Appel aux Évêques du Québec

Appel aux Évêques du Québec

Il y a une vingtaine de siècles, on disait à un bizarre de gars qui guérissait les malades de se taire, de cesser de se prendre pour un autre, d’arrêter sa magie; la maladie, criait-on sur les toits, est le résultat du passé pécheur du malade ou de celui de ses parents. « C’est comme ça! C’est la vie! » Les grands prêtres ne venaient aucunement en aide aux malades qui devaient probablement mourir dans des conditions atroces des suites d’une maladie physique ou mentale. Ce gars de Nazareth a bravé « les autorités » de l’époque et n’a pas cessé de soigner et de guérir; il en a payé le prix… mais c’est une autre affaire. Il a continué de SE SOUCIER des malades, de prendre leur parti, de les faire passer en priorité dans sa vie car la Vie, c’était son affaire.

Depuis, la science médicale a fait des progrès inouïs… et étrangement la maladie « aussi » en ce sens qu’elle est devenue plus complexe, compliquée, subtile, déconcertante, inattendue, déguisée… Médecins et chercheurs se battent jour et nuit pour l’affronter et la vaincre. Ils persistent, ils s’accrochent, ils continuent de courir. Souvent, dans l’ombre, ils remportent de belles victoires tout en sachant qu’ils doivent recommencer sans cesse car elle, la maladie, est futée. Pour frapper, la maladie s’ajuste aux conditions de vie des populations en « progrès » : elle saute sur toutes les nouvelles occasions qui apparaissent afin de ruiner, d’anéantir, de faire souffrir. On dirait que la maladie s’adapte.

Ce matin La Presse et Le Devoir nous apprennent que les coupures dans le réseau de santé montréalais affecteront DANGEREUSEMENT les services aux malades et que les plus vénérables écoperont. Plusieurs postes seront abolis et les listes d’attente s’allongeront. Les programmes de santé mentale, de services aux enfants souffrant de déficience intellectuelle et de troubles envahissant du développement, et de soins aux aînés sont clairement visés par les coupes.» Ça frise le ridicule, affirme Carole Dubé de l’Alliance professionnelle et technique de la santé et des services sociaux (APTS), de couper dans les secteurs où les clientèles sont les plus vulnérables. » Et que dire des autres régions qui subiront le même sort!

Il y a 20 siècles, dans le domaine de la santé, le ridicule se nommait les conséquences du péché. Aujourd’hui, dans ce même domaine, il se nomme « la richesse relative » des services aux plus vulnérables (expression de la grande prêtresse des finances de l’Agence de la santé de Montréal, Geneviève Dufresne). Il y a 20 siècles, le gars de Nazareth, malgré les embûches, avait continué de chérir les malades de son peuple : le prix à payer fut énorme. Aujourd’hui au Québec, les malades les plus fragiles sont en danger : pourquoi les évêques ne sortiraient-ils pas ENSEMBLE de leur silence pour chérir et soigner à leur façon les plus vulnérables? Pourquoi, ENSEMBLE, ne dénonceraient-ils pas au nom du même gars de Nazareth cette sectaire décision en appuyant celles et ceux qui sur le terrain sont à bout de souffle : infirmières et infirmiers, techniciennes et techniciens en milieu hospitalier, psychologues, médecins, préposées et préposés? Parfois la parole guérit, panse, soulage… et améliore des situations.

Si vous sortiez de votre silence collectif, messieurs les évêques, vous pourriez le payer cher mais la population des plus vulnérables vous supporterait. Quant à l’autre population, vous n’auriez qu’à secouer le sable de vos sandales sur leur cadre de porte, disait le gars de Nazareth (ou la neige de vos bottes), et à poursuivre votre route, le cœur joyeux et libre de toute complicité.

2 réflexions sur “Appel aux Évêques du Québec

Laisser un commentaire

Votre adresse de courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Filtre anti-robot * Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.