Le Forum n° 29, mai 2014

Liminaire

André Gadbois

À l’occasion de la XLVIIIe journée mondiale des communications sociales, François, l’évêque de Rome, écrivait dans son message: « Le témoignage chrétien ne se réalise pas avec le bombardement de messages religieux, mais avec la volonté de se donner soi-même aux autres à travers la disponi- bilité à s’impliquer avec patience et respect dans leurs questions et leurs doutes, sur le chemin de la recherche de la vérité et du sens de l’existence humaine. (en italique : Benoît XVI lors de la 47e journée mondiale et cité par François)… Le défi nécessite profondeur, attention à la vie, sensibilité spiri- tuelle… Notre rayonnement ne provient pas de trucages ou d’effets spéciaux, mais de notre capacité de nous faire proches de toute personne blessée que nous rencontrons le long de la route, avec amour, avec tendresse. »

Plusieurs pasteurs en autorité, mitrés ou non, vivent encore dans et pour le temple; celui de Rome a choisi la rue. Les premiers sont des grands prêtres accrochés aux rites et à l’expansion de la doctrine; l’autre est un pasteur, une sorte de bon Samaritain dont Jésus a fait l’éloge et qui par la compassion cherche à redonner à ceux et celles qu’il croise leur beauté et leur dignité. Dans le journal Le Devoir du 31 mars 2014, Jean-Pierre Proulx commentait un sondage CROP mené du 13 au 16 février 2014 auprès de 1000 adultes et réalisé pour l’émission Second regard diffusée la veille. Il y écrivait qu’au moins 60% des Québécois se déclarent catholiques même si 54% de ces ca- tholiques accordent peu ou pas d’importance à la religion : catholiques parce que baptisés! Quant à la pratique dominicale, elle a atteint un creux inégalé : 8% des catholiques déclarent participer à un service religieux heb- domadairement. En fait 82% ne mettent jamais les pieds à l’église sinon lors d’occasion spéciale comme un mariage, des funérailles ou un baptême. Les jeunes de 18 à 34 ans se distinguent très significativement de leurs aînés par leur prise de distance vis-à-vis de la religion. « Croyez-vous que Jésus est le sauveur de l’humanité? » 56% ne le croient pas (30%) ou ne savent pas (26%). L’école publique n’est plus confessionnelle et l’immense majorité des enfants ne mettent plus les pieds à l’église… La conclusion de Jean-Pierre Proulx : le défi de l’Église du Québec est de trouver dans l’impulsion donnée par François la voie de son renouveau.

Devant ce constat qui n’est pas propre au Québec, « les trucages et effets spéciaux » ne sont pas les bons outils pour semer l’espérance et faire arriver de bonnes nouvelles pour les pauvres; notre « capacité de nous faire proches de toute personne blessée » aura plus de rayonnement et de conni- vence évangélique. Il a déjà été affirmé à une assemblée générale de notre Réseau que très souvent la « vraie » vie se passe au sous-sol de l’église et non en haut : en bas ça travaille fort à changer le monde, en haut ça cherche à déranger le moins possible; et quand quelqu’un passe de bas en haut, il est souvent déçu par l’inertie. Heureusement il y a des exceptions… et j’en connais.

En 2012, dans son livre « Les signes des temps », Jean Vanier écrivait : « Le renouveau de  l’Église et la nouvelle  évangélisation passent par la REN- CONTRE avec les PERSONNES brisées par la misère et l’isolement. » (p. 141) Il faut relire Isaïe 58 pour réaliser dans sa chair la force de cette phrase de monsieur Vanier. Dans cette même lettre à l’occasion de la XLVIIIe journée mondiale des communications sociales, l’évêque de Rome écrit : « Je le ré- pète souvent : entre une Église accidentée qui sort dans la rue, et une Église malade d’autoréférentialité, je n’ai pas de doutes : je préfère la première. Et les routes sont celles du monde où les gens vivent, où l’on peut les rejoindre effectivement et affectivement. »

Dans la section ACTUALITÉS de ce Bulletin numéro 29, vous pourrez prendre connaissance de deux lettres de demande de la synthèse des réponses ap- portées au questionnaire sur la famille en vue du prochain synode : ces ré- ponses sont « des routes du monde où les gens vivent. » Pourquoi hésiter à nous les faire connaître? Vous pourrez aussi parcourir ce texte de Jean-Pierre Proulx sur le délitement de la religion (sondage CROP) paru dans le journal Le Devoir. Le moine et théologien/bibliste Marcelo Barros nous assure qu’il est possible de voir dans les paroles et les gestes du pape des signes d’ap- probation de la Théologie de la libération, mais le plus urgent est de discer- ner ce que François nous dit qui peut servir à une revitalisation de la TdL. Le dernier texte de cette section signé par Maurizio Gronchi illustre comment, depuis la condamnation de Teilhard de Chardin par le Saint Office le 30 juin 1962, la pensée du jésuite a permis progressivement, comme une source souterraine, une belle constatation : « où reconnaître les fruits mûrs du Verbe incarné, crucifié et ressuscité, sinon dans la croix de l’homme et du monde où, comme nous le lisons dans Gaudium et Spes (n ° 22), continue et se per- pétue le mystère pascal? »

Dans la section 2 nommée Dossiers, Mgr Patrick Powers, secrétaire général de la CÉCC, répond timidement à la demande du RFAN d’obtenir la synthèse canadienne des réponses au questionnaire sur la famille acheminée à Rome : pourtant certaines conférences épiscopales ont diffusé leurs résultats (voir le texte de Samuel Lieven dans cette section). Dans ce message de François dont  nous  citions  des  extraits  précédemment,  l’auteur  souligne  que  « dialoguer signifie être convaincu que l’autre a quelque chose de bon à dire, faire de la place à son point de vue, à ses propositions. Dialoguer ne signifie pas renoncer à ses propres idées et traditions, mais à la prétention qu’elles soient uniques et absolues. » Par leurs réponses à ce questionnaire sur la fa- mille, les chrétiennes et chrétiens catholiques ont signifié leur désir d’être traités en égaux avec leurs pasteurs : espérons que leur désir se réalisera. Dans un texte de cette section, Jonathan Guilbault de Montréal exprime sa déception en constatant l’absence de communication de la part de son évêque. Dans un autre ordre d’idées, Sandro Magister relate comment, au cours des siècles, des gens ont cherché des solutions saines et nettes pour épauler les personnes mariées qui ont dû divorcer. Il y a de l’espoir… Enfin Al- berto Maggi, dans son texte « Sanhédrin et pots-de-vin » décrit de belle fa- çon comment Jésus a cherché à désacraliser la religion en vigueur à son époque : « On t’a fait savoir ce qui est bien et ce que le Seigneur réclame de toi  :  pratiquer  la  justice,  aimer  la  piété,  marcher  humblement  avec  ton Dieu.» (Mi 6,6-8 ; 1 S 15,22) La relation à Dieu ne s’établit pas à travers le culte, mais dans la vie: « C’est la miséricorde que je veux, et non le sacri- fice.» (Os 6,6; Mt 9,13)

La section 3 est réservée à la spiritualité; quatre textes nous sont proposés : celui de Jean-Yves Leloup (Sens de la marche). Quelles différences entre le touriste qui marche, le randonneur qui marche et le pèlerin qui marche! Le grand commandement adressé au pèlerin comme à toute l’humanité, c’est « shema » écoute! Merci à Guy Demers (FAN de Montréal) de m’avoir fait parvenir cet extrait du livre de Hans Küng publié en 2014 : Jésus. Un texte merveilleux sur ma croix et sur celle de Jésus. Pierre-Gervais Majeau de Jo- liette nous offre la parabole des 5 cloches. Et finalement un auteur inconnu a écrit « Papillon » : un texte de grande sagesse.

La dernière section (4) s’intitule La vie du Réseau. Elle donne un aperçu des routes sur lesquelles marchent présentement des personnes en solitaires ou en solidarité : Dominique Boisvert (FAN de Montréal) entre en dialogue avec ses frères évêques québécois, deux membres du FAN de Montréal cherchent à rejoindre leur évêque, les membres du FAN de Trois-Rivières/Nicolet mar- chent joyeusement sur la route médiatique avec François, l’évêque de Rome, et notre Réseau s’est joint au Parvis de Québec pour interpeller la société de- vant la détérioration des conditions de vie des travailleurs au sort précaire. « Car vois-tu au camp mon garçon On se moque du mauvais temps. Si tu as du cran mon garçon Prends ton sac et va’t-en! » Durant les années 55, j’ai chanté ces paroles sur de nombreuses routes du Québec, foulard au cou et chapeau scout/béret routier sur la tête. Barbouillé de joie et d’audace. Alors bonnes vacances, bon été, et prenons la route du dialogue!

Sommaire

Section 1 : Actualités

  • Théologie de la libération par Marcelo Barros
  • Délitement de la religion par Jean-Pierre Proulx
  • Demande de synthèse (Montréal) par Jean-Guy Larin & André Gadbois
  • AÉCQ synthèse par André Gadbois
  • J’étudie la matière et je trouve l’Esprit par Maurizio Gronchi

Section 2 : Dossiers

  • CÉCC synthèse par Mgr Patrick Powers
  • Publication des épiscopats par Samuel Lieven
  • Pardonner les remariages par Sandro Magister
  • Sanhédrin et pots-de-vin par Alberto Maggi
  • Un archevêque dans sa tour d’ivoire par Jonathan Guilbault

Section 3 : Spiritualité

  • Sens de la marche par Jean-Yves Leloup
  • La croix par Hans Küng
  • Parabole des 5 cloches par Pierre-Gervais Majeau
  • Papillon auteur inconnu

Section 4 : Vie du réseau

  • Lettre à mes frères évêques par Dominique Boisvert
  • Projet de loi 52 et Mgr Lépine par FAN de Montréal
  • Vidéo : De Rome à chez nous par FAN de Trois-Rivières/Nicolet
  • Lettre pour le premier mai par le Parvis de Québec et le RFAN

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