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Synode sur la famille : arrière-scène historique

Les membres du FAN de St-Jean-Longueuil

(N.D.L.R.) Dans le cadre du Synode romain sur la famille tenu en 2014 et en 2015, le Forum André-Naud a demandé à ses membres, de rédiger une opinion afin d’alimenter la réflexion sur le sort réservé à la famille en 2015. Voici un extrait de la « courtepointe » qui a été publiée dans notre dernier bulletin.

Introduction

La famille est la structure sociale la plus souple et la plus tenace que les êtres humains ont développée à travers les siècles et sur tous les continents. Faire de l’une de ses modalités un modèle pour toutes les époques est une grave erreur, tout autant que promouvoir comme exemplaire la Sainte Famille, dont personne n’en connaît l’histoire. De plus, utiliser le mot famille pour toute autre réalité qu’un ensemble formé de parents et d’au moins un enfant est trompeur, par exemple au sein d’un club sportif ou même de l’Église.

Rappel historique

Jusqu’au XVIIIe siècle et même au siècle suivant en Europe ou ailleurs, le mariage consistait en une transaction contractuelle. Les bébés et les jeunes enfants, dont la moitié mourait avant six ou sept ans, étaient laissés pour compte. Amarrée au quai de la parentèle et de la communauté locale, les membres d’une famille n’avaient d’autre objectif que de survivre, souvent au détriment des autres. Chez les aristocrates, dont l’histoire est plus connue, il s’agissait d’une union financière et politique. L’absence de l’amour conjugal et des sentiments familiaux était coutumière. Même en Église chrétienne, le sacrement du mariage reposait sur le lien contractuel, social, légal, et non sur l’amour entre l’époux et l’épouse.

L’avènement de la bourgeoisie urbaine au XVIIIe siècle comme classe sociale intermédiaire entre les aristocrates et les misérables, si lent fût-il, favorise des mariages d’affection entre personnes libres de se choisir mutuellement. L’amour romantique a pour effet de susciter l’amour maternel et, plus tard, l’amour paternel. Les maisons incluant plusieurs chambres succèdent à la pièce unique. Chaque famille aspire à une certaine autonomie. La famille nucléaire ou domestique prend le dessus au XXIe siècle, du moins en Europe et en Amérique du Nord.

De façon paradoxale, l’embourgeoisement contribue à la répression sexuelle, appuyée par le moralisme catholique et le puritanisme protestant. En effet, les structures sociales, incluant les Églises, influencent l’évolution des familles et des personnalités. La bourgeoisie d’affaires fait par exemple la promotion de mâles, s’affichant comme maîtres d’eux-mêmes, bienséants, travailleurs, performants, individualistes, réglementés, géniteurs et même prudes. Sur ce dernier aspect, à titre d’exemple, les hommes comme les femmes portent un maillot de bain recouvrant tout le corps jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Et en Église prévaut alors une morale de répression sexuelle, de mépris du corps, de la peur de la femme comme tentatrice. Le mariage chrétien continue d’avoir pour fin première la procréation et comme fin seconde le remède de la concupiscence. Le fondement sacramentel du mariage demeure le contrat et non l’union amoureuse jusqu’au milieu du XXe siècle.

Entre temps, une émancipation sexuelle s’était tout de même étalée progressivement en trois étapes. De 1870 à la Première Guerre mondiale, l’intolérance de la bourgeoisie réagit aux nouvelles mœurs, jugées comme favorisant la dégénérescence de la société et le retour aux civilisations primitives. L’enseignement catholique durcit le ton. Deuxièmement, entre les deux guerres, le national-socialisme et le fascisme freinent l’émancipation, alors que le pape Pie XI publie deux encycliques: Divini illius magistri en 1929 sur l’éducation des enfants à partir de « la lamentable décadence » en cours et Casti connubii en 1930 sur le mariage, où la contraception est dite totalement inacceptable. Puis la révolution sexuelle et l’explosion de l’érotisme surgissent dans la décennie de 1960. Elles s’insèrent dans une crise de civilisations aux multiples facettes. L’encyclique Humanae vitae du pape Paul VI a en 1968 un impact tragique à cause de ce qui est écrit à propos de la contraception. En effet, à l’encontre d’une commission spéciale instaurée par le pape Jean XXIII en 1963, dont le rapport final fut endossé par 52 des 56 membres en 1966, les propos de Pie XI en 1930, fondés sur la doctrine de saint Augustin (354-430), prévalent comme si l’infaillibilité du pape était en cause.

Aucune considération du sensus fidelium, en particulier celui des femmes, toujours « soumises » à leurs maris respectifs ! Aucune attention à l’approche collective des évêques, qui n’avaient pas pu en parler au concile Vatican II ? On est toujours dans une morale autoritaire, imposée de l’extérieur et fondée sur le biologique, et non selon une morale de croissance intégrale en humanité, fondée sur des valeurs évangéliques.

Conclusion

Au concile Vatican II, la constitution Gaudium et Spes a fait ressortir la complexité de la société contemporaine. Le potentiel destructeur de cette dernière a été montré du doigt. Les évêques n’ont pas moins indiqué les aptitudes au bien (les aspects positifs) de cette société et l’importance de les reconnaître. Si le synode a vraiment pour titre « La vocation et la mission de la famille dans l’Église et le monde contemporain », une approche différente de la famille est indispensable de la part du magistère catholique. Il importe de prendre en compte la réalité et d’y discerner l’Esprit Saint à l’oeuvre au sein des multiples genres de familles. Est-ce seulement au Québec, ou 80% des gens se disent catholiques, que 65% des couples ne sont pas mariés et 97% de la population ne participent pas aux célébrations dominicales? Le temps n’est-il pas venu de réviser la doctrine sacramentelle du mariage et d’en tirer les conséquences pastorales appropriées? Adieu la marginalité et l’exclusion. Il ne suffit pas de demander pardon pour des erreurs et des normes antérieures, dues à des valeurs bourgeoises et à des idées irréalistes. Des orientations vraiment évangéliques sont requises pour que le royaume se répande au sein des familles.

Y trouve-t-on des signes d’amour ?

Gregory Baum, théologien

(N.D.L.R.) Dans le cadre du Synode romain sur la famille tenu en 2014 et en 2015, le Forum André-Naud a demandé  à des auteurs, parmi d’autres, de rédiger une opinion afin d’alimenter la réflexion sur le sort réservé à la famille en 2015. Voici un extrait de la « courtepointe » qui a été publiée dans notre dernier bulletin.

La communauté Saint-Pierre Apôtre de Montréal, dont je suis membre, a élaboré sa vision de la famille, contribution au Synode Romain d’octobre 2015. Cette communauté se décrit ainsi : « Notre famille chrétienne est riche du vécu des personnes célibataires hétérosexuelles et homosexuelles, bisexuelles et transgenres; des couples hétérosexuels, des couples homosexuels, de couples divorcés, de couples remariés; de familles biparentales, de familles monoparentales, de familles recomposées, de familles homoparentales.

Pourquoi cette paroisse espère-t-elle pouvoir influencer l’enseignement officiel de l’Église? Premièrement, le pape François a maintes fois déclaré qu’il veut une Église ouverte, capable d’intégrer à la vie paroissiale les catholiques actuellement exclus. Deuxièmement, le rapport du Synode Romain 2014 montre que les évêques, conscients que dans le monde actuel la famille traditionnelle a été fragilisée, veulent apporter de l’aide à des catholiques vivant dans des unions non reconnues par l’Église, se débrouillant seuls avec leurs enfants, ou formant une famille inhabituelle.

Dans le rapport intérimaire du Synode 2014, en effet, on trouve une approche pastorale tout à fait innovatrice, que j’ai déjà présentée dans les pages de la revue Relations et que je veux décrire brièvement ici. Le rapport se réfère à l’affirmation quasi paradoxale du con-cile Vatican II: d’un côté, l’Église catholique est la seule véritable Église, d’un autre côté, les autres Églises chrétiennes, moins parfaites, communiquent le baptême et des vérités évangéliques à leurs membres, faisant ainsi partie du mystère de l’Église. Le rapport voit le même paradoxe dans la situation contemporaine des familles: d’un côté, le mariage ca-tholique, sacramentel et indissoluble, institution parfaite de Dieu, et de l’autre côté, les autres unions, stables et moins stables, contenant souvent des éléments positifs manifes-tant que Dieu y est présent.

Le rapport ne donnant pas une liste des éléments positifs de ces unions non conformes, j’en propose quelques-uns: la confiance en Dieu, l’appui mutuel, l’amour altruiste, le soin dévoué des enfants, l’empressement de se pardonner, et l’effort commun pour être au service de la société. On trouve dans ces unions non reconnues toutes sortes d’expressions d’amour, signes de la présence de Dieu, que – selon le rapport – l’Église officielle doit reconnaître et respecter. L’appréciation positive de la vie d’amour dans des couples «pas correctement» mariés est tout à fait nouveau dans l’Église catholique. Cela représente un saut vers une nouvelle théologie: on passe d’une approche déductive à une approche inductive. Je m’explique: dans le passé, à partir d’une idée claire du mariage catholique, on concluait que les catholiques dans une union non conforme vivaient dans le péché; aujourd’hui, selon le rapport, pour arriver à un jugement sur les catholiques dans une union non conforme, il faut regarder ce qui se passe dans cette union. Il s’agit d’une approche empirique: est-ce qu’on y trouve des signes d’amour, de service altruiste et des efforts communs pour faire du bien? Si oui, le rapport veut que l’on respecte cette union imparfaite et qu’on l’accueille dans la paroisse.

Cette approche théologique généreuse me rappelle une antienne qu’on chantait dans l’ancienne liturgie de la Semaine Sainte : ubi caritas et amor, Deus ibi est, là où se trouvent l’amour et la charité, Dieu est présent. Cette approche théologique conduit aussi à une nouvelle perception des unions homosexuelles Pour évaluer moralement ces dernières, il faut regarder ce qui se passe dans ces unions : est-ce qu’on y trouve l’amour, l’amitié, l’appui mutuel, un sens commun de responsabilité citoyenne, etc. ? Si oui, on doit respecter ces couples catholiques: leur union est imparfaite, mais le comportement des personnes impliquées est appuyé par la grâce de Dieu.

Les paragraphes du rapport intérimaire du Synode 2014 qui présentent cette nouvelle approche théologique et pastorale ne se retrouvent plus dans le rapport final, publié après le Synode. Il semble bien que ces paragraphes ont été supprimés par des cardinaux conservateurs ne partageant pas l’ouverture du Pape François. Il est donc important que les catholiques progressistes s’organisent pour soumettre leur témoignage à la considération du Synode 2015.

Invitation au lancement de notre Courtepointe

Les membres de l’équipe nationale du Réseau des Forums André-Naud (RFAN) sont fiers et heureux de vous inviter au lancement du document nommé la Courtepointe réalisé à l’occasion du Synode sur la famille. Ce document de 68 pages a été réalisé à la suite de l’assemblée générale du RFAN en octobre 2014; il contient 15 textes provenant des 6 forums locaux et de 9 auteurs invités qui ont généreusement collaboré avec nous.

Autrefois, assemblée dans la joie, la patience et la discrétion, la courtepointe de nos grands-mères était destinée à celles et ceux qui avaient froid et tentait de sauvegarder la vie assaillie; elle contribuait à réchauffer l’espérance. Notre courtepointe veut jouer aujourd’hui ce rôle car la famille est un tissu social cousu en courtepointe.

Durant la soirée vous aurez l’occasion de dialoguer avec
Guy Durand
(théologien et juriste),
Françoise et Gilles Lagacé
(impliqués depuis longtemps à Hull),
Lucien Lemieux (prêtre, théologien spécialisé en histoire de l’Église),
Bernard Ménard (oblat, responsable d’une vaste enquête sur Église et homosexualité) et
Denis Normandeau (engagé en pastorale à St-Eustache).
Animateur : André Gadbois.

Le lancement aura lieu le mardi 13 octobre 2015 à 19h30 à la Librairie Paulines sur la rue Masson à Montréal. Contribution suggérée:   5.00 $

Vous pouvez télécharger une Affiche de l’événement: Affiche en format pdf  (472Ko)

Écoutez aussi l‘interview d’André Gadbois à l’émission Foi et Turbulences du 16 septembre au poste de Radio Ville-Marie.

Québec, tu négliges un trésor!

Bonjour,

Comme vous le savez, le prochain Synode (4-25 octobre) sera déterminant pour l’avenir immédiat de l’Église : non seulement parce qu’il devrait décider des orientations en matières familiales (un sujet capital dans la vie récente de l’Église depuis Humanae Vitae), mais également parce qu’à travers ces débats et ces enjeux, c’est l’élan actuel du pontificat du pape François qui se joue.

Pour beaucoup de gens, chrétiens pratiquants ou non, ces enjeux sont lointains et ils n’ont pas souvent l’occasion d’en être informés et d’y réfléchir.

Je me permets donc de vous offrir une telle occasion. Je publierai, au début de septembre chez Novalis, un petit livre qui porte sur la foi, la religion et la spiritualité dans le Québec d’aujourd’hui : Québec, tu négliges un trésor! Et le dernier chapitre du livre, à la manière d’une étude de cas, porte justement sur la famille et l’Évangile dans le contexte du prochain Synode.

Malgré les courts délais et la rentrée pastorale et scolaire, j’ai pensé que cette publication pouvait être une belle occasion d’organiser, très simplement, une ou des rencontres locales ou régionales permettant aux personnes et aux organismes intéressés par ces questions de se réunir pour en discuter en préparation aux travaux du Synode.

Sur demande par courriel, je vous enverrai une copie de ce chapitre 7, en comptant sur vous pour en respecter l’embargo jusqu’à sa publication, afin de vous permettre d’en prendre connaissance dès maintenant et de vous donner peut-être le goût d’organiser une telle soirée ou rencontre dans votre milieu, seuls ou en lien avec d’autres personnes ou groupes intéressés de votre milieu.

Il me ferait plaisir de me rendre chez vous pour participer à (ou animer, si vous le préférez) une telle soirée. Mon objectif à travers cela (que cela soit bien clair) n’est PAS de promouvoir ma propre vision des choses (celle que j’exprime clairement dans le chapitre ci-joint) mais bien de fournir une occasion, trop rare malheureusement, aux personnes d’ici de se renseigner, de réfléchir et de discuter entre elles des enjeux majeurs qui se joueront à Rome en octobre 2015.

Si l’organisation d’une telle rencontre vous intéresse, n’hésitez pas à communiquer avec moi le plus tôt possible afin que nous puissions en discuter.

Avec l’assurance de ma prière et de ma solidarité,

Dominique Boisvert
121, rue Albert
Scotstown, Qc
J0B 3B0
819-231-8047
www.dominiqueboisvert.ca
boisvert.dominique@gmail.com