Droits de la femme : lenteur et mauvaise foi

ONU FemmesLe 7 décembre 2016, le Conseil du statut de la femme affirmait que l’école participe à l’inégalité des sexes et constatait que le cours d’éthique et de culture religieuse dispensé par le ministère de l’Éducation du Québec était sexiste. Pourtant, la Déclaration universelle des droits de l’homme a été adoptée le 10 décembre 1948, il y a 68 ans. C’est aussi en décembre, le 6 décembre 1989, à Montréal, dans un établissement universitaire, qu’un homme séparant les femmes des hommes, assassinait froidement, à l’arme automatique, 14 jeunes filles pour le seul motif qu’elles étaient des femmes. Dans son numéro de décembre 2016, la revue Relations constate que si « sur les questions écologiques, économiques et sociales, la posture progressiste du présent pape est indéniable, » La popularité de ce pape « sert d’écran au régime d’apartheid des femmes prôné par le Vatican », chef-lieu d’une une « Église fortement patriarcale et hiérarchique ». Force est de constater que la progression des droits des femmes est lente et que les religions constituent un verrou.

Ce n’est pas le seul cours d’éthique et de culture religieuse qui pose problème selon le Conseil du statut de la femme, c’est aussi l’enseignement de l’histoire qui est en cause et plus généralement les croyances et pratiques éducatives du corps enseignant. Dans une avis de 154 pages, le Conseil constate « l’absence de formation spécialisée sur les inégalités entre les sexes pour les personnes faisant l’évaluation des manuels, le caractère facultatif des pistes de réflexion qualitatives et la difficulté d’évaluer certains manuels qui nécessitent une analyse qualitative plus poussée, comme ceux d’histoire. » Documenté par une questionnaire auquel ont répondu 400 enseignants, le Conseil constate que les jeunes hommes enseignants considèrent que l’égalité des sexes est atteinte et qu’ils manifestent une neutralité envers les sexes. Ainsi, cette croyance « s’ajoutant à la conviction que les garçons et les filles ont des besoins différents par nature, on observe chez le personnel enseignant une difficile prise de conscience des inégalités entre les sexes et des actions nécessaires pour y remédier. » Le conseil formule 10 recommandations pour remédier au problème.

L’égalité des hommes et des femmes n’est pourtant pas un luxe mais une nécessité, sinon pour vire en paix, du moins pour échapper aux massacres comme le précisent les Considérants de la Déclaration et comme le rappelle une résolution du Comité de sécurité de L’ONU. C’est un comité de l’organisation des Nations-Unies présidé par une femme, Eleanor Roosevelt, la veuve du président américain et composé de représentant de chaque continent qui a eu pour mandat, en février 1947, au lendemain de la deuxième guerre mondiale, de rédiger une Déclaration internationale des droits de l’homme. L’application de cette déclaration avait pour objectif d’éviter les carnages des guerres du XXe siècle qui, s’ils se répétaient, mèneraient à la destruction de l’humanité. L’égalité entre les hommes et les femmes est explicitement évoquée dans les Considérants et confirmée notamment aux articles 1 et 2 de la Déclaration. Pourtant, plus de 60 ans plus tard, la Commission de la condition de la femme des Nations Unies, à l’occasion de la publication d’un « rapport mondial fouillé » arrive à la conclusion que les avancées de la cause des femmes sont « d’une lenteur inadmissible » et  que « certains de leurs aspects sont même caractérisés par une stagnation, voire une régression ».

Après tout, les attentats perpétrés un peu partout dans le monde ne sont pas étrangers au statut de la femme même s’ils ne sont pas aussi explicites que le massacre de Polytechnique. Selon le ministère de la Sécurité publique du Québec, « 5 340 infractions sexuelles ont été compilées au Québec par les corps policiers en 2014 ». Or, il seules  5% des agressions sont déclarées de l’aveu même du ministère. L’émission Enquête de la SRC, révélait que les policiers eux-mêmes, et sur une base systémique, contribuaient à la violence faite aux femmes autochtones. À telle enseigne, que le gouvernement du Québec a annoncé la mise sur pied d’une commission d’enquête pour étudier le problème. Bref, non seulement au chapitre de la condition féminine, la seule violence faite aux femmes n’est pas réglée mais encore, on semble que n’en voir la partie émergée. Et encore, cela se passe au Québec, dans une des sociétés les plus avancées au monde.

Dans ce contexte, l’attitude de l’Église catholique fait partie du problème. Sa doctrine cautionne des relations inégalitaires aux conséquences tragiques. C’est ce que rappelle avec force Denise Couture, professeure à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal dans un texte publié dans le numéro de Novembre-Décembre de la revue Relations et signalé par le numéro de décembre du Monde Diplomatique. Selon elle, la doctrine patriarcale de l’Église catholique, « édictée par un groupe d’hommes et imposée comme une vérité unique, sert une politique de subordination du groupe des femmes au groupe des hommes. » Constatant une réelle mauvaise foi, elle précise :

Les organismes du Vatican la formulent autrement, de manière adoucie et recevable. Ils utilisent plutôt des concepts féministes, inversant leur signification et camouflant l’irrecevable. Ils emploient à profusion l’expression « égalité des sexes », alors qu’ils l’entendent au sens d’une complémentarité dans la différence (séparation) de fonctions par ailleurs égales en dignité. Ils utilisent le concept féministe de « libération de la femme », réemployé au sens de la valorisation du rôle de mère au service des autres. Ils parlent de « lutte contre la discrimination des femmes », mais pour signifier notamment la lutte contre des lois civiles « injustes » permettant l’accès à la contraception ou à l’avortement.

Denise Couture convient que le discours du Vatican a changé sur bien des sujets depuis l’avènement de François, et que certains changements ont été effectués, mais elle n’en conclue pas moins que le « régime d’apartheid des femmes promu par le Vatican » règne toujours. En ce mois de la nativité et au lendemain du jour de l’Immaculée conception, le féminisme doit gagné en force si la paix est un objectif véritable.

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