Disparition de Gregory Baum: un pilote du catholicisme de gauche québécois

Unis pour le meilleur et pour le pireGregory Baum, théologien, expert lors du concile Vatican II, est décédé le 18 octobre 2017 à Montréal. Il laisse un important héritage au Catholicisme de gauche québécois. De Vatican II, il avait constaté le manque de volonté de l’Église à le mettre en oeuvre. Des Québécois, il souligne qu’ils se trompent en croyant que la religion appartient au passé, mais il n’a que de bons mots pour la théologie québécoise incarnée notamment par Fernand Dumont 1927-1997) et par Jacques Grand’Maison (1931-2016).

Professeur de théologie pendant 27 ans l’université de Toronto, il enseignera par la suite à l’université McGill au Québec à partir de 1986. Il a été collaborateur à la revue Relations pendant 30 ans. Gregory Baum était membre du Réseau des Forums André-Naud.

Ses funérailles seront célébrées à l’Église Saint-Pierre Apôtre de Montréal, le 28 septembre 2017 à 11h00.

L’effet Baum

Dans Le Devoir, Louis Cornellier le décrivait ainsi :

Défenseur d’une « culture critique dans l’Église et dans la société » ainsi que partisan des « mouvements de changement social qui s’efforcent de réduire la souffrance humaine et de rendre la société plus agréable à Dieu », Baum, militant de Québec solidaire depuis sa fondation en 2006 et d’une souveraineté-association à la Lévesque, n’est pas un catholique reposant.

Convaincu que « l’Église n’est pas une oasis de salut dans un désert de perdition » et que « le premier outil de la grâce, c’est la vie humaine », il adhère à la théologie de la kénose, selon laquelle Dieu se dépouille de sa toute-puissance dans la création pour laisser les hommes libres de contribuer à son oeuvre, et considère l’enfer non comme un lieu, mais comme « le dévoilement du potentiel d’autodestruction de l’être humain ».

Cornellier conclut :

Il y a eu, au Québec, et c’est ce qui fait l’importance de l’oeuvre, un effet Baum. Trop souvent, ici, le catholicisme est assimilé à une pensée ringarde, pépère et insignifiante. Par ses interventions solides et profondes dans le débat public, principalement dans les pages de Relations, Baum a témoigné, comme Jacques Grand’Maison avant lui, de la noblesse de la radicalité du message évangélique de justice et de dignité pour tous dans notre monde. C’est majeur.

Jean-Claude Ravet, Rédacteur en chef de la revue « Relations », retient que, pour Gregory Baum, « les enjeux de société, de justice et de bien commun étaient centraux, au même titre que la vie intérieure, la prière, le culte ».

Vatican II n’a pas tenu ses promesses

De Vatican II, Baum affirmait qu’au lendemain du Concile, l’Église a tout fait pour mettre les bâtons dans le roues. Dans une entrevue accordée en 20116 à Michel Dongois de la revue Notre-Dame-du-Cap, Baum disait de Vatican II:

« Certains évêques québécois par exemple, qui avaient fait une grande place aux laïcs, hommes et femmes, se sont fait rabrouer par le pape. »

Car s’il est une chose que Vatican II n’a pas changé, selon le théologien, c’est bien le dialogue à l’intérieur même de l’Église. « Rome n’a pas permis aux conférences épiscopales d’adapter l’Église à la culture des différents pays. On a plutôt eu droit au retour à la vision monarchique de la papauté, avec concentration des pouvoirs. » Sur ce plan, dit-il, Vatican II n’a pas livré ses promesses.

Les Québécois ont l’impression que la religion appartient au passé

Au cours de cette même entrevue avec Michel Dongois, Gregory Baum conatatait que « Les Québécois se désintéressent des questions religieuses recherchant plutôt une spiritualité personnelle », reléguant ainsi la religion au passé. Il le déplorait. Il appréciait cependant la créativité théologique due l’Église du Québec « qui se veut une invitation à se tenir debout face à ce qui entrave la liberté et la dignité humaines. »

Du théologien Fernand Dumont, Baum dira dans son ouvrage « Vérité et pertinence: Un regard sur la théologie catholique au Québec depuis la Révolution tranquille », qu’il considérait que la foi est « une donnée anthropologique universelle qui guide l’être humain vers une transcendance sans nom ». De Jacques Grand’Maison le théologien retiendra « qu’il faut combattre les péchés structurels puisque se déresponsabiliser devant un système injuste n’est pas digne d’un Catholique ».

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