Tous les articles par Dominique Boisvert

Oser la vérité sur la guerre

Cimetière militaireComment écrire sur la guerre et la paix en moins de 1000 mots? En simplifiant, forcément. Mais en allant à l’essentiel, ce que nos politiciens n’osent pas faire : opinion publique et sondages obligent !

Le gouvernement Trudeau tient sa promesse électorale de retirer les avions de chasse canadiens d’Irak et de Syrie: bravo. Mais son «plan» de remplacement n’ose pas dire « les vraies affaires »: que la guerre n’a rien réglé, ni en Irak (c’est même elle qui a créé le bourbier actuel), ni en Syrie (où la situation n’a jamais été pire depuis 5 ans), ni en Afghanistan, ni en Lybie, ni contre le groupe armé État islamique.

Mais en matière de guerre, l’opinion publique est totalement irrationnelle: quand on tue les nôtres (les six coopérants québécois tués au Burkina Faso) ou qu’on sent le danger se rapprocher (les attentats de Paris), on crie «aux armes» et on veut que les gouvernements envoient les militaires pour « les exterminer tous »; puis quand nos militaires sont tués au combat, on fait pression sur nos gouvernements pour qu’ils rapatrient nos soldats !

Mais nos gouvernements ne sont pas plus courageux pour oser dire la vérité qui dérange: que les seuls vrais gagnants de toutes ces guerres sont les «marchands de canons»: les nôtres (voyez le juteux contrat de General Dynamics avec l’Arabie Saoudite, dont l’idéologie politico-religieuse est à la source même de l’État islamique) et ceux de tous les grands pays producteurs d’armes (États-Unis, Russie et Union européenne).

Quelles qu’en soient les motivations (nobles principes ou intérêts sordides), les guerres sont toujours inefficaces à permettre la justice et à créer la paix. Et qui paie le prix de ce gâchis récurrent ? Quelques centaines ou milliers de militaires (de préférence, ceux des « autres »), mais surtout des millions de civils innocents, femmes et enfants en majorité, dont les plus chanceux meurent sur le champ (dans les bombardements qu’on prétend «chirurgicaux» mais qui sont bien plus souvent plus ou moins « aveugles »), mais dont la plupart vivront toute leur vie avec les cicatrices des deuils, des handicaps, des maisons détruites ou abandonnées, des déplacements internes ou de l’exil à l’étranger.

Oui, ce qui se passe en Syrie et en Irak est abominable. Oui, le comportement de nombreux djihadistes de l’État islamique est criminel. Oui, les besoins humanitaires des populations civiles souvent assiégées sont criants et urgents. Mais les bombardements de la Coalition (avec ou sans la participation du Canada) ne réglera rien, absolument rien, sinon d’augmenter encore les drames sur le terrain et les profits des actionnaires de l’industrie militaire.

Si le nouveau gouvernement canadien a compris cela (mais je n’en suis pas sûr, sa position sur le retrait des avions de chasse pouvant fort bien être uniquement une manière de se démarquer de la position ouvertement militariste de son prédécesseur conservateur), en tous cas il s’est bien gardé de le dire. Jamais le gouvernement Trudeau n’a osé dire clairement à la population canadienne (et encore moins depuis qu’il est élu) que les conflits en Syrie et Irak ne pourront jamais se régler par la guerre, quel que soit le nombre des bombardiers ou des soldats qu’on enverra là-bas.

Mais cela n’est pas un discours populaire, ni auprès de nos « alliés », ni auprès d’une grande partie de l’opinion publique. Pire, ce n’est même pas un discours « audible », c’est-à-dire qui puisse être simplement entendu, parce que nous vivons dans un monde qui préconise depuis toujours le recours à la force ou à la violence chaque fois qu’on doit résoudre un conflit. Et même si l’échec de la guerre se répète, conflit après conflit, l’opinion publique préfère croire les généralités mensongères que lancent ses leaders politiques pour la rassurer (comme la rhétorique des autorités françaises après les attentats de novembre à Paris), plutôt que d’examiner avec lucidité et courage les leçons claires de l’Histoire.

Alors, si la guerre est toujours un échec, que peut-on faire? S’asseoir avec tous les belligérants et trouver, patiemment, avec opiniâtreté et courage, les solutions et les compromis nécessaires pour sortir de la spirale de la violence. On le voit bien dans le conflit israélo-palestinien qui pourrit les relations politiques de tout le Moyen-Orient depuis maintenant plus de 60 ans. La violence, même à supposer qu’elle puisse parfois être bien intentionnée, ne nourrit toujours que plus de violence.

Et si la position que je défends, avec bien d’autres, est encore marginale, c’est tout simplement parce que nos gouvernements n’osent pas la proposer, tant elle va à l’encontre d’intérêts économiques et politiques puissants : même le héros de la seconde guerre mondiale, le général Dwight Eisenhower devenu président républicain des États-Unis, a senti le besoin de mettre en garde ses compatriotes, dans son discours de fin de mandat en janvier 1961, contre le danger que représentait l’influence indue du complexe militaro-industriel sur le gouvernement américain.

Le gouvernement Trudeau a l’occasion unique d’utiliser la conjoncture internationale actuelle et sa volonté de redéfinir la place du Canada sur l’échiquier international pour innover de façon significative en matière de politique étrangère. Compte tenu de sa position de «moyenne puissance» dont la réputation diplomatique a longtemps été très appréciée partout dans le monde (songeons bien sûr aux « casques bleus », un invention canadienne qui valut le prix Nobel de la Paix à Lester B. Pearson, mais aussi à de nombreuses autres initiatives diplomatiques comme le Traité sur les mines anti-personnel), le Canada est l’un des pays les mieux placés pour oser dire que la guerre est dépassée comme moyen de régler les conflits. Et pour investir massivement, et systématiquement, dans les alternatives non militaires comme contribution canadienne à la sécurité internationale… et à la Coalition occidentale qui dit vouloir mettre fin aux conflits en Syrie et en Irak.

Utopique ? Quand même un éditorialiste de La Presse ose questionner la fatalité de la guerre (Mario Roy dans « La guerre? No sir… », 3 janvier 2012, basé sur les thèses de Joshua Goldstein et Steven Pinker), on est en droit de croire que l’idée n’est pas si folle que cela! Comme on doit se rappeler que la fabrication d’une bombe atomique était une utopie aussi déraisonnable au moment où les États-Unis ont décidé de tout mettre en oeuvre (savants, recherches et ressources financières) pour la concrétiser ! Quand on veut vraiment, on peut. La guerre ou la paix.

Québec, tu négliges un trésor!

Bonjour,

Comme vous le savez, le prochain Synode (4-25 octobre) sera déterminant pour l’avenir immédiat de l’Église : non seulement parce qu’il devrait décider des orientations en matières familiales (un sujet capital dans la vie récente de l’Église depuis Humanae Vitae), mais également parce qu’à travers ces débats et ces enjeux, c’est l’élan actuel du pontificat du pape François qui se joue.

Pour beaucoup de gens, chrétiens pratiquants ou non, ces enjeux sont lointains et ils n’ont pas souvent l’occasion d’en être informés et d’y réfléchir.

Je me permets donc de vous offrir une telle occasion. Je publierai, au début de septembre chez Novalis, un petit livre qui porte sur la foi, la religion et la spiritualité dans le Québec d’aujourd’hui : Québec, tu négliges un trésor! Et le dernier chapitre du livre, à la manière d’une étude de cas, porte justement sur la famille et l’Évangile dans le contexte du prochain Synode.

Malgré les courts délais et la rentrée pastorale et scolaire, j’ai pensé que cette publication pouvait être une belle occasion d’organiser, très simplement, une ou des rencontres locales ou régionales permettant aux personnes et aux organismes intéressés par ces questions de se réunir pour en discuter en préparation aux travaux du Synode.

Sur demande par courriel, je vous enverrai une copie de ce chapitre 7, en comptant sur vous pour en respecter l’embargo jusqu’à sa publication, afin de vous permettre d’en prendre connaissance dès maintenant et de vous donner peut-être le goût d’organiser une telle soirée ou rencontre dans votre milieu, seuls ou en lien avec d’autres personnes ou groupes intéressés de votre milieu.

Il me ferait plaisir de me rendre chez vous pour participer à (ou animer, si vous le préférez) une telle soirée. Mon objectif à travers cela (que cela soit bien clair) n’est PAS de promouvoir ma propre vision des choses (celle que j’exprime clairement dans le chapitre ci-joint) mais bien de fournir une occasion, trop rare malheureusement, aux personnes d’ici de se renseigner, de réfléchir et de discuter entre elles des enjeux majeurs qui se joueront à Rome en octobre 2015.

Si l’organisation d’une telle rencontre vous intéresse, n’hésitez pas à communiquer avec moi le plus tôt possible afin que nous puissions en discuter.

Avec l’assurance de ma prière et de ma solidarité,

Dominique Boisvert
121, rue Albert
Scotstown, Qc
J0B 3B0
819-231-8047
www.dominiqueboisvert.ca
boisvert.dominique@gmail.com

Raymond Gravel, l’Église québécoise et les médias

La mort de Raymond Gravel, prêtre du diocèse de Joliette, a fait la « une » des médias québécois comme bien peu d’événements « catholiques » peuvent en rêver. Cette nouvelle a connu une couverture médiatique considérable dans une province qui n’a toujours pas fini de « régler ses comptes » avec la religion. Cela mérite réflexion.

Les évêques québécois déplorent le peu de place que les médias font à leurs prises de parole dans l’espace public. Quand ils ont voulu s’opposer une dernière fois à l’adoption du projet de loi 52 sur « mourir dans la dignité », ils ont dû acheter de l’espace publicitaire dans les journaux pour se faire entendre. Ils ont l’impression que les médias d’ici n’ont aucun intérêt pour les questions religieuses.

Et pourtant, Raymond Gravel était régulièrement dans les médias en tant que prêtre, et ce, bien avant sa dernière année de maladie. Pourquoi?

Certains diront que c’est à cause de ses positions rebelles, progressistes ou « différentes » des points de vue officiels ou habituels de l’Église (sur l’homosexualité, l’ordination des femmes, etc.). Cela serait à mon avis une erreur.

Certes, le caractère polémique de certaines prises de positions a pu augmenter l’intérêt des médias. Mais la véritable explication de la présence de Raymond Gravel dans les médias réside ailleurs : dans sa grande disponibilité à l’égard de ces outils de communication certes, mais surtout dans son humilité et dans son humanité profondes qui faisaient de lui un interlocuteur privilégié et attachant, tant pour les médias que pour le grand public.

Si Raymond Gravel avait ses entrées dans les médias et si ceux-ci recherchaient même sa parole, c’est d’abord et avant tout parce qu’il était vu comme un être humain authentique et profond plutôt que comme un prêtre-en-fonction; parce qu’il osait parler selon sa conscience plutôt que selon l’orthodoxie du catéchisme romain; parce qu’il ne pratiquait pas la « langue de bois », ni religieuse, ni politique; et parce qu’il était capable d’une parole claire et forte mais toujours respectueuse de l’autre, de son expérience et de son point de vue.

Ce qui manque à notre Église québécoise, ce n’est pas la pertinence de son message (la Bonne Nouvelle) ni la richesse de son expérience (à travers les siècles et les continents); c’est plutôt l’humilité de n’être qu’une voix parmi d’autres, l’expérience reconnue de ses faiblesses et de ses fragilités, l’ouverture bienveillante aux nouveautés dérangeantes ou aux points de vue contradictoires et la simplicité du partage de notre commune humanité.

C’est ce que Raymond Gravel a personnifié d’une manière exceptionnelle. Et que nous sommes tous invités à développer et à vivre à notre tour. Jésus de Nazareth est toujours une figure inspirante pour notre monde d’aujourd’hui quand ses témoins vivent vraiment à sa manière. Comme Raymond Gravel et le pape François.