Réforme au Vatican quatre ans plus tard : des progrès

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Au terme d’une quatrième année de son pontificat, le pape François peut se réjouir de la progression des réformes qu’il a initiées. Inspiré par François d’Assise, le Pape avait déclaré vouloir « une église pauvre pour les pauvres ». À Assise, où il s’était rendu en octobre 2013, il s’était fait accompagné par 8 cardinaux qui’il avait désignés pour réformer la Curie. Outre une plus grande transparence, force est de constater que les changements correspondent à ceux évoqués par le regretté Cardinal Turcotte au lendemain du Conclave. Ce dernier avait dit de François à Radio-Canada qu’il était « quelqu’un qui pourrait d’abord être un saint, quelqu’un qui est proche des pauvres, quelqu’un qui pourrait s’attaquer à corriger certaines erreurs de la Curie, à corriger aussi les erreurs de l’Église ». Parmi ses réformes, notons une consultation  plus large pour la nomination des Évêques, la vigoureuse réforme de la gestion économique du Saint-Siège, une volonté d’impliquer les laïcs et des efforts pour mieux gérer la lancinante question des agressions sur les enfants.

Consultation élargie

Contrairement à la tradition, le Pape consulte par la poste les fidèles et le clergé du diocèse de Rome pour nommer son nouveau vicaire. Selon le journal La Croix qui cite le Vatican Insider, « alors que l’actuel vicaire du pape, le cardinal Agostino Vallini, âgé de 77 ans, doit cesser ses fonctions le 17 avril, prêtres et fidèles ont jusqu’au 12 avril pour envoyer par courrier des « suggestions sur le profil du prochain vicaire et aussi éventuellement des noms ». Cet appel a été lancé par le pape lors d’une rencontre privée avec 36 responsables du diocèse, qui compte 334 paroisses pour 2,8 millions d’habitants ».

Poursuites criminelles et liste blanche

La réforme de l’Institut des œuvres de la Foi connu sous le vocable de Banque du Vatican est celle qui a le plus progressé. Selon la RTS (Radio Télévision Suisse), 5 000 comptes ont été fermés, 12 000 euros saisis, 2 directeurs de la banque ont été tenus criminellement responsables par la justice Italienne pour violation des normes anti-recyclage grâce au concours des nouvelles autorités de l’Institut.

L’Italie a mis le Vatican sur sa « liste blanche » des États dont les institutions financières sont considérées comme transparentes, après plusieurs années de réformes menées par le pape François et son prédécesseur. Ou plutôt, le ministre des finances italien a sorti le Vatican sa liste noire des États fiscalement « à risques » en signant des accords d’échange de renseignements avec la Banque du Vatican.

1,3 milliard d’euros trouvés

La réforme de la curie a mené à la création d’un « Conseil pour l’économie » et un « Secrétariat pour l’économie ». Ce dernier, sous la responsabilité de Cardinal Pell, dispose désormais d’un pouvoir de « contrôle et vigilance en matières administrative et financière » sur tous les dicastères de la Curie (Congrégations, Conseils pontificaux, Tribunaux, Secrétairerie d’État) ainsi que sur les « institutions liées au Saint-Siège ou s’y rapportant et les administrations du Gouvernorat de la Cité du Vatican. »

Le cardinal Pell, dans une déclaration au quotidien français La Croix,  a admis que « l’examen des caisses des différents services du Vatican avaient permis de trouver 442 millions d’euros non utilisés, s’ajoutant aux 936 millions trouvés dans un premier temps, des fonds légaux ». Bien que certaines Secrétaireries d’État soient jalouses de leur indépendance et que les fonctionnaires n’étaient pas spécialement loquaces, le Cardinal a affronté une résistance mois grande d’appréhendée, a-t-il confié au Catholic Herald en 2015. À l’exception d’une nécessaire réforme de la Caisse de retraite, les finances sont maintenant saines selon lui.

Le C8

Le C8, appelé ainsi parce qu’il est constitué par 8 cardinaux désignés par le Pape, a pour mandat de voir à la réorganisation de la Curie romaine, à la manière d’être de l’Église et de traiter des questions sensibles pour les laïcs. Sur la question des laïcs, « certains catholiques pensent encore qu’un prêtre doit être présent pour que l’Église fonctionne. C’est absurde ! », avait déclaré le cardinal Marx, membre du C8. Ce C8 est composé de deux Européens (l’Italien Giuseppe Bertello, l’Allemand Reinhard Marx, par ailleurs président de la Comece), deux Sud-Américains (le Chilien Francisco Javier Errázuriz Ossa et le Hondurien Oscar Andrés Rodríguez Maradiaga, également président de la Caritas Internationalis), un Nord-Américain (Sean O’Malley, des États-Unis), un Asiatique (l’Indien Oswald Gracias), un Africain (Laurent Monsengwo Pasinya, de la République démocratique du Congo) et un originaire d’Océanie (l’Australien George Pell). Plusieurs parmi ces cardinaux ont été cités par les médias comme de hautes figures du dernier conclave.

Le Pape vise d’abord un changement d’attitude où les réformes structurelles doivent s’en faire l’écho. « On ne fait pas la connaissance de Jésus en première classe », avait-il lancé au début de son pontificat, après avoir, une semaine auparavant, tancé les « évêques-voyageurs ».

Plusieurs sujets ont été abordés par le groupe responsable de la réforme.  Par exemple, la nomination d’un modérateur responsable de faire le lien entre les dicastères et le rôle des Laïcs ont été discutés en 2013Le nouveau visage de la Curie sera plus synodal et moins monarchique, plus collégial et moins pyramidal, il s’inspirerait du mode de gouvernement déjà en oeuvre au sein des ordres et congrégations religieuses, dont les jésuites.

La responsabilité des sanctuaires internationaux incombant au Saint-Siège qui était la responsabilité de la Congrégation pour le clergé est désormais assumé par le Conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation. Deux nouvelles congrégations ont également été approuvées : l’une aux laïcs, à la famille et à la vie, l’autre à la charité, à la justice et à la paix.

Agressions sur les enfants : efforts et raté

Afin de lutter contre la pédophilie et les abus sexuels au sein de l’Eglise, le pape a institué en mars 2014 une commission pontificale pour la protection des mineurs dans laquelle siègent dix-sept experts du monde entier – dont certains sont des anciennes victimes. Il a par la suite créé une nouvelle instance judiciaire sous la responsabilité de la Congrégation pour la doctrine de la foi, héritière de l’ancienne Sacrée congrégation de l’inquisition romaine et universelle, organisme chargée de veiller au respect du droit canon. Ce tribunal est chargé de juger les évêques lorsque ceux-ci auront caché des abus sexuels commis par des prêtres de leurs diocèses.

Cependant, la seule membre victime d’abus sexuels, Marie Collins a démissionné le 1er mars 2017 en déplorant les refus et les lenteurs de la Curie à appliquer les recommandations de la Commission et en dénonçant la Congrégation pour la doctrine de la foi dont elle jugeait l’approche judiciaire opprimante pour les victimes. Plus précisément, elle était outrée qu’on refuse aux victimes le droit d’être assistées d’un avocat lors de leur comparution devant le tribunal. Selon Marie Collins, on confond victime et accusé. Marie Collins ne remet pas cependant en question la bonne foi du Pape François, mais bien celle de la curie.

Ces réformes n’arrêteront surement pas le déclin de l’Église catholique, mais permettront à tout le moins de mettre à jour l’appareil administratif.

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