Réflexion sur la famille

Réflexion sur la famille
Réflexion théologique sur la famille

Le Pape François a convoqué un synode des évêques sur la famille pour octobre 2014. Pour s’y préparer adéquatement il a demandé une consultation de tous les catholiques du monde à partir d’un questionnaire. C’est une première dans notre Église. Mais une consultation ne donne pas nécessairement des décisions suggérées par les participants. L’Église n’est pas une démocratie participative. J’ai tout de même décidé de participer à cette consultation à titre individuel et je vous propose de lire ma réflexion théologique que j’ai fait parvenir à la personne responsable pour le diocèse de Trois-Rivières. Je vous l’envoie car j’utilise ma famille à plusieurs reprises à titre d’exemple d’une famille du XXIème siècle.

Questionnaire sur la famille

Vous pouvez choisir de répondre aux questions qui vous intéressent.

  1. Comment l’enseignement de l’Église sur la famille est-il connu, accepté,   refusé et/ou critiqué dans les milieux? (Ex. : les méthodes de contraception, union d’un homme et d’une femme, sur l’éducation des enfants, sur les sacrements, etc.)
  2. Quels sont les facteurs culturels qui empêchent la pleine réception et la pleine compréhension de l’enseignement de l’Église sur la famille?
  3. Sur quels aspects sommes-nous les mieux informés?
  4. La notion de loi naturelle à propos de l’union entre un homme et une femme, est-elle couramment acceptée en tant que telle par les baptisés en général?
  5. Comment en pratique et en théorie, la loi naturelle sur l’union entre un homme et une femme en vue de la formation d’une famille est-elle contestée? Comment est-elle proposée et approfondie dans les organismes civils et ecclésiaux?
  6. Comment les baptisés (vivant en union libre, divorcé-séparé-remarié) vivent-ils leur situation? En sont-ils conscients? Manifestent-ils simplement de l’indifférence? Se sentent-ils écartés et vivent-ils avec souffrance l’impossibilité de recevoir les sacrements?
  7. Quelles sont les demandes que les personnes divorcées et remariées adressent à l’Église à propos des sacrements de l’Eucharistie et de la réconciliation?
  8. La connaissance et la simplification de la pratique canonique pour la reconnaissance de la déclaration de nullité du lien matrimonial pourraient-elles offrir une réelle contribution positive à la solution des problèmes des personnes concernées.  Si oui, sous quelles formes?
  9. Quel est le comportement de l’Église tant envers l’État promoteur d’union civile entre personnes du même sexe, qu’envers les personnes impliquées dans ce type d’union?
  10. Quelle attention pastorale est-il possible d’avoir envers des personnes qui ont choisi de vivre selon ce type d’union?
  11. En cas d’union entre personnes de même sexe qui ont adopté des enfants, quel comportement pastoral pouvons-nous tenir en vue de la transmission de la foi?
  12. Quelle conscience a-t-on de l’évaluation morale des différentes méthodes de régulation des naissances?
  13. Du point de vue pastoral, quels approfondissements pourraient être suggérés à ce propos?
  14. La doctrine morale de l’Église est-elle acceptée? Quels sont les aspects les plus problématiques qui en rendent difficile l’acceptation par la plupart des couples?
  15. Comment promouvoir une mentalité plus ouverte envers la natalité? Comment favoriser la croissance des naissances?
  16. Jésus-Christ révèle le mystère et la vocation de l’homme : la famille est-elle un lieu privilégié pour que ceci arrive?
  17. Quelles situations critiques de la famille dans le monde d’aujourd’hui peuvent devenir un obstacle à la rencontre de la personne avec le Christ?
Commentaires personnels sur les questions

J’hésitais à me prononcer sur ce questionnaire dont le texte me paraissait piégé par l’enseignement de l’Église. Je relis et relis ces questions qui me semblent viser un seul but : récupérer tout le monde dans le giron de l’enseignement de l’Église. Quelques phrases du «Magistère incertain» d’André Naud, théologien au Concile Vatican II, ont favorisé ma réflexion. Je reprends quelques citations :«Quelle est la compétence réelle dont l’Église dispose pour venir imposer son système d’interprétation personnelle aux couples?» et encore plus pertinent : «Avec quel poids d’autorité l’Église peut-elle intervenir dans l’interprétation de la loi naturelle? Avec quel type de conséquence ou d’autorité le Magistère peut-il, ou doit-il, intervenir dans ce domaine?». Voici les résultats de ma réflexion sur le questionnaire du Vatican à partir du «Magistère incertain.»

À la question 1, il faudrait répondre que l’enseignement de l’Église sur les sujets indiqués laisse pratiquement tout le monde indifférent et comment se fait-il qu’ils ne savent pas cela, les auteurs de ce questionnaire.

Je voudrais signaler d’autres exemples ; la question 2 laisse entendre que seuls «des facteurs culturels» empêchent «la pleine compréhension de l’enseignement de l’Église». Se peut-il que l’enseignement de l’Église sur la famille ait besoin d’un aggiornamento (mise à jour)?

À la question 3, il faudrait réaliser que l’institution a perdu, depuis longtemps, le contact avec ses «fidèles» même ceux qu’on désigne sous le nom de «pratiquants».

La question 4 vient clore tout débat sur le sujet selon le texte suggéré : «La notion de loi naturelle, selon l’enseignement de l’Église, c’est l’union d’un homme et d’une femme». J’ai des petites nouvelles pour ces personnes au Vatican. Ma petite-fille et sa conjointe ont un enfant et il n’a pas été adopté, mais conçu selon les méthodes scientifiques du XXIe siècle.  Elles seraient moins une famille selon la loi naturelle que prône notre Église? J’ai baptisé cet enfant et j’ai béni cette famille qui m’est très chère. Je pense que l’Église devrait faire une mise à jour de son système d’interprétation (sa théorie) sur la vie de couple.

La question 5 voudrait connaître l’argumentaire de cette situation de famille qui se situe «hors normes» de la loi naturelle telle que voulue par l’institution. La réponse que je propose est celle de l’amour.  J’aime cette famille et je suis persuadé que Dieu l’aime aussi. Alors pourquoi établir des «normes dogmatiques» sur la loi naturelle qui ne résiste pas dans le vécu des personnes.

La question 6 aborde la situation des personnes vivant en union libre, divorcé-séparé-remarié. La question veut savoir «s’ils sont conscients ou indifférents ou écartés.» Les personnes que je connais dans cette situation «sont en amour» et voudraient pouvoir le vivre comme tous les autres couples. Quant à l’impossibilité de recevoir les sacrements, c’est une décision autoritaire des instances de l’institution que bien des personnes ne respectent même pas. Les autres sont complètement indifférents.

Sur la question 7, ce ne sont pas des demandes que les personnes divorcées et remariées veulent présenter à l’Église. Ces personnes constatent que ce qui les éloigne des sacrements, c’est leur sexualité. En effet, les personnes corrompues, ou violentes ou quoi que ce soit n’ont aucun problème à s’approcher des sacrements. Elles sont des pécheurs, ce qui est le statut de tout baptisé. Ce qui est le statut des personnes divorcées et remariées. Alors pourquoi les viser en particulier?

À la question 8 sur «la reconnaissance de la nullité du lien matrimonial», notre institution aurait avantage à se ressourcer auprès de nos frères et sœurs orthodoxes qui depuis longtemps ont compris que l’erreur est humaine et que personne sur cette terre n’est parfait.

La question 9 sur le comportement de l’Église envers «l’État promoteur d’union civile entre personnes du même sexe ainsi qu’envers les personnes impliquées dans ce type d’union», je dirais que l’Église devrait ouvrir l’Évangile pour comprendre ce que veut dire accueillir et aimer. J’ai présidé le «mariage» civil de ma petite-fille et sa conjointe ainsi que les mariages de trois autres de mes petits-enfants dont deux civils et un religieux. Ce furent des célébrations dans la joie qui ont engendré des enfants qui sont mes arrières petits-enfants. Que du bonheur dans ces familles!

L’attention pastorale (question 10) envers ces personnes, c’est de les accepter telles qu’elles sont et pour l’amour de Dieu les laisser vivre sans toujours leur rappeler qu’ils et elles ne sont pas dans les normes.

Les personnes de même sexe qui ont adopté ou eu des enfants (question 11) s’attendent à être accueillies dans la charité qui demeure selon saint Paul l’attitude la plus évangélique (Si je n’ai pas la charité…).

La question 12 m’a vraiment fait suer. Quand notre institution va-t-telle arrêter de s’immiscer dans la chambre à coucher des couples? Je pensais que le rejet par les fidèles de l’encyclique de Paul VI sur la régulation des naissances avait clos ce débat. Il faut bien admettre que la sexualité et la morale s’y rattachant ont la vie dure dans notre Église.

Les questions 13 et 14 voudraient des suggestions pour faciliter l’acceptation de la doctrine morale de l’Église. Ce qui rend difficile l’acceptation de cette doctrine morale, c’est justement l’attitude intransigeante de l’institution qui impose des «douanes» (Pape François) à sa pastorale.  Comme l’écrit si bien mon amie Yolande du Forum André-Naud: «L’histoire me démontre que des légions de femmes et d’hommes ont quitté l’Église dans le passé, parce que cette Église était intrusive dans le vécu des couples au nom de la loi naturelle, que l’Église utilisait non pas pour «servir le bien des couples», mais plutôt pour renforcer son pouvoir sur les couples.»

Je croyais vraiment que l’institution, depuis notre « Révolution tranquille », avait cessé de promouvoir le nombre d’enfants qu’un couple voudrait se donner (question 15). En arrivera-t-on un jour à faire confiance à la générosité de l’amour de nos jeunes pour la famille? Nous l’avons fait et nous avons treize petits-enfants et bientôt dix arrières petits-enfants. L’amour ça s’enseigne par l’exemple et non par les mathématiques.

Les questions 16 et 17 relèvent de la façon de vivre l’Évangile. Si les valeurs de l’Évangile de Jésus sont vécues dans la famille alors Jésus y est présent. Comme on dit dans la communauté que je fréquente le dimanche, à l’appel du président  «Le Seigneur soit avec vous», nous répondons «Il est au milieu de nous».

Ce cheminement théologique m’aura permis de rafraîchir mes notions sur l’enseignement de l’Église en reprenant contact avec ce grand théologien que fut André Naud.

7 réflexions sur “Réflexion sur la famille

  1. Ce qui me choque est avant tout que les fidèles ne soient pas consultés de façon directe.
    Les prêtres ne pourront parler que de leurs perceptions et représentations.
    Et quand on voit l’attitude de certains(en France, concernant le « mariage pour tous ») on craint le pire! Apostrophant un prêtre à la sortie d’une messe parce qu’il avait fait une homélie à la limite de l’homophobie, je me suis vue répondre « Alors, vous êtes contre les Saintes Ecritures ? » Fichtre, deux siècles ou trois plus tôt, on me brûlait le dimanche suivant…..

    1. « Ce qui me choque est avant tout que les fidèles ne soient pas consultés de façon directe. »
      Je suis entièrement d’accord avec vous et serais curieux de savoir où nos évêques vont aller chercher les réponses dans les délais qui leur sont impartis, car, entre nous, ceux qui pourraient le mieux répondre, il y a longtemps qu’ils se sont éloignés de l’Église et en particulier du confessionnal, source d’information dont le clergé ne dispose plus…
      Alors, je crains le pire quant aux « remontées » de la soi disant enquête au Vatican et aux conséquences: une nouvelle perte de crédit de notre Église aux yeux des fidèles et du monde…
      J-C.H

  2. J’ai été surpris de ce questionnaire car dans la paroisse St-Pierre-Apôtre et Ste-Brigide de Montréal où je vais personne n’en a entendu parler sauf quelques initiées en pastoral. Pour ceux qui ne connaissent pas cette paroisse, elle est en bordure du village gay et elle est considérée comme église inclusive. Vous imaginez que la majorité de ceux qui la fréquentent sont surtout des gais et lesbiennes. L’assistance de même que la participation ont de quoi à faire jalouser les nombreuses paroisses désertées. C’est une assemblée très priante.

    Pour ce qui est de la pastorale dont on ne semble pas être capable d’enlever le focus sur la famille, je crois qu’elle est anachronique et qu’elle aurait dû changer il y a bien longtemps. Sincèrement je crois que le message évangélique s’adresse à la personne seulement. Que ce soit une famille dont les parents sont femme et homme, ou personnes de même sexe, divorcés remariés, monoparentaux c’est l’authenticité et la bonne volonté des parents que sera gage de la transmission aux enfants des vraies valeurs humaines et ou religieuses.

    « Celui qui fait la volonté de mon Père, qui m’a envoyé, c’est lui mon frère, ma sœur, ma mère » (Mt 12, 49-50).

    Sans être irrévérencieux et ne voulant surtout pas scandaliser, je dois avouer que l’exemple de la sainte famille qu’on présente comme modèle aux familles, n’est vraiment pas cohérent. S’il y a une famille qui ne rencontre pas la loi naturel c’est bien la sainte famille.

    De qui serons-nous conjoints et parents en vie éternelle?

  3. Aujourd’hui c’est la fête de ma défunte mère.

    Mes parents qui ont eu 14 enfants et qui ont certainement eu quelques lacunes dans l’éducation et l’épanouissement de leurs enfants malgré tout le dévouement et l’abnégation dont ils ont fait preuve. Lacunes personnelles peut-être, mais surtout par contraintes et limites sociales-religieuses et économiques.

    Pauvre mère, sur son visage dévasté, on pouvait voir une grande déception à la promulgation de l’encyclique «Humanae vitae» en 1968 et pourtant elle n’était déjà plus en âge d’enfanter. Un cercle de célibataires dont, avec le peu que nous connaissons aujourd’hui, on ne peut garantir les mœurs, avait décidé du sort des femmes et des familles.

    Et maintenant ces nouveaux théologieux modernes contestant ce même cercle de célibataires, jusqu’à railler les parents de familles nombreuses comme si leur amour n’avait été que question mathématique, considérant le nombre d’enfants qu’ils ont eus. Tous aussi hypocrites que les premiers.

    N’est-ce pas avantageux que ce dieu qu’on manipule à son gré comme de la glaise, qui donne le pouvoir de décider du sort des autres de les dominer? C’est certains qu’il est parmi eux.

  4. Je trouve ces questions un peu archaïques. On ne tient pas compte de choses archi connues comme le rapport Kinsey ou des débats tellement vulgarisés sur le thème nature /culture. Pourtant l’Église a dans son sein des humanistes et des savants. Est-ce que dès qu’il est question de doctrine et de magistère de l’Église ils mettent leur culture sous le boisseau?
    Le problème est peut-être que l’Église met la charrue avant les boeufs. Avant de pouvoir parler sereinement et sainement de la famille, l’Église devrait régler son contentieux avec la sexualité. Dans ce domaine l’Église a fait historiquement beaucoup de mal à la culture occidentale par son rigorisme et ce n’est pas étonnant que les gens s’éloignent d’elle pour récupérer leur liberté et leur joie de vivre. Essayons d’imaginer un synode sur la famille où il y aurait des prêtres mariés, des femmes prêtres, des fidèles de tous les statuts, les échanges seraient sûrement beaucoup plus authentiques. J’ai toujours trouvé cela fascinant que des gens qui se réclament si farouchement du célibat s’intéressent tellement à la famille. Freud dirait que c’est le retour du refoulé, en tous les cas cela laisse un peu perplexe. Je crois qu’en attendant de régler les problèmes de la place de la femme dans l’Église, du mariage des prêtres, l’Église devrait laisser la question de la famille aux instances éducatives, sociales et politiques de nos sociétés.
    Lull

  5. Moi, j’estime que c’est déjà un progrès que le pape François et bon nombres d’évêques aient décidé d’y aller avec ce synode sur la famille. J’ai bientôt 70 ans et suis catholique, mais d’une famille distante de l’Église visible le dimanche. Mon grand-père maternel avait été pratiquement excommunié parce qu’il vendait de l’alcool en temps de prohibition; pourtant à mes yeux l’Esprit de Jésus l’animait parce qu’il s’occupait d’animer un centre de loisirs pour jeunes. Mes grands-parents paternels engagés envers leur prochain fréquentaient l’église le dimanche, mais n’étaient nullement des mangeux de balustre. En somme, j’essaie d’être fidèle à l’Évangile à mon tour et je ne me gêne pas pour critiquer les enseignements figés du Magistère. Je souhaite longue vie à François pour qu’il ajuste l’Église à l’Esprit de Jésus et que ses portes s’ouvrent à tout le monde.

  6. Dès le début de son pontificat François encourage à parler et à agir selon sa conscience, il ajoute même en plaisantant qu’il faut le faire même si l’on doit subir les foudres de la Sainte Inquisition parce que c’est ce qui peut faire avancer les choses.
    En conscience, je ne crois pas que l’on peut faire un synode sur la famille sans parler du statut de la femme dans l’Église. Un exemple parmi d’autres. Comment au XXIème siècle va-t-on éduquer une petite fille en lui disant: ton frère pourrait devenir un cardinal mais toi jamais. Que répondre à son pourquoi? On ne peut pas facilement dorer la pilule aux enfants d’aujourd’hui: tu es le coeur de l’Église, la tendresse, tu es importante etc. Il y a beaucoup de chances pour qu’elle dise si je suis tout cela pourquoi tant de limitations? De plus cela irait à l’encontre de tout ce qu’on lui dit à l’école.
    Le cardinal Martini avait dit que l’Église était 200 ans en retard, je comprends qu’il faudrait profiter du synode pour aller de l’avant…mais peut-on le faire en sacrifiant des pans essentiels?

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