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Qui succédera au pape François ?

Lors de son accession à la papauté, François avait affirmé qu’il ne comptait pas occuper le siège pontifical longtemps. Le pape a fêté son 82e anniversaire en décembre dernier. Or, son prédécesseur, Benoît XVI, avait quitté ses fonctions à l’âge de 85 ans. Il n’est donc pas présomptueux de penser que François fera de même d’ici trois ans. Alain Pronkin, chroniqueur spécialisé en actualité religieuse, est aussi membre de l’équipe nationale du réseau des Forums André-Naud. il s’est penché sur sa succession.

Qui succédera au pape François ? d'Alain Pronkin

La désignation d’un pape se fait à l’occasion d’un conclave qui est une réunion de cardinaux spécialement prévue pour cette occasion. Pour désigner un nouveau pape, le cardinaux sont « inspirés » par le Saint-Esprit. Cependant, la réflexion qui motive le vote de ces électeurs est alimentée par des choix et des prises de position que chacun d’eux ont pris auparavant. La tradition, et la tradition est importante dans l’Église, fait aussi partie des paramètres qui rendent une candidature à la papauté plus pertinente. C’est à cette analyse que s’est livré Alain Pronkin.

Le livre de Pronkin est quasi-scientifique selon le journal Le Monde qui a annoncé la sortie du livre en automne dernier. Quant à l’élection, Alain Pronkin a confié à Paul-François Sylvestre de l’Express que « les finances d’une Église vieillissante et le dossier des prêtres pédophiles seront au cœur des préoccupations quotidiennes du prochain pape ».

Louis Cornellier, du Devoir, signale qu’il n’y a pas, à proprement parer, de vaticaniste au Québec. Cependant, avec Alain Crevier, de Radio-Canada, Alain Pronkin se rapproche le plus de ce statut. Parlant de lui, Cornellier écrit : « Sa connaissance de l’univers vaticanesque est remarquable et indispensable. »

Titre:
Auteur: Alain Pronkin
Année de publication: 2018-10-29
Maison d’édition: Fides
ISBN: 9782762142587
Format : Papier
Prix: 29,95 $

5 ans de pontificat pour François : le bilan du RFAN

Le Réseau des Forums André-Naud aborde le pontificat de François selon deux perspectives : l’approche pastorale et la vie institutionnelle. Le Pape a été particulièrement efficace en gestes autant qu’en discours par son approche pastorale ouverte. Il a été sensible aux plus démunis et aux laissés pour contre. Il a été ferme sur la question des migrants. Sa position sur l’environnement lors de la publication de Laudato Si a été saluée unanimement. Ses interventions sur l’économie sont pertinentes. Enfin, il a posé des gestes concrets en faveur de l’Œcuménisme et du dialogue interreligieux.

Son bilan sur la scène institutionnelle est plus en demi-teintes. Le statut de la femme et le sort réservé aux homosexuels n’a pas changé. La gestion de la question des agressions sur les enfants manque souvent de transparence. Sur l’annulation des mariages, François aurait pu aller plus loin. Par contre, les réformes administratives au Vatican semblent porter fruit.

L’approche pastorale

L’approche pastorale du pape est très positive, notamment dans les médias. François a été particulièrement efficace avec sa proposition d’un évangile radical. Il s’approche spirituellement et physiquement tant des petits que des grands, des souffrants ou des mal-aimées. Il touche, prend dans ses bras tous ceux qui l’approchent. Il recherche la proximité des gens simples.

Il affiche une liberté de ton dans ses commentaires sur l’actualité. Il est un homme de paix : il dénonce les guerres et ses horreurs. Il est simple. Il témoigne d’un réel engagement auprès des pauvres en paroles et en actions.

Il revendique une économie éthique. Une économie au service de l’être humain. Dans Evangelii gaudium, il dit : « Nous ne pouvons plus avoir confiance dans les forces aveugles et dans la main invisible du marché. », pavant ainsi la voie vers un monde meilleur.

Il est allé à la rencontre des migrants et des réfugiés. Il réprouve l’intolérance et il dénonce la pauvreté des moyens mis en œuvre pour soutenir leurs conditions de vie.

Dans son encyclique Laudato Si’, il est question de la dégradation de l’environnement qui ne peut que mener à la dégradation de la vie humaine et sociale. Il demande au monde entier de prendre soin de cette Mère Terre que Dieu nous a confiée. Nous devons changer notre manière de penser l’environnement mais surtout notre manière de vivre. Cette encyclique a été reçue avec surprise et accueillie très positivement par ceux et celles qui ont le souci de l’environnement, qu’ils soient croyantes, croyants ou non.

L’œcuménisme et le dialogue interreligieux de François sont salués. Un évêque a dit un jour : « La religion est une manière culturelle de dire sa foi ». La position de François va dans ce sens et c’est bien. Le Pape s’est rendu en Suède pour commémorer le 500e anniversaire de la Réforme avec l’Église luthérienne. Il s’est rendu en Égypte pour renouer le dialogue avec l’Islam.

La vie institutionnelle

Les réformes administratives et financières du Vatican sont saluées et appréciées. Les mesures prises pour arrêter le blanchiment d’argent du crime organisé vont dans le sens de la justice et de l’honnêteté.

Le Synode sur la famille de 2014 a mis en évidence les forces rétrogrades qui agissent à l’intérieur de l’Église et qui bloquent les changements qu’un Pape pourrait souhaiter apporter sur un grand nombre de questions éthiques. L’approche de l’église institutionnelle entrave des changements profonds plus compatibles avec l’Évangile, des changements que souhaitent aussi de nombreuses chrétiennes et chrétiens.

Ainsi, l’Église continue à ne pas vraiment faire une place aux femmes dans son Église. Pourtant, bien des femmes ont une « approche pastorale » souvent meilleure que celle des prêtres. Certaines femmes auraient aimé être prêtres et elles auraient été très efficaces. La complémentarité hommes-femmes ne peut se manifester si la femme n’a pas la même place, la même importance que l’homme dans l’Église. La femme n’est plus au service de l’homme. François a dit : « Il est nécessaire que la voix de la femme ait un poids réel, une autorité reconnue dans la société et dans l’Église ». Malgré ces bons mots, il y a quelque chose qui ne va pas ! Le réseau des Forums André-Naud estime que le pape devrait faire preuve de plus d’audace dans la promotion d’une réelle égalité « hommes femmes » dans l’Église qui éliminerait toute discrimination envers la femme !

François a hérité d’une situation, les agressions sexuelles, qui mine la crédibilité de l’Église depuis plus de trente ans. Mais, le pape ne semble allez assez loin dans la protection des enfants face aux prêtres pédophiles. On ignore ce qu’il est advenu des prêtres qui ont déjà abusé des enfants. Ces abuseurs sont des criminels et ils devraient être jugés comme tels.

Les homosexuelles et les homosexuels souffrent de ne pas être acceptés inconditionnellement. Elles, ils n’ont pas voulu cette orientation sexuelle mais doivent la vivre. Or, l’Église se cantonne à la lettre de son catéchisme. Rien n’a changé. Pourtant, les homosexuelles et les homosexuels ont le droit, eux aussi, au bonheur partagé malgré leur différence !

La simplification des procédures concernant la déclaration de nullité du mariage est positive. Le mariage doit être vécu « pour le meilleur et pour le pire (chômage, maladie etc.) ». Le meilleur doit être vécu ensemble et le pire aussi doit être vécu ensemble. Mais quand le pire est l’autre, quand il n’y a plus de meilleur, le mariage n’a plus à être valide. Il y a des personnes qui sont emprisonnées dans une relation souffrante. Or le mariage ne doit pas être une prison. L’Église devrait aller plus loin dans cette réflexion et dans la simplification des procédures quand rien ne va plus.

La pastorale « médiatique » de François est très positive. Il est un bon pasteur. Par contre, les changements institutionnels suscitent certaine déception mais l’attitude de François nourrit l’espoir, qu’avec le temps, l’Église corrige ses visions. François ne changera par toutes les règles. Il manque de temps. Cependant, la réflexion doit continuer. Le Pape n’est pas, à lui seul, l’Église. Nous sommes des millions et nous ne pensons pas tous la même chose. François lui-même tente de mettre en valeur cette diversité d’opinions en demandant aux évêques de réfléchir à partir des situations concrètes des familles, chacun dans son milieu culturel.

Dans le journal La Croix de Mars 2017, Éric-Emmanuel Schmitt écrivait de François :

« Par la lumière spirituelle qu’il dégage, il incarne les idéaux de Jésus, tourné vers les autres, attentif, compassionnel, dénonçant les fausses valeurs, la puissance, l’égoïsme, l’argent roi, le profit forcené aux dépens de la Terre et des hommes, la gloutonnerie capitalistique. D’un côté, il réprouve la pauvreté provoquée comme un scandale; de l’autre, il revendique la pauvreté comme une vertu, le goût du dénuement et du retour à l’essentiel. »

Le réseau des Forums André Naud partage cette opinion.

Lettre au pape François

Les membres du Forum André-Naud de Trois-Rivières et de Nicolet.

(N.D.L.R.) Dans le cadre du Synode romain sur la famille tenu en 2014 et en 2015, le Forum André-Naud a demandé  à des auteurs, parmi d’autres, de rédiger une opinion afin d’alimenter la réflexion sur le sort réservé à la famille en 2015. Voici un extrait de la « courtepointe » qui a été publiée dans notre dernier bulletin.

Bien cher François, frère en Jésus-Christ Nous sommes heureux que tu nous aies consultés au sujet de l’orientation de notre Église face au monde actuel en ce XXIe siècle. Nous sommes heureux aussi de partager avec toi et avec les autres évêques, nos points de vue de laïcs engagés sur la famille, sur les relations avec les personnes LGBT, sur la morale concernant les méthodes contraceptives et sur la violence faite aux femmes dans le monde. Nous réfléchissons depuis longtemps sur ces thèmes et c’est avec joie que nous te faisons part de nos croyances et convictions en tant que catholiques à l’occasion de ce rassemblement synodal historique du mois d’octobre 2015. Voici donc nos quelques réflexions ajoutées à celles de tout le Peuple en marche.

Qui sommes-nous ?

Nous sommes un groupe d’hommes et de femmes, une trentaine, laïcs et prêtres des diocèses de Nicolet et de Trois-Rivières rassemblés autour de la pensée d’André Naud, prêtre de Saint-Sulpice, théologien qui a beaucoup réfléchi sur Vatican II. Nous travaillons aussi en réseau provincial, avec d’autres membres comme nous, préoccupés de la vitalité et de la santé de l’Église dans d’autres diocèses de la province de Québec.

La famille

Pour l’heure, en Occident, la famille prend de plus en plus un sens élargi et Jésus n’y est pas étranger. Il nous invite à offrir à notre tour, notre amour au-delà de nos groupes de sang. Il y a tant d’exclus et de personnes marginalisées. C’est avec eux qu’Il nous exhorte à faire famille. Nous croyons que l’Évangile et surtout l’attitude de Jésus doivent nous inspirer non seulement pour nourrir le modèle traditionnel de famille qui, à l’évidence, n’est plus le modèle principal dans notre Québec actuel, mais nourrir aussi le modèle éclaté du noyau familial qui prend une multitude de formes toutes aussi vraies les unes que les autres. La bible ne fournit pas de modèle de famille pour toutes les époques et la vie de Jésus dépasse le cadre familial. Il nous appartient donc à nous de reconnaître de nouveaux lieux.

Quand Jésus rencontra la Samaritaine (Jn 4, 1-39) et Zachée (Lc 19, 1-10), il a montré que converser avec des personnes marginalisées comme elles, c’était d’abord se convertir, se retourner vers une personne pour l’écouter, lui dire son émotion, écouter son rêve.

Nous vivons souvent davantage de fraternité et d’échanges spirituels avec des groupes communautaires, paroissiaux ou autres que dans nos propres familles naturelles. Nous souhaitons véritablement entendre et voir nos évêques enjoindre les pasteurs de leur diocèse, à s’ouvrir avec confiance aux nouvelles réalités familiales et leur permettre d’accueillir à la table eucharistique, les fidèles qui viennent solliciter la nourriture spirituelle du pain de Vie partagé à la messe. Cela dans la lignée des suggestions du Cardinal Walter Kasper (L’ÉVANGILE DE LA FAMILLE, Cerf, 2014).

Les relations avec les lesbiennes, les gais, les bisexuels et les transgenres. (LGBT)

Allons plus loin encore, La richesse morale des unions de chrétiens LGBT qui vivent leur couple et leur famille dans la durée, l’amour et le partage doit être reconnue. Il nous plaît de penser que toi-même tu t’es audacieusement ouvert à cette réalité en pratiquant une brèche dans le mur de la honte qu’est l’ostracisme vis-à-vis des transgenres. Le samedi 24 janvier 2015, n’as-tu pas initié une rencontre avec Diego Neria Lejarraga, un Espagnol de 48 ans, né femme, accompagné de sa fiancée ?

Une parole d’un ex-membre du FAN traite avec humour de ce sujet : Mon Dieu, ton Esprit est féminin chez les Hébreux, Ruah; masculin chez les Latins, Spiritus; neutre chez les Grecs, Pneuma. N’est-il pas transgenre ? Tes anciens maîtres diraient que tu distilles un « mauvais esprit ». Gérard Marier

Les curés et les prêtres en général, par une prédication véritablement inspirée du Royaume, doivent annoncer un vrai changement dans nos manières de former communauté, quitte à sortir des paradigmes traditionnels. En effet, comment des frères et des sœurs de sang qui ne sont pas toujours en bons termes entre eux, peuvent-ils à fortiori croire à la communauté de vie selon le cœur de Jésus ? En d’autres mots, le rôle du prédicateur n’est-il pas d’inciter les paroissiens à entrer dans le rêve même de Jésus et de rassembler dans l’unité, toutes les personnes qui se présentent à lui ? Plus encore, il faut favoriser le règlement des questions sur la famille et le mariage par les autorités diocésaines, en consultant les baptisés, hommes et femmes. Pourquoi la défense de la famille est-elle une priorité de l’Église ? N’y a-t-il pas plusieurs organismes qui s’occupent des familles, des couples, des enfants? L’Église devrait se centrer sur la diffusion de l’amour, faire un accueil à toute personne. Le style de famille de Jésus (qui est ma mère et qui sont mes frères ? (Mt 12 46-50) est un modèle faisant référence à la communauté, projet spirituel et collectif, privilégiant le Royaume, lui-même projet du Père. Les foyers chrétiens sont idéalement, selon la vision traditionnelle, une réussite de type nucléaire, de membres reliés par le sang. Au-delà de cette vision, d’autres types de familles se construisent dans des liens parfois fragiles, mais bien réels affirmant que la qualité de la communion doit prédominer sur la communauté en tant que telle et ses structures. Dans le texte des Actes des Apôtres, cette communion faisait que personne ne manquait de rien.

De nos jours, nous pouvons vraiment affirmer qu’une famille accueillante doit nécessairement s’ouvrir aux gens d’autres nationalités, voire d’autres croyances. Incarner le rêve de Jésus, être une expérience visible pour tous. « On vous reconnaîtra comme mes disciples à l’amour que vous aurez les uns pour les autres. » (Jn 13, 34).

La contraception

On doit reconnaître que l’ouverture sur la vie est plus large que la seule sexualité dans un couple marié. Comme la Sainte Famille (Jésus, Marie, Joseph) nous en donne l’exemple, le couple doit adopter les nouvelles vies que Dieu met dans sa destinée. Cela implique l’accueil et l’adoption des enfants, qu’ils proviennent de rapports bisexuels d’un couple marié ou non. Comme ils seraient heureux d’être confirmés par leur Église, dans leurs choix, ces couples responsables et matures qui veulent dire et vivre à leur manière, cette parole que nous pourrions mettre dans la bouche même de Jésus, « J’ai voulu vivre et vous m’avez donné la vie » !

Ne devrions-nous pas nous réjouir que la « technologie » ait permis l’émancipation des femmes, en plus d’être un moyen de protection contre des infections mortelles dans plusieurs pays du tiers-monde ? Le souligner ne sera pas sans importance. Concernant la loi naturelle, il serait bon de nous rappeler qu’elle n’est pas la seule approche en éthique mais qu’il y a aussi l’approche au niveau des valeurs et de façon particulière, l’amour comme valeur fondamentale de l’Évangile.

La violence faite aux femmes

Le violence conjugale et familiale contre les femmes et les enfants (viols, incestes, abus sexuels des enfants) doit être explicitement mentionnée. Il devrait favoriser par des décisions concrètes sa vive préoccupation quant à la violence faite aux femmes. À cet égard, des théologiennes avec droit de débattre et droit de vote aurait du être admis au sein de l’assemblée synodale. Il faut, à notre humble avis, écouter de manière décidée et inspirée, les incessantes revendications des femmes eu égard à la condition et aux droits des femmes non seulement dans la religion catholique, mais aussi dans les autres religions et cultures en général. C’est un acte nécessaire à poser si nous voulons que l’Église ne reste pas dans le même état où elle était avant que tu ne convoques cette mémorable rencontre. Il y a ici menace de « passe ou casse » dirait-on.

Conclusion

En terminant, bien cher François, nous sommes reconnaissants que tu aies pris connaissance de nos interpellations et sommes confiants que tu peux leur accorder le poids et le crédit qu’elles ont à nos yeux. Elles traduisent respectueusement notre ardent désir de poser à notre tour et à notre manière, les pierres à la construction d’une Église selon le coeur, référence privilégiée laissée par Jésus pour faire le Royaume. Bénis-nous de ta main qui porte ce projet aussi vers ton coeur.

Appel aux Évêques du Québec

Il y a une vingtaine de siècles, on disait à un bizarre de gars qui guérissait les malades de se taire, de cesser de se prendre pour un autre, d’arrêter sa magie; la maladie, criait-on sur les toits, est le résultat du passé pécheur du malade ou de celui de ses parents. « C’est comme ça! C’est la vie! » Les grands prêtres ne venaient aucunement en aide aux malades qui devaient probablement mourir dans des conditions atroces des suites d’une maladie physique ou mentale. Ce gars de Nazareth a bravé « les autorités » de l’époque et n’a pas cessé de soigner et de guérir; il en a payé le prix… mais c’est une autre affaire. Il a continué de SE SOUCIER des malades, de prendre leur parti, de les faire passer en priorité dans sa vie car la Vie, c’était son affaire.

Depuis, la science médicale a fait des progrès inouïs… et étrangement la maladie « aussi » en ce sens qu’elle est devenue plus complexe, compliquée, subtile, déconcertante, inattendue, déguisée… Médecins et chercheurs se battent jour et nuit pour l’affronter et la vaincre. Ils persistent, ils s’accrochent, ils continuent de courir. Souvent, dans l’ombre, ils remportent de belles victoires tout en sachant qu’ils doivent recommencer sans cesse car elle, la maladie, est futée. Pour frapper, la maladie s’ajuste aux conditions de vie des populations en « progrès » : elle saute sur toutes les nouvelles occasions qui apparaissent afin de ruiner, d’anéantir, de faire souffrir. On dirait que la maladie s’adapte.

Ce matin La Presse et Le Devoir nous apprennent que les coupures dans le réseau de santé montréalais affecteront DANGEREUSEMENT les services aux malades et que les plus vénérables écoperont. Plusieurs postes seront abolis et les listes d’attente s’allongeront. Les programmes de santé mentale, de services aux enfants souffrant de déficience intellectuelle et de troubles envahissant du développement, et de soins aux aînés sont clairement visés par les coupes.» Ça frise le ridicule, affirme Carole Dubé de l’Alliance professionnelle et technique de la santé et des services sociaux (APTS), de couper dans les secteurs où les clientèles sont les plus vulnérables. » Et que dire des autres régions qui subiront le même sort!

Il y a 20 siècles, dans le domaine de la santé, le ridicule se nommait les conséquences du péché. Aujourd’hui, dans ce même domaine, il se nomme « la richesse relative » des services aux plus vulnérables (expression de la grande prêtresse des finances de l’Agence de la santé de Montréal, Geneviève Dufresne). Il y a 20 siècles, le gars de Nazareth, malgré les embûches, avait continué de chérir les malades de son peuple : le prix à payer fut énorme. Aujourd’hui au Québec, les malades les plus fragiles sont en danger : pourquoi les évêques ne sortiraient-ils pas ENSEMBLE de leur silence pour chérir et soigner à leur façon les plus vulnérables? Pourquoi, ENSEMBLE, ne dénonceraient-ils pas au nom du même gars de Nazareth cette sectaire décision en appuyant celles et ceux qui sur le terrain sont à bout de souffle : infirmières et infirmiers, techniciennes et techniciens en milieu hospitalier, psychologues, médecins, préposées et préposés? Parfois la parole guérit, panse, soulage… et améliore des situations.

Si vous sortiez de votre silence collectif, messieurs les évêques, vous pourriez le payer cher mais la population des plus vulnérables vous supporterait. Quant à l’autre population, vous n’auriez qu’à secouer le sable de vos sandales sur leur cadre de porte, disait le gars de Nazareth (ou la neige de vos bottes), et à poursuivre votre route, le cœur joyeux et libre de toute complicité.