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La « blessure ontologique » de l’Église catholique

(N.D.L.R.) Une table ronde ayant pour thème « Le rôle de la femme dans l’avenir du Christianisme au Québec » a été organisée à l’occasion de l’assemblée générale 2018 du Réseau des Forum André-Naud. Voici le texte de l’intervention d’un des panélistes.

Introduction

Lorsque que l’on m’a communiqué le thème de cette table ronde, « Le rôle de la femme dans l’avenir du Christianisme au Québec », j’avoue que j’ai sursauté… LA femme ? Vraiment ? J’ai donc failli intituler ma communication : « LA femme n’existe pas ! »

Je ne cherche pas ici à être provocateur… Je crois simplement qu’un des grands problèmes avec le discours officiel de l’Église catholique, sur les femmes, se situe justement là. On n’y parle pas des femmes concrètes, diverses, désirantes et incarnées, des femmes « sujets » de parole, de liberté et de volonté… On y parle plutôt de LA femme abstraite… LA femme dans l’Église ou dans le Christianisme… En parlant des femmes de cette manière, en réduisant leur diversité et leur réalité sous un terme générique (LA femme), on se piège ! Et je pense que c’est dans ce piège que tombe le titre donné à cette table ronde… Symptôme de l’influence malheureuse qu’exerce sur nos pensées le discours du magistère catholique ? Je pose la question… Il faut s’y arrêter.

Le chemin de croix des femmes
Car, dans ce discours typique du catholicisme, la dignité et la vocation de « LA femme » sont trop souvent interprétées unilatéralement, à la lumière de la dignité et de la vocation exceptionnelles de Marie, vierge et mère. Cette rhétorique cléricale et ecclésiastique trahit une volonté de désincarner les femmes réelles, pour mieux les idéaliser dans l’imaginaire, là où elles ne sont pas « confrontantes ». Il faut donc être bien attentif à cela et critiquer cet essentialisme, ce discours abstrait qui n’est qu’une manière de « noyer le poisson », pour ne rien entendre des femmes réelles et concrètes…

Cette rhétorique cléricale, c’est une manière de ne rien remettre en question dans l’Église, malgré le fait que le féminisme soit, pourtant, un mouvement social incontournable du dernier siècle en Occident. Cela étant dit, j’entre maintenant dans le vif de mon propos, en tant qu’homme laïc, Québécois, de 45 ans.

Une « blessure ontologique »

Je pose cette affirmation, qui est le cœur de ce que je veux dire : il n’y a pas d’avenir pour le christianisme, au Québec ou ailleurs, sans la pleine égalité entre les femmes et les hommes dans l’Église.

Pour moi, le rôle DES femmes dans l’avenir du christianisme (en général), et du catholicisme (en particulier), c’est donc de nous aider à dépasser ce que j’appelle une « blessure ontologique » dans notre vie d’Église. Par blessure ontologique, j’entends ce qui blesse en profondeur notre être ecclésial. Un être ecclésial qui devrait nous rassembler – en tant que personnes sexuées, i.e. créées hommes et femmes, à l’image de Dieu, et appelées à incarner ensemble l’humanité nouvelle sauvée par Jésus Christ…

Je parlerai surtout de la condition des femmes dans l’Église catholique – puisque c’est mon Église, comme la majorité d’entre vous je présume. Cette condition des femmes dans le catholicisme, est pour moi – de même que pour de nombreuses personnes – la cause d’un grave scandale.

Je suis d’une génération pour laquelle l’égalité entre les sexes, de même que la non-discrimination sur la base du genre, sont des principes acquis et reconnus. Bien que ces derniers ne soient pas encore totalement réalisés dans les faits, au sein de nos sociétés – et donc que le combat pour les incarner de manière encore plus authentique doive se poursuivre avec vigilance et fermeté – il n’en demeure pas moins qu’il s’agit là de valeurs fondamentales dont la portée universelle est indéniable.

Pour reprendre une catégorie prisée dans notre Église, nous touchons, en cette matière de l’égalité des sexes, à quelque chose relevant du « droit naturel ». Que les femmes puissent avoir accès à toutes les fonctions et responsabilités dans la cité; qu’elles soient traitées sur un pied d’égalité avec les hommes dans toutes les institutions; qu’elles puissent occuper des postes de leadership et de décisions à tous les échelons du pouvoir dans la société… cela va de soi ! Toute prétention contraire apparaît maintenant irrecevable.

C’est pourquoi, lorsque que, sur la base de leur identité de personne sexuée, les chrétiennes de tradition catholique sont encore, de nos jours, exclues de la vocation ministérielle qui régit l’ensemble de la vie de leur Église, tant sur le plan magistériel et juridique, que sacramentel, il y a scandale!

Comme catholique de ma génération, comme baptisé et laïc, il m’est absolument impossible d’accepter cette exclusion des femmes des ministères ordonnés dans mon Église, de même que les justifications non convaincantes qui sont avancées pour la maintenir. Ces prétendus arguments pour soutenir cette position ont largement été – et depuis longtemps – déconstruits par nombre de théologiennes et de théologiens et par d’autres Églises chrétiennes.

Ils sont aussi durablement contestés par une forte proportion de fidèles dotés, depuis leur baptême et leur confirmation, de ce que l’on appelle le « sens surnaturel de la foi ». Comme le disait la regrettée théologienne Élisabeth Lacelle (+2016),

«aussi longtemps que la législation catholique romaine ne reconnaîtra pas les femmes baptisées comme des membres à part entière de l’Église, elle témoignera d’une humanité mutilée, non d’une humanité réconciliée en Jésus Christ».[1]

En fait, en excluant les femmes des fonctions officielles d’enseignement, de gouvernement et de sanctification qui sont associées aux ministères ordonnés, notre Église se coupe de son humanité. Cela a de graves conséquences sur son être.

À l’intérieur de son organisation hiérarchique et ministérielle, monopolisée par des hommes célibataires, les femmes sont structurellement bannies et ignorées. Ainsi, la parole d’autorité, les instances de décisions et les rôles symboliques, constitutifs de la communauté ecclésiale, ne sont tenus que par des hommes clercs, qui demeurent entre eux et se « reproduisent » eux-mêmes. Je dis bien des hommes clercs – ce qui exclut non seulement TOUTES les femmes, mais aussi les hommes laïcs !

Dans ce système clérical fermé, exclusif et auto-suffisant, la « spécificité » des femmes en particulier et des laïcs en général est d’autant plus exaltée, qu’elles et ils sont écartés des lieux où, justement, elles  et ils pourraient « faire la différence ».

Cette incapacité structurelle à assumer véritablement la différence et la complémentarité des sexes, cette négation des femmes (et des hommes laïcs) en tant que sujets réels de parole, de pouvoir et de désir au sein de l’institution, est une « blessure ontologique » qui traverse notre Église. Ce mal porte un nom : le cléricalisme; et il gangrène le corps institutionnel du catholicisme – et toute sa crédibilité.

Élisabeth Lacelle posait ainsi la question:

« Comment, dans sa constitution actuelle, l’Église peut-elle témoigner d’une communauté qui rassemble des sujets pleinement reconnus dans leur identité personnelle sexuée ? Comment sa parole magistérielle, exclusivement masculine et célibataire, peut-elle être reçue comme pertinente pour une humanité “créée homme et femme à l’image de Dieu” ? L’Église catholique actuelle ne représente-t-elle pas plutôt une communauté en mal de son intégrité humaine »

Une communauté en mal de son intégrité humaine… voilà justement ce que j’appelle « une blessure ontologique » ! Nous vivons dans une Église en mal-être! Une Église malade dans son être ! Une Église « désordonnée » dans son rapport à son humanité et à la sexualité ! Malheureusement, cette négation de l’intégrité humaine devient le ressort caché de pratiques ecclésiales et de discours moraux rigides, irréalistes, hypocrites et souvent aussi tordus que pervers.

Ces pratiques et ces discours accablent, en plus des femmes dans l’Église catholique, des couples dans leur vie conjugale, des personnes divorcées, des personnes homosexuelles qui décident de vivre leur réalité sans se cacher – et même certains prêtres ou évêques qui sont plus « allumés »…

Tous ces baptisé(e)s devenant, en quelque sorte, les boucs émissaires sur lesquels on se décharge du poids de cette « blessure ontologique », et du joug de ce « désordre sexuel » qui divise l’Église catholique… et que ses autorités refusent d’admettre. Ainsi s’explique l’obsession de l’institution à dénoncer sans relâche « la paille » dans l’œil de autres, sans voir « la poutre » qui est dans le sien. Pensons ici, évidemment, aux nombreux scandales sexuels qui font sans cesse les manchettes, symptôme douloureux que quelque chose est vraiment pervertie et pourrie au sein du royaume catholique !

Cette « chose pervertie et pourrie», c’est ce rapport problématique au corps et à la sexualité, directement lié à ce déni des femmes qui représentent pourtant 50% de l’humanité et du Peuple de Dieu… Cette non-reconnaissance des femmes, dans les discours et les pratiques organisationnelles de notre Église est, nous le savons, au cœur et à l’origine de la multitude de nœuds et d’impasses qui minent, depuis des années, l’institution catholique.

C’est pourquoi elle concerne aussi directement les hommes laïcs – dont je suis.

Défaire ces nœuds et sortir de ces impasses, seraient alors une vraie libération, pas seulement pour les femmes, mais aussi pour les hommes (clercs et laïcs) !

Comment sortir de l’impasse ?

Alors, comment commencer à dénouer ces nœuds? J’évoque trois pistes :

  1. Premièrement, rappeler sans cesse que LA femme n’existe pas (pour reprendre la boutade du début de mon exposé)… Il n’existe que des femmes concrètes, diverses, et non réductibles à une idée abstraite que l’on pourrait manipuler dans de beaux discours – évitant ainsi de changer quoi que ce soit dans nos pratiques. Donc, refuser les discours essentialistes, de même que les arguments sans fondement et hypocrites ne servant qu’à maintenir le statu quo dans l’institution catholique.
  2. Deuxièmement, revisiter et rediffuser la longue et riche tradition féministe que recèle l’histoire de l’Église du Québec. Trop de personnes ont oublié (ou veulent oublier) que des générations de femmes croyantes, au Québec, ont travaillé à construire un discours alternatifs et des structures de dialogue pour challenger l’institution.Je donne un exemple . Qui se souvient encore que l’ancien archevêque de Québec, Mgr Louis-Albert Vachon (1912-2006), poussé et soutenu par des femmes, avait dénoncé, au cœur du Synode romain de 1983, « l’appropriation masculine de l’Église » ?Interpellant l’assemblée synodale et le pape, il était allé jusqu’à dire:

    « Reconnaissons les ravages du sexisme et notre appropriation masculine des institutions ecclésiales et de tant de réalité de la vie chrétienne. […il invitait ensuite à] dépasser les concepts archaïques de la femme tels qu’ils nous furent inculqués pendant des siècles. »

    Et en guise de recommandation, il demandait que toutes les communautés chrétiennes :

    « mettent en place des structures de dialogue qui soient des lieux de reconnaissance mutuelle et de mise en œuvre effective de nouveaux rapports d’égalité “hommes et femmes” dans l’Église». L’Église canadienne, 20 octobre 1983, p. 101-102

    Il faut garder vivante la mémoire de ce genre de chose, et surtout la transmettre aux plus jeunes générations. À ce sujet, voir la brochure d’Annine Parent, « Devoir de mémoire », publiée par Femmes et Ministères en 2013.

  3. Troisièmement, je crois qu’il faut oser dire clairement ce que l’on pense et prendre position, en cessant d’avoir peur de déplaire ou de «faire de la peine».Ici, j’ose vous partager un exemple personnel… En juin dernier, je recevais une invitation de Pierre-Olivier Tremblay, pour son ordination épiscopale du 22 juillet, ici même, à la basilique… Je vous partage un passage de la réponse que je lui ai faite :

    Cher Pierre-Olivier,

    Merci pour ton invitation! […]

    Malheureusement, je n’irai pas à ton ordination épiscopale. Pour la simple et bonne raison que j’ai récemment décidé de ne plus jamais retourner à une ordination (presbytérale ou épiscopale) tant que les femmes ne seront pas admises aux ministères ordonnés dans l’Église catholique (ce qui semble encore bien loin!), et tant que les laïcs continueront d’être des figurants parfaitement insignifiants dans ces ordinations (tout autant que dans le processus de sélection des évêques).

    L’une des pistes à investir me semble donc être celle d’oser entrer dans des pratiques de boycott de la logique d’exclusion cléricale. Pour l’illustrer encore, je me réfère maintenant à un article publié dans Le Devoir du 1er août dernier, intitulé « Sœur Nicole Jetté, féministe tant qu’il le faudra ». On pouvait y lire le passage suivant :

    «…Cette religieuse […] a demandé qu’à sa mort, aucune célébration eucharistique ne soit donnée, à moins que celle-ci puisse être célébrée par une femme. Cela signifie que si, comme c’est le cas actuellement, […] l’eucharistie […] reconnue par l’Église [catholique] ne peut se donner que par un prêtre ordonné, une telle célébration n’aura pas lieu. C’est sans doute sa façon à elle de militer pour une place plus équitable pour les femmes dans [son] Église. »

Je conclue !

Je crois qu’il n’y aura pas d’avenir, au sein de christianisme et du catholicisme d’ici, tant que nous n’oserons pas prendre clairement position et boycotter de l’intérieur le système sexiste et clérical – tout en exprimant clairement et calmement pourquoi nous le faisons.

Femmes, hommes laïcs, et clercs «voyant clair» (il y en a quelques-uns!), doivent enfin oser dire : ça suffit ! On ne tolère plus l’intolérable ! 

Et poser des gestes concrets en conséquence !

P.S. Tout ce que j’exprime ici est assez banal: ça fait plus de 30 ans que les théologiennes féministes expliquent cela en long et en large… Comment se fait-il que notre Église n’ait pas encore voulu le comprendre?

[1]– Les citations d’É. Lacelle sont tirées de Transmettre le flambeau – Conversations entre les générations dans l’Église, livre sous ma direction (publié en 2008 aux éditions Fides).

Les femmes et l’Église : une très, très, très lente évolution

Dans l’Église catholique romaine, le pouvoir est exclusivement entre les mains de ceux qui ont reçu le sacrement de l’ordre. Le pouvoir dont il est question est doctrinal, administratif, financier, liturgique, etc. Le pouvoir, c’est la capacité de fixer les orientations, d’interpréter le passé, de planifier l’avenir, de gérer le présent, etc. Or plusieurs grandes décisions récentes de l’Église ont été prises à l’encontre des femmes. Le problème n’est pas chrétien, il est catholique. Ce problème est-il insoluble ?

Le christianisme a contribué à la promotion du statut de la femme au fil des siècles, notamment en combattant l’excision et les mariages forcés comme un dossier de la revue Codex d’hiver 2018 le met en lumière.  Mais, l’Église catholique refuse toujours avec obstination d’accorder à la femme un rôle dans un ministère. C’es du moins ce que confirmait Mgr Ladaria dans l’Osservatore Romano en assimilant le refus de l’accès au sacrement de l’ordre aux femmes dans l’Église catholique à un commandement (sic) de Jésus-Christ. Pour Jean-Pierre Proulx, la déclaration de Mgr Ladaria est une proclamation d’hérésie. Il souligne que Mary Irwin Gibson est, depuis 2015, archevêque… anglicane de Montréal.

Il faut dire que l’exhortation apostolique Evangelii Gaudium du pape François, bien qu’équivoque sur le statut de la femme, était claire sur le refus traditionnel de l’accès à la prêtrise. En effet, s’il n’est pas possible d’être prêtre, évêque, cardinal ou pape, comment peut-on appliquer la résolution :

Parce que « le génie féminin est nécessaire dans toutes les expressions de la vie sociale; par conséquent, la présence des femmes dans le secteur du travail aussi doit être garantie » et dans les divers lieux où sont prises des décisions importantes, aussi bien dans l’Église que dans les structures sociales.

Le désert algérien

Dans un article de la revue Esprit de février 2010, Catherine Gremion signale que les plus graves décisions qui ont entraîné la désaffection des fidèles ont été prises à l’égard des femmes. Humanae Vitae n’a pas été la moindre. Le dernier Synode sur la famille de 2015 ne fait que confirmer ce constat de l’absence des femmes qui ne sont pas consultées sur des questions qui les touchent directement. D’autre part, l’utilisation de l’expression « génie féminin » qui a été reprise dans des le libellé des statuts de du Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie n’est pas sans laisser perplexe les organisations de femmes concernées.

Par ailleurs, en 2008, Rick van Lier estimait à 14 000, le nombre de membres de communautés religieuses au Québec alors qu’il était de 60 000 en 1961. En 2018, la Conférence religieuse canadienne estime à environ 8 500, ce nombre de membres. Il n’est pas trop téméraire d’affirmer que d’ici quinze ans, les communautés religieuses, comme on les connaît aujourd’hui, devraient avoir disparues au Québec. Comme environ 80% des membres des communautés sont des femmes, on peut affirmer que le peu d’influence que les femmes exerçaient dans l’église sera évanescent.

En 2015, le Conseil pontifical de la culture s’interroge sur « les femmes qui fuient l’Église ». Selon Lucetta Scaraffia, éditorialiste à l’Osservatore Romano, affirme que « les femmes tiennent l’Église sur pied ».  Il y a lieu de se demander comment l’Église catholique romaine compte relever ce défi qu’évoque la « Joie de l’Évangile » :

C’est un grand défi qui se présente ici aux pasteurs et aux théologiens, qui pourraient aider à mieux reconnaître ce que cela implique par rapport au rôle possible de la femme là où se prennent des décisions importantes, dans les divers milieux de l’Église.

La création du Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie ouvre peut-être une porte. Mais, depuis Vatican II, les espoirs déçus ont été fréquents.

Droits de la femme : lenteur et mauvaise foi

ONU FemmesLe 7 décembre 2016, le Conseil du statut de la femme affirmait que l’école participe à l’inégalité des sexes et constatait que le cours d’éthique et de culture religieuse dispensé par le ministère de l’Éducation du Québec était sexiste. Pourtant, la Déclaration universelle des droits de l’homme a été adoptée le 10 décembre 1948, il y a 68 ans. C’est aussi en décembre, le 6 décembre 1989, à Montréal, dans un établissement universitaire, qu’un homme séparant les femmes des hommes, assassinait froidement, à l’arme automatique, 14 jeunes filles pour le seul motif qu’elles étaient des femmes. Dans son numéro de décembre 2016, la revue Relations constate que si « sur les questions écologiques, économiques et sociales, la posture progressiste du présent pape est indéniable, » La popularité de ce pape « sert d’écran au régime d’apartheid des femmes prôné par le Vatican », chef-lieu d’une une « Église fortement patriarcale et hiérarchique ». Force est de constater que la progression des droits des femmes est lente et que les religions constituent un verrou.

Ce n’est pas le seul cours d’éthique et de culture religieuse qui pose problème selon le Conseil du statut de la femme, c’est aussi l’enseignement de l’histoire qui est en cause et plus généralement les croyances et pratiques éducatives du corps enseignant. Dans une avis de 154 pages, le Conseil constate « l’absence de formation spécialisée sur les inégalités entre les sexes pour les personnes faisant l’évaluation des manuels, le caractère facultatif des pistes de réflexion qualitatives et la difficulté d’évaluer certains manuels qui nécessitent une analyse qualitative plus poussée, comme ceux d’histoire. » Documenté par une questionnaire auquel ont répondu 400 enseignants, le Conseil constate que les jeunes hommes enseignants considèrent que l’égalité des sexes est atteinte et qu’ils manifestent une neutralité envers les sexes. Ainsi, cette croyance « s’ajoutant à la conviction que les garçons et les filles ont des besoins différents par nature, on observe chez le personnel enseignant une difficile prise de conscience des inégalités entre les sexes et des actions nécessaires pour y remédier. » Le conseil formule 10 recommandations pour remédier au problème.

L’égalité des hommes et des femmes n’est pourtant pas un luxe mais une nécessité, sinon pour vire en paix, du moins pour échapper aux massacres comme le précisent les Considérants de la Déclaration et comme le rappelle une résolution du Comité de sécurité de L’ONU. C’est un comité de l’organisation des Nations-Unies présidé par une femme, Eleanor Roosevelt, la veuve du président américain et composé de représentant de chaque continent qui a eu pour mandat, en février 1947, au lendemain de la deuxième guerre mondiale, de rédiger une Déclaration internationale des droits de l’homme. L’application de cette déclaration avait pour objectif d’éviter les carnages des guerres du XXe siècle qui, s’ils se répétaient, mèneraient à la destruction de l’humanité. L’égalité entre les hommes et les femmes est explicitement évoquée dans les Considérants et confirmée notamment aux articles 1 et 2 de la Déclaration. Pourtant, plus de 60 ans plus tard, la Commission de la condition de la femme des Nations Unies, à l’occasion de la publication d’un « rapport mondial fouillé » arrive à la conclusion que les avancées de la cause des femmes sont « d’une lenteur inadmissible » et  que « certains de leurs aspects sont même caractérisés par une stagnation, voire une régression ».

Après tout, les attentats perpétrés un peu partout dans le monde ne sont pas étrangers au statut de la femme même s’ils ne sont pas aussi explicites que le massacre de Polytechnique. Selon le ministère de la Sécurité publique du Québec, « 5 340 infractions sexuelles ont été compilées au Québec par les corps policiers en 2014 ». Or, il seules  5% des agressions sont déclarées de l’aveu même du ministère. L’émission Enquête de la SRC, révélait que les policiers eux-mêmes, et sur une base systémique, contribuaient à la violence faite aux femmes autochtones. À telle enseigne, que le gouvernement du Québec a annoncé la mise sur pied d’une commission d’enquête pour étudier le problème. Bref, non seulement au chapitre de la condition féminine, la seule violence faite aux femmes n’est pas réglée mais encore, on semble que n’en voir la partie émergée. Et encore, cela se passe au Québec, dans une des sociétés les plus avancées au monde.

Dans ce contexte, l’attitude de l’Église catholique fait partie du problème. Sa doctrine cautionne des relations inégalitaires aux conséquences tragiques. C’est ce que rappelle avec force Denise Couture, professeure à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal dans un texte publié dans le numéro de Novembre-Décembre de la revue Relations et signalé par le numéro de décembre du Monde Diplomatique. Selon elle, la doctrine patriarcale de l’Église catholique, « édictée par un groupe d’hommes et imposée comme une vérité unique, sert une politique de subordination du groupe des femmes au groupe des hommes. » Constatant une réelle mauvaise foi, elle précise :

Les organismes du Vatican la formulent autrement, de manière adoucie et recevable. Ils utilisent plutôt des concepts féministes, inversant leur signification et camouflant l’irrecevable. Ils emploient à profusion l’expression « égalité des sexes », alors qu’ils l’entendent au sens d’une complémentarité dans la différence (séparation) de fonctions par ailleurs égales en dignité. Ils utilisent le concept féministe de « libération de la femme », réemployé au sens de la valorisation du rôle de mère au service des autres. Ils parlent de « lutte contre la discrimination des femmes », mais pour signifier notamment la lutte contre des lois civiles « injustes » permettant l’accès à la contraception ou à l’avortement.

Denise Couture convient que le discours du Vatican a changé sur bien des sujets depuis l’avènement de François, et que certains changements ont été effectués, mais elle n’en conclue pas moins que le « régime d’apartheid des femmes promu par le Vatican » règne toujours. En ce mois de la nativité et au lendemain du jour de l’Immaculée conception, le féminisme doit gagné en force si la paix est un objectif véritable.

Diaconat et statut de la femme

Le Vatican a annoncé officiellement, le 2 août 2016, la constitution d’une commission chargée d’étudier la question du diaconat féminin. Selon, Radio-Vatican, le mandat de la commission sera de « se penchera sur le rôle des femmes-diacres, aux premiers temps de l’Église. Le « diaconat » féminin primitif, tel qu’il a pu exister, n’était pas un ministère en vue du sacerdoce, mais un service institué, notamment, pour assister les femmes catéchumènes lors du baptême. Le sujet n’est donc pas nouveau et a déjà fait l’objet de réflexion. »

La commission compte 13 membres, dont 6 femmes présidée par Mgr Luis Francisco Ladaria Ferrer, archevêque de Tibica, secrétaire de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Parmi les membres, on notes la présence du père Bernard Pottier, enseignant à l’Institut d’Etudes théologiques de Bruxelles et de Sœur Mary Melone, première femme à la tête de l’université pontificale franciscaine de l’Antonianum, à Rome.

http://www.pelerin.com/var/pelerin/storage/images/a-la-une/diaconat-des-femmes-bientot-possible/l-eglise-ouvre-la-porte-aux-femmes-diacres/27831087-1-fre-FR/L-Eglise-ouvre-la-porte-aux-femmes-diacres_article.jpg
Photo imaginée par la rédaction de Pèlerin. © Fabrice Guyot

C’est à l’occasion d’une rencontre, en mai 2016, avec les responsables de l’Union internationale des supérieures générales (UISG) que le pape François s’était dit « prêt à créer une commission d’étude sur le diaconat féminin », selon ses propos rapportés par Radio-Vatican. Le Pape avait invité les responsables « à éviter les écueils d’un ‘féminisme’ et d’une ‘servitude’ mal compris, qui se substitueraient à un service véritable. » Entre temps, le Pape s’était dit cependant « d’accord pour une plus grande représentation des femmes dans des postes de responsabilité, dans les cas où ces fonctions n’auraient pas de lien avec le sacrement de l’ordre. »
Au Québec, l’Autre parole, une Collective de femmes féministes et chrétiennes, actives au Québec depuis 1976 avait réagi à cette déclaration :

En septembre 1989, dans le no 43 de la revue, L’autre Parole avait publié un éditorial et nous indiquions entre autres :

Nous ne voulons pas promouvoir un sacerdoce proprement féminin à partir de qualités qui seraient intrinsèquement féminines. Nous ne croyons ni à un sacerdoce masculin, ni à un sacerdoce féminin. Pour nous, il ne devrait y avoir qu’un ministère ecclésial accompli par des femmes ou des hommes qui sont des sujets sexués dans l’histoire.

Même si l’avènement de l’ordination des femmes n’offre pas de garantie absolue du renouvellement ecclésial, nous pensons qu’il favoriserait, à tout le moins, la réalisation de l’Église de notre espérance.

Pour sa part, Jean-Claude Leclerc du Devoir, concluait sur cette question :

Le jésuite argentin devenu pape peut mieux que d’autres éclairer l’Église catholique en matière sociale et même écologique. Mais il reste captif en regard du sort fait aux femmes dans l’Église qu’il a connue. Lui en donner un éclairage évangélique ne sera pas le moindre défi des féministes.

Par ailleurs, plusieurs pétitions pour soutenir le diaconat des femmes sont en ligne, notamment celle d’une une organisation britanique, le Wijngaards Institute for Catholic Research, à laquelle le Parvis de Québec a souscrit.