Charlie-Hebdo et le plongeon

Le Dieu de Charlie HebdoQuarante-sept ans après le premier appel de Jean-Paul II, cinq ans après un Synode des Évêques qui a porté sur ce sujet, force est de constater que les fruits de la Nouvelle Évangélisation sont encore peu nombreux. C’est même un euphémisme si on en juge par l’état de la situation au Québec. Le 9 juin 1979, Jean-Paul II parlait d’une « nouvelle Église ». Du Synode de 2011, il en est ressorti 58 propositions que le Vatican n’a pas jugé bon d’en faire une publication officielle.

Le texte préparatoire (lineamenta) du Synode des Évêques rappelait que « Face aux scénarios de la nouvelle évangélisation, pour être crédibles les témoins doivent savoir parler les langages de leur temps, annonçant ainsi de l’intérieur les raisons de l’espérance qui les anime. Une telle tâche ne peut pas être imaginée de façon spontanée, elle exige attention, éducation et soin. » Nous vous proposons ici deux textes qui n’ont pas la prétention de donner suite à Nouvelle Évangélisation mais qui ont été diffusés par des missionnaires « de carrière » sur le Web.

Le Dieu de Charlie-Hebdo

Le Dieu caricaturé et dénoncé par Charlie-Hebdo n’est pas Allah et n’est pas le Dieu d’amour que veulent promouvoir les Chrétiens. Non, c’est plutôt le « dieu à barbe, portant sur la tête un triangle bien connu avec un œil au milieu et qui a les sourcils froncés d’un vieux méchant. » C’est celui des Catholiques ! C’est ce que rappelle le Éloy Roy , prêtre de la Société des Missions Étrangères dans un blogue qui a pour titre  Le Dieu de Charlie-Hebdo.

Le missionnaire affirme tout de go : « Quand on veut construire sur un terrain qui a été souillé par des substances toxiques, on doit auparavant prendre soin de le décontaminer. De nos jours l’Église, plus que jamais, veut présenter au monde un visage de Dieu débordant d’amour, mais le terrain est déjà occupé ; il est même contaminé depuis des millénaires par l’image d’un Dieu lointain qui fait peur au monde. »

Ce dieu est un fantasme de nos peurs et de nos névroses. Or, selon Roy, il n’a rien à voir avec le Dieu de Jésus-Christ. Au contraire, c’est ce dieu qu’a dénoncé Jésus-Christ. Ce n’est que depuis 60 ans que l’Église n’est plus le porte-parole de ce « Dieu des armées ». Mais elle peine à le déboulonner, elle qui en a fait la promotion pendant si longtemps. Pourtant Jésus s’est battu contre le clergé de son temps pour faire connaître « le Dieu humain, le Dieu libérateur, le Bon Dieu ». Il faut dire que plus de la moitié des pages de la Bible fait toujours état de ce dieu guerrier.

Éloy Roy conclut: « Charlie Hebdo rend simplement service à l’humanité en stigmatisant dans sa page couverture ce faux dieu coupable de tant d’atrocités commises au nom de la religion. Il rend service à la vérité et à toute religion qui cherche sincèrement à refléter l’image du Dieu de la vie. »

Le baptême est un plongeon

«  La pauvreté est galopante et les réfugiés s’enfuient pas millions sur les routes et sur la mer. Le terrorisme menace la sécurité des nations. Il faut que ça change ! » C’est ainsi que Claude Lacaille, lui aussi P.M.É., mais en résidence à Trois-Rivières, met en contexte un texte de l’Évangile de Luc qui décrit à quoi s’engage un Chrétien par le baptême dans une chronique d’interbible.org.

Lacaille affirme que Vatican II a voulu rapprocher les Chrétiens de la Bible en faisant la lecture d’un passage de l’Ancien Testament, d’un Psaume, d’un extrait d’une épître et d’un passage d’un évangile. Selon lui, « l’intention de donner accès à une plus grande variété de textes bibliques était louable, mais il semble que les liturgistes ont eu les yeux plus grands que la panse. » Tant de textes lus durant une messe qui ne doit pas dépasser 45 minutes, débités sans explications,  c’est beaucoup. Assimilant le procédé paternaliste de découper un texte de 545 mots pour n’en retenir que 118, ne peut avoir pour effet que de « servir au bon peuple peu instruit des choses divines, un bouillon de poulet pour l’âme afin de réchauffer le cœur et remonter le moral. »

Selon le bibliste, le message de Jean le Baptiste et de Jésus est de changer de mentalité, de redresser les chemins, d’aplanir les obstacles, d’ouvrir les frontières et de détruire les murs de séparation, de laisser passer les peuples: la terre est pour tous et toutes. Vous dites : « Nous sommes des fils et filles d’Abraham, des juifs, des chrétiens, des musulmans… »… Ça ne veut absolument rien dire, ça ne change rien du tout. Lacaille conclut: « C’est le message de Jean et ce sera celui de Jésus. Un message subversif. »

Dénonçant ce baptême, qui est « une belle cérémonie pour bébés très émouvante, suivie au début du primaire par une première communion qui sera souvent la dernière », il décrit l’adhésion à Jésus comme un véritable plongeon :

Tant que nous prétendrons être des chrétiens et chrétiennes bien confortables avec leurs petites cérémonies pieuses, sans risquer notre vie et notre réputation pour défendre les plus petits, les plus pauvres, les exclus de nos sociétés, nous ne serons pas plongés dans le feu et le Souffle sacré. Cette religion est vaine. Changer le monde, le rendre habitable pour tous et toutes sans exception, faire de la terre un grand jardin où il fait bon vivre, c’est pour ça qu’on plonge, qu’on reçoit un Souffle divin ; pas pour faire sa première communion et aller à la messe le dimanche.

L’herbe ne pousse jamais sur la route où tout le monde passe

Ce proverbe africain apparaît à la page d’accueil du site de la Société des Missions Étrangères de Laval qui a été fondée en 1921 à la demande d’une femme, Délia Tétreault, elle-même fondatrice des missionnaires de l’Immaculée-Conception. Il ne faut pas confondre ces deux communautés avec la Société des Missions Etrangères de Paris (MEP) qui est elle, vieille de 350 ans et qui est française.

Dans une entrevue accordée à la revue l’Actualité, le cardinal Jaime Ortega qualifiait d’exemplaire l’action des missionnaires québécois arrivés en 1950 à Cuba. Selon le Cardinal, les P.M.É. « sont arrivés avant la révolution de Fidel Castro et sont restés après, en vivant pauvrement, comme tout le monde. Les Québécois savaient mener une mission. Pour beaucoup d’entre nous, ils ont été un exemple. C’est pour cette raison qu’on m’a envoyé faire ma théologie au séminaire des Missions-Étrangères, à Montréal. »

Laisser un commentaire

Votre adresse de courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Filtre anti-robot * Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.