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Cours d’éthique et de culture religieuse, on abolit ou on améliore ?

Au cours du dernier mois, des pédagogues se sont manifestés pour réclamer une refonte du cours d’Éthique et de culture religieuse qui se donne au début du primaire et à la fin du secondaire dans les écoles québécoises. Ce cours avait été introduit dans le cursus à l’occasion de la déconfessionnalisation des commissions scolaires qui a été réalisée durant les années 2000. Certains profitent de l’occasion pour demander son abolition. Hors ce cours doit être maintenu et amélioré.

Une écoleLe cursus scolaire des niveaux primaire et secondaire aborde des apprentissages importants : français, anglais, chimie, physique, science et technologie, mathématiques, arts plastiques, danse, musique, art dramatique, histoire, géographie, administration, éducation physique, et aussi un cours contesté, dont la disparition est parfois demandée par certains : l’Éthique et la culture religieuse (ECR).

Quelle est la caractéristique fondamentale du cours d’ECR ? C’est le seul qui fait appel au dialogue et à la mise en commun des expériences de vie des étudiants d’un groupe. Tous les autres cours font appel aux connaissances générales ou précises et ne nécessitent pas ses deux caractéristiques essentielles au cours d’ECR. Ce cours demande la compréhension de l’autre; qu’il soit un étudiant ou le professeur de la classe. L’écoute de l’autre s’appuie sur sa culture dont la religion est un élément moteur.

La religion est un élément culturel, courant, des différentes civilisations. Qu’on le veuille ou non, pour dialoguer dans notre monde, il faut avoir une connaissance minimale de la religion; cette connaissance permet, outre un dialogue intergénérationnel, un second, l’interculturel, de plus en plus présent dans le monde d’aujourd’hui.

Le cours d’ECR permet de mieux comprendre les enjeux contemporains de l’égalité homme/femme, aucun autre cours n’est mieux placé pour permettre le dialogue sur cet enjeu.

Devant les débats sur l’aide médicale à mourir, celui des soins en fin de vie, le cours d’ECR est le seul qui permet aussi de saisir les enjeux de l’humanité sur le sens de la vie, de la mort. Ces notions fondamentales ne se retrouvent pas dans les cours de français, anglais, mathématique, gestion administration, histoire, géographie, arts. Même si des cours de sexualité sont offerts sous peu; aucun cours n’offre un moment de réflexion sur la vie, c’est le côté fondamental de ce cours.

Retirer du cursus, le cours d’ECR serait un recul, il doit faire partie de l’enseignement, sûrement avec des améliorations pour donner aux élèves des outils pour mieux comprendre le monde, car c’est de ce dont il s’agit.

 

Des cardinaux de François pro-syndicaux

Les nominations de cardinaux faites par le pape François commencent à avoir des effets sur l’orientation de l’Église catholique. Aux États-Unis, l’appui de la conférence des évêques à une cause syndicale devant la cour suprême n’est pas passé inaperçu. Peut-on s’attendre à ce que l’assemblée des évêques du Québec adhèrent éventuellement à cette nouvelle évangélisation  ?

Centrale des syndicats nationauxLe pape François a nommé, en 2016, un trio de cardinaux américains, Blase Cupich, Kevin Farrell et Joseph Tobin qui influencent l’Église américaine, en la ramenant sur des territoires jadis occupés par l’Église. Le 26 févier 2018, le cardinal Tobin a indiqué que la conférence des évêques américains allait appuyer une demande syndicale devant la Cour Suprême des États-Unis d’Amérique. Les évêques américains évoquent l’encyclique Caritas in veritae de Benoît XIV pour justifier leur appui à Mark Janus, un syndiqué du secteur public de l’Illinois.

Dans un dossier porté devant le plus haut tribunal américain, les évêques américains ont décidé d’appuyer une revendication syndicale que l’on désigne au Québec comme la formule Rand. Elle consiste à retenir des cotisations syndicales de tous les travailleurs d’une entreprise qui font partie d’une unité de négociation, y compris de ceux ne faisant pas partie du syndicat. Un employé n’est jamais obligé d’être membre du syndicat accrédité de son entreprise, il peut adhérer à un autre; toutefois, il doit payer ses cotisations à celui qui est reconnu. Plusieurs, même au Québec, contestent cette formule de cotisation en invoquant la liberté d’association des travailleurs.

L’Église a toujours eu comme mission d’appuyer les plus faibles, souvent les travailleurs. Depuis la grève à Asbestos, cet appui a décliné au fils des années et on voit peu l’Église s’impliquer dans les questions concernant les travailleurs. Dans le récent dossier du salaire minimum à 15 $/heure, l’Église est restée sur les lignes de touche.  Si l’Église prenait une part active à ce débat, elle profiterait notamment d’un appui populaire.

Aux États-Unis, le cardinal Tobin ravive cette prise de position pro-travailleur, une fonction de l’Église. Il est le symbole de la germination de l’action de François en faveur des plus faibles, entre autres des humbles travailleurs. Pouvons-nous espérer voir les assemblées d’évêques québécois et canadien, se lever et appuyer des revendications de travailleurs au salaire minimum, en assumant un leadership. Après tout, donner suite aux encycliques, n’est pas la mission des évêques ?