Archives de catégorie : Jésus de Nazareth

À propos de Jésus en 2018

Compte tenu des sources écrites concernant Jésus, nous pouvons affirmer qu’il a existé (Flavius Josèphe (+100), Tacite (+120), Pline le Jeune en 112, les 27 livrets de la Nouvelle alliance (entre 51 et 100), une source hypothétique d’évangile en 55.

L’approche historique

Nous ne connaissons rien de sûr à propos de Jésus avant sa vie publique. Il savait peut-être lire et écrire. Il connaissait sans doute un peu la langue hébraïque, utilisée le jour du sabbat à la synagogue lors de la lecture d’extraits de l’un ou l’autre des 46 livrets de l’Ancienne Alliance. Cet ensemble est dit maintenant le TaNaK. Le T voulant dire la Torah, comptant les cinq premiers livrets. Le N les Nebiim (les 19 livrets prophétiques) et le K pour Ketubim (les écrits autres). La langue parlée de Jésus était l’araméen, une langue sémitique, proche de l’hébreu, mais s’en distinguant par la prononciation. Comme la koine, le langage grec de l’époque, était la langue commune au sein de l’empire romain, il est probable que Jésus s’en servait surtout s’il avait été charpentier à Nazareth, une ville de 2000 habitants, incluant des étrangers.
La croix
Jésus pratiquait le judaïsme; il désirait le réformer. Il n’a rien fondé. Il n’a été qu’un itinérant. Il n’a pas été ni un théologien ni un militant politique, mais une sorte de prophète. Des femmes l’ont suivi, ce qui est surprenant à cette époque. Il ne les considère pas comme des subalternes. Il s’adresse d’abord aux personnes socialement exclues. Même s’il est pieux, il transgresse des lois et des règlements de sa religion, comme un dissident. Pat exemple, le sabbat est fait pour les êtres humains, et non l’inverse, selon lui. La personne humaine est première; chacune doit être respectée dans sa dignité. D’aucuns, à notre époque, le considèrent comme l’inspirateur « des droits de l’homme ». Il libère les gens des menus détails de la loi, dite à tort mosaïque. Il interpelle des pharisiens, qui n’agissent pas selon ce qu’ils enseignent.

Il ne retient du judaïsme que l’invitation au partage, l’appel à la liberté intérieure de la conscience, le renoncement à la violence, l’amour du prochain, signe le plus sûr de l’amour de Dieu. Il communique familièrement avec ce dernier, qu’il appelle abba en araméen, c’est-à-dire papa. Dans un contexte patriarcal omnipotent, il révolutionne les mœurs du temps, en faisant ressortir l’amour de Dieu envers tous les êtres humains, quels qu’ils soient, et non plus à 1’égard des seuls adeptes du judaïsme.

Son enseignement

Le thème central de son enseignement concerne le royaume de Dieu, un royaume de justice et de bonheur, en germination constante sur terre et se déployant dans l’au-delà. Transformer le monde humanitaire en royaume de Dieu s’effectue grâce à la pratique de valeurs, dites les béatitudes (Mt 5, 1-9 et Lc 6, 20-26). Fait unique dans l’histoire des religions, Jésus renverse toutes les hiérarchies humaines, en privilégiant les victimes, comme étant au faîte et non au bas. Jésus n’est pas un moraliste, mais il est le promoteur d’une éthique, dite aujourd’hui laïque en Occident. Elle favorise l’égalité, la fraternité, la liberté, la justice sociale, la non-violence, le pardon, la promotion de la femme, la séparation entre les religions et les États. Selon l’évangile quadriforme, Jésus apparaît parfois cinglant, exclusif, colérique, autoritaire, mais ce qui ressort c’est surtout son humanisme.

Quant aux miracles, il vaut mieux les interpréter de façon symbolique. D’ailleurs, l’évangéliste Jean n’en relate que sept; il les présente non comme des miracles, mais comme des « signes », des signes qui veulent dire quelque chose de plus important que ce qui paraît. Par exemple, un aveugle guéri est quelqu’un qui voit clair grâce à sa foi en Dieu ou la résurrection de Lazare fait ressortir que la vie se poursuit dans l’au-delà.

Il est vraisemblable que son esclandre dans le temple de Jérusalem en pleins préparatifs de la fête pascale, alors qu’y venaient des milliers de Juifs de la diaspora, a déclenché la décision du grand-prêtre et des lévites d’en finir avec ce Jésus récalcitrant. Le temple, le seul haut lieu du judaïsme, tenait un rôle socio-économique central. Il est rare que les quatre évangélistes rapportent les mêmes paroles de Jésus. Or celles-ci le sont, telles que déjà mises dans la bouche de Yahveh par les prophètes de l’Ancienne Alliance : « Ma maison sera appelée une maison de prière pour toutes les nations » (És. 56, 7), « mais vous, vous en avez fait un repaire de brigands » (Jr 7, 8-11).

Trahi par l’un des siens pour une affaire d’argent, Jésus a comparu à l’aube devant le Sanhédrin, composé des 70 dirigeants et d’un président, appartenant à la noblesse sacerdotale ou civile du peuple juif et doté du triple pouvoir : religieux, civil et judiciaire. Il pouvait faire exécuter toutes leurs sentences, excepté la condamnation à la peine capitale, celle-ci devant être ratifiée par le tenant du pouvoir impérial romain. Conduit devant Ponce Pilate, Jésus fut condamné à mourir crucifié. Selon l’historien allemand Joseph Klausner, « ici se termine la vie de Jésus et commence l’histoire du christianisme ».

De jésus au christ

Qu’est-il arrivé du cadavre de Jésus ? Personne ne le sait. Rien ne ressort des quatre textes évangéliques à propos du processus par lequel s’est opéré ce qui a été dénommé la résurrection. Le présumé ressuscité n’y est pas décrit. La première qui en parle, Marie de Magdala, pense que c’est le jardinier du terrain, où le corps de Jésus aurait été enseveli. Quant aux apparitions des semaines suivantes, Marc et Matthieu, les deux évangélistes qui ont écrit entre 65 et 80, n’en mentionnent brièvement que deux : à deux disciples retournant à Emmaüs et aux onze, dits apôtres, Judas s’étant suicidé. Cette dernière apparition est aussi décrite par les deux autres évangélistes, mais dans des contextes différents. Luc, dans la décennie de 80, connaissant les écrits dits de Marc et de Matthieu, présente un Jésus incarné, qui aurait dit à Thomas, l’un des onze, incrédule : « mets ton doigt dans la marque des clous ». Pour sa part, Jean le fait apparaître comme un esprit : Jésus traverse la porte de la maison verrouillée, où se trouvent des disciples. L’évangéliste Jean, s’adressant, non pas à des gens ordinaires comme les trois autres, mais à des personnes attirées sur des voies mystiques ou spirituelles, peut-être ésotériques ou même gnostiques, est le seul à relater ceci : Jésus aurait dit à Marthe, la sœur de Lazare présumément décédé : « je suis la résurrection ». De fait, des disciples de Jésus, non pas tous ont cru peu après son décès qu’il continuait de vivre et qu’il les accompagnait spirituellement. II était donc vraiment le Christ, mot d’origine grecque, qui traduit le mot hébreu Messiah, le messie, le consacré, celui qui a reçu une onction. Bien plus, il est dit à la droite du Père, c’est-à-dire proche de lui. De fait, ce qui est dit apparition veut dire acte de foi. La personne ou les personnes concernées croient voir; elles sont sûres de sa présence.

Après la pâque judaïque, avait traditionnellement lieu la fête de la pentecôte, mot d’origine grecque voulant dire cinquantième, donc 50 jours après la pâque. Ancienne fête agraire, elle en était venue à commémorer l’Alliance entre le peuple juif et Yahvé. À cette occasion, des disciples de Jésus, s’étant retrouvés à Jérusalem et se croyant inspirés par l’esprit de Jésus le Christ, dit l’Esprit Saint, commencent à témoigner de ce dernier auprès d’autres pèlerins.

Un Enfant Jésus prématuré et 8 rois mages

L’Enfant Jésus de 2017 est un prématuré

Eh ! Oui, je sais que je vais vous surprendre un peu. Mais l’Enfant est déjà né, le mardi 14 novembre dernier. Après 8 mois de grossesse, sa maman Abigaëlle a subi une césarienne et elle a accouché d’un petit garçon minuscule. Oh ! J’oubliais de préciser : l’Enfant est noir comme du charbon, il est bien le fils de ses parents ! Il s’appelle Martin, et sera baptisé la nuit de Noël. Ce sera vraiment une crèche vivante !
Petit Martin
Abigaëlle avait été opérée pour le cœur il y a 3 ans, et sa grossesse était à risques. J’ai demandé de l’aide financière à ma famille pour lui procurer la dose de médicament journalière qui, à la fois, ménageait son cœur et lui permettait de porter son enfant. C’est déjà un « miracle » que la mère et l’enfant soient vivants! Mais n’est-ce pas toujours un miracle ? !

Martine, petite sœur du Sacré-Coeur de Charles de Foucauld, a veillé l’enfant une nuit pendant que sa mère restait à l’hôpital pour mieux se remettre de son opération césarienne. Il fallait aider le bébé à boire aux 3 heures, jour… et nuit. Moi, il m’est arrivé de le garder en après-midi, comme un bon (hum) grand-père.

Devant cette vie à la fois si mystérieuse, fragile et exigeante, voilà une jolie parabole de l’espérance qui renaît chaque fois que nous nous mettons du côté de la vie plutôt que de nos aises, de nos soucis ou de nos bobos. C’est le souhait que je vous transmets, avec la joie de vous rejoindre avec cette lettre !

De bon matin, j’ai rencontré le train de trois grands rois…

Ce chant populaire était chanté jadis à l’église au jour de l’Épiphanie… Il dirigeait doucement vers l’Étoile et son mystère ! Non, ils ne sont pas trois rois mages, mais bien huit, hommes et femmes inclus ! Et ils ne viendront pas à la crèche. Impossible. C’est plutôt nous qui allons les voir et leur envoyons des colis. Arriveront-ils pour Noël ou pour l’Épiphanie ? !
Des colis pour des détenus
Ce sont des prisonniers chrétiens que nous visitons à Tamanrasset, Martine et moi. Comme nous ne pouvons leur fournir des effets matériels comme des chandails, ni même des brosses à dents ou du lait en poudre pour améliorer leur cantine ordinaire de l’établissement, la prison, nous leur avons envoyé tout cela par la poste ! Ce sera long mais… espérons que cela arrivera !

Les prisonniers et les migrants vivent pour la plupart au jour le jour avec la certitude que s’ils sont encore là malgré les épreuves, c’est parce que Dieu les tient debout. Ça m’a donné une leçon d’humilité. Dieu ne veut-il pas que l’on se présente en vérité devant lui et que nous nous abandonnions totalement à lui ? Il nous connaît par cœur et nous aime tels que nous sommes.

La lumière de l’étoile du matin

Jésus a dit que le royaume des Cieux est à ceux qui ressemblent aux enfants. Devant la crèche, quels mots simples et vrais allons-nous balbutier ? Qui est lumière pour vous ? Pour qui êtes-vous lumière à votre tour ?

Voici une prière de Jules Beaulac qui vous est dédiée, vous qui portez la Lumière, l’Étoile du matin, dans vos cœurs :
Bougies

Il est minuit, Seigneur.
Il fait nuit, il fait noir, très noir.
Mais, heureusement,
il y a les étoiles, nombreuses,
qui piquent le ciel et qui scintillent
comme des paillettes d’or sur la grande robe du firmament.
S’il n’y avait pas d’étoiles, que la nuit serait triste !
S’il n’y avait pas d’étoiles, que la nuit serait triste !
Mais, s’il n’y avait pas de nuit, on ne verrait pas les étoiles…

Seigneur,
il fait parfois nuit dans ma vie :
problèmes, déceptions, échecs, fautes…
Qu’il y ait toujours des étoiles pour éclairer mes nuits :
amitiés, joies, reconnaissances, pardons…
Et que tu sois la plus grande et la plus brillante de toutes !

Amen.

Joyeux Noël !
Heureuse et Sainte Année 2018 !

Appel aux Évêques du Québec

Appel aux Évêques du Québec

Il y a une vingtaine de siècles, on disait à un bizarre de gars qui guérissait les malades de se taire, de cesser de se prendre pour un autre, d’arrêter sa magie; la maladie, criait-on sur les toits, est le résultat du passé pécheur du malade ou de celui de ses parents. « C’est comme ça! C’est la vie! » Les grands prêtres ne venaient aucunement en aide aux malades qui devaient probablement mourir dans des conditions atroces des suites d’une maladie physique ou mentale. Ce gars de Nazareth a bravé « les autorités » de l’époque et n’a pas cessé de soigner et de guérir; il en a payé le prix… mais c’est une autre affaire. Il a continué de SE SOUCIER des malades, de prendre leur parti, de les faire passer en priorité dans sa vie car la Vie, c’était son affaire.

Depuis, la science médicale a fait des progrès inouïs… et étrangement la maladie « aussi » en ce sens qu’elle est devenue plus complexe, compliquée, subtile, déconcertante, inattendue, déguisée… Médecins et chercheurs se battent jour et nuit pour l’affronter et la vaincre. Ils persistent, ils s’accrochent, ils continuent de courir. Souvent, dans l’ombre, ils remportent de belles victoires tout en sachant qu’ils doivent recommencer sans cesse car elle, la maladie, est futée. Pour frapper, la maladie s’ajuste aux conditions de vie des populations en « progrès » : elle saute sur toutes les nouvelles occasions qui apparaissent afin de ruiner, d’anéantir, de faire souffrir. On dirait que la maladie s’adapte.

Ce matin La Presse et Le Devoir nous apprennent que les coupures dans le réseau de santé montréalais affecteront DANGEREUSEMENT les services aux malades et que les plus vénérables écoperont. Plusieurs postes seront abolis et les listes d’attente s’allongeront. Les programmes de santé mentale, de services aux enfants souffrant de déficience intellectuelle et de troubles envahissant du développement, et de soins aux aînés sont clairement visés par les coupes.» Ça frise le ridicule, affirme Carole Dubé de l’Alliance professionnelle et technique de la santé et des services sociaux (APTS), de couper dans les secteurs où les clientèles sont les plus vulnérables. » Et que dire des autres régions qui subiront le même sort!

Il y a 20 siècles, dans le domaine de la santé, le ridicule se nommait les conséquences du péché. Aujourd’hui, dans ce même domaine, il se nomme « la richesse relative » des services aux plus vulnérables (expression de la grande prêtresse des finances de l’Agence de la santé de Montréal, Geneviève Dufresne). Il y a 20 siècles, le gars de Nazareth, malgré les embûches, avait continué de chérir les malades de son peuple : le prix à payer fut énorme. Aujourd’hui au Québec, les malades les plus fragiles sont en danger : pourquoi les évêques ne sortiraient-ils pas ENSEMBLE de leur silence pour chérir et soigner à leur façon les plus vulnérables? Pourquoi, ENSEMBLE, ne dénonceraient-ils pas au nom du même gars de Nazareth cette sectaire décision en appuyant celles et ceux qui sur le terrain sont à bout de souffle : infirmières et infirmiers, techniciennes et techniciens en milieu hospitalier, psychologues, médecins, préposées et préposés? Parfois la parole guérit, panse, soulage… et améliore des situations.

Si vous sortiez de votre silence collectif, messieurs les évêques, vous pourriez le payer cher mais la population des plus vulnérables vous supporterait. Quant à l’autre population, vous n’auriez qu’à secouer le sable de vos sandales sur leur cadre de porte, disait le gars de Nazareth (ou la neige de vos bottes), et à poursuivre votre route, le cœur joyeux et libre de toute complicité.

Le mélange des genres

Le mélange des genres

Récemment, lors d’une interview accordée à Radio Ville-Marie, l’ex maire de la Ville de Montréal, monsieur Gérald Tremblay, a voulu rendre compte de sa gestion politique qui l’a obligé à démissionner et l’a justifiée à l’intervieweur par les exigences et les « vertus » prônées par le Seigneur de sa foi religieuse. Je crois monsieur Tremblay sans aucun doute (je le connais depuis très longtemps), mais je ne peux m’empêcher d’être mal à l’aise devant ce « théisme traditionnel » et individualiste qui fait le jeu des puissants tireurs de ficelles habiles à se déguiser en colombes devant la Commission Charbonneau. Ma foi en ce Seigneur et en son Évangile m’incite à être tenace critique de toutes les approches et de toutes les situations qui nous distraient « de la fabrication de l’homme par l’homme ». (Gregory Baum, 2014) Ce Seigneur, comme le nomme souvent monsieur Tremblay, nous a faits co-créateurs avec Lui pour contribuer avec Lui à la sculpture humaine. Par son Fils il nous a ouvert les yeux sur les attitudes qui défigurent et ralentissent la progression de cette sculpture. Il a endossé des attitudes transparentes qui ont dérangé « ben du monde ».

L’Homme de Nazareth à qui on a fermé les yeux de force devant l’inquiétude qu’il suscitait dans son environnement a dévoilé (car il avait les yeux grand ouverts) ce qu’on essayait de cacher. Il a refusé d’être un laboureur qui se contente de regarder l’herbe pousser : il s’est procuré une charrue et il a labouré le champ, reviré la terre « boutte pour boutte » jusqu’à s’en faire des « ampoules ». Il a béni le pain et le vin, il a dénoncé les magouilles religieuses et politiques. Il a questionné les attitudes individuelles et collectives commandées par les religions, il a fait appel à la conscience des individus, il s’est mouillé. « Aucune décision n’échappe à l’ambiguïté des compromis qu’elle réalise, mais le refus du choix, la peur de trancher et, quand il le faut, celle de faire mal, constituent souvent les pires des compromis dans la mesure où ils laissent le champ libre à la violence des égoïsmes. »[1]

L’invitation première (Lc 10, 25-37) de l’Évangile de cet Homme de Nazareth est l’effort continu pour élargir notre solidarité avec les êtres humains : c’est là que nous y rencontrerons la Vérité et la Bienveillance. Ce chemin est celui des veilleurs qui refusent de se laisser endormir par la complaisance et qui sont conscients du prix qu’ils devront payer pour demeurer debout. L’accueil « religieux » de l’Évangile du Seigneur peut nous rendre complices des pires perversions : l’Histoire est là pour en témoigner… même l’Histoire récente. Réduire l’Évangile à une religion tranquille est un mélange des genres; c’est oublier que le Ressuscité a dit durant sa présence en Galilée et en Judée : « Je ne suis pas venu apporter la paix… »

[1] MOUSSÉ, Jean, Cette liberté de violence qu’est le pouvoir, Desclée 1982, p. 279.