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L’Église

Stricte et laissant peu de latitude, l’Église vit un essoufflement et un silence révélateur face aux grands questionnements du monde que sont la liberté, la fraternité et le partage. Notre religion se cherche dans la confusion créée entre politique et spiritualité. Ce qui a pour résultat qu’un bon nombre de catholiques ont perdu confiance et cherche un modus vivendi qui répondrait à leurs aspirations les plus intimes et les plus naturelles. Délaissant le clergé et les communautés religieuses, de nouveaux sujets structurent actuellement une autre Église sous l’égide du laïcat. Ce sensus fidei, bien particulier, se dirige vers des endroits que l’Église actuelle a abandonnés ou ne fréquente plus, faute d’arguments modernes qui collent à la réalité d’aujourd’hui.

La basilique Notre-Dame de Montréal
Crédit: Diego Delso, License CC-BY-SA
Il ne faut pas se surprendre que notre société s’approprie de plus en plus le laïcat comme assise et profite de l’occasion pour s’ouvrir sur les oubliés : les divorcés, les genres sexuels, les immigrants, les autochtones et tous ceux et celles qui se trouvent en marge de notre société, y compris l’environnement. L’Église a abandonné la signification simpliste du mot catholique qui signifie toujours universelle. Dans la société actuelle, plusieurs jeunes se dirigent librement vers l’entraide et la justice sociale. Ne pourrait-on voir là un prochain clergé ? Dans son cheminement à l’image de Jésus, faudrait-il que l’Église meure si elle veut ressusciter ? L’Église, en tant qu’organisme politique : peut-être ; mais, en tant que rassembleuse spirituelle : sûrement. Comment ? L’Esprit saura bien nous le dire.

Le temple est un symbole vivant de la maison de Dieu mais n’avons-nous pas mis sous le boisseau le cœur des humains afin de mieux chosifier la présence de notre Dieu comme une exclusivité à notre Église. Où situons-nous notre universalité ?  On a surtout mis l’accent sur l’hostie, la flamme du sanctuaire, l’ostensoir et le tabernacle. Au-delà de son devoir d’obligation imposé par l’Église, il faut bien admettre que le temple dominical avait un pouvoir de rassemblement et de convergence vers l’entente mutuelle, la joie la compassion et la reconnaissance de l’autre, bref la liberté, la fraternité et le partage.  Dites-moi : à quoi sert l’assistance à la messe si vous êtes incapable de sourire à votre voisin, lui pardonner, de lui venir en aide, l’assister, et de le nommer , le connaître ? Ce rôle social est crucial et essentiel. Malheureusement, il a été emporté par la vague qui nous a frappés par l’abandon et la vente souvent prématurée de nos églises, y compris le perron qui s’y rattache.

Pourtant, il y avait une véritable rencontre avec le Dieu de Jésus qui se faisait sur le perron de l’église, là où on retrouvait l’autre parce qu’il était lui-même le tabernacle de l’Autre. Il y avait aussi la cloche de l’Angélus, par son tintement qui nous rassemblait, parce que nous étions tous à l’écoute d’une même voix, véhiculée par la respiration de l’Esprit et qui respectait en chacun, un sens différent. Nous écoutions ensemble un son qui se concrétise en signifiant personnel. C’est cela qui nous unissait, comme ce que les contemporains des apôtres entendaient chacun dans leur langue en regard de leurs coutumes. L’herméneutique de l’Esprit est toute simple et tellement plus universelle par rapport à celle des humains.

Heureusement, Jésus n’a pas fondé l’Église catholique, il en a été le fondement. Autrement dit, l’Église a trouvé ses assises en Jésus Christ. C’est pour cela qu’elle ressuscitera. Dès lors, il faut croire qu’il y a des personnes, baptisées ou pas, qui suivent les principes de Jésus tout naturellement et qui œuvrent avec l’Esprit. En leur demandant de parcourir le monde deux par deux, Jésus était loin de constituer une secte ou un cercle fermé sur lui-même. Nous avons sans cesse le devoir de nous convertir et non de convertir. L’Église ne doit pas imposer, c’est un non-sens. L’Église aurait dû nous apprendre à aimer sans restriction et en liberté, point à la ligne.

Un de mes anciens professeurs disait : le monde « s’enmieute ». Aujourd’hui, je comprends que l’Esprit, au nom du Père et du Fils, travaille pour que le monde devienne meilleur et il choisit librement ses ouvriers d’où qu’ils soient. Le Pape François est un de ses ouvriers dans l’amorce d’une réorganisation de la curie romaine. Pour la suite, je vous invite à lire « Qui succèdera au Pape François ? » d’Alain Pronkin, chez Fides dont le titre aurait pu être « Que sera l’Église de demain » ?

L’Évêque des pauvres est mort

Maurice CoutureMgr Maurice Couture est décédé le 15 janvier 2018 et ses funérailles auront lieu le 5 février 2018. Il a été l’archevêque titulaire de Québec d’avril 1990 à décembre 2002. Il a été recteur-fondateur du Séminaire intercommunautaire de Cap-Rouge en 1965. René Tessier, porte-parole du diocèse de Québec, l’a qualifié d’« Évêque des pauvres ».

Il était proche de la faculté de théologie de l’université Laval. Le journal de la communauté universitaire, Le fil le décrivait ainsi:

« Ce communicateur hors pair a toujours su interpeller avec respect et authenticité la société québécoise dans ses multiples évolutions. Il a pris une part active à la réflexion sur des enjeux tels que les défis de l’éducation, l’accueil des immigrants et la place des femmes dans l’Église. Partisan d’une pastorale proche des gens, il appréciait l’insistance du pape François sur la notion de miséricorde et sa proximité des pauvres. »

Selon Radio-Canada, « Mgr Couture était reconnu pour ses prises de position avant-gardistes. Il était notamment favorable à l’ordination des prêtres mariés et il a milité pour une place accrue des femmes dans l’Église. » Dans une entrevue accordée à Radio-Canada en 2016, Maurice Couture entrevoyait le mariage des prêtres comme une voie plutôt incontournable pour l’avenir de l’Église.  Alain Crevier déplorait que Jean-Paul II, ne l’aie pas nommer cardinal, comme la tradition le commandait. Selon Pierre Maisonneuve, ancien journaliste, ce seraient les prises de positions sur le statut de la femme dans l’Église et le mariage des prêtres qui l’auraient handicapé.

Mgr Couture a été fait Grand officier de l’Ordre national du Québec en 2003. La notice disait notamment :

« Cet ecclésiastique soucieux de l’éducation de la jeunesse s’était illustré par son engagement pastoral dynamique, par sa solidarité forte avec les personnes marginalisées ainsi que par ses appels constants au partage et à l’entraide sociale. Il s’était démarqué en contribuant de près à fonder, à Québec, en 1990, l’organisme sans but lucratif Noël des enfants. »

Maurice Couture est né le 3 novembre 1926 et a été ordonné prêtre le 17 juin 1951. Il avait fait ses voeux perpétuels le 15 août 1948 chez les religieux de Saint-Vincent de Paul. Il a consacré les premières années de son ministère à la cause des jeunes en fondant notamment le Patro de La Baie dans la région du Saguenay. Il a été nommé Évêque de Baie Comeau en 1988 et archevêque de Québec en 1990. Il a présidé l’Assemblée des Évêques du Québec de 1993 à 1995.

Disparition de Gregory Baum: un pilote du catholicisme de gauche québécois

Unis pour le meilleur et pour le pireGregory Baum, théologien, expert lors du concile Vatican II, est décédé le 18 octobre 2017 à Montréal. Il laisse un important héritage au Catholicisme de gauche québécois. De Vatican II, il avait constaté le manque de volonté de l’Église à le mettre en oeuvre. Des Québécois, il souligne qu’ils se trompent en croyant que la religion appartient au passé, mais il n’a que de bons mots pour la théologie québécoise incarnée notamment par Fernand Dumont 1927-1997) et par Jacques Grand’Maison (1931-2016).

Professeur de théologie pendant 27 ans l’université de Toronto, il enseignera par la suite à l’université McGill au Québec à partir de 1986. Il a été collaborateur à la revue Relations pendant 30 ans. Gregory Baum était membre du Réseau des Forums André-Naud.

Ses funérailles seront célébrées à l’Église Saint-Pierre Apôtre de Montréal, le 28 septembre 2017 à 11h00.

L’effet Baum

Dans Le Devoir, Louis Cornellier le décrivait ainsi :

Défenseur d’une « culture critique dans l’Église et dans la société » ainsi que partisan des « mouvements de changement social qui s’efforcent de réduire la souffrance humaine et de rendre la société plus agréable à Dieu », Baum, militant de Québec solidaire depuis sa fondation en 2006 et d’une souveraineté-association à la Lévesque, n’est pas un catholique reposant.

Convaincu que « l’Église n’est pas une oasis de salut dans un désert de perdition » et que « le premier outil de la grâce, c’est la vie humaine », il adhère à la théologie de la kénose, selon laquelle Dieu se dépouille de sa toute-puissance dans la création pour laisser les hommes libres de contribuer à son oeuvre, et considère l’enfer non comme un lieu, mais comme « le dévoilement du potentiel d’autodestruction de l’être humain ».

Cornellier conclut :

Il y a eu, au Québec, et c’est ce qui fait l’importance de l’oeuvre, un effet Baum. Trop souvent, ici, le catholicisme est assimilé à une pensée ringarde, pépère et insignifiante. Par ses interventions solides et profondes dans le débat public, principalement dans les pages de Relations, Baum a témoigné, comme Jacques Grand’Maison avant lui, de la noblesse de la radicalité du message évangélique de justice et de dignité pour tous dans notre monde. C’est majeur.

Jean-Claude Ravet, Rédacteur en chef de la revue « Relations », retient que, pour Gregory Baum, « les enjeux de société, de justice et de bien commun étaient centraux, au même titre que la vie intérieure, la prière, le culte ».

Vatican II n’a pas tenu ses promesses

De Vatican II, Baum affirmait qu’au lendemain du Concile, l’Église a tout fait pour mettre les bâtons dans le roues. Dans une entrevue accordée en 20116 à Michel Dongois de la revue Notre-Dame-du-Cap, Baum disait de Vatican II:

« Certains évêques québécois par exemple, qui avaient fait une grande place aux laïcs, hommes et femmes, se sont fait rabrouer par le pape. »

Car s’il est une chose que Vatican II n’a pas changé, selon le théologien, c’est bien le dialogue à l’intérieur même de l’Église. « Rome n’a pas permis aux conférences épiscopales d’adapter l’Église à la culture des différents pays. On a plutôt eu droit au retour à la vision monarchique de la papauté, avec concentration des pouvoirs. » Sur ce plan, dit-il, Vatican II n’a pas livré ses promesses.

Les Québécois ont l’impression que la religion appartient au passé

Au cours de cette même entrevue avec Michel Dongois, Gregory Baum conatatait que « Les Québécois se désintéressent des questions religieuses recherchant plutôt une spiritualité personnelle », reléguant ainsi la religion au passé. Il le déplorait. Il appréciait cependant la créativité théologique due l’Église du Québec « qui se veut une invitation à se tenir debout face à ce qui entrave la liberté et la dignité humaines. »

Du théologien Fernand Dumont, Baum dira dans son ouvrage « Vérité et pertinence: Un regard sur la théologie catholique au Québec depuis la Révolution tranquille », qu’il considérait que la foi est « une donnée anthropologique universelle qui guide l’être humain vers une transcendance sans nom ». De Jacques Grand’Maison le théologien retiendra « qu’il faut combattre les péchés structurels puisque se déresponsabiliser devant un système injuste n’est pas digne d’un Catholique ».

L’église du Québec expliquée aux Russes


Dans un reportage produit par la chaîne RT-America, le reporter Alex Mihailovich décrit le déclin rapide du catholicisme québécois. Robert Gendreau, directeur du Service de pastorale liturgique à l’Archevêché de Montréal rappelle qu’avant les années 1960, 96 % de la population assistait à la messe du dimanche. « C’était phénoménal », dit-il, mais ce n’était que sociologique : les gens ne se rendaient pas compte de la portée de leur gestes.

Lucien Lemieux, prêtre du diocèse de St-Jean-Longueuil, docteur en histoire de l’Église et membre fondateur du Forum André-Naud, identifie parmi les profonds changements vécus à cette époque, la prise en charge par l’État de l’éducation et des soins des santé. Selon Mihailovich , à cela s’est ajouté la réforme de l’Église définie par le Concile Vantican II.

Pour sa part, le frère Marc-Abraham Babski, de la Fraternité monastique de Jérusalem, Français d’origine, et arrivé au Québec depuis quelques années, croit que l’Église détient des réponses sur les questions de vie, de mort et d’expérience spirituelle que se posent les gens.

Le reportage souligne que si des changements importants ont été vécus depuis 50 ans au Québec, dans le seul Archidiocèse de Montréal, le nombre de prêtres est passé de 257 en 1966 à 169 en 2013. En 2014 seulement, 72 églises ont été fermées au Québec. Alain Pronkin, chroniqueur spécialisé en actualité religieuse et lui aussi, membre du Forum André-Naud, croit pour sa part que c’est l’attitude face à l’Église qui a changé. Selon lui, les Québécois demeurent Chrétiens mais c’est l’Église qui n’est devenue qu’un rituel et c’est insuffisant. Alex Mihailovich signale que les faits tendent à donner raison à Pronkin puisque plus de 80 % de la population québécoise se dit catholique alors que seulement 6 % disent fréquenter la messe dominicale. Michael Coren, chroniqueur canadien-anglais affirme que la fréquentation dominicale est un problème déterminant pour l’Église parce que les dogmes chassent en plus ceux qui fréquenteraient normalement l’Église.

Alex Mihailovich ajoute que si l’Église est en train de s’effondrer, sa présence architecturale continue de s’imposer avec ses nombreuses Églises et Basiliques. Il constate de plus, à Montréal, une présence importante d’immigrants à l’Église. Robert Gendreau confirme que l’immigration « maintient » l’Église. Et, de conclure, le reporter d’origine russe : « Les voies du Seigneur sont impénétrables ».

La chaîne RT est une chaîne d’information continue financée par l’État russe. Elle affirme rejoindre sept cents millions de personnes dans plus de cent pays. Elle diffuse en Anglais, en Français, en Espagnol et en Arabe.