Tous les articles par François Lemieux

Les femmes et l’Église : une très, très, très lente évolution

Dans l’Église catholique romaine, le pouvoir est exclusivement entre les mains de ceux qui ont reçu le sacrement de l’ordre. Le pouvoir dont il est question est doctrinal, administratif, financier, liturgique, etc. Le pouvoir, c’est la capacité de fixer les orientations, d’interpréter le passé, de planifier l’avenir, de gérer le présent, etc. Or plusieurs grandes décisions récentes de l’Église ont été prises à l’encontre des femmes. Le problème n’est pas chrétien, il est catholique. Ce problème est-il insoluble ?

Le christianisme a contribué à la promotion du statut de la femme au fil des siècles, notamment en combattant l’excision et les mariages forcés comme un dossier de la revue Codex d’hiver 2018 le met en lumière.  Mais, l’Église catholique refuse toujours avec obstination d’accorder à la femme un rôle dans un ministère. C’es du moins ce que confirmait Mgr Ladaria dans l’Osservatore Romano en assimilant le refus de l’accès au sacrement de l’ordre aux femmes dans l’Église catholique à un commandement (sic) de Jésus-Christ. Pour Jean-Pierre Proulx, la déclaration de Mgr Ladaria est une proclamation d’hérésie. Il souligne que Mary Irwin Gibson est, depuis 2015, archevêque… anglicane de Montréal.

Il faut dire que l’exhortation apostolique Evangelii Gaudium du pape François, bien qu’équivoque sur le statut de la femme, était claire sur le refus traditionnel de l’accès à la prêtrise. En effet, s’il n’est pas possible d’être prêtre, évêque, cardinal ou pape, comment peut-on appliquer la résolution :

Parce que « le génie féminin est nécessaire dans toutes les expressions de la vie sociale; par conséquent, la présence des femmes dans le secteur du travail aussi doit être garantie » et dans les divers lieux où sont prises des décisions importantes, aussi bien dans l’Église que dans les structures sociales.

Le désert algérien

Dans un article de la revue Esprit de février 2010, Catherine Gremion signale que les plus graves décisions qui ont entraîné la désaffection des fidèles ont été prises à l’égard des femmes. Humanae Vitae n’a pas été la moindre. Le dernier Synode sur la famille de 2015 ne fait que confirmer ce constat de l’absence des femmes qui ne sont pas consultées sur des questions qui les touchent directement. D’autre part, l’utilisation de l’expression « génie féminin » qui a été reprise dans des le libellé des statuts de du Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie n’est pas sans laisser perplexe les organisations de femmes concernées.

Par ailleurs, en 2008, Rick van Lier estimait à 14 000, le nombre de membres de communautés religieuses au Québec alors qu’il était de 60 000 en 1961. En 2018, la Conférence religieuse canadienne estime à environ 8 500, ce nombre de membres. Il n’est pas trop téméraire d’affirmer que d’ici quinze ans, les communautés religieuses, comme on les connaît aujourd’hui, devraient avoir disparues au Québec. Comme environ 80% des membres des communautés sont des femmes, on peut affirmer que le peu d’influence que les femmes exerçaient dans l’église sera évanescent.

En 2015, le Conseil pontifical de la culture s’interroge sur « les femmes qui fuient l’Église ». Selon Lucetta Scaraffia, éditorialiste à l’Osservatore Romano, affirme que « les femmes tiennent l’Église sur pied ».  Il y a lieu de se demander comment l’Église catholique romaine compte relever ce défi qu’évoque la « Joie de l’Évangile » :

C’est un grand défi qui se présente ici aux pasteurs et aux théologiens, qui pourraient aider à mieux reconnaître ce que cela implique par rapport au rôle possible de la femme là où se prennent des décisions importantes, dans les divers milieux de l’Église.

La création du Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie ouvre peut-être une porte. Mais, depuis Vatican II, les espoirs déçus ont été fréquents.

L’homme-Dieu et Dieu, le psychothérapeuthe

L’automne dernier, la revue l’Express donnait le sommet du palmarès des ventes des essais à trois ouvrages : Homo deus et Sapiens de l’Israélien Yuval Noah Harari, ainsi que Psychothérapie de Dieu, de Boris Cyrulnik. Il faut croire que Dieu continue à faire recette.

Homo deusDans Sapiens, l’auteur avait fait une synthèse des étapes de l’évolution de l’espèce humaine depuis 100 000 ans : la création des villes et des royaumes, l’invention des religions, des nations, des droits de l’homme, de l’argent, des livres et des lois, de la bureaucratie et de la consommation de masse. Dans Homo deus, l’auteur tente de décrire ce que sera le monde lorsque « les mythes collectifs tels que les dieux, l’argent, l’égalité et la liberté, s’allieront de nouvelles technologies démiurgiques. Et que les algorithmes, de plus en plus intelligents, pourront se passer de notre pouvoir de décision. »

Selon le Figaro, l’auteur de Homo deus, «Harari a un réel talent pour vulgariser, faire réfléchir en faisant marcher l’imagination de son lecteur. » L’auteur a aussi le mérite de faire une synthèse des changements importants et déterminants que l’humanité a connus surtout au cours du dernier siècle. C’est rare.

Il n’est cependant pas toujours heureux lorsqu’il s’aventure à dresser des perspectives sur l’avenir de l’humanité. Il évoque par exemple l’immortalité physique probable de l’être humain : c’est plutôt présomptueux pour qui ne connait pas l’ensemble des conséquences du vieillissement. Après tout, l’auteur n’a que quarante ans. Il appréhende la domination de « l’algorithme » sur l’être humain : si on en juge par les performances du système de paie Phénix du gouvernement du Canada, le risque est plutôt ténu dans un avenir prévisible.

Titre: Homo deus : une brève histoire de l’avenir
Auteur: Yuval Noah Harari
Année de publication: septembre 2017
Maison d’édition: Albin Michel
ISBN: 9782226393876 (22263938711)
Format : Epub, papier
Prix: Epub : 26,99 $, papier :  36,95

La psychothérapie de Dieu
Boris Cyrulnik est neuro-psychiatre. Lui aussi explore les recherches bio médicales récentes. Il tente de décrire l’effet de la foi sur le comportement humain. Selon son éditeur, l’ouvrage est « un merveilleux texte, lumineux, tendre et original sur le rôle majeur que joue l’attachement dans le sentiment religieux. » Renaud-Bray résume ainsi le contenu du livre : « Le neuropsychiatre propose une psychothérapie du sacré et analyse les liens entre l’attachement religieux individuel ou collectif et les conditions sociales, économiques, politiques, ou historiques, mais aussi le sentiment de sécurité. »

Geneviève Delaisi de Parseval, de Libération conclue sa critique par : « On sort un peu sonné de la lecture de ce livre truffé de plus de mille références en bas de page. C’est une somme qui confortera croyants comme non-croyants – mais pas pour les raisons auxquelles ils avaient spontanément pensé… »

Le quotidien La Croix, sous la plume de Élodie Maurot, reconnaît que le propos de l’auteur est efficace bien que certains rapports à Dieu soient négligés. Maurot déplore une certaine superficialité là où les prétentions scientifiques sont avancées.

Titre: Psychothérapie de Dieu
Auteur: Boris Cyrulnik
Année de publication: août2017
Maison d’édition: Odile Jacob
ISBN: 9782738138873 (273813887X)
Format : Papier
Prix: 34,95

Agressions sexuelles sur les enfants : le cas de l’Église de Belgique

Les allégations, accusations et condamnations de prêtres pour agressions sexuelles dans le monde catholique se sont multipliées au cours des dernières décennies. Afin de comprendre le phénomène, nous présentons ici le cas de l’Église belge qui  est particulièrement bien documentée en Français. Il y a notamment une commission gouvernementale qui a bien circonscrit la situation. Après bien des résistances et devant la multiplication des scandales, l’Église a finalement adopté une attitude acceptable. Mais tout est loin d’être réglé dans le monde catholique.

Protéger les enfants
© Serprix.com

La Belgique compte 11,3 millions d’habitants. Près de 75% de la population se dit catholique, mais, étonnamment, seuls 43% croit en Dieu. Durant les années 1990, une sordide affaire d’enlèvement, de séquestration, de tortures, d’agressions sexuelles et de meurtres sur des enfants, l’affaire Dutroux, avait traumatisé la société belge tout entière. Est-il besoin de dire que les premières allégations d’agressions sur des enfants par des clercs catholiques ont causé tout un émoi dans le Royaume.

Un prêtre catholique réagit

En 1992, un prêtre catholique, Rik Devillé, publie un livre, La Dernière Dictature – Plaidoyer pour une paroisse sans pape. Cela lui vaut un torrent de réactions et une pluie de plaintes à propos d’agressions sexuelles commises par des clercs lui sont transmises. Afin de donner suite à ses plaintes, il met sur pied le groupe Droits de l’homme dans l’Eglise. Le groupe a recueilli 427 signalements de 1992 à 2010. Les signalements ont été portés à la connaissance des Évêques et Supérieurs des communautés concernées par des rencontres, des communications téléphoniques et des courriels. La réponse de l’Église est lapidaire : nous prions pour eux. La riposte de l’Église : une poursuite pour diffamation et calomnies devant un tribunal civil où le groupe est acquitté et une poursuite devant un tribunal canonique où l’action est jugée non-fondée.

Une commission inter-diocésaine

Devant l’ampleur du phénomène en Belgique et ailleurs dans le monde, l’Église belge consent à mettre sur pied une Commission inter-diocésaine pour le traitement des plaintes pour abus sexuels commis dans l’exercice de relations pastorales. L’objectif officiel : « Admettre la matérialité des faits et de reconnaître le mal causé aux victimes en est une première étape. Éviter dans toute la mesure du possible la répétition de pareils faits en est la seconde. » L’objectif inavoué est : « obtenir des victimes leur pardon à l’endroit de leurs agresseurs ». La commission est présidée par l’ancienne magistrate Godelieve Halsberghe et entre en fonction en 2001. Mais, des désaccords se multiplient avec l’épiscopat. La présidente, notamment, juge nécessaire d’aborder la question des indemnisations. L’épiscopat refuse énergiquement de s’engager sur cette voie. Halsberghe démissionne, la commission est dissoute. Mais 33 plaintes ont été reçues. L’Épiscopat doit trouver une façon de leur donner suite et la conjoncture a évolué.

Une autre commission de l’Église

La Commission pour le traitement des plaintes d’abus sexuels dans une relation pastorale est instituée en 2010 et présidée par un pédopsychiatre indépendant, Peter Adriaenssens. Le modèle de la commission doit s’inspirer de la commission réconciliation mise sur pied en Afrique du Sud après la fin de l’apartheid. Le 30 mars 2010, ses statuts sont finalisés. En une seule semaine, la commission reçoit 120 signalements. Parmi celles-ci, il y a celle d’un neveu d’un Évêque qui porte plainte contre son oncle : l’Évêque de Bruges Mgr Roger Vangheluwe démissionne le 23 avril. D’autres agressions seront imputées plus tard à cet évêque, dont une avec un autre neveu et une commise avec la complicité d’un curé.

Le nombre de plaintes et la gravité des faits sont tels que le Ministère de la justice n’en peut plus. Des perquisitions sont lancées pour saisir les dossiers de la commission le 24 juin. C’est l’opération « Calice ». Les commissaires démissionnent le 28 juin. La commission aura duré 8 semaines. En septembre 2010, le professeur Adriaenssens publie néanmoins un rapport. Selon lui, « c’est le dossier Dutroux de l’Église », 124 témoignages à l’appui. Trop c’est trop. Le gouvernement belge décide d’intervenir.

Une commission parlementaire spéciale

Le 28 octobre 2010, la Chambre des Représentants de Belgique convoque une commission parlementaire spéciale pour évaluer la situation et formuler des recommandations. Elle porte le nom de « Commission spéciale relative au traitement d’abus sexuels et de faits de pédophilie dans une relation d’autorité, en particulier au sein de l’Eglise ». Son rapport, publié en mars 2011 dressera un tableau étoffé de la situation et comptera 70 recommandations.

Un centre d’arbitrage

Parmi ces recommandations, il y a la mise sur pied d’un « Centre d’arbitrage en matière d’abus sexuels ». Après plusieurs mois de négociations et de réflexion, l’Église de Belgique accepte, en 2011, de participer à un mécanisme d’arbitrage qui permette enfin « aux victimes d’être reconnues dans leur statut, leurs souffrances, leur solitude et leur abandon ». Les victimes dont les faits sont prescrits pourront désormais obtenir « une réparation et le rétablissement dans leur dignité sous la forme d’une compensation financière, d’excuses, de reconnaissance de leur souffrance… ». De 2012 à 2017, Le centre a donné suite à 507 demandes. 3 millions d’euros ont été versés. La Suisse s’est inspirée de ce centre pour créer en 2016 une Commission Ecoute-Conciliation-Arbitrage-Réparation. L’Église a finalement mis en place une procédure de dénonciation de faits récents à la justice ou de collaboration avec des services d’aide à la jeunesse.

L’attitude de l’Église catholique romaine

Rik Devillé, prêtre catholique a témoigné devant la Commission spéciale. Selon lui, l’attitude de l’Église est « scandaleuse » en prenant pour preuve une lettre du Vatican où il est écrit : « Rome considère qu’il vaut mieux aller en prison que de dénoncer un prêtre ». Il en conclu’un « sentiment de supériorité s’est développé dans l’Église autour de la fonction de prêtre » et que pour l’Église, être « violé par un prêtre n’est pas la même chose que d’être violé par un boucher par exemple… L’idéologie catholique veut que le prêtre soit une personne unique en qui l’on doit avoir croyance et confiance. »

Un autre prêtre catholique, un américain, Thomas Doyle, est venu témoigné devant la Commission spéciale. Selon ses propos, rapportés dans le rapport de la Commission, il y a eu « un privilège de juridiction qui existait au Moyen-âge et qui prévoyait une justice à part pour le clergé. Si ce privilège n’est évidemment plus applicable aujourd’hui, l’attitude et les mentalités, qu’il a créées, perdurent chez les autorités catholiques. » Il ajoute : « Il existe de trop nombreux témoignages authentifiés de victimes ayant été sérieusement intimidées par les autorités ecclésiastiques, en vue de passer les faits sous silence, et que dès lors, même si le document (De delictis gravioribus) n’était pas connu, la culture du silence de l’Église travaillait et tendait vers le même objectif. » Selon un collectif de jeunes journalistes indépendants qui a publié un livre, Église, la mécanique du silence, « Rien n’a vraiment bougé jusqu’en 2016 » du côté de l’Église catholique.

La suite…

Si la situation a finit par se régulariser en Belgique, c’est loin d’être la cas ailleurs dans le monde. L’Église catholique a été ainsi le sujet d’étude de plusieurs commissions publiques d’enquête et elle a fait l’objet de poursuites criminelles et civiles un peu partout dans le monde catholique : Irlande, Pays-Bas, Australie, États-Unis, Suisse… Des centaines de religieux ont été écroués et condamnés. Selon les diverses études, rapports et sondages, on estime de 5 % à 10 % la proportion de clercs qui se seraient livrés à des agressions sexuelles à travers le monde. Le Vatican et le Pape lui-même font l’objet de poursuites judiciaires. Ainsi, La Cour européenne des Droits de l’Homme (CEDH) de Strasbourg, a jugé recevable la plainte de plusieurs dizaines de victimes belges pour abus sexuels commis au sein de l’Eglise. La procédure est une « action collective intentée à l’encontre des évêques de Belgique et du Saint-Siège ».

Au Québec, les victimes ont pour recours… leurs avocats qui affrontent les avocats de l’Église.

Réforme au Vatican quatre ans plus tard : des progrès

Construction
Au terme d’une quatrième année de son pontificat, le pape François peut se réjouir de la progression des réformes qu’il a initiées. Inspiré par François d’Assise, le Pape avait déclaré vouloir « une église pauvre pour les pauvres ». À Assise, où il s’était rendu en octobre 2013, il s’était fait accompagné par 8 cardinaux qui’il avait désignés pour réformer la Curie. Outre une plus grande transparence, force est de constater que les changements correspondent à ceux évoqués par le regretté Cardinal Turcotte au lendemain du Conclave. Ce dernier avait dit de François à Radio-Canada qu’il était « quelqu’un qui pourrait d’abord être un saint, quelqu’un qui est proche des pauvres, quelqu’un qui pourrait s’attaquer à corriger certaines erreurs de la Curie, à corriger aussi les erreurs de l’Église ». Parmi ses réformes, notons une consultation  plus large pour la nomination des Évêques, la vigoureuse réforme de la gestion économique du Saint-Siège, une volonté d’impliquer les laïcs et des efforts pour mieux gérer la lancinante question des agressions sur les enfants.

Consultation élargie

Contrairement à la tradition, le Pape consulte par la poste les fidèles et le clergé du diocèse de Rome pour nommer son nouveau vicaire. Selon le journal La Croix qui cite le Vatican Insider, « alors que l’actuel vicaire du pape, le cardinal Agostino Vallini, âgé de 77 ans, doit cesser ses fonctions le 17 avril, prêtres et fidèles ont jusqu’au 12 avril pour envoyer par courrier des « suggestions sur le profil du prochain vicaire et aussi éventuellement des noms ». Cet appel a été lancé par le pape lors d’une rencontre privée avec 36 responsables du diocèse, qui compte 334 paroisses pour 2,8 millions d’habitants ».

Poursuites criminelles et liste blanche

La réforme de l’Institut des œuvres de la Foi connu sous le vocable de Banque du Vatican est celle qui a le plus progressé. Selon la RTS (Radio Télévision Suisse), 5 000 comptes ont été fermés, 12 000 euros saisis, 2 directeurs de la banque ont été tenus criminellement responsables par la justice Italienne pour violation des normes anti-recyclage grâce au concours des nouvelles autorités de l’Institut.

L’Italie a mis le Vatican sur sa « liste blanche » des États dont les institutions financières sont considérées comme transparentes, après plusieurs années de réformes menées par le pape François et son prédécesseur. Ou plutôt, le ministre des finances italien a sorti le Vatican sa liste noire des États fiscalement « à risques » en signant des accords d’échange de renseignements avec la Banque du Vatican.

1,3 milliard d’euros trouvés

La réforme de la curie a mené à la création d’un « Conseil pour l’économie » et un « Secrétariat pour l’économie ». Ce dernier, sous la responsabilité de Cardinal Pell, dispose désormais d’un pouvoir de « contrôle et vigilance en matières administrative et financière » sur tous les dicastères de la Curie (Congrégations, Conseils pontificaux, Tribunaux, Secrétairerie d’État) ainsi que sur les « institutions liées au Saint-Siège ou s’y rapportant et les administrations du Gouvernorat de la Cité du Vatican. »

Le cardinal Pell, dans une déclaration au quotidien français La Croix,  a admis que « l’examen des caisses des différents services du Vatican avaient permis de trouver 442 millions d’euros non utilisés, s’ajoutant aux 936 millions trouvés dans un premier temps, des fonds légaux ». Bien que certaines Secrétaireries d’État soient jalouses de leur indépendance et que les fonctionnaires n’étaient pas spécialement loquaces, le Cardinal a affronté une résistance mois grande d’appréhendée, a-t-il confié au Catholic Herald en 2015. À l’exception d’une nécessaire réforme de la Caisse de retraite, les finances sont maintenant saines selon lui.

Le C8

Le C8, appelé ainsi parce qu’il est constitué par 8 cardinaux désignés par le Pape, a pour mandat de voir à la réorganisation de la Curie romaine, à la manière d’être de l’Église et de traiter des questions sensibles pour les laïcs. Sur la question des laïcs, « certains catholiques pensent encore qu’un prêtre doit être présent pour que l’Église fonctionne. C’est absurde ! », avait déclaré le cardinal Marx, membre du C8. Ce C8 est composé de deux Européens (l’Italien Giuseppe Bertello, l’Allemand Reinhard Marx, par ailleurs président de la Comece), deux Sud-Américains (le Chilien Francisco Javier Errázuriz Ossa et le Hondurien Oscar Andrés Rodríguez Maradiaga, également président de la Caritas Internationalis), un Nord-Américain (Sean O’Malley, des États-Unis), un Asiatique (l’Indien Oswald Gracias), un Africain (Laurent Monsengwo Pasinya, de la République démocratique du Congo) et un originaire d’Océanie (l’Australien George Pell). Plusieurs parmi ces cardinaux ont été cités par les médias comme de hautes figures du dernier conclave.

Le Pape vise d’abord un changement d’attitude où les réformes structurelles doivent s’en faire l’écho. « On ne fait pas la connaissance de Jésus en première classe », avait-il lancé au début de son pontificat, après avoir, une semaine auparavant, tancé les « évêques-voyageurs ».

Plusieurs sujets ont été abordés par le groupe responsable de la réforme.  Par exemple, la nomination d’un modérateur responsable de faire le lien entre les dicastères et le rôle des Laïcs ont été discutés en 2013Le nouveau visage de la Curie sera plus synodal et moins monarchique, plus collégial et moins pyramidal, il s’inspirerait du mode de gouvernement déjà en oeuvre au sein des ordres et congrégations religieuses, dont les jésuites.

La responsabilité des sanctuaires internationaux incombant au Saint-Siège qui était la responsabilité de la Congrégation pour le clergé est désormais assumé par le Conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation. Deux nouvelles congrégations ont également été approuvées : l’une aux laïcs, à la famille et à la vie, l’autre à la charité, à la justice et à la paix.

Agressions sur les enfants : efforts et raté

Afin de lutter contre la pédophilie et les abus sexuels au sein de l’Eglise, le pape a institué en mars 2014 une commission pontificale pour la protection des mineurs dans laquelle siègent dix-sept experts du monde entier – dont certains sont des anciennes victimes. Il a par la suite créé une nouvelle instance judiciaire sous la responsabilité de la Congrégation pour la doctrine de la foi, héritière de l’ancienne Sacrée congrégation de l’inquisition romaine et universelle, organisme chargée de veiller au respect du droit canon. Ce tribunal est chargé de juger les évêques lorsque ceux-ci auront caché des abus sexuels commis par des prêtres de leurs diocèses.

Cependant, la seule membre victime d’abus sexuels, Marie Collins a démissionné le 1er mars 2017 en déplorant les refus et les lenteurs de la Curie à appliquer les recommandations de la Commission et en dénonçant la Congrégation pour la doctrine de la foi dont elle jugeait l’approche judiciaire opprimante pour les victimes. Plus précisément, elle était outrée qu’on refuse aux victimes le droit d’être assistées d’un avocat lors de leur comparution devant le tribunal. Selon Marie Collins, on confond victime et accusé. Marie Collins ne remet pas cependant en question la bonne foi du Pape François, mais bien celle de la curie.

Ces réformes n’arrêteront surement pas le déclin de l’Église catholique, mais permettront à tout le moins de mettre à jour l’appareil administratif.