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Réflexions sur Dieu : qui est-il ?

I- Histoire des dieux

Depuis les débuts de l’humanité, les êtres humains ont essayé de comprendre l’origine et le nature de l’univers, le pourquoi du mal, le sens de la vie, etc., en les attribuant souvent à des êtres supérieurs ou des divinités. Certaines de ces visions du monde sont restées sommaires, d’autres ont donné lieu à des doctrines philosophiques et théologiques raffinées. On peut distinguer à cet effet quatre grandes lignes de pensée.

Le polythéisme

Neptune
Les uns ont personnifié et divinisé les forces de la nature (tonnerre, soleil, lumière, pluie, moisson, etc.) ou les passions humaines (amour, haine, force, ambition). On les a appelés polythéistes (du grec poly : beaucoup et théos : dieu) : croyance en plusieurs dieux. Tout le monde connaît le panthéon des dieux grecs, repris en bonne partie par les Romains : Apollon le dieu de la lumière, Poséidon le dieu de la mer, Cronos le dieu du temps, surtout Zeus le père des dieux; et dans un autre registre Aphrodite (Vénus) la déesse de la beauté et de de l’amour, Cupidon (Éros) le dieu de l’amour, etc.

Le panthéisme

Ce système diffère du panthéisme (du grec ancien pan : tout et théos : dieu) affirmant l’identité substantielle de Dieu et du monde. Dieu est une substance infinie dont tous les êtres sont des modalités. L’univers entier est le seul Dieu. D’après cette vision du monde, l’univers, la nature et Dieu sont une même chose. On retrouve cette vision dans l’Indouisme, chez des stoïciens anciens et des philosophes plus récents comme Spinoza au XVIIe siècle.

L’animisme

Pour l’animisme (du latin animus : âme, esprit), Dieu est l’âme du monde. L’animisme est la croyance en un esprit, une force vitale, qui anime les êtres vivants (humains et animaux), mais aussi les éléments naturels, comme les pierres ou le vent, ainsi qu’en des génies protecteurs. C’est une conception fréquente chez les Autochtones nord-amérindiens.

Le monothéisme

Le monothéisme (du grec monos : un, et théos : dieu) désigne la croyance en un seul Dieu ou une théorie philosophique analogue. Il a été développé dans le mazdéisme, au temps du prophète Zarathoustra en Perse au VIIe siècle avant notre ère. Il correspond à la vision des philosophes grecs Platon et Aristote. Il est professé par trois grandes religions encore florissantes : le judaïsme, le christianisme et l’islam.

Voyons maintenant l’évolution de la croyance du peuple juif qui a culminé dans le monothéisme, après des détours par des positions intermédiaires.

II – L’évolution chez les Juifs

Les lointains ancêtres des Juifs étaient polythéistes. Ils deviennent ensuite monolâtres : ne reconnaissant et n’adorant qu’un seul dieu (tout en reconnaissant qu’il en existe plusieurs), celui de leur peuple, celui qui les protégeait. Quand Abraham quitte la Mésopotamie, c’est le Dieu de sa tribu qui l’appelle et lui promet terre et descendance. Sa femme apporte, d’ailleurs, avec elle, en cachette, plein d’amulettes d’autres dieux. Moïse était probablement lui-même monolâtre. Le premier commandement du Décalogue dit bien : « Tu n’adoreras qu’un seul Dieu » (Exode 20, 3) et non : « il n’y a qu’un seul Dieu ».

Ce n’est vraisemblablement que pendant l’exil en Babylonie, au VIe siècle avant notre ère, que le peuple devient monothéiste, sous l’influence possible du mazdéisme. La monolâtrie et le monothéisme étaient d’ailleurs surtout le fait des élites et des prêtres. De retour d’exil, le prêtre et haut fonctionnaire Esdras essaie de l’imposer à tous : la réforme sera lente. La prédication des prophètes témoigne, par la négative, des pratiques polythéistes du peuple : Yahvé porte d’autres noms à consonance païenne (Élohim, Adonaï); il y a même dans le Temple une statue de la déesse Ashera, épouse de Yahvé. Reconnaissant ces pratiques polythéistes comme courantes, voire justifiées, certains historiens ont inventé le terme d’hénothéisme pour désigner la croyance en un Dieu principal qui n’exclut pas le culte rendu à des dieux subalternes ou des avatars du Dieu majeur.

L’après-exil est probablement la période où le peuple juif invente ou commence à rédiger son histoire, avec le récit de la création, du paradis terrestre, du déluge, des voyages d’Abraham, voire de l’histoire de Moïse, puis de la conquête du pays de Canaan… en transposant à l’origine de l’histoire sa conception nouvelle de Dieu. Dieu, Yahvé, est unique; et il est un Dieu personnalisé qui régit le monde, un Dieu qui fait alliance avec un peuple, le peuple élu auquel tous les hommes et femmes sont invités à s’intégrer. C’est un Dieu jaloux qui n’apprécie pas le culte aux autres divinités; un Dieu vengeur, qui condamne les Juifs à errer au désert pendant 40 ans parce qu’ils ont manqué de foi; un Dieu cruel qui ordonne de tuer les ennemis, selon les mœurs du temps; un Dieu qui punit :  l’exil et les défaites militaires sont des punitions pour les péchés du peuple ou du roi. Mais, Yahvé est aussi un Dieu qui se repent, qui pardonne et se reprend. N’a-t-il pas facilité le passage de son peuple dans la « mer des Joncs » grâce à son souffle puissant (Exode 14, 21). Puis ne l’a-t-il pas nourri de la manne au désert (Exode16, 21). Et des prophètes, comme Ézéchiel et le Deutéro-Isaïe, parlent d’un Dieu plein de tendresse, lent à la colère, agissant comme un bon berger.

Au temps de Jésus, les Juifs sont explicitement monothéistes, y compris les Samaritains (les frères mal-aimés), quoique les premiers adorent Dieu dans le Temple de Jérusalem et les seconds dans un autre construit sur le mont Gerizim (ou Garizim), près de Samarie. Le monothéisme juif s’approfondira théologiquement aux Ve et VIe siècles, puis au XIIe grâce à Maïmonide par exemple.

Puis, il y a eu le Dieu de Jésus.

III – Le Dieu de Jésus

Tout en s’inscrivant dans la tradition juive, Jésus présente un Dieu très différent. C’est un Dieu universel, Dieu de tous les hommes et femmes, quels que soient leur race ou peuple (et non celui du seul peuple élu). Il est surtout un Dieu père, bon, aimant et miséricordieux, prenant soin de tous les êtres humains, appelant tout un chacun à l’amour, amour concret, agissant, artisan de justice et de paix.

Le Dieu révélé par Jésus est, en effet, un Dieu Père, un Dieu bon, miséricordieux (malgré quelques affirmations difficiles à comprendre, comme Matthieu 25, 14-30), un Dieu qui a confié le monde à la responsabilité des hommes et des femmes. Plusieurs affirmations de Jésus le présentent comme père : « mon père » et « votre père ». Révélatrice à cet effet la prière qu’il a enseignée à ses disciples : « Quand vous priez, dites : Notre Père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel… » (Matthieu 6, 9-15).
La croix
Ce trait apparaît dans de nombreuses paraboles. Comme celle de l’enfant prodigue où le père se réjouit du retour de son fils cadet qui a dilapidé son héritage. Celle de la brebis perdue où le maître laisse tout de côté pour aller à sa recherche. La scène du Jugement dernier, si on y regarde bien, est elle-aussi révélatrice. Tout se joue sur l’attitude que les hommes ont eu envers leurs semblables. Les bons (les bénis de Dieu) sont ceux qui ont nourri les affamés, vêtu les pauvres, consolé les affligés, fait œuvre de justice et de paix. Car, conclut Jésus, « Quand vous l’avez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait » (Matthieu 25, 31-46).

S’inspirant de certains textes de l’Ancien Testament comme le psaume 26, 19-20, Jésus, dans certaines paraboles, présente parfois Dieu sous les traits d’une mère. Par exemple, la parabole de la pièce de monnaie perdue que la femme cherche avec une lampe jusqu’à ce qu’elle la retrouve (Luc 15, 8-10). Ou celle du levain que la femme met dans sa farine pour faire lever le pain (Luc, 13, 33).

Le sommet est cependant chez saint Jean. « Dieu est amour, proclame-t-il, et partout où il y a amour, il y a Dieu » (Jean 4, 8). Puis, « Dieu a tant aimé les hommes qu’il leur a envoyé son fils unique » (Jean 3, 16). Et le premier commandement est conséquent : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés » (Jean 15, 12). Il y a dans les épîtres, en particulier de Paul et de Jean plusieurs éloges touchants de l’amour.

Les religions parlent beaucoup de Dieu et prennent donc pour acquis son existence. La philosophie peut-elle le confirmer ?

IV – Les preuves de l’existence de Dieu

Au-delà des croyances religieuses, existe-t-il des preuves de l’existence de Dieu ? Si oui, pourquoi tous les hommes ne croient-ils pas ? De tout temps, philosophes et théologiens se sont penchés sur la question.

Déjà Socrate, au Ve siècle avant J.-C., a été condamné parce qu’il refusait le polythéisme de ses contemporains pour ne retenir que l’existence d’un Dieu unique, transcendant. Le philosophe Aristote, réfléchissant sur le mouvement et le changement dans le monde, concluait que s’il y a un tel mouvement perpétuel, il faut présupposer l’existence d’un premier moteur, immobile, Dieu. Mais c’était un principe bien abstrait.

Au XIe siècle, le théologien saint Anselme développait l’idée que si on peut imaginer un être parfait, celui-ci existe effectivement parce que l’existence fait partie de la notion de perfection. Au XIIIe siècle, saint Thomas d’Aquin a développé cinq preuves de l’existence de Dieu, qui ont eu une influence énorme dans la chrétienté : à partir du mouvement et de l’immobile, du rapport effet-cause, du rapport entre le contingent et le nécessaire, du rapport entre le contingent et la transcendance, de l’ordre du monde. Beaucoup plus tard, Pascal a élaboré sa théorie du pari : Dieu existe ou pas. Ne pas y croire nous range parmi les mécréants éternellement; aussi bien donc y croire.

Avec le développement des sciences, on a compris qu’il n’y avait pas de preuves physiques de l’existence de Dieu. La science se tient par elle-même. Elle élabore diverses théories pour expliquer le monde, comme celle de l’évolution des espèces, ou celle du Big bang originel, ou encore des multiples Big bang. En sorte que l’on distingue de plus en plus les deux champs de connaissance : la science et la foi. Ainsi certains auteurs récents peuvent-ils conclure : « On peut être agnostique et croyant » : agnostique au point de vue scientifique (je ne sais pas si Dieu existe) et croyant sur le plan existentiel. La foi est d’un autre ordre de connaissance, comme la connaissance philosophique, l’intuition, l’amour, l’amitié, la confiance que l’on fait à quelqu’un (encore que certains scientifiques pensent que tout se passe préalablement dans le cerveau neurologique !).
L'univers
Mais avant d’aborder la question de la foi, réfléchissons sur la connaissance philosophique ou sur le rapport entre connaissance scientifique et philosophique.

V – Retour sur les divers modes de connaissance

Notre monde moderne magnifie la connaissance scientifique. Celle-ci pourtant change régulièrement. Et elle ne détrône pas la connaissance philosophique. Cette dernière, en effet, quoique d’un autre ordre, est tout aussi ferme, nécessaire, essentielle.

Jean-Paul Sartres, par exemple, le philosophe phare du milieu du XXe siècle, écrivait ceci sur les fondements de la morale centrée pourtant sur l’autonomie pratiquement absolue de l’homme : « Ma liberté est l’unique fondement des valeurs et […] rien, absolument rien ne justifie d’adopter telle ou telle valeur, telle ou telle échelle de valeurs. En tant qu’être par qui les valeurs existent, je suis injustifiable, [mais l’homme] en se choisissant choisit tous les hommes [et] ce que nous choisissons, c’est toujours le bien, et rien ne peut être bon pour nous sans l’être pour tous ». (L’existentialisme est un humanisme)

Cela rejoint le philosophe actuel André Comte-Sponville, qui ne cache pas du tout son athéisme : « Philosopher [de même que croire ou théologiser, c’est moi Guy Durand qui ajoute cette incise], c’est penser sans preuves (s’il y avait des preuves, ce ne serait plus de la philosophie), mais point penser n’importe quoi (penser n’importe quoi, d’ailleurs, ce ne serait plus penser), ni n’importe comment ». La raison commande, comme dans les sciences, mais sans vérification ni réfutation possibles. Pourquoi ne pas se contenter alors des sciences ? Parce qu’on ne le peut : elles ne répondent à aucune des questions essentielles que nous nous posons, ni même à celles qu’elles nous posent. La question « Faut-il faire des mathématiques ? » n’est pas susceptible d’une réponse mathématique. La question « Les sciences sont-elles vraies ? » n’est pas susceptible d’une réponse scientifique. Et pas davantage, cela va de soi, les questions portant sur le sens de la vie, l’existence de Dieu ou la valeur de nos valeurs… Or comment y renoncer ? « Il s’agit de penser aussi loin qu’on vit, donc le plus loin qu’on peut, donc plus loin qu’on ne sait. […] La chose est plus difficile, et plus nécessaire qu’on ne le croit ». (Petit traité des grandes vertus, PUF, 1995, p. 236)

En réalité, écrit de son côté le théologien Xavier Thévenot, la vie morale n’existe que basée sur un acte de foi, un acte de foi en soi, en l’homme et en la vie. Elle intègre toujours une forme de pari sur l’avenir, malgré les démentis que apportent la souffrance et le mal; et par-delà les démentis apportés par les excès de la liberté humaine quand celle-ci cherche à dominer ou à exploiter l’autre. (Une éthique au risque de l’Évangile, p. 17-18).

Connaissance scientifique, connaissance philosophique, foi : trois modes de connaissance, valables, complémentaires. Qu’est-ce donc que la foi, la foi religieuse ?

VI – La foi en Dieu

Le mot foi peut avoir une sens large : avoir foi en la technologie, par exemple. Le mot vient du latin fides, c’est-à-dire confiance. Comme dans l’expression « avoir foi en quelqu’un », c’est-à-dire avoir confiance en lui, lui faire confiance. Le plus souvent, le mot est d’ordre religieux : avoir la foi, la foi en Dieu, croire en Dieu. Qu’en est-il alors ?

Il n’y a pas de preuves formelles de l’existence de Dieu, ai-écrit précédemment. Mais il existe d’autres modes de connaissance que la connaissance scientifique, comme la connaissance philosophique, l’intuition, la connaissance esthétique, l’amour, l’amitié. La foi relève d’une connaissance de ce genre, fondée sur une décision (un acte de volonté) qui n’est cependant pas dénuée d’intelligence parce que appuyée sur des raisonnements valables sans être concluants, sur le témoignage de multiples générations, sur des miracles, sur des expériences mystiques de certains contemporains, comme l’écrivain très connu Éric-Emmanuel Schmidt (voir son livre Ma nuit de feu), quand ce n’est pas sur nos propres expériences spirituelles.

Dans le film documentaire québécois de Guillaume Tremblay Heureux naufrage, le même Éric-Emmanuel Schmidt dit : « Il n’y a pas de preuve que Dieu existe. Certains font le choix qu’il n’existe pas, je fais le choix contraire : je suis croyant ». (Dans le même documentaire, son contemporain le philosophe André Comte-Sponville fait le même raisonnement et conclut par l’athéisme). La foi est un choix.

La foi est donc un choix, un choix raisonné, un acte d’adhésion personnelle. Croire en Dieu, c’est reconnaître qu’il existe, reconnaître qu’il est présent dans nos vies et dans le monde, et qu’il y donne sens. Qu’on l’appelle Père comme Jésus, ou autrement : l’Absolu, le Transcendant, la Plénitude, Lumière et Paix (la différence est alors bien minime entre cette vision et le panthéisme, mais elle existe). Ça reste des mots humains qu’il s’agit de comprendre.

La foi n’exclut pas le doute, les heures sombres. Bien des saints l’ont avoué, y compris Thérèse de l’Enfant-Jésus, Mère Teresa et évidemment saint Jean-de-la-Croix, au XVIe siècle, qui a écrit un livre marquant sur les Nuits de la foi.

On dit souvent que la foi est un don de Dieu. L’expression peut surprendre. Car ce don est offert à tous. Pourquoi certains l’acceptent-ils, d’autres non ? On est renvoyé à la question principale, celle de la nature de la foi : un choix, une confiance, une adhésion.

Oui pour la foi. Mais les dogmes eux ne viennent-ils pas tout compromettre ?

VII – Les dogmes

Et les dogmes ? La Trinité, la divinité de Jésus, la Résurrection des corps, l’Immaculé conception, l’Assomption de Marie, le péché originel, etc. ? Dans un livre exceptionnel, écrit à la fin de sa vie en s’inspirant de la grande philosophe et mystique Simone Weil, le théologien québécois André Naud répond à la question en faisant état de son propre cheminement intellectuel et spirituel. L’Église a raison de proposer des dogmes, explique-t-il. Ceux-ci sont nécessaires, mais l’Église devrait changer sa manière de les dire, et le fidèle doit de son côté changer sa manière de les recevoir. (Les dogmes et le respect de l’intelligence, Fides, 2002).
La Bible
Les dogmes sont nécessaires, précieux comme des diamants, explique André Naud, pour amener à réfléchir, pour échanger entre humains, et pour prier et méditer; mais l’Église doit davantage proposer qu’imposer. Et le chrétien doit y prêter une attention respectueuse : se laisser interpeller par la précision des formules dogmatiques et même des condamnations, tout en faisant œuvre d’intelligence. Et cela au nom de la vérité de l’intelligence humaine et de la conscience individuelle (dont le respect doit être absolu) de même que de la vérité des dogmes (qui ont aussi quelque chose de repères absolus).

D’où les quatre repères herméneutiques suivants :

  1. Il y a une hiérarchie des vérités … et des dogmes. La divinité du Christ, par exemple, est plus importante que l’Assomption de Marie, absente des Évangiles.
  2. La vérité ne porte jamais sur la formulation. Les mots sont forcément liés à la culture d’une époque et à une philosophie : la foi n’est liée à aucune culture; et aucune philosophie n’est révélée.
  3. En théologie, on parle depuis des siècles de l’analogie de la foi : Dieu est comme un père, comme un roi, etc. De telle sorte qu’on peut aussi bien dire : Dieu n’est pas un père (sous-entendu, comme nous l’imaginons), il n’est pas tout-puissant (comme nous percevons la puissance), il n’est pas bon (comme nous percevons la bonté), etc. parce qu’il n’est jamais comme nous le disons, ni comme nous le pensons. Nos mots humains sont impuissants à dire correctement Dieu, le mystère, la transcendance.
  4. D’où tout le courant traditionnel de la théologie négative, exprimé par de nombreux mystiques et théologiens chrétiens : De Dieu on ne peut rien dire.

Les dogmes sont des indicateurs, des repères, des flèches vers la transcendance, le mystère : ceux-ci sont toujours au-delà des mots et des formulations. À vouloir trop en préciser le contenu, les enfermer dans une formule, on trahit ce pourquoi ils existent. Si le dogme pointe la transcendance, il ne peut l’enfermer. Un dogme n’est pas donné comme étant la vérité, mais comme étant quelque chose derrière quoi se trouve la vérité. Le mystère ne correspond pas à ce que nous ne connaissons pas ou pas encore, mais à ce qu’on n’a jamais fini de questionner et méditer. Il n’est pas de l’ordre des faits ; il n’en est pas moins réel. Il ne s’adresse pas à l’intelligence de la même manière que les faits, mais à celle des valeurs.

La difficulté du sujet rend-elle impossible de parler de Dieu aux enfants ?

VIII – Dieu expliqué aux enfants

D’où vient l’univers avec toute sa diversité et sa beauté ? – Du Big bang ?  Du hasard? – Mais, au-delà de Big bang et du hasard, comment ne pas pressentir une Intelligence qui a présidé à cet élan initial et mystérieux ? Comme il y a un artiste derrière un tableau, un architecte derrière un édifice, un musicien derrière une partition musicale, un inventeur derrière une technologie. Intelligence infinie, sans commencement – car il faudrait alors l’expliquer elle-aussi – ni fin, pour la même raison, donc un Être ou un Esprit qui préside encore à cette évolution du monde, en somme Dieu. On ne peut le représenter, ni l’imaginer. Il est au-delà de toute représentation et compréhension.
Les fleurs

Plutôt que de le voir comme une Intelligence froide, indifférente à son œuvre – donc à nous –, on peut se fier à Jésus et voir Dieu comme un Être ou un Esprit généreux, plein de sollicitude, même s’il y a des cataclysmes naturels et des comportements haineux. Un Être qui espère que les hommes s’entraideront et découvriront comment s’en prémunir ou préserver. Un Être paternel, maternel – pourquoi pas cette comparaison avec nos expériences. C’est, en partie, ce que les chrétiens veulent dire quand ils affirment que Dieu est Père, Fils et Esprit. Il est à la foi comme un père qui aime, comme un fils solidaire avec nous, comme un esprit qui nous inspire et dynamise.

La physique nous apprend qu’il y a une communication entre toutes choses. « Le froissement d’aile d’un papillon à l’Équateur peut être ressenti au Québec ». À plus forte raison, l’interrelation entre les humains doit-elle exister. C’est proche de ce que les chrétiens appellent la communion des saints. « Une âme qui s’élève, élève le monde », traduit un slogan populaire. La prière n’est peut-être pas une façon de changer matériellement quelque chose, mais une façon de me situer moi-même, voire de me changer moi-même pour que je change quelque chose dans le monde ?  Question de circulation d’énergie spirituelle.

 

Repenser nos liturgies et l’utilisation des églises

N.D.L.R. Voici un extrait du numéro 36, Octobre 2016, du Bulletin du Réseau des Forums André-Naud. C’est un texte extrait de la section Vie du réseau.

nanterre.jpg - http://nanterre.paroisse.net/paroisses/sainte-genevieve/celebrer-la-messeDans une lettre récente au cardinal Ouellet, le pape François signale, entre autres choses, le besoin de « trouver de nouvelles formes d’organisations et de célébrations de la foi ». Cela comprend des initiatives et des modèles variés, petits et grands. Je voudrais ici évoquer quelques modifications qu’on pourrait faire dans notre liturgie et dans l’utilisation de nos églises.

Je suis très souvent surpris de ce que je lis ou entends lors de nos célébrations liturgiques. Je me demande si les gens prêtent vraiment attention aux textes utilisés dans nos assemblées liturgiques : textes des Écritures, canon de la messe, hymnes, chants. Je pense, par ailleurs, que certains participants occasionnels en sont fortement surpris. Personnellement, je suis moi-même souvent scandalisé. Il me semble que l’on pourrait facilement changer certaines choses : une phrase d’un chant ou d’un hymne, voire un mot d’une prière officielle.

Je crois, en effet. que nos communautés chrétiennes pourraient prendre diverses libertés. Surtout dans la perspective des changements que le pape François a indiquée. Liberté par rapport aux textes proposés pour retrouver une théologie plus saine, une plus juste anthropologie, une meilleure compréhension des Écritures et un enrichissement plus grand pour chacun et chacune. Voici donc certaines suggestions.

  1. Chants
    Je commence par les chants, qui vivifient tellement nos célébrations et dont je trouve les paroles la plupart du temps très belles, poétiques, inspirantes.

    • Minuit ! Chrétien
      Dans ce chant, il y a deux lignes absolument inacceptables. Comment parler du courroux de Dieu contre l’humanité. Proposition :

      Minuit! Chrétiens, c’est l’heure solennelle
      Où l’homme Dieu descendit jusqu’à nous
      Pour annoncer une bonne nouvelle
      Et de son Père révéler tout l’amour.
      Le monde entier…
      Refrain: Peuple debout… ou Peuple de Dieu, reçois ta délivrance

      On trouve d’autres formulations, par exemple sur Internet, celle attribuée à Renaat Van Hove (1990) qui propose une réécriture complète du cantique. Elle dérouterait cependant davantage à cause de la multitude de changements.

    • Venez divin Messie
      On peut facilement trouver dans les cahiers liturgiques ou sur Google des mots différents. Il faut en changer quelques-uns. Et éviter encore de parler du « courroux » de Dieu dans le deuxième couplet.

      Venez divin Messie
      Nous rendre espoir et nous sauver.
      Vous êtes source de Vie
      Venez, venez, venez !
      Ah ! Descendez, hâtez vos pas ;
      Sauvez les hommes du trépas,
      Secourez-nous, ne tardez pas.
      Redites-nous encore ……………. au lieu de « Dans une peine extrême De quel amour vous nous aimez… »
      au lieu de « Gémissent nos cœurs affligés »
      Venez Bonté Suprême, Venez, venez, venez !

    • Gloria
      Il y a un autre chant où l’on fait parfois des changements, qui pourraient être généralisés, afin qu’il soit plus inclusif. Gloire à Dieu au plus haut des cieux, Paix sur la terre aux peuples qu’il aime ….ou… aux amis de Dieu plutôt que « aux hommes ».
  2. Prières
    Il y aurait aussi quelques phrases à changer dans nos prières même les plus officielles. À commencer par le Notre Père.

    • Notre Père
      Malgré la respectabilité du texte, il y aurait quelques mots à changer dans la seconde partie de la prière.

      Et ne nous laisse pas succomber à la tentation…
      au lieu de
      «Et ne nous induisez pas en tentation» ou «Et ne nous soumets pas à la tentation»
      ou « Et ne nous laisse pas entrer en tentation »

      Le changement à l’avant-dernière phrase s’impose. On ne peut absolument pas dire: « Ne nous induisez point en tentation », selon la formulation de l’ancien Petit Catéchisme du Québec, ou depuis 1965-66 « et ne nous soumets pas à la tentation » selon la traduction dite œcuménique, même si cette formulation semble coller au texte évangélique (Mt 6, 9-13; Lc 11, 2-4), comme si c’était Dieu qui nous envoyait les tentations. C’est ce que le livre de Job dans l’Ancien testament suggère, mais il s’agit justement d’un conte ou d’une fable coulée dans la perspective de l’AT. On ne peut retenir cette formulation. Les tentations ne viennent pas de Dieu. «Dieu lui-même ne tente personne», affirme l’Épître de Jacques (Jc 1, 13). Les tentations viennent du monde qui nous entoure, de notre subconscient ou de nos propres pensées conscientes. On demande à Dieu la force de passer à travers. La formulation récente, discutée depuis 2013, qui devrait entrer bientôt dans le lectionnaire officiel « et ne nous laisse pas entrer en tentation » n’est guère mieux, malgré les explications torturées qu’on en donne. Et elle n’est pas facilement compréhensible. La formule que je retiens « Et ne nous laisse pas succomber à la tentation », belle, juste, compréhensible du premier coup, généralement employée jusque dans les années 1970, jouit d’ailleurs de l’autorité du Catéchisme de saint Concile de Trente (texte et traduction édités chez Desclée et cie, Paris-Tournai-Rome, en 1905) . On pourrait aussi faire un changement plus radical. Au moins en pensée, si on ne le fait pas de vive voix.

      Pardonne-nous nos offenses, comme tu nous demandes de pardonner septante fois 7 fois.
      au lieu de « comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ».

      Ce dernier changement est moins évident puisque la formulation actuelle vient explicitement de l’Évangile. Mais, il est lui-même inspiré d’un autre texte évangélique (Mt 18, 22) et serait cependant beaucoup plus vrai théologiquement et plus réconfortant. Le pardon de Dieu n’est pas défini à aulne humaine: il est infini, inconditionnel.

    • Prières à Marie
      Concernant les prières mariales, on pourrait changer parfois l’expression « Vierge Mère » ou « Mère de Dieu », par Sainte Marie (comme dans l’Ave Maria) ou « Mère Marie » ou « Marie, mère de Jésus ». Cela nous ferait moins buter sur l’expression « vierge mère » et soulèverait des résonances nouvelles et riches en nous.
    • Autres
      Dans une para-liturgie, on nous a fait lire une prière commençant ainsi: « Dieu, père de miséricorde et mère de tendresse… » Quelle surprise, mais aussi quelle source de réflexion !
  3. Le texte de la messe
    Ici, j’ai des suggestions de divers ordres (grammatical, humanitaire, procédurale ou théologique). Les premières sont faciles à admettre et appliquer; les dernières plus importantes.

    • Des commentaires
      Il serait important, à mon avis, que le président d’assemblée ou un animateur fasse des commentaires de bienvenue et de transition entre les prières et les chants pour ménager les transitions. Si non, on passe d’une émotion à l’autre par sauts surprenants. Le Prions en Église pourrait lui-même comporter de tels textes, pour aider le prêtre pressé ou sans créativité. Voici quelques suggestions:

      • Faire un court commentaire de mise en situation avant l’acte pénitentiel. Si non, la célébration commence de manière bien négative et abrupte.
      • Faire un court commentaire de transition après l’acte pénitentiel du début et avant le Gloria pour signaler le changement de perspective ou de sentiment. Surtout lors des funérailles. Sinon, il y a un choc qui dérange.
      • Faire un court commentaire explicatif avant certaines lectures de la Bible (parfois signaler seulement le sens d’un mot) pour aider à comprendre, quitte à prolonger l’explication dans l’homélie. Un exemple récent: à la Pentecôte, on lit un texte de saint Paul qui dit: « Sous l’emprise de la chair, on ne peut plaire à Dieu »(Romains 8, 8). Or le mot « chair » pour Paul désigne, non pas le corps sexué ou sexuel auquel réfère la majorité des gens, mais l’ensemble de la personne humaine (corps et âme) coupée de Dieu et donc sujette aux passions de luxure, d’orgueil, de richesses, de pouvoir, etc. Le texte de Paul prend alors une tout autre dimension.
    • Des changements
      Mais, il y a plus, de nombreux changements seraient bienvenus et bénéfiques.

      • On peut facilement changer les mots masculins inclusifs pour dire explicitement « frères et sœurs », et « hommes et femmes ».
      • On devrait supprimer certaines strophes des psaumes qui parlent d’un Dieu guerrier ou d’un Dieu vengeur. D’un Dieu qui demande de tuer tous les ennemis.
      • On pourrait couper des hymnes trop longs (au langage souvent peu approprié), surtout quand ils sont chantés, même si la mélodie est belle. Y compris à la veillée pas-cale: vu la solennité de la fête, on s’attend à une célébration plus longue, mais il y a des limites pour les gens d’aujourd’hui et que la famille attend souvent à la maison.
      • On pourrait changer très souvent les mots « péché », « pécheur » à cause de leur charge émotive (mot mal compris théologiquement d’ailleurs) par d’autres comme « faute », « erreur » ou par « faiblesse », « fragilité »
      • Je trouve exceptionnellement vrai et beau d’entendre le prêtre chanter les paroles de la consécration et de nous y associer, manifestant ainsi explicitement que c’est toute l’assemblée des fidèles qui célèbre sous la présidence du prêtre.

        Quant le Seigneur se mit à table avec ses amis (bis)
        Il leur partagea le pain en leur disant
        Prenez et mangez, ceci est mon corps livré pour vous (bis)
        Quand le Seigneur se mit à table avec ses amis (bis)
        Il leur distribua le vin en leur disant
        Prenez et buvez, ceci est mon sang livré pour vous (bis)
        Nous célébrons ce grand mystère, ta mort sur la croix (bis)
        Nous chantons la joie de ta résurrection
        Et nous attendons le jour de ton retour glorieux (bis)

      • Au milieu de la prière eucharistique, après la consécration, quand on prie pour le pape, l’évêque du lieu, etc, je comprends que l’on dise « le pape François », mais quel fidèle comprend quand on dit seulement « notre évêque Paul » ou « notre évêque Christian », etc. Personne chez les fidèles n’appelle son évêque par son prénom ; souvent on ne le connaît même pas. Juste après, avant de prier pour les défunts, pour ne pas restreindre l’Église aux seules autorités, on pourrait prier pour tous les vivants, par exemple : « Prions pour tous les Chrétiens à travers le monde…  » ou « Prions pour tous ceux et celles à travers le monde qui cherchent Dieu ».
      • Au cours de la messe, on demande pardon à Dieu à trois moments. Il y en a sûrement un de trop. Difficile de choisir lequel. Mais j’ai entendu un prêtre changer les paroles précédant la communion, qui m’ont bien plu. Au lieu du traditionnel et humiliant « Seigneur, je ne suis pas digne de… », il a proclamé:

        Seigneur, je suis heureux de te recevoir
        Mais dis seulement une parole
        Et nous serons tous heureux….… ou … et nous serons tous raffermis

    • Autres changements plus radicaux
      On peut élargir les changements de manière encore plus large, de manière à être plus bénéfique pour les assemblées actuelles.

      • Au lieu de certains récits de l’Ancien Testament ou de certains psaumes et certains hymnes peu adaptés, ne pourrait-on pas trouver des textes plus vrais, y compris des textes de théologiens anciens, de saints ou saintes connus, ou encore d’auteurs contemporains. On serait attentif à, par exemple à un texte de Jean-de-la-Croix, de Thérèse-de-l’Enfant-Jésus, de Mère Theresa ou de Martin Luther King. Ou encore d’un poète contemporain. Voire d’un auteur québécois.
      • Dans l’homélie, je ne trouve pas toujours nécessaire de faire un lien (parfois d’ailleurs un peu artificiel) entre les trois lectures. Mieux vaut essayer d’expliquer le sens des textes, ceux de l’Ancien Testament étant souvent « déroutants ».
      • Plus généralement, j’aimerais bien que parfois au lieu de l’homélie, on fasse une sorte de catéchèse aux adultes sur Dieu ou le Christ, les miracles, un sacrement, la morale chrétienne, la distinction entre morale et droit. Quitte même à supprimer une lecture ou deux pour avoir un peu plus de temps. Ce serait plus fécond qu’une soirée spéciale sur les mêmes sujets, qui rejoindraient évidemment moins de monde. On pourrait même, à l’occasion, pourquoi pas, remplacer la première partie de la messe par ce type de catéchèse, et garder la seconde partie ou simplement la communion (comme le Vendredi Saint où il y a une liturgie avec communion mais sans messe).

      Une bien triste expérience que j’ai vécue dernièrement. C’était le 3e dimanche ordinaire. À propos, savez-vous ce que les gens comprennent de ce mot « ordinaire » ?. C’était une messe en l’honneur du 10e anniversaire de la mort d’un homme très connu et très impliqué dans la municipalité. Il y avait une cinquantaine de personnes de plus que les dimanches réguliers : plusieurs membres de sa famille: enfants et petits-enfants (d’âge adolescent). Une très courte parole de bienvenue officielle fut faite, et puis … hop ! le rite pénitentiel, et… re-hop le chant Gloire à Dieu. Deux adolescentes ont fait les lectures… sans parler vraiment dans le micro. Les trois lectures portaient sur le péché : heureusement que l’Évangile parlait de Marie-Madeleine et de l’attitude de Jésus. Mais quel climat ! À la fin, au lieu de me rebeller, j’avais les larmes aux yeux. Quelle occasion manquée ! Quelle Église coupée du monde ordinaire ! Pourquoi ne pourrait-on pas parfois choisir un autre Office ?

  4. Acoustique
    Dans un autre ordre d’idée, il faudrait être extrêmement attentif au fonctionnement des micros et à la qualité de la proclamation des lectures. Les églises sont vastes, beaucoup de participants âgés sont durs d’oreilles. Ce serait pourtant facile de dire aux lecteurs de se familiariser d’avance avec le texte qu’ils vont proclamer et d’être attentifs à l’emplacement du micro. Sinon, un responsable déjà dans le chœur peut facilement aller le placer. Cela est encore plus important dans les célébrations occasionnelles, comme les mariages et les funérailles où l’assistance est peu familière avec les textes liturgiques ou le lecteur d’un témoignage peu habitué à parler au micro (directement dans le micro).
  5. Utilisation de l’église
    On pourrait faire servir l’église à d’autres activités que la liturgie. Déjà beaucoup d’églises offrent des concerts et des conférences. On pourrait faire davantage, me semble-t-il.

    • Il y a quelques années, des citoyens notoirement athées (ou leur famille) ont de-mandé de faire une cérémonie de funérailles dans une église. Certains Chrétiens ont crié à la profanation, mais pourquoi donc ? Si un non-croyant veut donner une dimension spirituelle à son départ, pourquoi refuserions-nous ? Cela peut aussi offrir au prêtre ou à un autre croyant l’occasion de dire un mot sur la foi ou la spiritualité. Déjà plusieurs constatent comment des funérailles chrétiennes (avec messe) sont des occasions privilégiées pour rejoindre des gens qui ne viennent jamais à l’église et les amener à réfléchir sur le sens de la vie.
    • Pourquoi pas des mariages civils ? Si un couple le demande, exprimant ainsi son désir de donner une certaine note spirituelle à son union, pourquoi pas? Pour éviter les mauvaises interprétations ou « le scandale des faibles », il suffit de bien dire qu’il s’agit d’un mariage civil et que le prêtre n’est pas l’officier (même si celui-ci intervient à un moment ou l’autre pour donner une touche spirituelle). On ne fera pas d’inscription dans le registre religieux non plus évidemment. L’engagement civil présente, en effet, beaucoup de valeurs, de même que le contexte spirituel.
    • Et des funérailles à l’église pour des personnes qui ont demandé l’aide médicale à mourir. Je pense que l’archevêque de Montréal et le cardinal de Québec en affirmant que, même s’ils privilégient nettement les soins palliatifs, ils ne s’opposeront pas à de telles funérailles, s’inscrivent vraiment dans la ligne de l’Évangile. Les funérailles « servent à prier pour quelqu’un, affirme Mgr Lépine, et non pas à porter un jugement de valeur ». L’Église offre d’ailleurs depuis longtemps les funérailles aux personnes qui se suicident, ajoute-t-il. Les évêques qui refusent les funérailles aux malades qui choisissent l’aide médicale à mourir ignorent ce qu’est la souffrance, dénonce Gille Fontaine, aumônier d’hôpitaux à la retraite. « Faire ça, c’est ajouter de la souffrance à la souffrance. Les gens ont assez d’avoir perdu quelqu’un sans qu’on ne les pénalisent ». « C’est imprévisible comment on va réagir dans la maladie, donc vaut mieux être accueillant et compréhensif ». (Le Journal de Montréal, 30 sept. 2016; idem dans le Devoir).
    • Dernièrement, une paroisse de Chicoutimi a organisé une fête de l’Amour à l’adresse de tout couple « qui désire célébrer son amour et renouveler son engagement à deux » quel que soit son type d’engagement (mariage catholique, mariage civil, conjoints de fait, couple homosexuel). L’initiative a suscité l’irritation de plusieurs fidèles, y compris au niveau international. Mais pourquoi donc, encore une fois? Jésus à fait pire: il a fréquenté des prostituées et des voleurs aux yeux de ses contemporains !

On pourrait allonger la liste des changements à apporter, des initiatives nouvelles à pren-dre. Je reprends la phrase du pape François au cardinal Ouellet sur le besoin de « trouver de nouvelles formes d’organisations et de célébrations de la foi ». Je pourrais reprendre d’autres invitations du pape à ouvrir la mission de l’Église, à aller au-devant des gens par-tout où ils se trouvent. Ainsi cet extrait d’entrevue du pape à un journaliste italien: «Il ne suffit pas d’ouvrir les portes, il faut donc sortir dans la rue, à ses risques et périls. […] Au lieu d’être seulement une Église qui accueille et qui reçoit, efforçons-nous d’être une Église capable de sortir d’elle-même et d’aller vers les hommes et les femmes qui ne la fréquentent pas, qui ne la connaissent pas, qui se sont éloignés, qui sont indifférents. » (L’Église que j’espère, Flammarion/Études, p 95 et 98). À nous d’accueillir les gens au rythme de leur cheminement religieux ou spirituel et de nous répéter une autre parole du pape : « Qui suis-je pour juger ? ». Il s’agit d’une nouvelle vision de la pastorale, une pastorale des petits pas, une pastorale circonstancielle. À l’exemple de Jésus qui accueillit les gens, en toutes occasions, sans discrimination.