Les femmes et l’Église : une très, très, très lente évolution

Dans l’Église catholique romaine, le pouvoir est exclusivement entre les mains de ceux qui ont reçu le sacrement de l’ordre. Le pouvoir dont il est question est doctrinal, administratif, financier, liturgique, etc. Le pouvoir, c’est la capacité de fixer les orientations, d’interpréter le passé, de planifier l’avenir, de gérer le présent, etc. Or plusieurs grandes décisions récentes de l’Église ont été prises à l’encontre des femmes. Le problème n’est pas chrétien, il est catholique. Ce problème est-il insoluble ?

Le christianisme a contribué à la promotion du statut de la femme au fil des siècles, notamment en combattant l’excision et les mariages forcés comme un dossier de la revue Codex d’hiver 2018 le met en lumière.  Mais, l’Église catholique refuse toujours avec obstination d’accorder à la femme un rôle dans un ministère. C’es du moins ce que confirmait Mgr Ladaria dans l’Osservatore Romano en assimilant le refus de l’accès au sacrement de l’ordre aux femmes dans l’Église catholique à un commandement (sic) de Jésus-Christ. Pour Jean-Pierre Proulx, la déclaration de Mgr Ladaria est une proclamation d’hérésie. Il souligne que Mary Irwin Gibson est, depuis 2015, archevêque… anglicane de Montréal.

Il faut dire que l’exhortation apostolique Evangelii Gaudium du pape François, bien qu’équivoque sur le statut de la femme, était claire sur le refus traditionnel de l’accès à la prêtrise. En effet, s’il n’est pas possible d’être prêtre, évêque, cardinal ou pape, comment peut-on appliquer la résolution :

Parce que « le génie féminin est nécessaire dans toutes les expressions de la vie sociale; par conséquent, la présence des femmes dans le secteur du travail aussi doit être garantie » et dans les divers lieux où sont prises des décisions importantes, aussi bien dans l’Église que dans les structures sociales.

Le désert algérien

Dans un article de la revue Esprit de février 2010, Catherine Gremion signale que les plus graves décisions qui ont entraîné la désaffection des fidèles ont été prises à l’égard des femmes. Humanae Vitae n’a pas été la moindre. Le dernier Synode sur la famille de 2015 ne fait que confirmer ce constat de l’absence des femmes qui ne sont pas consultées sur des questions qui les touchent directement. D’autre part, l’utilisation de l’expression « génie féminin » qui a été reprise dans des le libellé des statuts de du Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie n’est pas sans laisser perplexe les organisations de femmes concernées.

Par ailleurs, en 2008, Rick van Lier estimait à 14 000, le nombre de membres de communautés religieuses au Québec alors qu’il était de 60 000 en 1961. En 2018, la Conférence religieuse canadienne estime à environ 8 500, ce nombre de membres. Il n’est pas trop téméraire d’affirmer que d’ici quinze ans, les communautés religieuses, comme on les connaît aujourd’hui, devraient avoir disparues au Québec. Comme environ 80% des membres des communautés sont des femmes, on peut affirmer que le peu d’influence que les femmes exerçaient dans l’église sera évanescent.

En 2015, le Conseil pontifical de la culture s’interroge sur « les femmes qui fuient l’Église ». Selon Lucetta Scaraffia, éditorialiste à l’Osservatore Romano, affirme que « les femmes tiennent l’Église sur pied ».  Il y a lieu de se demander comment l’Église catholique romaine compte relever ce défi qu’évoque la « Joie de l’Évangile » :

C’est un grand défi qui se présente ici aux pasteurs et aux théologiens, qui pourraient aider à mieux reconnaître ce que cela implique par rapport au rôle possible de la femme là où se prennent des décisions importantes, dans les divers milieux de l’Église.

La création du Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie ouvre peut-être une porte. Mais, depuis Vatican II, les espoirs déçus ont été fréquents.

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