Tous les articles par Collectif

Décadence : comment faire peur au monde

L’évocation du « bon vieux temps » par les plus âgés suscitent parfois des jugements associant le mode de vie contemporain à une décadence. Deux livres, deux approches culturelles tentent de cerner la décadence contemporaine. Le premier, écrit par un Français, Michel Onfray, décrète la fin de la civilisation Judéo-Chrétienne. Le deuxième, d’un Québécois, Manuel Dorion-Soulié, décrit la mission que se sont donnés les néo-conservateurs américain pour sauver leur « empire » de la décadence.

Décadence de Michel OnfrayMichel Onfray, philosophe polémiste français, décrète que « l’Occident est en phase terminale ». Son « Occident » est cependant circonscrit à l’Europe et le Judéo-Christianisme qu’il évoque est celui de l’Église Catholique. Notre civilisation, dit-il, succombe sous les assauts des deux barbarismes : « le sanglant songe califat des terroristes, d’un côté ; le rêve scientiste et glacé de la posthumanité, de l’autre ». La chroniqueuse Marie Lemonier de l’Obs, à la lecture de ce livre, dit de Michel Onfray « qu’après avoir été hédoniste et vitaliste, le voilà décliniste ». Elle en conclue que de philosophe de gauche, Onfray est devenu une « scie réactionnaire ». La chroniqueuse reconnaît l’érudition de l’auteur, mais elle met en doute la qualité des sources qui ont inspiré l’ouvrage.

À propos de l’ouvrage d’Onfray, Henri Tincq, spécialiste des questions religieuses à la Croix et au Monde de 1985 à 2008, est encore moins complaisant en parlant du «  regard partial et partiel porté sur l’histoire chrétienne par le philosophe athée  ». Le journaliste y va d’un charge à fond de train dans sa chronique, en relevant contre-vérités et mensonges. Il  reproche à l’auteur de ne pas tenir compte de la portée du concile Vatican II sur l’orientation actuelle de l’Église Catholique. Il en conclue que : « les parti pris du philosophe, sa haine de l’Église, la partialité de son analyse historique menacent, sinon la pertinence de son livre, au moins la crédibilité de sa thèse. »

Titre: Décadence
Auteur: Michel Onfray
Année de publication: 10 janvier 2017
Maison d’édition: Flammarion
ISBN: 9782081399204
Format : Epub, papier
Prix: Epub : 26,99 $, papier :  36,95

Décadence des néo-conservateurs américainsDans « Décadence, empire et guerre. Le militarisme moralisateur des néoconservateurs américains », Manuel Dorion-Soulié aborde la question sous un tout autre angle. C’est plutôt le compte-rendu d’une enquête fouillée sur le « néo-conservatisme américain » qu’il nous livre. Selon Louis Cornellier, du Devoir, l’auteur constate que si tous les dirigeants américains ont mené une « politique étrangère impériale », les néo-conservateurs   vont plus loin  en prétendant que « l’expansionnisme impérial… vise le maintien de l’armature morale des citoyens ».

Le néo-conservatisme serait né du traumatisme provoqué par « l’émergence de la Nouvelle Gauche contre-culturelle, individualiste, féministe, pacifiste et hédoniste. » Cornellier retient de la conclusion de Dorion-Soulié sur les néo-conservateurs américains que « leur projet impérial belliciste trahit même l’esprit républicain américain de liberté, menacé par le militarisme. Souvent brillants, ces penseurs n’en demeurent pas moins dangereux. » Manuel Dorion-Soulié est un chercheur au Centre interuniversitaire de recherche sur les relations internationales du Canada et du Québec.

Titre: Décadence, empire et guerre : le militarisme moralisateur des néoconservateurs américains
Auteur: Manuel Dorion-Soulié
Année de publication: 10 janvier 2017
Maison d’édition: Athéna
ISBN: 9782924142363
Format : Papier
Prix: 24,95 $

 

 

L’église du Québec expliquée aux Russes


Dans un reportage produit par la chaîne RT-America, le reporter Alex Mihailovich décrit le déclin rapide du catholicisme québécois. Robert Gendreau, directeur du Service de pastorale liturgique à l’Archevêché de Montréal rappelle qu’avant les années 1960, 96 % de la population assistait à la messe du dimanche. « C’était phénoménal », dit-il, mais ce n’était que sociologique : les gens ne se rendaient pas compte de la portée de leur gestes.

Lucien Lemieux, prêtre du diocèse de St-Jean-Longueuil, docteur en histoire de l’Église et membre fondateur du Forum André-Naud, identifie parmi les profonds changements vécus à cette époque, la prise en charge par l’État de l’éducation et des soins des santé. Selon Mihailovich , à cela s’est ajouté la réforme de l’Église définie par le Concile Vantican II.

Pour sa part, le frère Marc-Abraham Babski, de la Fraternité monastique de Jérusalem, Français d’origine, et arrivé au Québec depuis quelques années, croit que l’Église détient des réponses sur les questions de vie, de mort et d’expérience spirituelle que se posent les gens.

Le reportage souligne que si des changements importants ont été vécus depuis 50 ans au Québec, dans le seul Archidiocèse de Montréal, le nombre de prêtres est passé de 257 en 1966 à 169 en 2013. En 2014 seulement, 72 églises ont été fermées au Québec. Alain Pronkin, chroniqueur spécialisé en actualité religieuse et lui aussi, membre du Forum André-Naud, croit pour sa part que c’est l’attitude face à l’Église qui a changé. Selon lui, les Québécois demeurent Chrétiens mais c’est l’Église qui n’est devenue qu’un rituel et c’est insuffisant. Alex Mihailovich signale que les faits tendent à donner raison à Pronkin puisque plus de 80 % de la population québécoise se dit catholique alors que seulement 6 % disent fréquenter la messe dominicale. Michael Coren, chroniqueur canadien-anglais affirme que la fréquentation dominicale est un problème déterminant pour l’Église parce que les dogmes chassent en plus ceux qui fréquenteraient normalement l’Église.

Alex Mihailovich ajoute que si l’Église est en train de s’effondrer, sa présence architecturale continue de s’imposer avec ses nombreuses Églises et Basiliques. Il constate de plus, à Montréal, une présence importante d’immigrants à l’Église. Robert Gendreau confirme que l’immigration « maintient » l’Église. Et, de conclure, le reporter d’origine russe : « Les voies du Seigneur sont impénétrables ».

La chaîne RT est une chaîne d’information continue financée par l’État russe. Elle affirme rejoindre sept cents millions de personnes dans plus de cent pays. Elle diffuse en Anglais, en Français, en Espagnol et en Arabe.

Identitaire, un débat… catholique ?

Identitaire
Alors que Satistiques Canada confirme le recul démographique du Québec dans la société canadienne à cause d’un déficit migratoire, que Donald Trump refoule à ses frontières des personnes jugées « indésirables » et qu’à Québec on pleure des morts guinéens et maghrébins, le débat sur « l’identité » connaît en France ses heures de gloire. Alimenté par la candidature à la Présidence d’un François Fillion qui affiche son catholicisme sans complexe, le débat inquiète la droite catholique modérée.

Ainsi, en janvier dernier, Erwan Le Morhedec publiait « Identitaire – le mauvais génie du christianisme » (Editions du Cerf), qui est, selon le journal Libération, « ce catholique évoluant dans une droite plus modérée qui s’inquiète d’une peur « mortifère » exploitée selon lui par une extrême droite aux connexions néo-païennes. Une manipulation qui, juge-t-il, « agresse l’Eglise et subvertit » le message de fraternité évangélique. »

Le journal Le Monde précise : « Erwan Le Morhedec, auteur du blog Koztoujours.fr, dépeint comment les réseaux identitaires de l’extrême droite issus du néo-paganisme mettent à profit le malaise de certains catholiques face à la crise migratoire, à l’enracinement de l’islam et à la prise de conscience qu’ils seraient aujourd’hui une minorité parmi d’autres, pour instrumentaliser leur foi et la réduire à un attribut identitaire à visée essentiellement politique. « Ici et là, des catholiques cohabitent avec des identitaires, imaginent parfois les évangéliser quand ce sont eux qui les identitarisent », écrit-il. Sa critique a d’autant plus de poids qu’elle n’émane pas de la gauche catholique. »

Dans un débat organisé par le Journal La Croix, Erwan Le Morhedec résume sa pensée :

Au mot « identité », je préfère l’expression « culture chrétienne ». J’ai voulu comprendre ce que cachait la défense acharnée de l’identité chrétienne de la France par certains groupes, en réalité une forme de récupération politique, à laquelle certains catholiques peuvent se rallier de bonne foi. Quand j’entends des militants d’extrême droite se dire catholiques tout en brandissant des slogans comme « Nous avons cessé de croire que Kader pouvait être notre frère (…) et l’humanité notre famille  », je me demande si nous professons vraiment la même foi et si nous avons lu le même Évangile.

Titre: Identitaire, le mauvais génie du Christianisme
Auteur: Erwan Le Morhedec
Année de publication: 13 janvier 2017
Maison d’édition: Editions du Cerf
ISBN: 9782204115360
Format : Epub
Prix: 10,99 $,

 

Changer les religions

Les religions et en particulier les grandes religions occidentales affichent une image dictée par leurs extrémistes. C’est notamment le cas pour le Catholicisme, le Judaïsme et l’Islam. Les extrémistes de deux dernières religions sont d’ailleurs les protagonistes de guerres confessionnelles. Pourtant certains de leurs ministres, humblement, tentent de réformer leur religion afin de la rendre plus moderne et plus ouverte. Un documentaire québécois d’une heure en fait un portrait. À une plus grande échelle, un réseau mondial s’est constitué à l’occasion du 50e anniversaire du Concile Vatican II. Il s’est donné pour mission de susciter des réflexions et de faire des propositions  sur les réformes à entreprendre dans l’Église catholique. Voici ces démarches.

Ma foiThomas Rinfret, après une carrière éclectique en ski professionnel, s’est orienté en production cinématographique. Après avoir produit avec succès des films sur le ski extrême, il est désormais réalisateur à Télé-Québec. Âgé de près 35 ans, père d’un jeune enfant, Rinfret s’est interrogé sur la pertinence de faire baptiser son fils.

C’est cette question qui lui a inspiré le documentaire Ma Foi présenté en décembre 2016 à Télé-Québec. Il nous présente sa quête faite auprès d’un prêtre catholique, Pierre-Gervais Majeau, incidemment membre du Réseau des Forums André-Naud, de deux Imans,  dont un homosexuel et un… skieur et enfin, une Rabbin. Tous ces ministres religieux travaillent à réformer leur religion afin de les mettre à jour avec les exigences de nos sociétés contemporaines et afin de corriger l’image négative que ces religions transmettent dans l’opinion. Par ailleurs, un spécialiste présente des données factuelles sur l’État de ces religions.

Le documentaire permet ainsi de mieux comprendre l’état d’esprit avec lequel les Québécois nés après 1960 appréhendent la religion. Il donne aussi un aperçu des efforts déployés actuellement pour combler le retard qu’on pris les religions.

Par ailleurs, le Réseau conseil mondial s’est constitué à l’occasion du 50e anniversaire de Vatican II lors d’une rencontre qui s’est déroulé à Rome du 20 au 22 novembre 2015. Environ 100 délégués venant de 28 pays répartis dans les 5 continents se sont réunis pour entamer une démarche visant à réformer l’église catholique selon deux perspectives :

  1. la manière d’être de l’Église ( le peuple, y compris la hiérarchie ), son fonctionnement et son organisation afin de l’ améliorer, de sorte qu’elle soit au 21eme siècle ce qu’elle dit être ,
  2. le dire et le faire de l’Église afin de permettre à ses membres d’éclairer, avec l’Esprit de Jésus, notre monde en constante évolution, et de contribuer à sa transformation en un monde de paix, de justice sociale et économique, de solidarité, un monde luttant contre la pauvreté dans lequel chaque homme et chaque femme puisse se développer dans toutes les dimensions de son être.

Réseau conseil mondialInitié par le Réseau Européen Églises et Libertés et le Mouvement International Nous Sommes Eglise, le réseau est constitué et appuyé par des organisations comme le Réseau des Parvis de France, le Catholic Church Reform International (CCRI), le  Movimento Fé e Política brésilien ou le Réseau des Anciens Jecistes d’Afrique (RAJA) d’Afrique qui font partie des nombreuses organisations qui appuient la déclaration Council 50 adoptée à l’occasion de la réunion de Rome. La déclaration comporte des engagements des membres selon les perspectives évoquées plu tôt et sur différents thèmes :

  1. Dans le monde
    1. Paix et guerre
    2. Justice économique et sociale
    3. Environnement et développement durable
    4. Genre, sexualité et famille
  2. Dans l’Église
    1. Ministères et égalité entre les femmes et les hommes
    2. Communautés ecclésiales de base
    3. Dialogue au sein de l’Église et avec le mond
    4. Église des pauvres

Le réseau s’est donné un plan d’action qui vise notamment à identifier les réformes nécessaires et à tenir des « Synodes du peuples de Dieu ». Le premier Synode est prévu pour 2018 et devrait se tenir à Brasilia, Brésil. Les sujets traités par ce Synode devraient être :

  • mettre l’accent sur les insuffisances de la manière d’être et de l’organisation actuelle de notre Église;
  • présenter des alternatives à la lumière du Concile Vatican II, de l’Évangile, et des résultats des approches théologiques, y compris de la théologie de la libération;
  • exprimer une vision, fondée sur le message de Jésus, qui soit capable d’inspirer le monde entier pour la justice sociale et économique, la solidarité, les droits humains, la préservation de notre planète et de la paix.
  • restaurer l’espoir que l’esprit d’ouverture exprimé il y a plus de 50 ans dans les documents du Concile, ainsi que dans les écrits, les paroles et la pratique de notre pape François.

Il y a là une immense tâche à accomplir. Et il reste à savoir si cela suffira pour répondre aux besoins de celui qui est en quête de Foi.