Archives de catégorie : Famille

Un homme avait deux fils

Michel Bourgault, FAN de Joliette

(N.D.L.R.) Dans le cadre du Synode romain sur la famille tenu en 2014 et en 2015, le Forum André-Naud a demandé  à des auteurs, parmi d’autres, de rédiger une opinion afin d’alimenter la réflexion sur le sort réservé à la famille en 2015. Voici un extrait de la « courtepointe » qui a été publiée dans notre dernier bulletin.

Un sénateur américain du parti républicain, Rob Portman, parce qu’il voulait le bonheur de son fils, a changé d’idée à propos de la reconnaissance des droits des homosexuels. Puisque les pères synodaux veulent certainement le bonheur des enfants de Dieu qui se reconnaissent homosexuels, puisqu’ils réaffirment leur préoccupation pastorale à leur égard, j’émets quelques propositions afin que se réalisent leur volonté et leur souci pastoral. Je propose en premier lieu qu’ils regardent en face les homosexuels au sein du clergé et des communautés religieuses et qu’ils reconnaissent leur généreuse contribution à la mission évangélique. Je propose qu’ils reconnaissent que leur mise au ban a assez duré. S’ils ne sont pas prêts à cela, je propose que le pape François institue une commission d’études formée d’un nombre égal de personnes hétérosexuelles, homosexuelles, féminines et masculines, pour faire cheminer la pensée de tous les catholiques et, quand le moment sera favorable, pour décharger le lourd fardeau que l’enseignement du Magistère a fait peser sur les personnes homosexuelles.

Ce qui compte en définitive à mes yeux, c’est de faire la volonté du Père qui est aux cieux : L’aimer et aimer son prochain comme soi-même. Quand deux époux se promettent fidélité devant Dieu et qu’ils respectent la parole donnée, ils suivent la volonté de Dieu. Quand deux époux connaissent la joie de donner la vie à un enfant, ils font quelque chose de tout naturel; mais ils font la volonté du Père surtout quand ils essaient par leurs comportements et leur exemple de vie de lui enseigner l’amour de Dieu et du prochain et d’engendrer cet enfant à la foi. Pour Jésus dans les évangiles, le sexe des personnes ne comptait pour rien, comme les relations de parenté, ce qui comptait c’était leur cœur et leur désir de s’ajuster à la volonté du Père.

Si nous voulons comme Église cheminer vers un discernement juste sur les relations homosexuelles de même que sur les unions homosexuelles, nous pourrions méditer la parabole du père et des deux fils de l’évangile de Luc. Rien dans la parabole ne dit que le fils cadet a dû montrer patte blanche avant d’entrer dans la maison, il est seulement dit qu’il a pris conscience de sa misère et il est retourné à la maison. Alors qu’il était encore loin, son père l’aperçut, (peut-être a-t-il attendu longtemps à la fenêtre dans l’espoir de ce retour), fut pris de pitié, courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers; en somme il s’est réjoui du retour de son fils. Alors que le fils reconnaît ses fautes, le père ne semble pas du tout intéressé par ses aveux. Il l’accueille inconditionnellement et il est réintégré dans la famille avec pleins droits. Il est temps que les homosexuels rentrent à la maison et puissent connaitre l’amour de la famille sous toutes ses formes. Il est temps de reconnaître qu’avec toute leur personne, sans en cacher une partie, ils peuvent témoigner de la foi en Dieu, reconnu comme la source de tout amour.

Synode sur la famille : arrière-scène historique

Les membres du FAN de St-Jean-Longueuil

(N.D.L.R.) Dans le cadre du Synode romain sur la famille tenu en 2014 et en 2015, le Forum André-Naud a demandé à ses membres, de rédiger une opinion afin d’alimenter la réflexion sur le sort réservé à la famille en 2015. Voici un extrait de la « courtepointe » qui a été publiée dans notre dernier bulletin.

Introduction

La famille est la structure sociale la plus souple et la plus tenace que les êtres humains ont développée à travers les siècles et sur tous les continents. Faire de l’une de ses modalités un modèle pour toutes les époques est une grave erreur, tout autant que promouvoir comme exemplaire la Sainte Famille, dont personne n’en connaît l’histoire. De plus, utiliser le mot famille pour toute autre réalité qu’un ensemble formé de parents et d’au moins un enfant est trompeur, par exemple au sein d’un club sportif ou même de l’Église.

Rappel historique

Jusqu’au XVIIIe siècle et même au siècle suivant en Europe ou ailleurs, le mariage consistait en une transaction contractuelle. Les bébés et les jeunes enfants, dont la moitié mourait avant six ou sept ans, étaient laissés pour compte. Amarrée au quai de la parentèle et de la communauté locale, les membres d’une famille n’avaient d’autre objectif que de survivre, souvent au détriment des autres. Chez les aristocrates, dont l’histoire est plus connue, il s’agissait d’une union financière et politique. L’absence de l’amour conjugal et des sentiments familiaux était coutumière. Même en Église chrétienne, le sacrement du mariage reposait sur le lien contractuel, social, légal, et non sur l’amour entre l’époux et l’épouse.

L’avènement de la bourgeoisie urbaine au XVIIIe siècle comme classe sociale intermédiaire entre les aristocrates et les misérables, si lent fût-il, favorise des mariages d’affection entre personnes libres de se choisir mutuellement. L’amour romantique a pour effet de susciter l’amour maternel et, plus tard, l’amour paternel. Les maisons incluant plusieurs chambres succèdent à la pièce unique. Chaque famille aspire à une certaine autonomie. La famille nucléaire ou domestique prend le dessus au XXIe siècle, du moins en Europe et en Amérique du Nord.

De façon paradoxale, l’embourgeoisement contribue à la répression sexuelle, appuyée par le moralisme catholique et le puritanisme protestant. En effet, les structures sociales, incluant les Églises, influencent l’évolution des familles et des personnalités. La bourgeoisie d’affaires fait par exemple la promotion de mâles, s’affichant comme maîtres d’eux-mêmes, bienséants, travailleurs, performants, individualistes, réglementés, géniteurs et même prudes. Sur ce dernier aspect, à titre d’exemple, les hommes comme les femmes portent un maillot de bain recouvrant tout le corps jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Et en Église prévaut alors une morale de répression sexuelle, de mépris du corps, de la peur de la femme comme tentatrice. Le mariage chrétien continue d’avoir pour fin première la procréation et comme fin seconde le remède de la concupiscence. Le fondement sacramentel du mariage demeure le contrat et non l’union amoureuse jusqu’au milieu du XXe siècle.

Entre temps, une émancipation sexuelle s’était tout de même étalée progressivement en trois étapes. De 1870 à la Première Guerre mondiale, l’intolérance de la bourgeoisie réagit aux nouvelles mœurs, jugées comme favorisant la dégénérescence de la société et le retour aux civilisations primitives. L’enseignement catholique durcit le ton. Deuxièmement, entre les deux guerres, le national-socialisme et le fascisme freinent l’émancipation, alors que le pape Pie XI publie deux encycliques: Divini illius magistri en 1929 sur l’éducation des enfants à partir de « la lamentable décadence » en cours et Casti connubii en 1930 sur le mariage, où la contraception est dite totalement inacceptable. Puis la révolution sexuelle et l’explosion de l’érotisme surgissent dans la décennie de 1960. Elles s’insèrent dans une crise de civilisations aux multiples facettes. L’encyclique Humanae vitae du pape Paul VI a en 1968 un impact tragique à cause de ce qui est écrit à propos de la contraception. En effet, à l’encontre d’une commission spéciale instaurée par le pape Jean XXIII en 1963, dont le rapport final fut endossé par 52 des 56 membres en 1966, les propos de Pie XI en 1930, fondés sur la doctrine de saint Augustin (354-430), prévalent comme si l’infaillibilité du pape était en cause.

Aucune considération du sensus fidelium, en particulier celui des femmes, toujours « soumises » à leurs maris respectifs ! Aucune attention à l’approche collective des évêques, qui n’avaient pas pu en parler au concile Vatican II ? On est toujours dans une morale autoritaire, imposée de l’extérieur et fondée sur le biologique, et non selon une morale de croissance intégrale en humanité, fondée sur des valeurs évangéliques.

Conclusion

Au concile Vatican II, la constitution Gaudium et Spes a fait ressortir la complexité de la société contemporaine. Le potentiel destructeur de cette dernière a été montré du doigt. Les évêques n’ont pas moins indiqué les aptitudes au bien (les aspects positifs) de cette société et l’importance de les reconnaître. Si le synode a vraiment pour titre « La vocation et la mission de la famille dans l’Église et le monde contemporain », une approche différente de la famille est indispensable de la part du magistère catholique. Il importe de prendre en compte la réalité et d’y discerner l’Esprit Saint à l’oeuvre au sein des multiples genres de familles. Est-ce seulement au Québec, ou 80% des gens se disent catholiques, que 65% des couples ne sont pas mariés et 97% de la population ne participent pas aux célébrations dominicales? Le temps n’est-il pas venu de réviser la doctrine sacramentelle du mariage et d’en tirer les conséquences pastorales appropriées? Adieu la marginalité et l’exclusion. Il ne suffit pas de demander pardon pour des erreurs et des normes antérieures, dues à des valeurs bourgeoises et à des idées irréalistes. Des orientations vraiment évangéliques sont requises pour que le royaume se répande au sein des familles.

Y trouve-t-on des signes d’amour ?

Gregory Baum, théologien

(N.D.L.R.) Dans le cadre du Synode romain sur la famille tenu en 2014 et en 2015, le Forum André-Naud a demandé  à des auteurs, parmi d’autres, de rédiger une opinion afin d’alimenter la réflexion sur le sort réservé à la famille en 2015. Voici un extrait de la « courtepointe » qui a été publiée dans notre dernier bulletin.

La communauté Saint-Pierre Apôtre de Montréal, dont je suis membre, a élaboré sa vision de la famille, contribution au Synode Romain d’octobre 2015. Cette communauté se décrit ainsi : « Notre famille chrétienne est riche du vécu des personnes célibataires hétérosexuelles et homosexuelles, bisexuelles et transgenres; des couples hétérosexuels, des couples homosexuels, de couples divorcés, de couples remariés; de familles biparentales, de familles monoparentales, de familles recomposées, de familles homoparentales.

Pourquoi cette paroisse espère-t-elle pouvoir influencer l’enseignement officiel de l’Église? Premièrement, le pape François a maintes fois déclaré qu’il veut une Église ouverte, capable d’intégrer à la vie paroissiale les catholiques actuellement exclus. Deuxièmement, le rapport du Synode Romain 2014 montre que les évêques, conscients que dans le monde actuel la famille traditionnelle a été fragilisée, veulent apporter de l’aide à des catholiques vivant dans des unions non reconnues par l’Église, se débrouillant seuls avec leurs enfants, ou formant une famille inhabituelle.

Dans le rapport intérimaire du Synode 2014, en effet, on trouve une approche pastorale tout à fait innovatrice, que j’ai déjà présentée dans les pages de la revue Relations et que je veux décrire brièvement ici. Le rapport se réfère à l’affirmation quasi paradoxale du con-cile Vatican II: d’un côté, l’Église catholique est la seule véritable Église, d’un autre côté, les autres Églises chrétiennes, moins parfaites, communiquent le baptême et des vérités évangéliques à leurs membres, faisant ainsi partie du mystère de l’Église. Le rapport voit le même paradoxe dans la situation contemporaine des familles: d’un côté, le mariage ca-tholique, sacramentel et indissoluble, institution parfaite de Dieu, et de l’autre côté, les autres unions, stables et moins stables, contenant souvent des éléments positifs manifes-tant que Dieu y est présent.

Le rapport ne donnant pas une liste des éléments positifs de ces unions non conformes, j’en propose quelques-uns: la confiance en Dieu, l’appui mutuel, l’amour altruiste, le soin dévoué des enfants, l’empressement de se pardonner, et l’effort commun pour être au service de la société. On trouve dans ces unions non reconnues toutes sortes d’expressions d’amour, signes de la présence de Dieu, que – selon le rapport – l’Église officielle doit reconnaître et respecter. L’appréciation positive de la vie d’amour dans des couples «pas correctement» mariés est tout à fait nouveau dans l’Église catholique. Cela représente un saut vers une nouvelle théologie: on passe d’une approche déductive à une approche inductive. Je m’explique: dans le passé, à partir d’une idée claire du mariage catholique, on concluait que les catholiques dans une union non conforme vivaient dans le péché; aujourd’hui, selon le rapport, pour arriver à un jugement sur les catholiques dans une union non conforme, il faut regarder ce qui se passe dans cette union. Il s’agit d’une approche empirique: est-ce qu’on y trouve des signes d’amour, de service altruiste et des efforts communs pour faire du bien? Si oui, le rapport veut que l’on respecte cette union imparfaite et qu’on l’accueille dans la paroisse.

Cette approche théologique généreuse me rappelle une antienne qu’on chantait dans l’ancienne liturgie de la Semaine Sainte : ubi caritas et amor, Deus ibi est, là où se trouvent l’amour et la charité, Dieu est présent. Cette approche théologique conduit aussi à une nouvelle perception des unions homosexuelles Pour évaluer moralement ces dernières, il faut regarder ce qui se passe dans ces unions : est-ce qu’on y trouve l’amour, l’amitié, l’appui mutuel, un sens commun de responsabilité citoyenne, etc. ? Si oui, on doit respecter ces couples catholiques: leur union est imparfaite, mais le comportement des personnes impliquées est appuyé par la grâce de Dieu.

Les paragraphes du rapport intérimaire du Synode 2014 qui présentent cette nouvelle approche théologique et pastorale ne se retrouvent plus dans le rapport final, publié après le Synode. Il semble bien que ces paragraphes ont été supprimés par des cardinaux conservateurs ne partageant pas l’ouverture du Pape François. Il est donc important que les catholiques progressistes s’organisent pour soumettre leur témoignage à la considération du Synode 2015.

Présentation de la Courtepointe

Présentation de la Courtepointe

« C’est en effet l’homme et la femme qu’il s’agit de sauver » écrivaient les pères du Concile Vatican II en 1965; à sa façon le « silencieux » Samaritain évoqué par Jésus dans les écrits de Luc (10, 25-37) l’illustre parfaitement. Ce Samaritain se libère lui-même des dogmes, de la loi religieuse sectaire et des croyances isolantes pour se rendre disponible au fondamental et à l’essentiel. Sans rien demander pour lui-même, il accomplit une sorte de « ministère de la réconciliation » comme l’écrivait saint Paul : il sauve celui qui est menacé et s’organise pour le réconcilier avec la santé sans se soucier des qu’en-dira-t- on. On pourrait ajouter qu’il le conforte pour le reconduire à l’auberge. Il utilise « l’huile de la tendresse » pour le ramener à la Vie. Cet abandonné de la société retrouve des bras accueillants qui ne lui ont pas demandé ses papiers. Pas de « douane », dirait l’évêque de Rome avec son merveilleux sou- rire. D’abord la dignité à rétablir à tout prix, d’abord la recherche d’attitudes pour relever celui qui est dans le besoin. D’abord la sortie du tombeau!

Il y a ici, dans cet épisode du Samaritain, des attitudes que François, l’évêque de Rome, adopte sans cesse, et tout simplement, au quotidien, « sur le trottoir », pour sauvegarder la maison commune. Sauvegarder la planète et les familles qui l’habitent. Ces deux réalités menacées partout sur la boule qui nous a été offerte afin que, complices et co-créateurs, nous en faisions un « paradis » pour toutes et tous. Deux réalités liées que notre Institution a souvent négligées pour imposer un peu trop majestueusement ses lois et son Ciel.

Dans les articles qui suivront et seront publiés à un rythme soutenu, les membres du Réseau des Forums André-Naud qui ont collaboré au Synode sur la famille en 2014 vous exposeront leur Courtepointe fabriquée en 2015 pour contribuer encore au Synode et à la sauvegarde des familles d’aujourd’hui. Au Québec la courtepointe est un agencement cousu de pièces de tissu triangulaires et colorées fabriquées autrefois dans les maisons pour réchauffer « son monde » et lutter contre le froid nocturne tentant de paralyser la Vie. Les pièces triangulaires provenaient de vieux vêtements usés ramassés durant l’année écoulée : la récupération était déjà à l’œuvre!

Notre Courtepointe est un assemblage de textes autant individuels (9 auteurs sollicités) que collectifs (6 forums) tous « cousus ensemble » pour réchauffer l’espérance inquiète des femmes, des hommes, des enfants, des familles de notre maison commune nommée la Terre. Un effort pour que la chaleur de la tendresse et un paisible confort circulent entre les humains. Des textes sur les colorées familles d’aujourd’hui afin d’arriver à « repousser vigoureusement tout juridisme étroit et mesquin qui perdrait de vue le primat de l’amour généreux sur les règles concrètes d’action. »

Courtepointe

Le premier texte (la première pointe!) est celui des membres du Forum André-Naud (FAN) de Montréal qui s’intitule Laissez-nous approcher (Mc 2, 1-12) : un désir manifesté par le paralytique que ses amis ont dû passer par le toit pour arriver à Jésus. Un texte interrogateur sur les murs qui présentement (et depuis longtemps) bloquent et découragent de nombreuses personnes cherchant à rencontrer Jésus.

Le second, provenant des membres du FAN de St-Jean/Longueuil nous met sur la piste de l’histoire de la famille qui pose de nombreuses questions sur les positions arrêtées (figées) de notre Institution imposées aux familles catholiques. « Des orientations vraiment évangéliques sont requises pour que le Royaume se répande dans les familles. »

Les membres des FAN de Trois-Rivières et de Nicolet ont mis en commun leurs préoccupations et leurs souhaits pour que les familles, celles d’ici et celles d’ailleurs, soient davantage respectées dans leur organisation. Ni la Bible ni Jésus n’ont proposé de modèle familial unique pour apprendre l’Amour, le pardon, le partage… Une phrase de Jésus illustre bien sa pensée : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » Ce troisième texte de ces deux FAN a pris l’allure d’une lettre au pape François.

Le quatrième texte signé par un membre  du FAN de Joliette utilise le retour du fils perdu et retrouvé (Lc 15, 11-32) pour nous sensibiliser à la condition ecclésiale de plusieurs personnes homosexuelles : quand favoriserons-nous vraiment leur retour?

« Le message évangélique est la proposition d’un idéal de vie épanouissante, sanctifiante, divinisable, dans un monde et un processus laborieux qui exige efforts et patience. » L’auteur de ce message évangélique n’a jamais eu en tête l’exclusion et la condamnation pour celles et ceux qui peinent à y arriver; au contraire son accueil a toujours été immense et valorisante. Ce cinquième texte signé par un membre du FAN de St-Jérôme est d’un grand réalisme et propose des voies d’accomplissement pour parvenir paisiblement à vivre l’idéal proposé.

Un sixième texte collectif rédigé par les membres du FAN de Gatineau (Outaouais) insiste sur l’urgence « d’accueillir ouvertement dans leurs différentes situations de couples les personnes séparées réengagées, les personnes homosexuelles, les personnes vivant en union de fait,… qui cheminent dans la communion au Christ à la table eucharistique. » (extrait du Manifeste pour une Église dans le monde de ce temps adopté en octobre 2012 par TOUS les membres du Réseau des Forums André-Naud RFAN) Dans trop de situations, c’est l’Institution catholique qui a quitté les couples et non l’inverse. Le rôle de l’Église n’est pas d’abord de juger mais d’accompagner et de révéler Dieu.

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 Les textes qui suivent proviennent de 9 auteurs québécois sollicités par le RFAN pour apporter librement leur collaboration (leurs pièces de tissu à coudre) à l’élaboration de notre Courtepointe en vue de réchauffer et d’accompagner les gens de chez nous. Le premier texte nous a été offert par le théologien bien connu Gregory Baum qui montre comment une approche inductive de la réalité des familles « non conformes, donc non reconnues par l’Institution » est en train de remplacer cette approche déductive en vigueur depuis trop longtemps. Une très belle question : trouve-t-on des signes d’amour dans ces familles « non conformes? » Homme de sagesse et de longue expérience, monsieur Baum se souvient d’une belle phrase de la Semaine Sainte d’autrefois : Ubi caritas et amor, Deus ibi est!

Dans leur Manifeste pour une Église dans le monde de ce temps adopté par le RFAN en octobre 2012 lors de leur assemblée générale annuelle, les membres ont insisté grandement (inspirés par André Naud) pour souligner l’importance de la conscience. Ici, dans cette Courtepointe, le second texte, Une morale de miséricorde et de vérité, Guy Durand affirme clairement que la morale chrétienne est une morale de cheminement et qu’on ne doit jamais interdire de manger à celle ou celui qu’on a invité… ou qui a faim; un idéal à atteindre avec le temps, les échecs et les réussites. N’était-ce pas l’attitude de Jésus envers celles et ceux qu’il rencontrait?

Le texte suivant de Lisette Audet (FAN de Joliette) vient appuyer et illustrer le texte de Guy en proposant de développer certaines attitudes essentielles pour accueillir les familles d’aujourd’hui telles qu’elles sont.

Diacre permanent depuis longtemps dans l’Église qui est à Trois-Rivières, Robert Hotte espère une ouverture pastorale « sans douane » de l’Institution et une présence plus grande sur la rue, les trottoirs et les organismes impliqués auprès des familles. Une question résume sa réflexion : « Quelle est la compétence réelle dont l’Église dispose pour venir imposer son système d’interprétation personnelle aux couples? » Il faudrait ouvrir l’Évangile, écrit-il, pour apprendre ce que veut dire accueillir et aimer.

Le 13 août 2013, Bernard Ménard (prêtre depuis 56 ans) écrivait à François, l’évêque de Rome, une lettre pour lui offrir sa pensée (des questions, des certitudes et des suggestions) sur l’homosexualité et les personnes homosexuelles. Bernard a accepté d’insérer cette lettre dans notre Courtepointe en espérant que « ses frères et sœurs ne soient plus exclus de la table de fa- mille ».

Le sixième auteur sollicité, Gilles Lagacé, nous propose un texte très serré et très nourri sur La vocation et la mission de la famille dans l’Église et le monde contemporain. L’état des lieux, la théologie du mariage et des pistes pastorales à approfondir sont les 3 dimensions abordées. Dès le début, l’auteur est clair : « Jésus est une faible source d’information directe sur le sens du mariage. Lui-même ne s’est pas marié et n’a donc pas témoigné de sa propre personne sur la vie de conjoint ni sur celle de parent. »

Clamée, chantée, méditée à l’occasion d’un synode sur la famille, elle est belle, cette phrase du septième auteur sollicité, Gérard Marier, pour apporter sa pièce triangulaire à notre courtepointe : «Notre espérance, c’est la recherche d’une entente minimale entre nous pour fonder un vivre ensemble ecclésial pacifié. » La conclusion est celle d’un sage : « Recherche la paix et poursuis-la. » comme l’écrivait le psalmiste. (Ps 34, 15)

Paru sur le site Internet du RFAN, le huitième texte d’un auteur sollicité André Gadbois, sous le titre Des familles colorées, relate un événement qui a permis à l’auteur de découvrir que souvent dans les familles est vécu le fondamental qui transcende les modalités.

Prêtre missionnaire depuis 1962 (p.m.é.), Claude Lacaille (notre dernier auteur sollicité) vit maintenant au Québec, au service de personnes hébergées en institution pour maladies chroniques et de perte d’autonomie. « L’Église catholique, écrit-il, dans son enseignement sur la famille, est aujourd’hui en complète rupture avec la culture du 21e siècle. La famille est une  institution humaine fondamentale pour le bien-être de l’humanité… Notre intransigeance devant la réalité des hommes et des femmes de notre temps nous éloigne de l’Évangile de Jésus. »

Voilà donc 15 pointes colorées et cousues ENSEMBLE, 15 textes pour former une courtepointe capable d’offrir de l’espérance et de la chaleur à celles et ceux qui en recherchent. Merci à toutes celles et ceux qui, ici, ont osé SE DIRE, S’EXPOSER, et contribuer ainsi à alléger le poids que notre Institution a déposé sur les épaules de plusieurs de nos sœurs et frères. Il est venu pour que nous ayons la Vie, et la Vie en abondance. Il a marché vers Emmaüs pour nous ouvrir les yeux sur la réalité. Il fait de nous ses complices pour que nous nous rendions proches les uns des autres, que nous devenions des co-créateurs et co-créatrices et que nous sauvegardions notre maison com-mune : la planète et ses familles.

Merci à ce cher François, l’évêque de Rome, pour son audace au quotidien, pour sa dissidence évangélique, pour son humour et sa joie, pour sa confiance en Celui qui a dit à Moïse hésitant d’aller voir le Pharaon pour libérer son Peuple : « T’es capable! Je serai avec toi. » (Ex 3, 15)