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La fin du réseau des forums André-Naud

Bref bilan de 12 ans

Le point de départ du mouvement fut la publication dans le journal La Presse, le 26 février 2006, d’une lettre ouverte aux évêques du Québec, signée par 19 agents presbytéraux de cinq diocèses. Ils s’opposaient à deux documents : le Mémoire de la Conférence des évêques catholiques du Canada du 18 mai 2005 déposé au Comité législatif du Gouvernement canadien, chargé du projet de loi C-38, la Loi sur le mariage civil, et l’Introduction du 4 novembre 2005 de la Congrégation vaticane pour l’éducation catholique. Aucune porte n’était ouverte aux couples homosexuels dans le premier document ni aux homosexuels aspirant au ministère presbytéral dans le second.

La fondation du Forum

Dès le 14 mars, l’option fut prise par 13 des 19 signataires de poursuivre l’élan, malgré les menaces du Vatican, transmises par leurs évêques respectifs. Des agentes et des agents de pastorale sont invités à se joindre à leurs collègues ordonnés au ministère presbytéral. Le 15 novembre, 40 de ces personnes, provenant de neuf diocèses, se rassemblent et fondent le Forum André-Naud. André Naud était un sulpicien qui avait accompagné le cardinal Paul-Émile Léger, comme personne ressource, lors des quatre sessions du concile Vatican II de 1962 à 1965. Se référant à ce concile, à la Parole de Dieu et aux écrits du théologien André Naud, professeur à l’Université de Montréal, les adeptes du Forum s’engagent à « promouvoir la liberté de pensée et d’expression en Église ». Pour cela, ils ont comme objectifs de « s’habiliter à développer une pensée éclairée et une parole libre, de proposer le message chrétien comme étant une parole ouverte et libre, pertinente et crédible pour notre culture, ainsi que de susciter l’espérance au sein des populations locales. »

Forums diocésains et thèmes de réflexion

Dès l’assemblée générale de 2007, un réseau de Forums diocésains est formellement reconnu. Ce sont ceux-ci : Nicolet, Joliette, Saint-Jérôme, Gatineau-Hull, Montréal, Saint-Jean-Longueuil. Chacune des assemblées générales annuelles traitera, grâce à l’apport d’au moins une personne ressource invitée, extérieure au Réseau, d’un thème particulier :

  • à table (à propos de l’eucharistie);
  • un plaidoyer pour la liberté baptismale;
  • un Dieu dissident de Dieu;
  • se laisser interroger et interroger à son tour;
  • la pertinence de la théologie de la libération;
  • la conscience comme règle de la moralité;
  • faut-il baisser les bras ou voir plus loin.

Le mois de juin 2011 fut assombri par le décès de Claude Lefebvre. Il avait été ordonné au ministère presbytéral comme membre de l’institut des Fils de la charité. Il était l’initiateur de la lettre de 2006 et un accompagnateur dynamique de l’équipe nationale. Les futures nominations de nombreux évêques québécois le préoccupaient, compte tenu des orientations vaticanes du pape Benoît XVI et du préfet de la Congrégation des évêques, le cardinal Marc Ouellet. Plusieurs forums locaux sont d’ailleurs intervenus sur ce sujet.

Autonomie, égalité, décentralisation et liberté

La rencontre générale automnale de 2011 a eu comme thème : Un monde et une Église à l’envers, voilà notre espérance. Les 64 personnes présentes ont désiré la réalisation d’un projet d’action commun qui n’excluait pas les initiatives locales déjà en cours à chaque année. Ainsi fut adopté, à l’assemblée de 2012, le texte du « Manifeste pour une Église dans le monde de ce temps ». Quatre souhaits y étaient exprimés :

  • l’autonomie de l’être humain et l’importance de sa conscience;
  • l’égalité des femmes et des hommes;
  • la décentralisation de l’institution ecclésiale catholique romaine;
  • une plus grande liberté des évêques vis-à-vis du Vatican en même temps qu’une plus grande implication de toutes les personnes baptisées au sein de l’institution.

Il s’ensuivait six engagements concrets de la part des membres du Réseau :

  • favoriser des communautés chrétiennes à taille humaine;
  • accueillir « eucharistiquement » des personnes sexuellement exclues »;
  • revenir à l’absolution collective du pardon;
  • laisser des laïques faire des homélies;
  • relancer des presbytères qui ont délaissé leur ministère;
  • ordonner des femmes et des hommes mariées au diaconat et au presbytérat.

Le manifeste fut signée par 1 600 personnes, grâce aux Forums locaux. Une conférence de presse le rendit public en octobre 2013. Un long article de Jean-Claude Leclerc, intitulé « La contestation s’invite dans l’Église du Québec » le répercuta dans Le Devoir.

Une courtepointe pour la famille

Un autre projet collectif survint en vue d’un synode annoncé par le pape François pour 2014-2015. L’ébauche vaticane, intitulée « Les défis pastoraux de la famille dans le contexte de l’évangélisation », fit l’objet d’une vaste consultation par les Forums locaux. Leurs commentaires et leurs réponses à un questionnaire ont été envoyés à leurs évêques respectifs et à la Conférence des évêques catholiques du Canada. À l’automne 2014, l’équipe nationale a recueilli les commentaires et les réflexions des forums locaux à la suite du rapport synodal préliminaire. Le tout fut transmis au secrétariat du synode au Vatican. Une synthèse parvint aux évêques de Québec et au secrétariat de la CECC. Le tout s’est concrétisé par la rédaction d’une « courtepointe ». Son lancement officiel eut lieu à la Librairie Paulines, à Montréal, le 13 octobre 2015. Conçue pour réchauffer l’espérance et marquée par l’intérêt aux familles, la courtepointe promouvait le dialogue, l’amour vrai,l’égalité entre hommes et femmes, une conscience évolutive, la tendresse, la réconciliation, le tout en mode d’apprentissage constant.

L’année 2015-2016 est apparu comme un temps de répit. Un certain essoufflement local et national laissait entrevoir un avenir incertain pour quelques forums locaux. Il en fut question de façon réaliste lors de l’assemblée générale du 12 octobre 2016. Les membres actifs des forums locaux, incluant depuis longtemps des personnes autres que des agentes et des agents de pastorale, sont en grande partie septuagénaires. Le recrutement est inexistant. Les activités locales, au début prédominantes et diversifiées, se raréfient. Les forums de Joliette, de Saint Jérôme, de Gatineau-Hull se disloquent en quelque sorte. Ceux de Montréal et de Saint-Jean-Longueuil reconnaissent ne plus pouvoir vraiment intervenir localement. Celui de Trois-Rivières-Nicolet « a connu un creux », mais veut « redémarrer ».

Un dernier élan : les femmes et l’avenir de l’Église

L’Assemblée générale de 2017 s’est avérée celle d’un dernier élan. Des problèmes de santé avaient obligé le coordonnateur du Réseau, André Gadbois, à démissionner. François Lemieux lui avait succédé de façon intérimaire. Aucune autre action commune n’avait surgi, car aucun forum n’en avait suggéré. Seules vingt personnes sont présentes à cette rencontre où le sujet principal concerne l’avenir du Réseau. Le nombre des membres a diminué à 53, le tiers de ce qu’il avait déjà été. De nombreuses femmes n’en font plus partie. Compte tenu d’un certain réaménagement de son fonctionnement, incluant la cessation du Bulletin, après sa 37e publication, il y est tout de même décidé de poursuivre. Le site web requiert cependant des auteurs et des communicateurs plus nombreux.

L’équipe nationale, réduite à cinq membres, dont deux annoncent leur départ après avoir tenu sept réunions en 2017-2018, a convoqué une assemblée générale le 19 octobre 2018. La table ronde de trois personnes invitées sur Le rôle de la femme dans l’avenir du christianisme au Québec a attiré près de 50 personnes durant l’après-midi. Il leur fut cependant dit au départ que la vingtaine de membres du Réseau avaient opté à la fin de l’avant-midi en faveur de la dissolution du Réseau, proposée par l’équipe nationale. De fait, le Forum de Montréal annoncera la cessation de ses activités le 6 novembre et celui de Sain-Jean-Longueuil aura sa dernière rencontre le 19 mars 2019. Les deux forums ne se considéraient plus aptes à poursuivre leurs échanges d’expériences et de réflexion, sans trahir la mission originelle des forums et de son Réseau.

Un archivage pris en charge

Heureusement, le centre Justice et Foi devrait prendre en charge l’archivage du site Internet et des documents numériques disponibles. Le modeste montant d’argent accumulé, surtout grâce à la succession d’Hélène Bournival, longtemps secrétaire trésorière du Réseau, sera réparti entre les trois derniers forums locaux. Celui de Montréal le versera au Centre Justice et Foi. Celui de Saint-Jean-Longueuil n’a pas encore pris sa décision. Dernier étendard du mouvement, celui de Trois-Rivières-Nicolet s’en servira pour des activités futures, car il continue de survivre de façon active. Leur groupe d’une quinzaine de membres a réussi, lors du 5e anniversaire du pontificat du pape François, à recueillir 3 500 signatures, constituant autant de « bouquets de prières ». Il a rassemblé 70 personnes bravant une « tempête des sucres » pour une rencontre avec une personne ressource sur le gouvernement actuelle de l’Église. Ils ont « la volonté ferme de continuer à tenir ces temps uniques du support et d’éclairage » sur ce qui se passe dans l’Église et dans notre société.

À ce propos, ce bilan n’inclut malheureusement pas toutes les initiatives prises par chacun des forums depuis douze ans. Des lettres ont été adressées aux évêques respectifs et au nonce apostolique à Ottawa, pour ce qui concerne le profil d’un évêque à venir. Des conférences publiques et des échanges sur divers sujets :

  • une prise de parole pour une conscience éclairée;
  • à propos des personnes divorcées remariées;
  • quelle Église sommes-nous ? Quelle Église souhaitons-nous ?

Au sein même de chaque forum, dont les membres se réunissaient huit ou neuf fois par année, que dire des ressourcements qu’ils se donnaient à partir de textes d’André Naud, d’autres auteurs, du concile Vatican II ou de la Bible. Il faut ajouter leur partage d’expériences vécues depuis leur rencontre précédente ? Dans l’Outaouais, des cafés-rencontres étaient fréquents. Bien plus, chaque personne témoignait dans son milieu de son appartenance à un forum André-Naud et au Réseau. Ce genre d’influence ne se calcule pas, mais il n’en est pas moins important dans l’Église et dans notre société.

Lucien Lemieux, le secrétaire du groupe initial des 19.

Histoire du RFAN

N.D.L.R. Voici un extrait du numéro 37, Février 2017, du Bulletin du Réseau des Forums André-Naud. C’est un texte extrait de la section Vie du réseau.

Introduction

Cross_Rowen_Atkinson_Flickr_galery.jpg - http://www.laicsdominicains.be/comprendre-etudier/foi-chretienne/
Lors du 5e anniversaire, j’avais traité en assemblée générale les origines de notre réseau, sa mise en route et son fonctionnement. Ce texte fut publié dans notre Bulletin numéro 15, pages 61-63, en décembre 2010. Après un bref rappel du contenu de cette intervention, les cinq dernières années ressortiront selon deux facettes principales.

  1. Les premières années

    À l’initiative de Claude Lefebvre, quatre réunions ont eu lieu de juin à décembre 2005, auxquelles ont participé respectivement 9, 8, 7 et 10 personnes, qui exerçaient le ministère presbytéral. À la dernière, deux hommes homosexuels ont témoigné de leur vécu et le théologien Gregory Baum a ajouté sa réflexion.Il en résulta un projet de lettre ouverte aux évêques du Québec qui circula en janvier pour consultations en vue de sa publication dans La Presse. Envoyée le 7 février, elle parut le dimanche 26 sous le titre « Trop, c’est trop ! » Dix-neuf agents presbytéraux de cinq diocèses avaient apposé leurs signatures. Ils réagissaient à deux documents : le « Mémoire de la Conférence des évêques catholiques du Canada » du 18 mai 2005 déposé au Comité législatif du Gouvernement canadien, chargé du projet de la Loi sur le mariage civil et un document intitulé « Introduction » du 4 novembre 2005 de la Congrégation vaticane pour l’éducation catholique.

    Dans le premier cas, aucune porte n’était ouverte aux couples homosexuels et dans la seconde aucune aux homosexuels aspirant au presbytérat. Les dix jours suivants, ce fut un feu roulant médiatique au Québec et ailleurs dans le monde. Pressés par un représentant du Vatican, les cinq évêques concernés, après un conciliabule avec tous leurs collègues du Québec lors d’une réunion habituelle de leur Assemblée, rencontrèrent un par un les dix-neuf dissidents qu’un représentant du Vatican aurait voulu voir interdits, sinon suspendus de leur ministère. Le cardinal Jean-Claude Turcotte temporisa par la suite les émois du Vatican.

    Après une réunion tenue le 14 mars en présence de 13 signataires, l’option fut prise de poursuivre l’élan de ce qui était dénommé le Forum André-Naud, stimulé par des impacts locaux. Par exemple à Boucherville s’étaient rassemblées 150 personnes sur le thème suivant : « Des paroles différentes en Église, est-ce possible ? » Dès le 25 avril, le Forum s’ouvre officiellement aux agentes et aux agents de pastorale mandatés. Un congrès de fondation est décidé, puis confirmé lors de la réunion de juillet. Le 15 novembre à Notre-Dame-du-Cap se rassemblent 40 agentes et agents de pastorale, ordonnés ou mandatés, provenant de neuf diocèses. Y est distribué le numéro 2 de notre Bulletin, le premier ayant paru en juin précédent. L’avant-midi consista en un rappel du concile Vatican II et de son héritage, hélas progressivement hypothéqué depuis 1985. Je terminais ainsi mon intervention sur le sujet : « Qui sait ? Un autre pape, tel Jean XXIII, ne surprendra-t-il pas l’Église et le monde ? »

    Un dépliant publicitaire s’en suivit. La visée demeurait la même : « Promouvoir la liberté de pensée et d’expression en Église ». Les objectifs du Réseau étaient ainsi précisés : « s’habiliter à développer une pensée éclairée et une parole libre, proposer le message chrétien comme étant une parole ouverte et libre, pertinente et crédible pour notre culture, susciter l’espérance au sein des populations locales ».

    Se ressourçant à la Parole de Dieu, aux orientations fondamentales du concile Vatican II et aux écrits d’André Naud, les forums sont censés nourrir l’opinion publique en lien avec la mission de l’Église, encourager les gens à vivre en toute liberté de conscience éclairée, intervenir lors d’événements qui nous interpellent.
    Grâce à une équipe nationale, particulièrement animée par André Gadbois, les thèmes traités lors des assemblées générales de 2007 à 2010 furent ceux-ci :

    • À table (à propos de l’eucharistie),
    • Un plaidoyer pour la liberté baptismale,
    • Un Dieu dissident de dieu,
    • Se laisser interroger et interroger à son tour.

    Notons le lancement à la Librairie Paulines en mai 2009 d’un livre publié chez Novalis et intitulé Dissidence, résistance et communion en Église ; deux des cinq auteurs étaient membres de notre équipe nationale.

  2. Le second quinquennat
    Introduction

    Le mois de juin 2011 fut assombri par le décès de Claude Lefebvre le 9. Il avait été présent comme d’habitude à la réunion précédente de l’équipe nationale le 18 mai, fort heureux de l’entrevue de notre coordonnateur André Gadbois publiée dans Présence Magazine de mars/avril. Les futures nominations de nombreux évêques québécois le préoccupaient, ce qui entraînerait des interventions publiques de plusieurs forums et une entrevue radio-phonique avec deux de nos membres.

    2.1 Le manifeste pour une Église dans le monde de ce temps.

    La rencontre automnale de 2011 a eu comme thème : Un monde et une Église à l’envers, voilà notre espérance avec mesdames Lise Baroni Dansereau et Yvonne Bergeron, deux autres auteures du livre sur la dissidence. Il en est ressorti la proposition suivante : qu’au moins une action soit promue, soutenue et réalisée par le Réseau des forums diocésains, afin que soit donnée plus de visibilité à l’action de l’Église dans l’esprit de celui qui nous inspire, monsieur André Naud. Adopté à l’unanimité par les 64 personnes participantes, ce projet d’action commune, qui n’excluait pas les initiatives locales, s’est concrétisé par la préparation d’un Manifeste pour une Église dans le monde de ce temps.En assemblée générale d’octobre 2012, précédé d’un ressourcement en lien avec notre Manifeste par monsieur Yves Carrier, théologien marqué par la pertinence de la théologie de la libération, le texte du Manifeste, déjà modifié grâce à de nombreuses suggestions, fut adopté à la suite d’autres précisions. Quatre souhaits de réforme ecclésiale adressés aux évêques y étaient suivis de sept engagements de la part des membres du Réseau ou-verts à tout dialogue.

    Durant l’année suivante, des feuilles d’appui au Manifeste circulent dans tous nos diocèses respectifs et ailleurs. De fait, le 18 octobre 2013, un communiqué de presse fait ressortir 1600 signatures d’appui, dont celles d’une trentaine de personnalités, incluant Mgr Paul-Émile Charbonneau, évêque émérite de Gatineau-Hull, ayant participé épiscopalement au concile Vatican II. La rencontre du 23 octobre 2013 a d’ailleurs inclus une conférence de presse, dont le contenu fut peu après relaté par le réputé journaliste Jean-Claude Leclerc dans Le Devoir sous le titre suivant : La contestation s’invite dans l’Église du Québec. L’es¬poir était mentionné qu’une telle intervention ne resterait pas lettre morte, grâce à l’évêque de Rome désormais en fonction, le pape François.

    Par ailleurs, monsieur Guy Durand a ressourcé l’auditoire sur la conscience comme règle de la moralité. Il développa quatre corollaires : deux types de morale chrétienne, interpré-tation des dogmes, distinction entre droit et morale, puis dissidence, distincte de l’objec-tion de conscience et de la désobéissance civile. En assemblée générale, une autre action commune a été lancée en lien avec le synode romain extraordinaire annoncé en vue de 2014 et 2015.

    2.2 Courtepointe sur la famille

    Le document de préparation au synode sur Les défis pastoraux de la famille dans le con-texte de l’évangélisation publié en 2013 au Vatican se terminait par un questionnaire adressé aux Églises particulières, afin de susciter leur participation active à l’événement. Les forums locaux n’ont pas tardé à répondre au questionnaire de façon exhaustive. Leurs documents furent envoyés à la Conférence des évêques catholiques du Canada et à leurs évêques respectifs. Parmi ces derniers, certains ont fait une consultation auprès de petits groupes locaux selon des questionnaires plutôt dilués. Rien n’en fut publié.La rencontre annuelle du Réseau en octobre 2014 coïncide avec la fin de la première étape du synode. L’intervention de monsieur André Beauchamp, suivie par du travail en atelier et une plénière, avait pour thème : Faut-il baisser les bras ou voir plus loin. L’appel à choisir ses combats a résulté en un projet, celui de produire une courtepointe sur la fa-mille, pour « tenir en éveil l’espérance » selon le désir du pape François. Une seconde étape du synode, planifiée pour l’automne 2015, laissait entrevoir que des prises de posi-tion ébranleraient le statu quo. À partir du rapport synodal préliminaire de 2014, les fo-rums et des individus ont transmis à l’équipe nationale du Réseau leurs commentaires et réflexions. Tout fut transmis au secrétariat du synode au Vatican. Une synthèse fut aussi communiquée au secrétariat de la CECC et aux évêques du Québec. Il s’agissait de la courtepointe, dont un lancement officiel eut lieu à la Librairie Paulines à Montréal le 13 octobre. L’édition spéciale de notre bulletin du Réseau des Forums André-Naud, le numé-ro 33, expose la courtepointe.

    Aucune surprise d’un retour sur la famille le 14 novembre 2015, lors de la rencontre annuelle, la famille cette fois envisagée « dans son environnement ». Monsieur André Beauchamp fut de nouveau la personne ressource à partir de ce qui était ressorti des sept équipes, ayant réfléchi en ateliers. L’accent avait été mis sur ceci : l’accueil et la bienveillance, la beauté, la tendresse, l’espérance, le bonheur. Il fut aussi dit de sortir, de valoriser l’enfant, de rendre le salut laïc, de prendre les moyens d’appuyer le pape François. Pour sa part, André Beauchamp a relevé l’importance de la beauté et de l’expérience dans l’encyclique du pape sur l’environnement, la priorité étant donnée à la réalité et aux êtres humains.

Conclusion

En perspective d’avenir, ces éléments ont été retenus en plénière. Y furent ajoutées la prière et l’ouverture à des groupes alliés, le tout avec un grand respect du temps, en somme du sens de l’histoire. Il va sans dire que notre Bulletin du Réseau des Forums André-Naud n’a cessé de paraître durant toutes ces années grâce à une équipe éditoriale toujours à l’affût de textes correspondant à nos objectifs. Quant au site Internet, la grande œuvre de Michel Bourgault, il reprend son souffle avec François Lemieux, alors qu’André Gadbois ne cesse d’animer le Réseau, appuyé par Denis Normandeau pour ce qui a trait à la comptabilité et entouré de l’équipe nationale, à la fois stable et créative.

L’année 2015-2016 apparaît comme un temps de répit. Le plus petit nombre de personnes présentes à la rencontre de novembre dernier, phénomène sans doute dû à plusieurs facteurs, a été interprété comme un signe d’essoufflement, d’ailleurs ressenti dans l’ensemble des forums depuis quelque temps déjà. L’équipe nationale s’en est rendu compte. L’avenir de certains forums ainsi que du Réseau fait d’ailleurs l’objet d’une réflexion qui se veut réaliste et sereine. La démarche qui va suivre selon l’ordre du jour préparé par l’équipe nationale le confirmera probablement. Je compte sur vous pour améliorer l’itinéraire historique que je viens de tracer durant les minutes prévues à cet effet.

Le Forum n° 37, février 2017

Liminaire

«  Le fondement œcuménique de toutes les Églises chrétiennes est la profession de foi biblique : Jésus en tant que Christ est la norme suprême (der Massgebende) pour les rapports de l’homme avec Dieu et avec ses semblables. Cette profession de foi demande à être retraduite en fonction de chaque époque.  » C’est en 1979 que Hans Küng écrivait cette phrase dans son livre Vingt propositions de Être chrétien (p. 63). Une phrase motivante et décapante qui, selon moi, invite chrétiennes et chrétiens à s’interroger  : est-ce que ma communauté et moi sommes au service de l’Homme ? Mes options favorisent-elles la solidarité avec les êtres humains ?

François, l’évêque de Rome, a commencé à répondre à ces questions de diverses façons, autant par ses tendres gestes d’ouverture que par ses paroles audacieuses et ses choix. Évidemment qu’aussitôt des index égratignés et scandalisés se sont pointés vers lui pour le dénoncer et, d’une certaine façon, le crucifier. Il n’est pas le premier que les tenants du Droit, de la Morale et de la Loi défigurent de la sorte.

Première section : L’actualité nous démontre trop souvent des situations cruelles qui écrasent entre autres les plus fragiles, les enfants ; le premier texte de la section 1 trace un rapprochement entre l’Enfant de la crèche et ceux de Alep aujourd’hui. Elle nous permet de nous apercevoir aussi que la modernité des institutions n’est pas synonyme de bonheur, de continuité et d’assurance car devant l’ignorance humaine nous sommes égaux, écrit Maurice Boutin, l’auteur de Institution et spontanéité. Yves Carrier affirme avec son expérience au CAPMO que présentement «  se projeter dans l’avenir peut être assez laborieux… Maintenant il faut appréhender le monde dans sa globalité… il faut savoir s’arrêter un moment pour le contempler dans toute sa complexité… Penser en termes de complémentarité…  » L’histoire du tablier de grand-maman (auteur inconnu) vient nous rappeler l’importance de cette complémentarité et de se faire inoculer par l’Amour.

Seconde section : Dans la seconde section de notre Bulletin 37, Romain Mazenod nous apporte des questions et des réponses à la réalité Fraternité  : est-elle une option, demande-t-elle du temps, quel sens lui donner ? Et Maurice Bellet affirme que ce dont elle témoigne doit apparaître en nous comme l’avenir de l’Homme et non notre passé. Jean-Pierre Langlois (Pedro du FAN de Montréal interpellé par Tamanrasset et Charles de Foucault) évoque le Tamanrasset d’aujourd’hui et la Présence amoureuse toujours vivante  : la même présence renouvelée. Fidélité et renouvellement : deux attraits différents ! Des termes quotidiens depuis quelque temps. Gauche-droite ! ou Droite-gauche ? Maurice Boutin (FAN de Montréal) parle d’une nécessité double. Allons y voir! Cette seconde section se termine par un texte de Hans Küng résumant dans un petit bouquin (Vingt propositions de Être chrétien) son « gros » volume intitulé Être chrétien. Quelle densité et quelle clarté !

Troisième section - spiritualité  : Dans cette section : un texte de Jacques Grand’Maison décédé récemment (un homme grand, un penseur extraordinaire, un pasteur à l’écoute) ; un autre de Charlie Chaplin (Le jour où je me suis aimé); et un dernier de Maurice Zundel (Expérience de la mort).

Quatrième section - vie du réseau : En novembre dernier, les membres du Réseau des Forums André-Naud ont célébré le 10e anniversaire de leur regroupement fondé par Claude Lefebvre et quelques prêtres de diocèses différents. L’assemblée générale a permis à Lucien Lemieux, un des signataires du texte de fondation du FAN en 2006, de faire un historique des dix ans de notre mouvement. Le projet d’un travail en commun des forums et membres du RFAN a été voté. Et le projet de procès-verbal de cette assemblée générale est inséré dans cette section du Bulletin 37. Guy Durand, membre du FAN de St-Jean/Longueuil, théologien, juriste, prof émérite de l’Université de Montréal et membre honoraire de la Fac de médecine, vient de publier un livre intitulé Israël et Palestine. Cette dernière section se termine par une question : qu’avons-nous fait comme membres de notre Manifeste adopté en octobre 2012 ?

Des commentaires plutôt positifs sur notre Bulletin : ·

  • Merci et bravo à l’équipe qui fait un magnifique travail. (R. Hébert, Montréal) ·
  • Ce sera un plaisir « renouvelé » de reprendre contact avec le Bulletin du RFAN. M. Vézina (abonnée de Montréal) ·
  • J’apprécie et lis avec beaucoup d’intérêt les Bulletin, je le fais connaître à l’occasion. (J. Talbot, abonnée de Montréal) ·
  • Bien sûr que je vais me réabonner. (M-N Lefevre, abonnée de Montréal)

Au sommaire

SECTION 1 : ACTUALITÉS

  • L’enfant de Alep par François Côté, p. 6
  • Institution et spontanéité par Maurice Boutin, p. 7
  • Avenir par Yves Carrier, p. 9
  • Histoire du tablier de grand-maman auteur inconnu, p. 10

SECTION 2 : DOSSIERS

  • La fraternité, un idéal par Romain Mazenod, p. 12
  • Le déplacement de la religion par Maurice Bellet, p. 17
  • Le mystère d’une présence amoureuse par Jean-Pierre Langlois, p. 21
  • Tamanrasset aujourd’hui par Jean-Pierre Langlois, p. 24
  • Vingt propositions de être chrétien par Hans Küng, p. 26
  • Nécessité double par Maurice Boutin, p. 28

SECTION 3 : SPIRITUALITÉ

  • Des béatitudes modernes par Jacques Grand’ Maison, p. 30
  • Le jour où je me suis aimé pour de vrai par Charlie Chaplin, p. 31
  • Expérience de la mort par Père Maurice Zundel, p. 32

SECTION 4 : VIE DU RÉSEAU

  • Historique du RFAN par Lucien Lemieux, p. 35
  • Projet de procès-verbal de l’A.G. 2016 par André Gadbois, p. 39
  • Manifeste du RFAN par Membres du FAN, p. 42
  • Livre de Guy Durand par André Gadbois, p. 44
  • Inscription et contributions financières, p. 45 et 47

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Repenser nos liturgies et l’utilisation des églises

N.D.L.R. Voici un extrait du numéro 36, Octobre 2016, du Bulletin du Réseau des Forums André-Naud. C’est un texte extrait de la section Vie du réseau.

nanterre.jpg - http://nanterre.paroisse.net/paroisses/sainte-genevieve/celebrer-la-messeDans une lettre récente au cardinal Ouellet, le pape François signale, entre autres choses, le besoin de « trouver de nouvelles formes d’organisations et de célébrations de la foi ». Cela comprend des initiatives et des modèles variés, petits et grands. Je voudrais ici évoquer quelques modifications qu’on pourrait faire dans notre liturgie et dans l’utilisation de nos églises.

Je suis très souvent surpris de ce que je lis ou entends lors de nos célébrations liturgiques. Je me demande si les gens prêtent vraiment attention aux textes utilisés dans nos assemblées liturgiques : textes des Écritures, canon de la messe, hymnes, chants. Je pense, par ailleurs, que certains participants occasionnels en sont fortement surpris. Personnellement, je suis moi-même souvent scandalisé. Il me semble que l’on pourrait facilement changer certaines choses : une phrase d’un chant ou d’un hymne, voire un mot d’une prière officielle.

Je crois, en effet. que nos communautés chrétiennes pourraient prendre diverses libertés. Surtout dans la perspective des changements que le pape François a indiquée. Liberté par rapport aux textes proposés pour retrouver une théologie plus saine, une plus juste anthropologie, une meilleure compréhension des Écritures et un enrichissement plus grand pour chacun et chacune. Voici donc certaines suggestions.

  1. Chants
    Je commence par les chants, qui vivifient tellement nos célébrations et dont je trouve les paroles la plupart du temps très belles, poétiques, inspirantes.

    • Minuit ! Chrétien
      Dans ce chant, il y a deux lignes absolument inacceptables. Comment parler du courroux de Dieu contre l’humanité. Proposition :

      Minuit! Chrétiens, c’est l’heure solennelle
      Où l’homme Dieu descendit jusqu’à nous
      Pour annoncer une bonne nouvelle
      Et de son Père révéler tout l’amour.
      Le monde entier…
      Refrain: Peuple debout… ou Peuple de Dieu, reçois ta délivrance

      On trouve d’autres formulations, par exemple sur Internet, celle attribuée à Renaat Van Hove (1990) qui propose une réécriture complète du cantique. Elle dérouterait cependant davantage à cause de la multitude de changements.

    • Venez divin Messie
      On peut facilement trouver dans les cahiers liturgiques ou sur Google des mots différents. Il faut en changer quelques-uns. Et éviter encore de parler du « courroux » de Dieu dans le deuxième couplet.

      Venez divin Messie
      Nous rendre espoir et nous sauver.
      Vous êtes source de Vie
      Venez, venez, venez !
      Ah ! Descendez, hâtez vos pas ;
      Sauvez les hommes du trépas,
      Secourez-nous, ne tardez pas.
      Redites-nous encore ……………. au lieu de « Dans une peine extrême De quel amour vous nous aimez… »
      au lieu de « Gémissent nos cœurs affligés »
      Venez Bonté Suprême, Venez, venez, venez !

    • Gloria
      Il y a un autre chant où l’on fait parfois des changements, qui pourraient être généralisés, afin qu’il soit plus inclusif. Gloire à Dieu au plus haut des cieux, Paix sur la terre aux peuples qu’il aime ….ou… aux amis de Dieu plutôt que « aux hommes ».
  2. Prières
    Il y aurait aussi quelques phrases à changer dans nos prières même les plus officielles. À commencer par le Notre Père.

    • Notre Père
      Malgré la respectabilité du texte, il y aurait quelques mots à changer dans la seconde partie de la prière.

      Et ne nous laisse pas succomber à la tentation…
      au lieu de
      «Et ne nous induisez pas en tentation» ou «Et ne nous soumets pas à la tentation»
      ou « Et ne nous laisse pas entrer en tentation »

      Le changement à l’avant-dernière phrase s’impose. On ne peut absolument pas dire: « Ne nous induisez point en tentation », selon la formulation de l’ancien Petit Catéchisme du Québec, ou depuis 1965-66 « et ne nous soumets pas à la tentation » selon la traduction dite œcuménique, même si cette formulation semble coller au texte évangélique (Mt 6, 9-13; Lc 11, 2-4), comme si c’était Dieu qui nous envoyait les tentations. C’est ce que le livre de Job dans l’Ancien testament suggère, mais il s’agit justement d’un conte ou d’une fable coulée dans la perspective de l’AT. On ne peut retenir cette formulation. Les tentations ne viennent pas de Dieu. «Dieu lui-même ne tente personne», affirme l’Épître de Jacques (Jc 1, 13). Les tentations viennent du monde qui nous entoure, de notre subconscient ou de nos propres pensées conscientes. On demande à Dieu la force de passer à travers. La formulation récente, discutée depuis 2013, qui devrait entrer bientôt dans le lectionnaire officiel « et ne nous laisse pas entrer en tentation » n’est guère mieux, malgré les explications torturées qu’on en donne. Et elle n’est pas facilement compréhensible. La formule que je retiens « Et ne nous laisse pas succomber à la tentation », belle, juste, compréhensible du premier coup, généralement employée jusque dans les années 1970, jouit d’ailleurs de l’autorité du Catéchisme de saint Concile de Trente (texte et traduction édités chez Desclée et cie, Paris-Tournai-Rome, en 1905) . On pourrait aussi faire un changement plus radical. Au moins en pensée, si on ne le fait pas de vive voix.

      Pardonne-nous nos offenses, comme tu nous demandes de pardonner septante fois 7 fois.
      au lieu de « comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ».

      Ce dernier changement est moins évident puisque la formulation actuelle vient explicitement de l’Évangile. Mais, il est lui-même inspiré d’un autre texte évangélique (Mt 18, 22) et serait cependant beaucoup plus vrai théologiquement et plus réconfortant. Le pardon de Dieu n’est pas défini à aulne humaine: il est infini, inconditionnel.

    • Prières à Marie
      Concernant les prières mariales, on pourrait changer parfois l’expression « Vierge Mère » ou « Mère de Dieu », par Sainte Marie (comme dans l’Ave Maria) ou « Mère Marie » ou « Marie, mère de Jésus ». Cela nous ferait moins buter sur l’expression « vierge mère » et soulèverait des résonances nouvelles et riches en nous.
    • Autres
      Dans une para-liturgie, on nous a fait lire une prière commençant ainsi: « Dieu, père de miséricorde et mère de tendresse… » Quelle surprise, mais aussi quelle source de réflexion !
  3. Le texte de la messe
    Ici, j’ai des suggestions de divers ordres (grammatical, humanitaire, procédurale ou théologique). Les premières sont faciles à admettre et appliquer; les dernières plus importantes.

    • Des commentaires
      Il serait important, à mon avis, que le président d’assemblée ou un animateur fasse des commentaires de bienvenue et de transition entre les prières et les chants pour ménager les transitions. Si non, on passe d’une émotion à l’autre par sauts surprenants. Le Prions en Église pourrait lui-même comporter de tels textes, pour aider le prêtre pressé ou sans créativité. Voici quelques suggestions:

      • Faire un court commentaire de mise en situation avant l’acte pénitentiel. Si non, la célébration commence de manière bien négative et abrupte.
      • Faire un court commentaire de transition après l’acte pénitentiel du début et avant le Gloria pour signaler le changement de perspective ou de sentiment. Surtout lors des funérailles. Sinon, il y a un choc qui dérange.
      • Faire un court commentaire explicatif avant certaines lectures de la Bible (parfois signaler seulement le sens d’un mot) pour aider à comprendre, quitte à prolonger l’explication dans l’homélie. Un exemple récent: à la Pentecôte, on lit un texte de saint Paul qui dit: « Sous l’emprise de la chair, on ne peut plaire à Dieu »(Romains 8, 8). Or le mot « chair » pour Paul désigne, non pas le corps sexué ou sexuel auquel réfère la majorité des gens, mais l’ensemble de la personne humaine (corps et âme) coupée de Dieu et donc sujette aux passions de luxure, d’orgueil, de richesses, de pouvoir, etc. Le texte de Paul prend alors une tout autre dimension.
    • Des changements
      Mais, il y a plus, de nombreux changements seraient bienvenus et bénéfiques.

      • On peut facilement changer les mots masculins inclusifs pour dire explicitement « frères et sœurs », et « hommes et femmes ».
      • On devrait supprimer certaines strophes des psaumes qui parlent d’un Dieu guerrier ou d’un Dieu vengeur. D’un Dieu qui demande de tuer tous les ennemis.
      • On pourrait couper des hymnes trop longs (au langage souvent peu approprié), surtout quand ils sont chantés, même si la mélodie est belle. Y compris à la veillée pas-cale: vu la solennité de la fête, on s’attend à une célébration plus longue, mais il y a des limites pour les gens d’aujourd’hui et que la famille attend souvent à la maison.
      • On pourrait changer très souvent les mots « péché », « pécheur » à cause de leur charge émotive (mot mal compris théologiquement d’ailleurs) par d’autres comme « faute », « erreur » ou par « faiblesse », « fragilité »
      • Je trouve exceptionnellement vrai et beau d’entendre le prêtre chanter les paroles de la consécration et de nous y associer, manifestant ainsi explicitement que c’est toute l’assemblée des fidèles qui célèbre sous la présidence du prêtre.

        Quant le Seigneur se mit à table avec ses amis (bis)
        Il leur partagea le pain en leur disant
        Prenez et mangez, ceci est mon corps livré pour vous (bis)
        Quand le Seigneur se mit à table avec ses amis (bis)
        Il leur distribua le vin en leur disant
        Prenez et buvez, ceci est mon sang livré pour vous (bis)
        Nous célébrons ce grand mystère, ta mort sur la croix (bis)
        Nous chantons la joie de ta résurrection
        Et nous attendons le jour de ton retour glorieux (bis)

      • Au milieu de la prière eucharistique, après la consécration, quand on prie pour le pape, l’évêque du lieu, etc, je comprends que l’on dise « le pape François », mais quel fidèle comprend quand on dit seulement « notre évêque Paul » ou « notre évêque Christian », etc. Personne chez les fidèles n’appelle son évêque par son prénom ; souvent on ne le connaît même pas. Juste après, avant de prier pour les défunts, pour ne pas restreindre l’Église aux seules autorités, on pourrait prier pour tous les vivants, par exemple : « Prions pour tous les Chrétiens à travers le monde…  » ou « Prions pour tous ceux et celles à travers le monde qui cherchent Dieu ».
      • Au cours de la messe, on demande pardon à Dieu à trois moments. Il y en a sûrement un de trop. Difficile de choisir lequel. Mais j’ai entendu un prêtre changer les paroles précédant la communion, qui m’ont bien plu. Au lieu du traditionnel et humiliant « Seigneur, je ne suis pas digne de… », il a proclamé:

        Seigneur, je suis heureux de te recevoir
        Mais dis seulement une parole
        Et nous serons tous heureux….… ou … et nous serons tous raffermis

    • Autres changements plus radicaux
      On peut élargir les changements de manière encore plus large, de manière à être plus bénéfique pour les assemblées actuelles.

      • Au lieu de certains récits de l’Ancien Testament ou de certains psaumes et certains hymnes peu adaptés, ne pourrait-on pas trouver des textes plus vrais, y compris des textes de théologiens anciens, de saints ou saintes connus, ou encore d’auteurs contemporains. On serait attentif à, par exemple à un texte de Jean-de-la-Croix, de Thérèse-de-l’Enfant-Jésus, de Mère Theresa ou de Martin Luther King. Ou encore d’un poète contemporain. Voire d’un auteur québécois.
      • Dans l’homélie, je ne trouve pas toujours nécessaire de faire un lien (parfois d’ailleurs un peu artificiel) entre les trois lectures. Mieux vaut essayer d’expliquer le sens des textes, ceux de l’Ancien Testament étant souvent « déroutants ».
      • Plus généralement, j’aimerais bien que parfois au lieu de l’homélie, on fasse une sorte de catéchèse aux adultes sur Dieu ou le Christ, les miracles, un sacrement, la morale chrétienne, la distinction entre morale et droit. Quitte même à supprimer une lecture ou deux pour avoir un peu plus de temps. Ce serait plus fécond qu’une soirée spéciale sur les mêmes sujets, qui rejoindraient évidemment moins de monde. On pourrait même, à l’occasion, pourquoi pas, remplacer la première partie de la messe par ce type de catéchèse, et garder la seconde partie ou simplement la communion (comme le Vendredi Saint où il y a une liturgie avec communion mais sans messe).

      Une bien triste expérience que j’ai vécue dernièrement. C’était le 3e dimanche ordinaire. À propos, savez-vous ce que les gens comprennent de ce mot « ordinaire » ?. C’était une messe en l’honneur du 10e anniversaire de la mort d’un homme très connu et très impliqué dans la municipalité. Il y avait une cinquantaine de personnes de plus que les dimanches réguliers : plusieurs membres de sa famille: enfants et petits-enfants (d’âge adolescent). Une très courte parole de bienvenue officielle fut faite, et puis … hop ! le rite pénitentiel, et… re-hop le chant Gloire à Dieu. Deux adolescentes ont fait les lectures… sans parler vraiment dans le micro. Les trois lectures portaient sur le péché : heureusement que l’Évangile parlait de Marie-Madeleine et de l’attitude de Jésus. Mais quel climat ! À la fin, au lieu de me rebeller, j’avais les larmes aux yeux. Quelle occasion manquée ! Quelle Église coupée du monde ordinaire ! Pourquoi ne pourrait-on pas parfois choisir un autre Office ?

  4. Acoustique
    Dans un autre ordre d’idée, il faudrait être extrêmement attentif au fonctionnement des micros et à la qualité de la proclamation des lectures. Les églises sont vastes, beaucoup de participants âgés sont durs d’oreilles. Ce serait pourtant facile de dire aux lecteurs de se familiariser d’avance avec le texte qu’ils vont proclamer et d’être attentifs à l’emplacement du micro. Sinon, un responsable déjà dans le chœur peut facilement aller le placer. Cela est encore plus important dans les célébrations occasionnelles, comme les mariages et les funérailles où l’assistance est peu familière avec les textes liturgiques ou le lecteur d’un témoignage peu habitué à parler au micro (directement dans le micro).
  5. Utilisation de l’église
    On pourrait faire servir l’église à d’autres activités que la liturgie. Déjà beaucoup d’églises offrent des concerts et des conférences. On pourrait faire davantage, me semble-t-il.

    • Il y a quelques années, des citoyens notoirement athées (ou leur famille) ont de-mandé de faire une cérémonie de funérailles dans une église. Certains Chrétiens ont crié à la profanation, mais pourquoi donc ? Si un non-croyant veut donner une dimension spirituelle à son départ, pourquoi refuserions-nous ? Cela peut aussi offrir au prêtre ou à un autre croyant l’occasion de dire un mot sur la foi ou la spiritualité. Déjà plusieurs constatent comment des funérailles chrétiennes (avec messe) sont des occasions privilégiées pour rejoindre des gens qui ne viennent jamais à l’église et les amener à réfléchir sur le sens de la vie.
    • Pourquoi pas des mariages civils ? Si un couple le demande, exprimant ainsi son désir de donner une certaine note spirituelle à son union, pourquoi pas? Pour éviter les mauvaises interprétations ou « le scandale des faibles », il suffit de bien dire qu’il s’agit d’un mariage civil et que le prêtre n’est pas l’officier (même si celui-ci intervient à un moment ou l’autre pour donner une touche spirituelle). On ne fera pas d’inscription dans le registre religieux non plus évidemment. L’engagement civil présente, en effet, beaucoup de valeurs, de même que le contexte spirituel.
    • Et des funérailles à l’église pour des personnes qui ont demandé l’aide médicale à mourir. Je pense que l’archevêque de Montréal et le cardinal de Québec en affirmant que, même s’ils privilégient nettement les soins palliatifs, ils ne s’opposeront pas à de telles funérailles, s’inscrivent vraiment dans la ligne de l’Évangile. Les funérailles « servent à prier pour quelqu’un, affirme Mgr Lépine, et non pas à porter un jugement de valeur ». L’Église offre d’ailleurs depuis longtemps les funérailles aux personnes qui se suicident, ajoute-t-il. Les évêques qui refusent les funérailles aux malades qui choisissent l’aide médicale à mourir ignorent ce qu’est la souffrance, dénonce Gille Fontaine, aumônier d’hôpitaux à la retraite. « Faire ça, c’est ajouter de la souffrance à la souffrance. Les gens ont assez d’avoir perdu quelqu’un sans qu’on ne les pénalisent ». « C’est imprévisible comment on va réagir dans la maladie, donc vaut mieux être accueillant et compréhensif ». (Le Journal de Montréal, 30 sept. 2016; idem dans le Devoir).
    • Dernièrement, une paroisse de Chicoutimi a organisé une fête de l’Amour à l’adresse de tout couple « qui désire célébrer son amour et renouveler son engagement à deux » quel que soit son type d’engagement (mariage catholique, mariage civil, conjoints de fait, couple homosexuel). L’initiative a suscité l’irritation de plusieurs fidèles, y compris au niveau international. Mais pourquoi donc, encore une fois? Jésus à fait pire: il a fréquenté des prostituées et des voleurs aux yeux de ses contemporains !

On pourrait allonger la liste des changements à apporter, des initiatives nouvelles à pren-dre. Je reprends la phrase du pape François au cardinal Ouellet sur le besoin de « trouver de nouvelles formes d’organisations et de célébrations de la foi ». Je pourrais reprendre d’autres invitations du pape à ouvrir la mission de l’Église, à aller au-devant des gens par-tout où ils se trouvent. Ainsi cet extrait d’entrevue du pape à un journaliste italien: «Il ne suffit pas d’ouvrir les portes, il faut donc sortir dans la rue, à ses risques et périls. […] Au lieu d’être seulement une Église qui accueille et qui reçoit, efforçons-nous d’être une Église capable de sortir d’elle-même et d’aller vers les hommes et les femmes qui ne la fréquentent pas, qui ne la connaissent pas, qui se sont éloignés, qui sont indifférents. » (L’Église que j’espère, Flammarion/Études, p 95 et 98). À nous d’accueillir les gens au rythme de leur cheminement religieux ou spirituel et de nous répéter une autre parole du pape : « Qui suis-je pour juger ? ». Il s’agit d’une nouvelle vision de la pastorale, une pastorale des petits pas, une pastorale circonstancielle. À l’exemple de Jésus qui accueillit les gens, en toutes occasions, sans discrimination.