Commodément caché derrière un tas de bonnes raisons

Les soins de fin de vieL’actualité des derniers jours nous a confronté avec la difficulté de faire des choix complexes sur le caractère sacré de la vie humaine. Alors que nous étions pris à témoins de l’épidémie de suicides qu’a connu la communauté crie de d’Attawapiskat, le débat sur l’aide médicale à mourir est revenu au premier plan avec les premières applications de la loi québécoise concernant les soins de fin de vie et du dépôt du projet de loi C-14, Loi modifiant le Code criminel et apportant des modifications connexes à d’autres lois (aide médicale à mourir) du gouvernement du Canada. Alors que les suicides sont la conséquences de conditions de vie sociale et économiques intolérables, l’aide médicale à mourir est invoquée pour mettre fin à des souffrances personnelles physiques… intolérables.

Selon le Centre de prévention du suicide au Québec, « de 2001 à 2010, le nombre de suicides est passé de 156 à 95 par année dans la grande région de Québec et pendant cette même période, le nombre de demandes d’aide est passé de 12 100 à plus de 20 000 par année ». En d’autres termes, le suicide n’est pas une fatalité et il se traite. Ainsi, pour les premières nations, la situation économique est périlleuse. Par exemple, en Abitibi, le salaire moyen annuel est autour de 20 000 $ alors qu’il est de 30 000$ pour les non-autochtones. De même, le taux de chômage est de 17 % contre 9 % pour les non-autochtones. À cela s’ajoute l’acculturation qui accentue le désœuvrement. Cette situation est inacceptable.

Dans ces conditions, les balises nécessaires pour encadrer l’aide médicale à mourir sont bien sûr essentielles. Dans son rapport, la Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité indiquait que « les découvertes dans les domaines de la médecine et de la pharmacologie ont amené une certaine médicalisation de la mort ». En d’autres termes, bien des gens seraient déjà morts n’eût été des progrès de la science médicale. Mais, si au Québec, la loi, confirmée par la Cour suprême du Canada, permet cette aide, il reste cependant à voir se confirmer la volonté des praticiens à respecter la volonté de leurs patients et à appliquer cette loi.

C’est ainsi que dans un texte publié dans La Presse + du 17 avril 2016,  le docteur Pierre Viens, un médecin de 55 ans de carrière, témoigne de cette première fois « où il a aidé une personne à mourir ». Ce qui était de nouveau, pour lui, dans l’administration du « médicament sédatif et anxiolytique », « c’était la liberté, le respect du choix de cette personne qui décidait de SA propre mort et de la façon dont ELLE souhaitait qu’elle se fasse. Son dernier acte de vie, en somme. » Ce praticien, constatant le manque d’information des malades, des familles et des médecins, admet que ces derniers doivent « apprendre à composer avec le choix du législateur de n’avoir pas défini le critère de la fin de vie dont l’évaluation repose sur notre seul jugement médical. »

Si ce jugement est facile à poser dans certaines  circonstances, cela l’est moins  pour « autres maladies incurables et irréversibles comme les grands syndromes d’insuffisance (cœur, reins, foie), et ces terribles maladies de dégénérescence dont l’incidence est croissante ». Il aurait été facile d’être « commodément caché derrière un tas de bonnes raisons » pour refuser ce « soin » alors que pourtant le médecin conclut : « L’aide médicale à mourir est un vrai soin. Le dernier. Le plus beau… ».

Le réseau des Forum André Naud s’était prononcé en commission parlementaire lors de l’étude du projet de loi du Gouvernement du Québec. Il y avait affirmé que « reconnaître le droit de toute personne à choisir de « mourir dans la dignité » est pour nous un choix chrétien, respectueux de la conscience de chacune et chacun ».

De la même façon, nous avons, chacun et chacune d’entre nous,  le devoir de poser tout geste permettant aux Premières Nations et aux Inuits de sortir du cercle infernal des épidémies de suicides qu’ils connaissent.

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