présider des célébrations comportant des relectures et des réécritures féministes de la Bible depuis près de 40 ans. Pour leur part, les Femmes prêtres catholiques romaines (FPCR) ordonnent déjà des femmes et ont nommé en 2011, une évêque canadienne.

Alors que les « femmes représentent une main-d’œuvre indispensable pour les fonctions pastorales et administratives de l’Église catholique romaine », force est de constater que le dernier Synode romain sur la famille n’a pas fait avancer les questions liées aux conditions des femmes. Selon Denise Couture, professeure titulaire à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal, alors qu’on pressentait une progression vers l’atteinte de l’égalité homme-femme durant les années 1970, jean-Paul II est intervenu avec une position « selon laquelle la femme a été créée comme l’autre de l’homme, pour le servir ».

La plupart des Églises protestantes québécoises autorisent depuis plusieurs années l’ordination des femmes.  Mais selon Liliane Crété, auteure de Le protestantisme et les femmes. Aux origines de l’émancipation (Labor et Fides, 1999), « ordination de femmes ou présence de pasteures ne rime pas nécessairement avec éradication du sexisme. » Par ailleurs, dans le monde protestant, il y a les Églises évangéliques. Mais pour Chantal Bertrand, doctorante à la Faculté d’éducation de l’Université de Montréal et détentrice d’une maîtrise en science des religions, « Elles sont extrêmement différentes les unes des autres. Certaines comptent des pasteures depuis très longtemps, alors que c’est carrément inconcevable pour d’autres. Il existe des centaines de dénominations qui peuvent être en complet désaccord sur le mariage gai, l’avortement et la place des femmes. »

Ne pas abandonner la spiritualité

Ainsi, pour plusieurs femmes, il est nécessaire de réformer de l’intérieur les religions plutôt qu’abandonner leur spiritualité. Il faut convenir avec elle, que l’égalité hommes-femmes passer par une réforme des rites des dogmes religieux dans plusieurs sociétés.

Féministes et croyantes? Il était une foi des féministes

Féministes et croyantes? Il était une foi des féministesÀ l’occasion de la semaine interculturelle de l’Université de Montréal, le Centre étudiant Benoit-Lacroix propose le jeudi 11 février 2016, de 15h à 17h, une activité de théâtre interactif et une discussion animée sous le thème « Féministes et croyantes? Il était une foi des féministes». Produite par la troupe de théâtre Mise au jeu et le groupe Maria’M, cette pièce propose une réflexion sur la diversité au sein du mouvement des femmes québécois. Une discussion suivra la pièce, avec des interventions de personnes-ressources.

Ce théâtre forum écrit par Alice Pascual propose une réflexion sur la diversité au sein du mouvement des femmes québécois. La pièce aborde les enjeux de discrimination que vivent les femmes dans la société et dans les traditions religieuses. Elle veut susciter un échange sur les préjugés et les incompréhensions concernant les sources d’engagement des femmes croyantes pour l’égalité. Elle invite au dialogue et à la solidarité pour transformer les pratiques patriarcales dans tous les milieux.

L’activité est proposée par le Centre étudiant Benoît-Lacroix, organisme d’activités spirituelles et culturelles sur le campus de l’Université de Montréal. Mise au jeu est une compagnie d’intervention théâtrale participative qui produit des œuvres à partir des phénomènes de société. Cette pièce a été produite avec le groupe Maria’M, une initiative de dialogue entre féministes chrétiennes et musulmanes coordonnée par le Centre justice et foi.

Entrée libre!