Qui succédera au pape François ?

Lors de son accession à la papauté, François avait affirmé qu’il ne comptait pas occuper le siège pontifical longtemps. Le pape a fêté son 82e anniversaire en décembre dernier. Or, son prédécesseur, Benoît XVI, avait quitté ses fonctions à l’âge de 85 ans. Il n’est donc pas présomptueux de penser que François fera de même d’ici trois ans. Alain Pronkin, chroniqueur spécialisé en actualité religieuse, est aussi membre de l’équipe nationale du réseau des Forums André-Naud. il s’est penché sur sa succession.

Qui succédera au pape François ? d'Alain Pronkin

La désignation d’un pape se fait à l’occasion d’un conclave qui est une réunion de cardinaux spécialement prévue pour cette occasion. Pour désigner un nouveau pape, le cardinaux sont « inspirés » par le Saint-Esprit. Cependant, la réflexion qui motive le vote de ces électeurs est alimentée par des choix et des prises de position que chacun d’eux ont pris auparavant. La tradition, et la tradition est importante dans l’Église, fait aussi partie des paramètres qui rendent une candidature à la papauté plus pertinente. C’est à cette analyse que s’est livré Alain Pronkin.

Le livre de Pronkin est quasi-scientifique selon le journal Le Monde qui a annoncé la sortie du livre en automne dernier. Quant à l’élection, Alain Pronkin a confié à Paul-François Sylvestre de l’Express que « les finances d’une Église vieillissante et le dossier des prêtres pédophiles seront au cœur des préoccupations quotidiennes du prochain pape ».

Louis Cornellier, du Devoir, signale qu’il n’y a pas, à proprement parer, de vaticaniste au Québec. Cependant, avec Alain Crevier, de Radio-Canada, Alain Pronkin se rapproche le plus de ce statut. Parlant de lui, Cornellier écrit : « Sa connaissance de l’univers vaticanesque est remarquable et indispensable. »

Titre:
Auteur: Alain Pronkin
Année de publication: 2018-10-29
Maison d’édition: Fides
ISBN: 9782762142587
Format : Papier
Prix: 29,95 $

L’Église

Stricte et laissant peu de latitude, l’Église vit un essoufflement et un silence révélateur face aux grands questionnements du monde que sont la liberté, la fraternité et le partage. Notre religion se cherche dans la confusion créée entre politique et spiritualité. Ce qui a pour résultat qu’un bon nombre de catholiques ont perdu confiance et cherche un modus vivendi qui répondrait à leurs aspirations les plus intimes et les plus naturelles. Délaissant le clergé et les communautés religieuses, de nouveaux sujets structurent actuellement une autre Église sous l’égide du laïcat. Ce sensus fidei, bien particulier, se dirige vers des endroits que l’Église actuelle a abandonnés ou ne fréquente plus, faute d’arguments modernes qui collent à la réalité d’aujourd’hui.

La basilique Notre-Dame de Montréal
Crédit: Diego Delso, License CC-BY-SA
Il ne faut pas se surprendre que notre société s’approprie de plus en plus le laïcat comme assise et profite de l’occasion pour s’ouvrir sur les oubliés : les divorcés, les genres sexuels, les immigrants, les autochtones et tous ceux et celles qui se trouvent en marge de notre société, y compris l’environnement. L’Église a abandonné la signification simpliste du mot catholique qui signifie toujours universelle. Dans la société actuelle, plusieurs jeunes se dirigent librement vers l’entraide et la justice sociale. Ne pourrait-on voir là un prochain clergé ? Dans son cheminement à l’image de Jésus, faudrait-il que l’Église meure si elle veut ressusciter ? L’Église, en tant qu’organisme politique : peut-être ; mais, en tant que rassembleuse spirituelle : sûrement. Comment ? L’Esprit saura bien nous le dire.

Le temple est un symbole vivant de la maison de Dieu mais n’avons-nous pas mis sous le boisseau le cœur des humains afin de mieux chosifier la présence de notre Dieu comme une exclusivité à notre Église. Où situons-nous notre universalité ?  On a surtout mis l’accent sur l’hostie, la flamme du sanctuaire, l’ostensoir et le tabernacle. Au-delà de son devoir d’obligation imposé par l’Église, il faut bien admettre que le temple dominical avait un pouvoir de rassemblement et de convergence vers l’entente mutuelle, la joie la compassion et la reconnaissance de l’autre, bref la liberté, la fraternité et le partage.  Dites-moi : à quoi sert l’assistance à la messe si vous êtes incapable de sourire à votre voisin, lui pardonner, de lui venir en aide, l’assister, et de le nommer , le connaître ? Ce rôle social est crucial et essentiel. Malheureusement, il a été emporté par la vague qui nous a frappés par l’abandon et la vente souvent prématurée de nos églises, y compris le perron qui s’y rattache.

Pourtant, il y avait une véritable rencontre avec le Dieu de Jésus qui se faisait sur le perron de l’église, là où on retrouvait l’autre parce qu’il était lui-même le tabernacle de l’Autre. Il y avait aussi la cloche de l’Angélus, par son tintement qui nous rassemblait, parce que nous étions tous à l’écoute d’une même voix, véhiculée par la respiration de l’Esprit et qui respectait en chacun, un sens différent. Nous écoutions ensemble un son qui se concrétise en signifiant personnel. C’est cela qui nous unissait, comme ce que les contemporains des apôtres entendaient chacun dans leur langue en regard de leurs coutumes. L’herméneutique de l’Esprit est toute simple et tellement plus universelle par rapport à celle des humains.

Heureusement, Jésus n’a pas fondé l’Église catholique, il en a été le fondement. Autrement dit, l’Église a trouvé ses assises en Jésus Christ. C’est pour cela qu’elle ressuscitera. Dès lors, il faut croire qu’il y a des personnes, baptisées ou pas, qui suivent les principes de Jésus tout naturellement et qui œuvrent avec l’Esprit. En leur demandant de parcourir le monde deux par deux, Jésus était loin de constituer une secte ou un cercle fermé sur lui-même. Nous avons sans cesse le devoir de nous convertir et non de convertir. L’Église ne doit pas imposer, c’est un non-sens. L’Église aurait dû nous apprendre à aimer sans restriction et en liberté, point à la ligne.

Un de mes anciens professeurs disait : le monde « s’enmieute ». Aujourd’hui, je comprends que l’Esprit, au nom du Père et du Fils, travaille pour que le monde devienne meilleur et il choisit librement ses ouvriers d’où qu’ils soient. Le Pape François est un de ses ouvriers dans l’amorce d’une réorganisation de la curie romaine. Pour la suite, je vous invite à lire « Qui succèdera au Pape François ? » d’Alain Pronkin, chez Fides dont le titre aurait pu être « Que sera l’Église de demain » ?

La « blessure ontologique » de l’Église catholique

(N.D.L.R.) Une table ronde ayant pour thème « Le rôle de la femme dans l’avenir du Christianisme au Québec » a été organisée à l’occasion de l’assemblée générale 2018 du Réseau des Forum André-Naud. Voici le texte de l’intervention d’un des panélistes.

Introduction

Lorsque que l’on m’a communiqué le thème de cette table ronde, « Le rôle de la femme dans l’avenir du Christianisme au Québec », j’avoue que j’ai sursauté… LA femme ? Vraiment ? J’ai donc failli intituler ma communication : « LA femme n’existe pas ! »

Je ne cherche pas ici à être provocateur… Je crois simplement qu’un des grands problèmes avec le discours officiel de l’Église catholique, sur les femmes, se situe justement là. On n’y parle pas des femmes concrètes, diverses, désirantes et incarnées, des femmes « sujets » de parole, de liberté et de volonté… On y parle plutôt de LA femme abstraite… LA femme dans l’Église ou dans le Christianisme… En parlant des femmes de cette manière, en réduisant leur diversité et leur réalité sous un terme générique (LA femme), on se piège ! Et je pense que c’est dans ce piège que tombe le titre donné à cette table ronde… Symptôme de l’influence malheureuse qu’exerce sur nos pensées le discours du magistère catholique ? Je pose la question… Il faut s’y arrêter.

Le chemin de croix des femmes
Car, dans ce discours typique du catholicisme, la dignité et la vocation de « LA femme » sont trop souvent interprétées unilatéralement, à la lumière de la dignité et de la vocation exceptionnelles de Marie, vierge et mère. Cette rhétorique cléricale et ecclésiastique trahit une volonté de désincarner les femmes réelles, pour mieux les idéaliser dans l’imaginaire, là où elles ne sont pas « confrontantes ». Il faut donc être bien attentif à cela et critiquer cet essentialisme, ce discours abstrait qui n’est qu’une manière de « noyer le poisson », pour ne rien entendre des femmes réelles et concrètes…

Cette rhétorique cléricale, c’est une manière de ne rien remettre en question dans l’Église, malgré le fait que le féminisme soit, pourtant, un mouvement social incontournable du dernier siècle en Occident. Cela étant dit, j’entre maintenant dans le vif de mon propos, en tant qu’homme laïc, Québécois, de 45 ans.

Une « blessure ontologique »

Je pose cette affirmation, qui est le cœur de ce que je veux dire : il n’y a pas d’avenir pour le christianisme, au Québec ou ailleurs, sans la pleine égalité entre les femmes et les hommes dans l’Église.

Pour moi, le rôle DES femmes dans l’avenir du christianisme (en général), et du catholicisme (en particulier), c’est donc de nous aider à dépasser ce que j’appelle une « blessure ontologique » dans notre vie d’Église. Par blessure ontologique, j’entends ce qui blesse en profondeur notre être ecclésial. Un être ecclésial qui devrait nous rassembler – en tant que personnes sexuées, i.e. créées hommes et femmes, à l’image de Dieu, et appelées à incarner ensemble l’humanité nouvelle sauvée par Jésus Christ…

Je parlerai surtout de la condition des femmes dans l’Église catholique – puisque c’est mon Église, comme la majorité d’entre vous je présume. Cette condition des femmes dans le catholicisme, est pour moi – de même que pour de nombreuses personnes – la cause d’un grave scandale.

Je suis d’une génération pour laquelle l’égalité entre les sexes, de même que la non-discrimination sur la base du genre, sont des principes acquis et reconnus. Bien que ces derniers ne soient pas encore totalement réalisés dans les faits, au sein de nos sociétés – et donc que le combat pour les incarner de manière encore plus authentique doive se poursuivre avec vigilance et fermeté – il n’en demeure pas moins qu’il s’agit là de valeurs fondamentales dont la portée universelle est indéniable.

Pour reprendre une catégorie prisée dans notre Église, nous touchons, en cette matière de l’égalité des sexes, à quelque chose relevant du « droit naturel ». Que les femmes puissent avoir accès à toutes les fonctions et responsabilités dans la cité; qu’elles soient traitées sur un pied d’égalité avec les hommes dans toutes les institutions; qu’elles puissent occuper des postes de leadership et de décisions à tous les échelons du pouvoir dans la société… cela va de soi ! Toute prétention contraire apparaît maintenant irrecevable.

C’est pourquoi, lorsque que, sur la base de leur identité de personne sexuée, les chrétiennes de tradition catholique sont encore, de nos jours, exclues de la vocation ministérielle qui régit l’ensemble de la vie de leur Église, tant sur le plan magistériel et juridique, que sacramentel, il y a scandale!

Comme catholique de ma génération, comme baptisé et laïc, il m’est absolument impossible d’accepter cette exclusion des femmes des ministères ordonnés dans mon Église, de même que les justifications non convaincantes qui sont avancées pour la maintenir. Ces prétendus arguments pour soutenir cette position ont largement été – et depuis longtemps – déconstruits par nombre de théologiennes et de théologiens et par d’autres Églises chrétiennes.

Ils sont aussi durablement contestés par une forte proportion de fidèles dotés, depuis leur baptême et leur confirmation, de ce que l’on appelle le « sens surnaturel de la foi ». Comme le disait la regrettée théologienne Élisabeth Lacelle (+2016),

«aussi longtemps que la législation catholique romaine ne reconnaîtra pas les femmes baptisées comme des membres à part entière de l’Église, elle témoignera d’une humanité mutilée, non d’une humanité réconciliée en Jésus Christ».[1]

En fait, en excluant les femmes des fonctions officielles d’enseignement, de gouvernement et de sanctification qui sont associées aux ministères ordonnés, notre Église se coupe de son humanité. Cela a de graves conséquences sur son être.

À l’intérieur de son organisation hiérarchique et ministérielle, monopolisée par des hommes célibataires, les femmes sont structurellement bannies et ignorées. Ainsi, la parole d’autorité, les instances de décisions et les rôles symboliques, constitutifs de la communauté ecclésiale, ne sont tenus que par des hommes clercs, qui demeurent entre eux et se « reproduisent » eux-mêmes. Je dis bien des hommes clercs – ce qui exclut non seulement TOUTES les femmes, mais aussi les hommes laïcs !

Dans ce système clérical fermé, exclusif et auto-suffisant, la « spécificité » des femmes en particulier et des laïcs en général est d’autant plus exaltée, qu’elles et ils sont écartés des lieux où, justement, elles  et ils pourraient « faire la différence ».

Cette incapacité structurelle à assumer véritablement la différence et la complémentarité des sexes, cette négation des femmes (et des hommes laïcs) en tant que sujets réels de parole, de pouvoir et de désir au sein de l’institution, est une « blessure ontologique » qui traverse notre Église. Ce mal porte un nom : le cléricalisme; et il gangrène le corps institutionnel du catholicisme – et toute sa crédibilité.

Élisabeth Lacelle posait ainsi la question:

« Comment, dans sa constitution actuelle, l’Église peut-elle témoigner d’une communauté qui rassemble des sujets pleinement reconnus dans leur identité personnelle sexuée ? Comment sa parole magistérielle, exclusivement masculine et célibataire, peut-elle être reçue comme pertinente pour une humanité “créée homme et femme à l’image de Dieu” ? L’Église catholique actuelle ne représente-t-elle pas plutôt une communauté en mal de son intégrité humaine »

Une communauté en mal de son intégrité humaine… voilà justement ce que j’appelle « une blessure ontologique » ! Nous vivons dans une Église en mal-être! Une Église malade dans son être ! Une Église « désordonnée » dans son rapport à son humanité et à la sexualité ! Malheureusement, cette négation de l’intégrité humaine devient le ressort caché de pratiques ecclésiales et de discours moraux rigides, irréalistes, hypocrites et souvent aussi tordus que pervers.

Ces pratiques et ces discours accablent, en plus des femmes dans l’Église catholique, des couples dans leur vie conjugale, des personnes divorcées, des personnes homosexuelles qui décident de vivre leur réalité sans se cacher – et même certains prêtres ou évêques qui sont plus « allumés »…

Tous ces baptisé(e)s devenant, en quelque sorte, les boucs émissaires sur lesquels on se décharge du poids de cette « blessure ontologique », et du joug de ce « désordre sexuel » qui divise l’Église catholique… et que ses autorités refusent d’admettre. Ainsi s’explique l’obsession de l’institution à dénoncer sans relâche « la paille » dans l’œil de autres, sans voir « la poutre » qui est dans le sien. Pensons ici, évidemment, aux nombreux scandales sexuels qui font sans cesse les manchettes, symptôme douloureux que quelque chose est vraiment pervertie et pourrie au sein du royaume catholique !

Cette « chose pervertie et pourrie», c’est ce rapport problématique au corps et à la sexualité, directement lié à ce déni des femmes qui représentent pourtant 50% de l’humanité et du Peuple de Dieu… Cette non-reconnaissance des femmes, dans les discours et les pratiques organisationnelles de notre Église est, nous le savons, au cœur et à l’origine de la multitude de nœuds et d’impasses qui minent, depuis des années, l’institution catholique.

C’est pourquoi elle concerne aussi directement les hommes laïcs – dont je suis.

Défaire ces nœuds et sortir de ces impasses, seraient alors une vraie libération, pas seulement pour les femmes, mais aussi pour les hommes (clercs et laïcs) !

Comment sortir de l’impasse ?

Alors, comment commencer à dénouer ces nœuds? J’évoque trois pistes :

  1. Premièrement, rappeler sans cesse que LA femme n’existe pas (pour reprendre la boutade du début de mon exposé)… Il n’existe que des femmes concrètes, diverses, et non réductibles à une idée abstraite que l’on pourrait manipuler dans de beaux discours – évitant ainsi de changer quoi que ce soit dans nos pratiques. Donc, refuser les discours essentialistes, de même que les arguments sans fondement et hypocrites ne servant qu’à maintenir le statu quo dans l’institution catholique.
  2. Deuxièmement, revisiter et rediffuser la longue et riche tradition féministe que recèle l’histoire de l’Église du Québec. Trop de personnes ont oublié (ou veulent oublier) que des générations de femmes croyantes, au Québec, ont travaillé à construire un discours alternatifs et des structures de dialogue pour challenger l’institution.Je donne un exemple . Qui se souvient encore que l’ancien archevêque de Québec, Mgr Louis-Albert Vachon (1912-2006), poussé et soutenu par des femmes, avait dénoncé, au cœur du Synode romain de 1983, « l’appropriation masculine de l’Église » ?Interpellant l’assemblée synodale et le pape, il était allé jusqu’à dire:

    « Reconnaissons les ravages du sexisme et notre appropriation masculine des institutions ecclésiales et de tant de réalité de la vie chrétienne. […il invitait ensuite à] dépasser les concepts archaïques de la femme tels qu’ils nous furent inculqués pendant des siècles. »

    Et en guise de recommandation, il demandait que toutes les communautés chrétiennes :

    « mettent en place des structures de dialogue qui soient des lieux de reconnaissance mutuelle et de mise en œuvre effective de nouveaux rapports d’égalité “hommes et femmes” dans l’Église». L’Église canadienne, 20 octobre 1983, p. 101-102

    Il faut garder vivante la mémoire de ce genre de chose, et surtout la transmettre aux plus jeunes générations. À ce sujet, voir la brochure d’Annine Parent, « Devoir de mémoire », publiée par Femmes et Ministères en 2013.

  3. Troisièmement, je crois qu’il faut oser dire clairement ce que l’on pense et prendre position, en cessant d’avoir peur de déplaire ou de «faire de la peine».Ici, j’ose vous partager un exemple personnel… En juin dernier, je recevais une invitation de Pierre-Olivier Tremblay, pour son ordination épiscopale du 22 juillet, ici même, à la basilique… Je vous partage un passage de la réponse que je lui ai faite :

    Cher Pierre-Olivier,

    Merci pour ton invitation! […]

    Malheureusement, je n’irai pas à ton ordination épiscopale. Pour la simple et bonne raison que j’ai récemment décidé de ne plus jamais retourner à une ordination (presbytérale ou épiscopale) tant que les femmes ne seront pas admises aux ministères ordonnés dans l’Église catholique (ce qui semble encore bien loin!), et tant que les laïcs continueront d’être des figurants parfaitement insignifiants dans ces ordinations (tout autant que dans le processus de sélection des évêques).

    L’une des pistes à investir me semble donc être celle d’oser entrer dans des pratiques de boycott de la logique d’exclusion cléricale. Pour l’illustrer encore, je me réfère maintenant à un article publié dans Le Devoir du 1er août dernier, intitulé « Sœur Nicole Jetté, féministe tant qu’il le faudra ». On pouvait y lire le passage suivant :

    «…Cette religieuse […] a demandé qu’à sa mort, aucune célébration eucharistique ne soit donnée, à moins que celle-ci puisse être célébrée par une femme. Cela signifie que si, comme c’est le cas actuellement, […] l’eucharistie […] reconnue par l’Église [catholique] ne peut se donner que par un prêtre ordonné, une telle célébration n’aura pas lieu. C’est sans doute sa façon à elle de militer pour une place plus équitable pour les femmes dans [son] Église. »

Je conclue !

Je crois qu’il n’y aura pas d’avenir, au sein de christianisme et du catholicisme d’ici, tant que nous n’oserons pas prendre clairement position et boycotter de l’intérieur le système sexiste et clérical – tout en exprimant clairement et calmement pourquoi nous le faisons.

Femmes, hommes laïcs, et clercs «voyant clair» (il y en a quelques-uns!), doivent enfin oser dire : ça suffit ! On ne tolère plus l’intolérable ! 

Et poser des gestes concrets en conséquence !

P.S. Tout ce que j’exprime ici est assez banal: ça fait plus de 30 ans que les théologiennes féministes expliquent cela en long et en large… Comment se fait-il que notre Église n’ait pas encore voulu le comprendre?

[1]– Les citations d’É. Lacelle sont tirées de Transmettre le flambeau – Conversations entre les générations dans l’Église, livre sous ma direction (publié en 2008 aux éditions Fides).

À propos de Jésus en 2018

Compte tenu des sources écrites concernant Jésus, nous pouvons affirmer qu’il a existé (Flavius Josèphe (+100), Tacite (+120), Pline le Jeune en 112, les 27 livrets de la Nouvelle alliance (entre 51 et 100), une source hypothétique d’évangile en 55.

L’approche historique

Nous ne connaissons rien de sûr à propos de Jésus avant sa vie publique. Il savait peut-être lire et écrire. Il connaissait sans doute un peu la langue hébraïque, utilisée le jour du sabbat à la synagogue lors de la lecture d’extraits de l’un ou l’autre des 46 livrets de l’Ancienne Alliance. Cet ensemble est dit maintenant le TaNaK. Le T voulant dire la Torah, comptant les cinq premiers livrets. Le N les Nebiim (les 19 livrets prophétiques) et le K pour Ketubim (les écrits autres). La langue parlée de Jésus était l’araméen, une langue sémitique, proche de l’hébreu, mais s’en distinguant par la prononciation. Comme la koine, le langage grec de l’époque, était la langue commune au sein de l’empire romain, il est probable que Jésus s’en servait surtout s’il avait été charpentier à Nazareth, une ville de 2000 habitants, incluant des étrangers.
La croix
Jésus pratiquait le judaïsme; il désirait le réformer. Il n’a rien fondé. Il n’a été qu’un itinérant. Il n’a pas été ni un théologien ni un militant politique, mais une sorte de prophète. Des femmes l’ont suivi, ce qui est surprenant à cette époque. Il ne les considère pas comme des subalternes. Il s’adresse d’abord aux personnes socialement exclues. Même s’il est pieux, il transgresse des lois et des règlements de sa religion, comme un dissident. Pat exemple, le sabbat est fait pour les êtres humains, et non l’inverse, selon lui. La personne humaine est première; chacune doit être respectée dans sa dignité. D’aucuns, à notre époque, le considèrent comme l’inspirateur « des droits de l’homme ». Il libère les gens des menus détails de la loi, dite à tort mosaïque. Il interpelle des pharisiens, qui n’agissent pas selon ce qu’ils enseignent.

Il ne retient du judaïsme que l’invitation au partage, l’appel à la liberté intérieure de la conscience, le renoncement à la violence, l’amour du prochain, signe le plus sûr de l’amour de Dieu. Il communique familièrement avec ce dernier, qu’il appelle abba en araméen, c’est-à-dire papa. Dans un contexte patriarcal omnipotent, il révolutionne les mœurs du temps, en faisant ressortir l’amour de Dieu envers tous les êtres humains, quels qu’ils soient, et non plus à 1’égard des seuls adeptes du judaïsme.

Son enseignement

Le thème central de son enseignement concerne le royaume de Dieu, un royaume de justice et de bonheur, en germination constante sur terre et se déployant dans l’au-delà. Transformer le monde humanitaire en royaume de Dieu s’effectue grâce à la pratique de valeurs, dites les béatitudes (Mt 5, 1-9 et Lc 6, 20-26). Fait unique dans l’histoire des religions, Jésus renverse toutes les hiérarchies humaines, en privilégiant les victimes, comme étant au faîte et non au bas. Jésus n’est pas un moraliste, mais il est le promoteur d’une éthique, dite aujourd’hui laïque en Occident. Elle favorise l’égalité, la fraternité, la liberté, la justice sociale, la non-violence, le pardon, la promotion de la femme, la séparation entre les religions et les États. Selon l’évangile quadriforme, Jésus apparaît parfois cinglant, exclusif, colérique, autoritaire, mais ce qui ressort c’est surtout son humanisme.

Quant aux miracles, il vaut mieux les interpréter de façon symbolique. D’ailleurs, l’évangéliste Jean n’en relate que sept; il les présente non comme des miracles, mais comme des « signes », des signes qui veulent dire quelque chose de plus important que ce qui paraît. Par exemple, un aveugle guéri est quelqu’un qui voit clair grâce à sa foi en Dieu ou la résurrection de Lazare fait ressortir que la vie se poursuit dans l’au-delà.

Il est vraisemblable que son esclandre dans le temple de Jérusalem en pleins préparatifs de la fête pascale, alors qu’y venaient des milliers de Juifs de la diaspora, a déclenché la décision du grand-prêtre et des lévites d’en finir avec ce Jésus récalcitrant. Le temple, le seul haut lieu du judaïsme, tenait un rôle socio-économique central. Il est rare que les quatre évangélistes rapportent les mêmes paroles de Jésus. Or celles-ci le sont, telles que déjà mises dans la bouche de Yahveh par les prophètes de l’Ancienne Alliance : « Ma maison sera appelée une maison de prière pour toutes les nations » (És. 56, 7), « mais vous, vous en avez fait un repaire de brigands » (Jr 7, 8-11).

Trahi par l’un des siens pour une affaire d’argent, Jésus a comparu à l’aube devant le Sanhédrin, composé des 70 dirigeants et d’un président, appartenant à la noblesse sacerdotale ou civile du peuple juif et doté du triple pouvoir : religieux, civil et judiciaire. Il pouvait faire exécuter toutes leurs sentences, excepté la condamnation à la peine capitale, celle-ci devant être ratifiée par le tenant du pouvoir impérial romain. Conduit devant Ponce Pilate, Jésus fut condamné à mourir crucifié. Selon l’historien allemand Joseph Klausner, « ici se termine la vie de Jésus et commence l’histoire du christianisme ».

De jésus au christ

Qu’est-il arrivé du cadavre de Jésus ? Personne ne le sait. Rien ne ressort des quatre textes évangéliques à propos du processus par lequel s’est opéré ce qui a été dénommé la résurrection. Le présumé ressuscité n’y est pas décrit. La première qui en parle, Marie de Magdala, pense que c’est le jardinier du terrain, où le corps de Jésus aurait été enseveli. Quant aux apparitions des semaines suivantes, Marc et Matthieu, les deux évangélistes qui ont écrit entre 65 et 80, n’en mentionnent brièvement que deux : à deux disciples retournant à Emmaüs et aux onze, dits apôtres, Judas s’étant suicidé. Cette dernière apparition est aussi décrite par les deux autres évangélistes, mais dans des contextes différents. Luc, dans la décennie de 80, connaissant les écrits dits de Marc et de Matthieu, présente un Jésus incarné, qui aurait dit à Thomas, l’un des onze, incrédule : « mets ton doigt dans la marque des clous ». Pour sa part, Jean le fait apparaître comme un esprit : Jésus traverse la porte de la maison verrouillée, où se trouvent des disciples. L’évangéliste Jean, s’adressant, non pas à des gens ordinaires comme les trois autres, mais à des personnes attirées sur des voies mystiques ou spirituelles, peut-être ésotériques ou même gnostiques, est le seul à relater ceci : Jésus aurait dit à Marthe, la sœur de Lazare présumément décédé : « je suis la résurrection ». De fait, des disciples de Jésus, non pas tous ont cru peu après son décès qu’il continuait de vivre et qu’il les accompagnait spirituellement. II était donc vraiment le Christ, mot d’origine grecque, qui traduit le mot hébreu Messiah, le messie, le consacré, celui qui a reçu une onction. Bien plus, il est dit à la droite du Père, c’est-à-dire proche de lui. De fait, ce qui est dit apparition veut dire acte de foi. La personne ou les personnes concernées croient voir; elles sont sûres de sa présence.

Après la pâque judaïque, avait traditionnellement lieu la fête de la pentecôte, mot d’origine grecque voulant dire cinquantième, donc 50 jours après la pâque. Ancienne fête agraire, elle en était venue à commémorer l’Alliance entre le peuple juif et Yahvé. À cette occasion, des disciples de Jésus, s’étant retrouvés à Jérusalem et se croyant inspirés par l’esprit de Jésus le Christ, dit l’Esprit Saint, commencent à témoigner de ce dernier auprès d’autres pèlerins.