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Québec, tu négliges un trésor !

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Selon Louis Cornellier du Devoir, Dominique Boisvert est un juriste de formation qui est partisan de la simplicité volontaire et évangélique. Boisvert «qualifie Jésus de « profondément révolutionnaire », non pas dans un sens strictement politique, mais dans la mesure où sa doctrine représente « l’exact contre-pied de ce que l’on nous propose généralement pour être heureux ».

Jésus, explique Boisvert, incarne la liberté absolue devant les pouvoirs et les peurs, s’adresse à tous mais en donnant la priorité à « ceux et celles qui sont déconsidérés dans sa société », fait de la pauvreté (et non de la misère) une richesse, « car elle met l’accent sur l’essentiel », place le partage au-dessus de la propriété, refuse la violence dans les rapports humains, professe la dignité de chaque personne et prêche par l’exemple, comme le montre l’histoire de sa vie. Bien sûr, son « royaume n’est pas de ce monde », il cherche d’abord à convertir les coeurs, et lire son message à partir de la grille gauche droite peut-être considéré comme un anachronisme, mais n’empêche. Pour voir autre chose que des idées dites aujourd’hui de gauche dans ce programme, il faut être de mauvaise foi.

Malheureusement, constate Boisvert, le catholicisme est en voie de devenir, au Québec, un héritage abandonné, un « folklore sympathique ». Dans le passé, l’Église nous a servis, mais elle a fini par occuper trop de place. En réaction à cette « mainmise de plus en plus pesante », nous l’avons rejetée, en confondant le message et le messager. Ce faisant, nous avons négligé de préserver un trésor, c’est-à-dire le message de Jésus, si essentiel à l’heure d’affronter les questions de sens. L’humanisme moderne, rappelle Boisvert après d’autres, est impensable sans considération de ses sources chrétiennes.

Ouvertement croyant, Boisvert, dont la prose est simple et vibrante, n’écrit pas pour convertir, mais pour inviter les Québécois à renouer lucidement avec un héritage porteur d’un élan libérateur. Son Jésus, s’il revenait, militerait probablement à Québec solidaire. »

Titre: Québec, Tu Négliges un Trésor
Titre: Dominique Boisvert
Année de publication: 2015
Maison d’édition: Montréal : Novalis
Sujets: Évangélisation — Québec (Province); Vie chrétienne — Québec (Province);
Bible. Évangiles — Actualisation
ISBN: 9782896881994N
Format: 111 pages ; 19 cm.
Prix approximatif: 15,95 $

Bienveillante Hélène

Bienveillante Hélène

Celle qui ne s’est jamais imposée par sa grandeur physique mais qui a toujours séduit son entourage par la hauteur, la largeur et la profondeur de son cœur vient de nous quitter. Le cancer l’a obligée à dénouer son tablier de service : elle est décédée samedi le 23 août à 18h55 dans la section des soins palliatifs d’un hôpital du Cap-de-la-Madeleine… décédée alors qu’au téléphone « je parlais d’elle » avec Michel Gauvreau qui revenait de la visiter à l’hôpital avec Ugo et qui me donnait des « nouvelles ».

Hélène Bournival était présente à la première assemblée générale du Forum André-Naud (congrès de fondation) le 18 octobre 2006 et par la suite, avec les moyens du bord (papier, ciseau, colle, règle, photocopieur…), elle a épaulé Claude Lefebvre à construire  et publier les premiers numéros du Bulletin du Forum. Dès que le Forum André-Naud s’est donné une  Constitution et une organisation québécoise, Hélène a accepté d’en être la registraire (une lourde tâche) et de participer aux réunions de l’équipe nationale. À toutes les assemblées générales à la Maison de la Madone à Trois-Rivières, tantôt appuyée par Rachel, Denis… elle accueillait les participantes et participants et enregistrait leur inscription officiellement. Toujours disponible! Toujours pleine d’humour et d’attention.

Hélène avait un parti pris au quotidien : les petit(e)s, les pauvres, les négligé(e)s, les oublié(e)s de la société qu’elle a servis sans relâche autant dans les quartiers populaires de Montréal avec les Petites Sœurs de l’Assomption qu’au Centre de détention Parthenais. Elle a été très impliquée avec les Fils de la Charité dans la communauté chrétienne de St-Étienne du quartier montréalais de la Petite Patrie. Un parti pris inspiré par l’Évangile.

Infirmière de formation, excellente cuisinière, bonne raquetteuse, organisatrice débrouillarde, habile couturière… toutes ces dimensions de sa personnalité lui ont permis de faire grandir l’autre, c’est-à-dire celui ou celle qui se présente sans nécessairement s’annoncer. Ça frappait à sa porte : elle ouvrait, accueillait, écoutait; comme LUI, elle dressait la table et partageait le pain qu’elle avait… avec son sourire coquin; rehaussé, nourri de tendresse et d’espérance, l’autre reprenait son chemin. Hélène : la bienveillance sur deux pattes!

Merci à toi, Hélène, pour ta vie qui a pénétré la nôtre.

André Gadbois, coordonnateur
pour le Réseau des Forums André-Naud

Le mélange des genres

Le mélange des genres

Récemment, lors d’une interview accordée à Radio Ville-Marie, l’ex maire de la Ville de Montréal, monsieur Gérald Tremblay, a voulu rendre compte de sa gestion politique qui l’a obligé à démissionner et l’a justifiée à l’intervieweur par les exigences et les « vertus » prônées par le Seigneur de sa foi religieuse. Je crois monsieur Tremblay sans aucun doute (je le connais depuis très longtemps), mais je ne peux m’empêcher d’être mal à l’aise devant ce « théisme traditionnel » et individualiste qui fait le jeu des puissants tireurs de ficelles habiles à se déguiser en colombes devant la Commission Charbonneau. Ma foi en ce Seigneur et en son Évangile m’incite à être tenace critique de toutes les approches et de toutes les situations qui nous distraient « de la fabrication de l’homme par l’homme ». (Gregory Baum, 2014) Ce Seigneur, comme le nomme souvent monsieur Tremblay, nous a faits co-créateurs avec Lui pour contribuer avec Lui à la sculpture humaine. Par son Fils il nous a ouvert les yeux sur les attitudes qui défigurent et ralentissent la progression de cette sculpture. Il a endossé des attitudes transparentes qui ont dérangé « ben du monde ».

L’Homme de Nazareth à qui on a fermé les yeux de force devant l’inquiétude qu’il suscitait dans son environnement a dévoilé (car il avait les yeux grand ouverts) ce qu’on essayait de cacher. Il a refusé d’être un laboureur qui se contente de regarder l’herbe pousser : il s’est procuré une charrue et il a labouré le champ, reviré la terre « boutte pour boutte » jusqu’à s’en faire des « ampoules ». Il a béni le pain et le vin, il a dénoncé les magouilles religieuses et politiques. Il a questionné les attitudes individuelles et collectives commandées par les religions, il a fait appel à la conscience des individus, il s’est mouillé. « Aucune décision n’échappe à l’ambiguïté des compromis qu’elle réalise, mais le refus du choix, la peur de trancher et, quand il le faut, celle de faire mal, constituent souvent les pires des compromis dans la mesure où ils laissent le champ libre à la violence des égoïsmes. »[1]

L’invitation première (Lc 10, 25-37) de l’Évangile de cet Homme de Nazareth est l’effort continu pour élargir notre solidarité avec les êtres humains : c’est là que nous y rencontrerons la Vérité et la Bienveillance. Ce chemin est celui des veilleurs qui refusent de se laisser endormir par la complaisance et qui sont conscients du prix qu’ils devront payer pour demeurer debout. L’accueil « religieux » de l’Évangile du Seigneur peut nous rendre complices des pires perversions : l’Histoire est là pour en témoigner… même l’Histoire récente. Réduire l’Évangile à une religion tranquille est un mélange des genres; c’est oublier que le Ressuscité a dit durant sa présence en Galilée et en Judée : « Je ne suis pas venu apporter la paix… »

[1] MOUSSÉ, Jean, Cette liberté de violence qu’est le pouvoir, Desclée 1982, p. 279.