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À propos de Jésus en 2018

Compte tenu des sources écrites concernant Jésus, nous pouvons affirmer qu’il a existé (Flavius Josèphe (+100), Tacite (+120), Pline le Jeune en 112, les 27 livrets de la Nouvelle alliance (entre 51 et 100), une source hypothétique d’évangile en 55.

L’approche historique

Nous ne connaissons rien de sûr à propos de Jésus avant sa vie publique. Il savait peut-être lire et écrire. Il connaissait sans doute un peu la langue hébraïque, utilisée le jour du sabbat à la synagogue lors de la lecture d’extraits de l’un ou l’autre des 46 livrets de l’Ancienne Alliance. Cet ensemble est dit maintenant le TaNaK. Le T voulant dire la Torah, comptant les cinq premiers livrets. Le N les Nebiim (les 19 livrets prophétiques) et le K pour Ketubim (les écrits autres). La langue parlée de Jésus était l’araméen, une langue sémitique, proche de l’hébreu, mais s’en distinguant par la prononciation. Comme la koine, le langage grec de l’époque, était la langue commune au sein de l’empire romain, il est probable que Jésus s’en servait surtout s’il avait été charpentier à Nazareth, une ville de 2000 habitants, incluant des étrangers.
La croix
Jésus pratiquait le judaïsme; il désirait le réformer. Il n’a rien fondé. Il n’a été qu’un itinérant. Il n’a pas été ni un théologien ni un militant politique, mais une sorte de prophète. Des femmes l’ont suivi, ce qui est surprenant à cette époque. Il ne les considère pas comme des subalternes. Il s’adresse d’abord aux personnes socialement exclues. Même s’il est pieux, il transgresse des lois et des règlements de sa religion, comme un dissident. Pat exemple, le sabbat est fait pour les êtres humains, et non l’inverse, selon lui. La personne humaine est première; chacune doit être respectée dans sa dignité. D’aucuns, à notre époque, le considèrent comme l’inspirateur « des droits de l’homme ». Il libère les gens des menus détails de la loi, dite à tort mosaïque. Il interpelle des pharisiens, qui n’agissent pas selon ce qu’ils enseignent.

Il ne retient du judaïsme que l’invitation au partage, l’appel à la liberté intérieure de la conscience, le renoncement à la violence, l’amour du prochain, signe le plus sûr de l’amour de Dieu. Il communique familièrement avec ce dernier, qu’il appelle abba en araméen, c’est-à-dire papa. Dans un contexte patriarcal omnipotent, il révolutionne les mœurs du temps, en faisant ressortir l’amour de Dieu envers tous les êtres humains, quels qu’ils soient, et non plus à 1’égard des seuls adeptes du judaïsme.

Son enseignement

Le thème central de son enseignement concerne le royaume de Dieu, un royaume de justice et de bonheur, en germination constante sur terre et se déployant dans l’au-delà. Transformer le monde humanitaire en royaume de Dieu s’effectue grâce à la pratique de valeurs, dites les béatitudes (Mt 5, 1-9 et Lc 6, 20-26). Fait unique dans l’histoire des religions, Jésus renverse toutes les hiérarchies humaines, en privilégiant les victimes, comme étant au faîte et non au bas. Jésus n’est pas un moraliste, mais il est le promoteur d’une éthique, dite aujourd’hui laïque en Occident. Elle favorise l’égalité, la fraternité, la liberté, la justice sociale, la non-violence, le pardon, la promotion de la femme, la séparation entre les religions et les États. Selon l’évangile quadriforme, Jésus apparaît parfois cinglant, exclusif, colérique, autoritaire, mais ce qui ressort c’est surtout son humanisme.

Quant aux miracles, il vaut mieux les interpréter de façon symbolique. D’ailleurs, l’évangéliste Jean n’en relate que sept; il les présente non comme des miracles, mais comme des « signes », des signes qui veulent dire quelque chose de plus important que ce qui paraît. Par exemple, un aveugle guéri est quelqu’un qui voit clair grâce à sa foi en Dieu ou la résurrection de Lazare fait ressortir que la vie se poursuit dans l’au-delà.

Il est vraisemblable que son esclandre dans le temple de Jérusalem en pleins préparatifs de la fête pascale, alors qu’y venaient des milliers de Juifs de la diaspora, a déclenché la décision du grand-prêtre et des lévites d’en finir avec ce Jésus récalcitrant. Le temple, le seul haut lieu du judaïsme, tenait un rôle socio-économique central. Il est rare que les quatre évangélistes rapportent les mêmes paroles de Jésus. Or celles-ci le sont, telles que déjà mises dans la bouche de Yahveh par les prophètes de l’Ancienne Alliance : « Ma maison sera appelée une maison de prière pour toutes les nations » (És. 56, 7), « mais vous, vous en avez fait un repaire de brigands » (Jr 7, 8-11).

Trahi par l’un des siens pour une affaire d’argent, Jésus a comparu à l’aube devant le Sanhédrin, composé des 70 dirigeants et d’un président, appartenant à la noblesse sacerdotale ou civile du peuple juif et doté du triple pouvoir : religieux, civil et judiciaire. Il pouvait faire exécuter toutes leurs sentences, excepté la condamnation à la peine capitale, celle-ci devant être ratifiée par le tenant du pouvoir impérial romain. Conduit devant Ponce Pilate, Jésus fut condamné à mourir crucifié. Selon l’historien allemand Joseph Klausner, « ici se termine la vie de Jésus et commence l’histoire du christianisme ».

De jésus au christ

Qu’est-il arrivé du cadavre de Jésus ? Personne ne le sait. Rien ne ressort des quatre textes évangéliques à propos du processus par lequel s’est opéré ce qui a été dénommé la résurrection. Le présumé ressuscité n’y est pas décrit. La première qui en parle, Marie de Magdala, pense que c’est le jardinier du terrain, où le corps de Jésus aurait été enseveli. Quant aux apparitions des semaines suivantes, Marc et Matthieu, les deux évangélistes qui ont écrit entre 65 et 80, n’en mentionnent brièvement que deux : à deux disciples retournant à Emmaüs et aux onze, dits apôtres, Judas s’étant suicidé. Cette dernière apparition est aussi décrite par les deux autres évangélistes, mais dans des contextes différents. Luc, dans la décennie de 80, connaissant les écrits dits de Marc et de Matthieu, présente un Jésus incarné, qui aurait dit à Thomas, l’un des onze, incrédule : « mets ton doigt dans la marque des clous ». Pour sa part, Jean le fait apparaître comme un esprit : Jésus traverse la porte de la maison verrouillée, où se trouvent des disciples. L’évangéliste Jean, s’adressant, non pas à des gens ordinaires comme les trois autres, mais à des personnes attirées sur des voies mystiques ou spirituelles, peut-être ésotériques ou même gnostiques, est le seul à relater ceci : Jésus aurait dit à Marthe, la sœur de Lazare présumément décédé : « je suis la résurrection ». De fait, des disciples de Jésus, non pas tous ont cru peu après son décès qu’il continuait de vivre et qu’il les accompagnait spirituellement. II était donc vraiment le Christ, mot d’origine grecque, qui traduit le mot hébreu Messiah, le messie, le consacré, celui qui a reçu une onction. Bien plus, il est dit à la droite du Père, c’est-à-dire proche de lui. De fait, ce qui est dit apparition veut dire acte de foi. La personne ou les personnes concernées croient voir; elles sont sûres de sa présence.

Après la pâque judaïque, avait traditionnellement lieu la fête de la pentecôte, mot d’origine grecque voulant dire cinquantième, donc 50 jours après la pâque. Ancienne fête agraire, elle en était venue à commémorer l’Alliance entre le peuple juif et Yahvé. À cette occasion, des disciples de Jésus, s’étant retrouvés à Jérusalem et se croyant inspirés par l’esprit de Jésus le Christ, dit l’Esprit Saint, commencent à témoigner de ce dernier auprès d’autres pèlerins.

L’Église et l’homosexualité :
« Trop c’est trop »

 lesbiennes, les gays, les bisexuels et les transgenres.(N.D.L.R.) En 2006, le Forum André-Naud a rendu public sa position sur l’Église et l’homosexualité. À la lumière d’interventions récentes de l’épiscopat et compte tenu de la vitesse avec laquelle la pensée de l’Église évolue sur ce sujet il semble pertinent de rappeler cette opinion maintenant vieille de 12 ans.

Des membres du Forum André-Naud et d’autres prêtres décrivent leur réaction de perplexité et de désaccord devant deux récents documents de l’Église sur les personnes d’orientation homosexuelle.

Deux interventions ecclésiales récentes ont porté sur les personnes d’orientation homosexuelle : l’une concernait le mariage civil des conjoints de même sexe ici au Canada, l’autre traitait de l’accès à la prêtrise et venait du Vatican. Dans le premier cas, il s’agissait du mémoire de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) auprès du Comité législatif chargé du projet de loi C-38; l’autre document émanait de la Congrégation pour l’éducation catholique à Rome. Dans les deux cas, l’attitude globale qu’on y manifestait ainsi que l’argumentation qui y était déployée soulèvent chez nous – comme chez bien d’autres – perplexité et désaccord.

Perplexes devant l’attitude négative

Le concile Vatican II a mis en lumière une donnée fondamentale : l’Église aime le monde. Elle l’accueille avec ses richesses et ses misères. Elle se montre disposée à l’accompagner dans sa marche. Elle souhaite et désire contribuer à la vie des sociétés qui en font partie, et elle s’attend également à s’enrichir à leur contact.

Dans la présentation du mémoire au Comité législatif sur le mariage gai, quelle différence d’attitude! Vous semblez donner un cours de droit et d’anthropologie à nos représentants politiques. Vous dénoncez le piètre état du mariage au pays et vous annoncez une dégradation encore plus grande si le projet C-38 devenait loi. Vous nous faites malheureusement penser à ces « prophètes de malheur » évoqués jadis par Jean XXlll à l’ouverture du concile.
Comme on se sent loin de la Constitution pastorale sur l’Église dans le monde de ce temps! On pouvait y lire: « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps ( … ) sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur coeur.»

Quant à la compassion qui imprégnait toute la démarche de Jésus sur terre, y a-t- il là quelque trace ? Pas un paragraphe, pas une phrase dans votre mémoire qui prenne en compte la discrimination historique exercée à l’endroit des personnes homosexuelles, et la tragédie de leur exclusion sociale ou ecclésiale ressentie profondément par un grand nombre d’entre elles.

C’est pourtant dans cette souffrance humaine que s’enracine toute la quête de reconnaissance sociale du mouvement gai dans ses multiples expressions. N’y a-t-il pas là de quoi être perplexes ? C’est la même attitude qui se retrouve dans l’Instruction de la Congrégation romaine à propos de l’admissibilité aux ordres sacrés des homosexuels. Pourtant, Thimothy Radcliffe, l’ancien Maître des Dominicains, affirmait récemment à propos de ce document, selon ce que rapporte The Tablet (27 novembre 2005) : « Je n’ai aucun doute que Dieu appelle des homosexuels au sacrement de l’Ordre; et il s’en trouve que je range parmi les prêtres les plus engagés et les plus impressionnants que j’aie connus. Et nous pouvons présumer que Dieu continuera d’appeler des homosexuels autant que des hétérosexuels à la prêtrise parce que l’Église a besoin des qualités des deux. »

Il en conclut : « Nous devrions nous montrer plus soucieux de ceux que nos séminaristes pourraient être enclins à détester plutôt que de ceux qu’ils aiment. Le racisme, la misogynie et l’homophobie sont autant de signes qu’une personne pourrait ne pas être un bon modèle du Christ. »

En désaccord avec l’argumentation

Toute l’argumentation sous-jacente à ces textes ne nous convainc pas. On y parle de «loi naturelle» comme s’il s’agissait d’une donnée aussi immuable qu’évidente. Pour notre part, nous considérons que l’être humain n’a jamais fini de chercher et de découvrir sa « vraie » nature. Il n’y a de saisie de la condition humaine que par le biais d’une culture précise qui ne cesse d’évoluer dans le temps. Ainsi ce qui était « naturel » dans une civilisation et à une époque passées peut apparaître inacceptable maintenant. Bien sûr, il s’agit d’une évolution qui s’échelonne sur beaucoup de temps, et il faut en parler en termes de siècles plutôt que d’années. Prenons un exemple : l’esclavage a perduré comme naturel, même dans l’Église, pendant des siècles, alors qu’il nous apparaît aujourd’hui « contre nature ».

La responsabilité de la recherche et de la définition de la loi naturelle incombe à tout le monde puisqu’il s’agit de la condition commune à l’humanité. L’Église peut puiser à des sources d’inspiration de grande valeur, dont certaines lui sont propres. Mais elle est solidaire de toute l’humanité et fait partie de ce monde. Se pourrait-il qu’elle détienne seule toutes les clés qui ouvrent les portes de l’aventure humaine authentique? Aurait-elle nécessairement le dernier mot sur les mystères de la vie politique, sociale, familiale, sexuelle? Est-ce qu’elle détiendrait «toute la vérité» sur l’être humain? L’histoire et le sens commun démontrent le contraire. En ces matières, l’enseignement officiel de l’Église s’est plus d’une fois avéré erroné.

Nous souhaitons qu’en ce domaine l’Église tout entière se considère partie prenante de l’aventure humaine. Qu’elle soit elle-même, avec ses richesses propres et ses limites, sans complexe mais sans prétention indue face à « la » vérité. Qu’elle soit solidaire et confiante ! Il nous semble que c’est dans cet état d’esprit et dans ces dispositions de cœur que Jean XXIII et le concile Vatican II invitaient le Peuple de Dieu à s’ouvrir aux« signes des temps ».

Tout le monde est concerné

Pourquoi empruntons-nous la voie de l’opinion publique ?

Premièrement, nous voulons dire à haute voix aux nombreux chrétiens et chrétiennes du pays qui refusent l’approche et le langage des autorités ecclésiales: « Vous n’êtes pas moins chrétiens pour autant ! » Selon nous, l’essentiel de la foi chrétienne ne se trouve pas en cause dans ce débat. Votre dissidence ne fait pas de vous des excommuniés. Puissiez-vous ne pas vous exclure vous-mêmes !

Deuxièmement, nous souhaitons un dialogue d’Église sur toutes les questions concernant l’homosexualité. Ce dialogue n’est malheureusement pas pratique courante au sein de nos Églises, surtout lorsqu’on pressent des divergences de vues. Et principalement quand Rome s’est déjà exprimé sur le sujet. Nous souhaitons que des chrétiens se mettent à l’écoute de l’expérience de vie de leurs frères et soeurs homosexuels. Que ce soit dans les communautés locales comme au sein des instances de consultation plus larges, avec leurs évêques. Nous espérons que nos évêques se parlent entre eux là-dessus et ouvrent le débat dans leurs Églises respectives. Nous espérons aussi que des théologiens et des théologiennes soient mis à contribution dans ces échanges. Rencontres formelles ou informelles, annoncées ou discrètes, larges ou restreintes: cela importe peu. Le plus important, c’est que soit suscité un débat libre, une prise de parole ouverte et authentique.

Quant à nous, nous avons pris le temps de nous rencontrer avec des témoins de la réalité homosexuelle dans l’Église et nous avons décidé de rendre publique cette première réaction. Le Forum André-Naud s’étend déjà et nos sujets d’intervention s’allongent. Nous crions publiquement notre désir de réaliser le grand projet d’évangélisation que fut le concile Vatican Il. Nous ne voulons surtout pas revenir au XIXe siècle : l’ultramontanisme a fait son temps ! La dissidence responsable est possible en Église. Nous voulons user de ce droit, car nous aimons l’Église du Christ et nous espérons en la réalisation de sa mission dans le monde de ce temps.

Le 6 février 2006

Les prêtres signataires de la lettre et leur diocèse :

André Anctil, José V. Arruda, Jean-Pierre Langlois, Claude Lefebvre, Claude Lussier (Montréal)
Éric Généreux, Raymond Gravel, Bernard Houle, Pierre-Gervais Majeau, Guylain Prince, Claude Ritchie (Joliette)
Jean-Yves Cédilot, Jocelyn Jobin, Alain Léonard, Lucien Lemieux (St-Jean- Longueuil)
Benoit Fortin, Michel Lacroix, Claude St-Laurent (Gatineau)
Jacques Pelletier (Gaspé).

Charlie-Hebdo et le plongeon

Le Dieu de Charlie HebdoQuarante-sept ans après le premier appel de Jean-Paul II, cinq ans après un Synode des Évêques qui a porté sur ce sujet, force est de constater que les fruits de la Nouvelle Évangélisation sont encore peu nombreux. C’est même un euphémisme si on en juge par l’état de la situation au Québec. Le 9 juin 1979, Jean-Paul II parlait d’une « nouvelle Église ». Du Synode de 2011, il en est ressorti 58 propositions que le Vatican n’a pas jugé bon d’en faire une publication officielle.

Le texte préparatoire (lineamenta) du Synode des Évêques rappelait que « Face aux scénarios de la nouvelle évangélisation, pour être crédibles les témoins doivent savoir parler les langages de leur temps, annonçant ainsi de l’intérieur les raisons de l’espérance qui les anime. Une telle tâche ne peut pas être imaginée de façon spontanée, elle exige attention, éducation et soin. » Nous vous proposons ici deux textes qui n’ont pas la prétention de donner suite à Nouvelle Évangélisation mais qui ont été diffusés par des missionnaires « de carrière » sur le Web.

Le Dieu de Charlie-Hebdo

Le Dieu caricaturé et dénoncé par Charlie-Hebdo n’est pas Allah et n’est pas le Dieu d’amour que veulent promouvoir les Chrétiens. Non, c’est plutôt le « dieu à barbe, portant sur la tête un triangle bien connu avec un œil au milieu et qui a les sourcils froncés d’un vieux méchant. » C’est celui des Catholiques ! C’est ce que rappelle le Éloy Roy , prêtre de la Société des Missions Étrangères dans un blogue qui a pour titre  Le Dieu de Charlie-Hebdo.

Le missionnaire affirme tout de go : « Quand on veut construire sur un terrain qui a été souillé par des substances toxiques, on doit auparavant prendre soin de le décontaminer. De nos jours l’Église, plus que jamais, veut présenter au monde un visage de Dieu débordant d’amour, mais le terrain est déjà occupé ; il est même contaminé depuis des millénaires par l’image d’un Dieu lointain qui fait peur au monde. »

Ce dieu est un fantasme de nos peurs et de nos névroses. Or, selon Roy, il n’a rien à voir avec le Dieu de Jésus-Christ. Au contraire, c’est ce dieu qu’a dénoncé Jésus-Christ. Ce n’est que depuis 60 ans que l’Église n’est plus le porte-parole de ce « Dieu des armées ». Mais elle peine à le déboulonner, elle qui en a fait la promotion pendant si longtemps. Pourtant Jésus s’est battu contre le clergé de son temps pour faire connaître « le Dieu humain, le Dieu libérateur, le Bon Dieu ». Il faut dire que plus de la moitié des pages de la Bible fait toujours état de ce dieu guerrier.

Éloy Roy conclut: « Charlie Hebdo rend simplement service à l’humanité en stigmatisant dans sa page couverture ce faux dieu coupable de tant d’atrocités commises au nom de la religion. Il rend service à la vérité et à toute religion qui cherche sincèrement à refléter l’image du Dieu de la vie. »

Le baptême est un plongeon

«  La pauvreté est galopante et les réfugiés s’enfuient pas millions sur les routes et sur la mer. Le terrorisme menace la sécurité des nations. Il faut que ça change ! » C’est ainsi que Claude Lacaille, lui aussi P.M.É., mais en résidence à Trois-Rivières, met en contexte un texte de l’Évangile de Luc qui décrit à quoi s’engage un Chrétien par le baptême dans une chronique d’interbible.org.

Lacaille affirme que Vatican II a voulu rapprocher les Chrétiens de la Bible en faisant la lecture d’un passage de l’Ancien Testament, d’un Psaume, d’un extrait d’une épître et d’un passage d’un évangile. Selon lui, « l’intention de donner accès à une plus grande variété de textes bibliques était louable, mais il semble que les liturgistes ont eu les yeux plus grands que la panse. » Tant de textes lus durant une messe qui ne doit pas dépasser 45 minutes, débités sans explications,  c’est beaucoup. Assimilant le procédé paternaliste de découper un texte de 545 mots pour n’en retenir que 118, ne peut avoir pour effet que de « servir au bon peuple peu instruit des choses divines, un bouillon de poulet pour l’âme afin de réchauffer le cœur et remonter le moral. »

Selon le bibliste, le message de Jean le Baptiste et de Jésus est de changer de mentalité, de redresser les chemins, d’aplanir les obstacles, d’ouvrir les frontières et de détruire les murs de séparation, de laisser passer les peuples: la terre est pour tous et toutes. Vous dites : « Nous sommes des fils et filles d’Abraham, des juifs, des chrétiens, des musulmans… »… Ça ne veut absolument rien dire, ça ne change rien du tout. Lacaille conclut: « C’est le message de Jean et ce sera celui de Jésus. Un message subversif. »

Dénonçant ce baptême, qui est « une belle cérémonie pour bébés très émouvante, suivie au début du primaire par une première communion qui sera souvent la dernière », il décrit l’adhésion à Jésus comme un véritable plongeon :

Tant que nous prétendrons être des chrétiens et chrétiennes bien confortables avec leurs petites cérémonies pieuses, sans risquer notre vie et notre réputation pour défendre les plus petits, les plus pauvres, les exclus de nos sociétés, nous ne serons pas plongés dans le feu et le Souffle sacré. Cette religion est vaine. Changer le monde, le rendre habitable pour tous et toutes sans exception, faire de la terre un grand jardin où il fait bon vivre, c’est pour ça qu’on plonge, qu’on reçoit un Souffle divin ; pas pour faire sa première communion et aller à la messe le dimanche.

L’herbe ne pousse jamais sur la route où tout le monde passe

Ce proverbe africain apparaît à la page d’accueil du site de la Société des Missions Étrangères de Laval qui a été fondée en 1921 à la demande d’une femme, Délia Tétreault, elle-même fondatrice des missionnaires de l’Immaculée-Conception. Il ne faut pas confondre ces deux communautés avec la Société des Missions Etrangères de Paris (MEP) qui est elle, vieille de 350 ans et qui est française.

Dans une entrevue accordée à la revue l’Actualité, le cardinal Jaime Ortega qualifiait d’exemplaire l’action des missionnaires québécois arrivés en 1950 à Cuba. Selon le Cardinal, les P.M.É. « sont arrivés avant la révolution de Fidel Castro et sont restés après, en vivant pauvrement, comme tout le monde. Les Québécois savaient mener une mission. Pour beaucoup d’entre nous, ils ont été un exemple. C’est pour cette raison qu’on m’a envoyé faire ma théologie au séminaire des Missions-Étrangères, à Montréal. »

Il ne portait aucun signe distinctif

Il ne portait aucun signe distinctif

Il ne portait aucun signe distinctif, n’avait fréquenté aucune école rabbinique, ne s’est  affublé d’aucun titre clérical. Il a fustigé le formalisme religieux de son époque, dénoncé tous les profiteurs qui rôdaient autour du temple, refusé d’être associé à ceux qui détiennent le pouvoir et menacent au nom d’une quelconque divinité. Parfois il se présentait à la synagogue pour se nourrir de la Parole du premier testament. Il a ébranlé les autorités religieuses de son temps en se réclamant du prophète Amos : « Ce n’est pas la peine de célébrer vos sacrifices! Je ne veux plus entendre vos cantiques, ils me cassent les oreilles!… Car ce que je veux, dit Dieu, c’est que la justice coule comme un torrent intarissable. » (5, 12-13) Il a déclaré qu’il faut rendre à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu. Il a affirmé en pleine place publique que la religion est au service de l’homme et non l’inverse. Il a écarté la couronne de ses projets, ce qui a plu à César timoré. Et comme le religieux et le politique n’étaient pas séparés, ils se sont alliés, chacun selon leurs intérêts respectifs, pour l’éliminer et avoir la paix. On le nomme dans l’histoire de l’Humanité Jésus de Nazareth, le Christ, le prophète de Nazareth. Un homme libre « qui a vécu au cœur des villes Avec ce petit cœur fragile Qui aimait tant et tant et tant. » (1) Et cet homme vivait comme un laïc dans la société, rempli d’un « Dieu vivant, désirant, gracieux, nourrissant et enivrant comme le pain et le vin, ardent comme un berger ou un fiancé. » (2) Un laïc discret, attentif au prochain, recherchant sans cesse la justice et la réconciliation. Un laïc livré à la réussite de l’Humanité. Un critique du pouvoir, du divertissement qui endort, de la richesse qui produit guerre et pauvreté.  Car lui était pauvre, doux, compatissant, juste, miséricordieux, faiseur de paix.

Dans une société où, avec raison, nous nous méfions du religieux, de la religiosité et de ses dérapages, l’Humanité a besoin d’un laïc comme ce Jésus de Nazareth et besoin de… laïcité. La laïcité n’implique pas la disparition de la religion de l’espace public. L’État est une institution humaine, le résultat d’un développement historique, le produit du travail des femmes et des hommes désireux de bien vivre ensemble sur un même territoire. L’État n’est plus sacré parce que « la culture politique moderne ne lui reconnaît plus la compétence de nous dire si un dieu existe ou non. L’État ne sait pas et ne peut pas savoir s’il y a une vie ou non après la mort. L’État n’a finalement pas la compétence nécessaire pour nier le sacré au nom de la science… Il en résulte que l’État laïque ne se fait le promoteur d’aucune conviction en matière religieuse, pas plus l’athéisme qu’une croyance religieuse, et n’en favorise aucune. » (3)

Le rêve est perché haut

Jésus fut rarement là où on l’attendait (par exemple au temple), où c’était prévu (donc avec les purs, les forts, les gagnants), où il pourrait donner un show. Il se déplaçait, prenait la route, observait et consacrait tout le temps nécessaire à la personne rencontrée. Il préférait les rencontres aux réunions. Jésus avait le rêve perché haut, pour reprendre une expression de Richard Séguin : il désirait que « ce peu et ce beaucoup que nous sommes, bonté et méchanceté, paix et guerre, révolte et douceur » (4) deviennent conscients en nous et soient utilisés comme des outils de Pentecôte. Jésus avait une visée de développement et de rapprochement qu’il tenait de Celui qu’il appelait « abba ». Le développement de la dignité et des ressources de chacun et chacune. La mise en commun pour qu’aucun(e) ne se perde. Quel merveilleux défi pour les chrétiennes et les chrétiens que de se redéfinir dans une société laïque : se redéfinir non en fonction de l’église, du passé et de la doctrine, mais en fonction des pauvres négligés par l’institution politique, du partage de l’environnement menacé et de l’audacieuse Parole du prophète de Nazareth! Se redéfinir en fonction du projet de Dieu notre Père.

« Sans valeur transcendante à laquelle se raccrocher, sans modèle de société à poursuivre, sans vie exemplaire à imiter, chacun est réduit à l’étroitesse de sa quotidienneté… Ce que nous vivons, c’est un processus général d’effritement de toute l’existence. » (5) Pourquoi vivre? Comment vivre ensemble? Des questions incontournables et angoissantes qu’hommes et femmes d’un Québec laïque se posent… et auxquelles les chrétiennes et chrétiens peuvent apporter des morceaux de réponses en autant que leur foi redevienne gaillarde et aventureuse… loin de la secte timorée et de la religiosité égoïste.

Notes et références

(1) Georges Dor, entre autres… (disque Gamma) GS122
(2) Y. Prégent, dans Société laïque et christianisme, J. Grand’Maison, Novalis 2010 p. 165
(3) Guy Rocher, dans Le Québec en quête de laïcité, Écosociété 2011, p. 24 2t 25.
(4) José Saramago, L’évangile selon Jésus-Christ, Seuil 1993, p. 67.
(5) Jean-Marc Piotte, La communauté perdue, VLB 1987, p. 127.