On fait chantier à Rome

Dès son élection comme évêque de Rome, le 13 mars 2013, François s’applique à entretenir, mieux encore, à faire fructifier l’Évangile à travers la transformation du territoire romain. La Curie sera bientôt réformée; les finances du Vatican sont assainies et rendues plus transparentes; les fidèles participeront aux synodes; l’Église sort d’elle-même; le rapport avec les médias est chaleureux; les pauvres sont les premiers servis; le décorum romain passe à l’épluchette; le pape parle librement et improvise souvent, etc.  Bref, on fait chantier à Rome.

La Ville est devenue un vivier de nouveautés, mais il y a des limites. Car François reste fidèle au Catéchisme de l’Église catholique : on ne le devine pas, il le dit. C’est pourquoi son discours ouvert connaît parfois des virevoltes, des oui mais qui peuvent agacer. Mais il est inconcevable que la vaste consultation sur la morale, qu’il lance auprès de tous les fidèles en préparation du synode extraordinaire de 2014, soit une consultation bidon. Car il s’agit bien, pour François, d’entendre le peuple de Dieu. Il pose les questions d’un homme qui veut apprendre. Elles ne commencent donc pas par : « Vous ne pensez pas que… ? »

Qu’importe le fond conservateur de François, c’est sa part de nouveautés qu’il faut saluer et, mieux encore, mettre à profit dans nos Églises locales. Car il y a risque, en voyant les innovations du pape, de battre simplement des mains au lieu de mettre celles-ci à la besogne. De fait, quel changement avons-nous fait dans nos diocèses depuis que le diocèse de Rome a un nouvel évêque? Qu’est-ce qu’il y a de changé dans nos territoires qui soit en phase avec la « métamorphose » de Rome?

Sans nous prendre pour François, ne pourrions-nous pas nous mettre à son heure?

Il met les pauvres au cœur de sa mission : quelle Église chez nous fait de même? Quelles solidarités avons-nous tissées avec eux? Je connais une communauté qui, pour être en phase avec François, accueille, depuis son élection comme évêque de Rome, des drogués et des alcooliques au sortir d’une cure de désintoxication, sans exclure d’autres pauvres de tous horizons.

François exhorte l’Église à sortir d’elle-même pour aller jusqu’à la périphérie du monde : quelle Église est en train de quitter le terrain de la Fabrique pour aller dans les rues et les médias?  Bien plus, est-ce qu’on ne fait pas exactement le mouvement contraire dans ces diocèses qui ferment des sous-sols d’églises à des garderies et des presbytères à des services sociaux? Dans d’autres diocèses, est-ce qu’on n’ouvre pas, sur le modèle de celles qu’on a connues au temps de la chrétienté, une maison pour accueillir des jeunes en quête de sécurité?

Le plus difficile n’est pas tant de faire passer la nouveauté du message de François que de parvenir à ce qu’elle demeure. Car il ne s’agit pas uniquement de la transmettre, il faut l’imprimer durablement dans nos Églises locales, ce qu’il est urgent de faire. Sinon, François disparu, l’Église reviendra aux années d’autrefois.

On trouvera toujours mille raisons de remettre à demain son devoir d’être en phase avec le François novateur : des risques de dérapages, les résistances, la peur de l’inconnu, le peu d’énergie disponible, surtout l’âge avancé des fidèles et des prêtres. À quoi bon repeindre la maison quand les professionnels de la maison funéraire sont sur le perron? Pourtant François a bien 76 ans….

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