Décadence : comment faire peur au monde

L’évocation du « bon vieux temps » par les plus âgés suscitent parfois des jugements associant le mode de vie contemporain à une décadence. Deux livres, deux approches culturelles tentent de cerner la décadence contemporaine. Le premier, écrit par un Français, Michel Onfray, décrète la fin de la civilisation Judéo-Chrétienne. Le deuxième, d’un Québécois, Manuel Dorion-Soulié, décrit la mission que se sont donnés les néo-conservateurs américain pour sauver leur « empire » de la décadence.

Décadence de Michel OnfrayMichel Onfray, philosophe polémiste français, décrète que « l’Occident est en phase terminale ». Son « Occident » est cependant circonscrit à l’Europe et le Judéo-Christianisme qu’il évoque est celui de l’Église Catholique. Notre civilisation, dit-il, succombe sous les assauts des deux barbarismes : « le sanglant songe califat des terroristes, d’un côté ; le rêve scientiste et glacé de la posthumanité, de l’autre ». La chroniqueuse Marie Lemonier de l’Obs, à la lecture de ce livre, dit de Michel Onfray « qu’après avoir été hédoniste et vitaliste, le voilà décliniste ». Elle en conclue que de philosophe de gauche, Onfray est devenu une « scie réactionnaire ». La chroniqueuse reconnaît l’érudition de l’auteur, mais elle met en doute la qualité des sources qui ont inspiré l’ouvrage.

À propos de l’ouvrage d’Onfray, Henri Tincq, spécialiste des questions religieuses à la Croix et au Monde de 1985 à 2008, est encore moins complaisant en parlant du «  regard partial et partiel porté sur l’histoire chrétienne par le philosophe athée  ». Le journaliste y va d’un charge à fond de train dans sa chronique, en relevant contre-vérités et mensonges. Il  reproche à l’auteur de ne pas tenir compte de la portée du concile Vatican II sur l’orientation actuelle de l’Église Catholique. Il en conclue que : « les parti pris du philosophe, sa haine de l’Église, la partialité de son analyse historique menacent, sinon la pertinence de son livre, au moins la crédibilité de sa thèse. »

Titre: Décadence
Auteur: Michel Onfray
Année de publication: 10 janvier 2017
Maison d’édition: Flammarion
ISBN: 9782081399204
Format : Epub, papier
Prix: Epub : 26,99 $, papier :  36,95

Décadence des néo-conservateurs américainsDans « Décadence, empire et guerre. Le militarisme moralisateur des néoconservateurs américains », Manuel Dorion-Soulié aborde la question sous un tout autre angle. C’est plutôt le compte-rendu d’une enquête fouillée sur le « néo-conservatisme américain » qu’il nous livre. Selon Louis Cornellier, du Devoir, l’auteur constate que si tous les dirigeants américains ont mené une « politique étrangère impériale », les néo-conservateurs   vont plus loin  en prétendant que « l’expansionnisme impérial… vise le maintien de l’armature morale des citoyens ».

Le néo-conservatisme serait né du traumatisme provoqué par « l’émergence de la Nouvelle Gauche contre-culturelle, individualiste, féministe, pacifiste et hédoniste. » Cornellier retient de la conclusion de Dorion-Soulié sur les néo-conservateurs américains que « leur projet impérial belliciste trahit même l’esprit républicain américain de liberté, menacé par le militarisme. Souvent brillants, ces penseurs n’en demeurent pas moins dangereux. » Manuel Dorion-Soulié est un chercheur au Centre interuniversitaire de recherche sur les relations internationales du Canada et du Québec.

Titre: Décadence, empire et guerre : le militarisme moralisateur des néoconservateurs américains
Auteur: Manuel Dorion-Soulié
Année de publication: 10 janvier 2017
Maison d’édition: Athéna
ISBN: 9782924142363
Format : Papier
Prix: 24,95 $

 

 

Réforme au Vatican quatre ans plus tard : des progrès

Construction
Au terme d’une quatrième année de son pontificat, le pape François peut se réjouir de la progression des réformes qu’il a initiées. Inspiré par François d’Assise, le Pape avait déclaré vouloir « une église pauvre pour les pauvres ». À Assise, où il s’était rendu en octobre 2013, il s’était fait accompagné par 8 cardinaux qui’il avait désignés pour réformer la Curie. Outre une plus grande transparence, force est de constater que les changements correspondent à ceux évoqués par le regretté Cardinal Turcotte au lendemain du Conclave. Ce dernier avait dit de François à Radio-Canada qu’il était « quelqu’un qui pourrait d’abord être un saint, quelqu’un qui est proche des pauvres, quelqu’un qui pourrait s’attaquer à corriger certaines erreurs de la Curie, à corriger aussi les erreurs de l’Église ». Parmi ses réformes, notons une consultation  plus large pour la nomination des Évêques, la vigoureuse réforme de la gestion économique du Saint-Siège, une volonté d’impliquer les laïcs et des efforts pour mieux gérer la lancinante question des agressions sur les enfants.

Consultation élargie

Contrairement à la tradition, le Pape consulte par la poste les fidèles et le clergé du diocèse de Rome pour nommer son nouveau vicaire. Selon le journal La Croix qui cite le Vatican Insider, « alors que l’actuel vicaire du pape, le cardinal Agostino Vallini, âgé de 77 ans, doit cesser ses fonctions le 17 avril, prêtres et fidèles ont jusqu’au 12 avril pour envoyer par courrier des « suggestions sur le profil du prochain vicaire et aussi éventuellement des noms ». Cet appel a été lancé par le pape lors d’une rencontre privée avec 36 responsables du diocèse, qui compte 334 paroisses pour 2,8 millions d’habitants ».

Poursuites criminelles et liste blanche

La réforme de l’Institut des œuvres de la Foi connu sous le vocable de Banque du Vatican est celle qui a le plus progressé. Selon la RTS (Radio Télévision Suisse), 5 000 comptes ont été fermés, 12 000 euros saisis, 2 directeurs de la banque ont été tenus criminellement responsables par la justice Italienne pour violation des normes anti-recyclage grâce au concours des nouvelles autorités de l’Institut.

L’Italie a mis le Vatican sur sa « liste blanche » des États dont les institutions financières sont considérées comme transparentes, après plusieurs années de réformes menées par le pape François et son prédécesseur. Ou plutôt, le ministre des finances italien a sorti le Vatican sa liste noire des États fiscalement « à risques » en signant des accords d’échange de renseignements avec la Banque du Vatican.

1,3 milliard d’euros trouvés

La réforme de la curie a mené à la création d’un « Conseil pour l’économie » et un « Secrétariat pour l’économie ». Ce dernier, sous la responsabilité de Cardinal Pell, dispose désormais d’un pouvoir de « contrôle et vigilance en matières administrative et financière » sur tous les dicastères de la Curie (Congrégations, Conseils pontificaux, Tribunaux, Secrétairerie d’État) ainsi que sur les « institutions liées au Saint-Siège ou s’y rapportant et les administrations du Gouvernorat de la Cité du Vatican. »

Le cardinal Pell, dans une déclaration au quotidien français La Croix,  a admis que « l’examen des caisses des différents services du Vatican avaient permis de trouver 442 millions d’euros non utilisés, s’ajoutant aux 936 millions trouvés dans un premier temps, des fonds légaux ». Bien que certaines Secrétaireries d’État soient jalouses de leur indépendance et que les fonctionnaires n’étaient pas spécialement loquaces, le Cardinal a affronté une résistance mois grande d’appréhendée, a-t-il confié au Catholic Herald en 2015. À l’exception d’une nécessaire réforme de la Caisse de retraite, les finances sont maintenant saines selon lui.

Le C8

Le C8, appelé ainsi parce qu’il est constitué par 8 cardinaux désignés par le Pape, a pour mandat de voir à la réorganisation de la Curie romaine, à la manière d’être de l’Église et de traiter des questions sensibles pour les laïcs. Sur la question des laïcs, « certains catholiques pensent encore qu’un prêtre doit être présent pour que l’Église fonctionne. C’est absurde ! », avait déclaré le cardinal Marx, membre du C8. Ce C8 est composé de deux Européens (l’Italien Giuseppe Bertello, l’Allemand Reinhard Marx, par ailleurs président de la Comece), deux Sud-Américains (le Chilien Francisco Javier Errázuriz Ossa et le Hondurien Oscar Andrés Rodríguez Maradiaga, également président de la Caritas Internationalis), un Nord-Américain (Sean O’Malley, des États-Unis), un Asiatique (l’Indien Oswald Gracias), un Africain (Laurent Monsengwo Pasinya, de la République démocratique du Congo) et un originaire d’Océanie (l’Australien George Pell). Plusieurs parmi ces cardinaux ont été cités par les médias comme de hautes figures du dernier conclave.

Le Pape vise d’abord un changement d’attitude où les réformes structurelles doivent s’en faire l’écho. « On ne fait pas la connaissance de Jésus en première classe », avait-il lancé au début de son pontificat, après avoir, une semaine auparavant, tancé les « évêques-voyageurs ».

Plusieurs sujets ont été abordés par le groupe responsable de la réforme.  Par exemple, la nomination d’un modérateur responsable de faire le lien entre les dicastères et le rôle des Laïcs ont été discutés en 2013Le nouveau visage de la Curie sera plus synodal et moins monarchique, plus collégial et moins pyramidal, il s’inspirerait du mode de gouvernement déjà en oeuvre au sein des ordres et congrégations religieuses, dont les jésuites.

La responsabilité des sanctuaires internationaux incombant au Saint-Siège qui était la responsabilité de la Congrégation pour le clergé est désormais assumé par le Conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation. Deux nouvelles congrégations ont également été approuvées : l’une aux laïcs, à la famille et à la vie, l’autre à la charité, à la justice et à la paix.

Agressions sur les enfants : efforts et raté

Afin de lutter contre la pédophilie et les abus sexuels au sein de l’Eglise, le pape a institué en mars 2014 une commission pontificale pour la protection des mineurs dans laquelle siègent dix-sept experts du monde entier – dont certains sont des anciennes victimes. Il a par la suite créé une nouvelle instance judiciaire sous la responsabilité de la Congrégation pour la doctrine de la foi, héritière de l’ancienne Sacrée congrégation de l’inquisition romaine et universelle, organisme chargée de veiller au respect du droit canon. Ce tribunal est chargé de juger les évêques lorsque ceux-ci auront caché des abus sexuels commis par des prêtres de leurs diocèses.

Cependant, la seule membre victime d’abus sexuels, Marie Collins a démissionné le 1er mars 2017 en déplorant les refus et les lenteurs de la Curie à appliquer les recommandations de la Commission et en dénonçant la Congrégation pour la doctrine de la foi dont elle jugeait l’approche judiciaire opprimante pour les victimes. Plus précisément, elle était outrée qu’on refuse aux victimes le droit d’être assistées d’un avocat lors de leur comparution devant le tribunal. Selon Marie Collins, on confond victime et accusé. Marie Collins ne remet pas cependant en question la bonne foi du Pape François, mais bien celle de la curie.

Ces réformes n’arrêteront surement pas le déclin de l’Église catholique, mais permettront à tout le moins de mettre à jour l’appareil administratif.

Histoire du RFAN

N.D.L.R. Voici un extrait du numéro 37, Février 2017, du Bulletin du Réseau des Forums André-Naud. C’est un texte extrait de la section Vie du réseau.

Introduction

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Lors du 5e anniversaire, j’avais traité en assemblée générale les origines de notre réseau, sa mise en route et son fonctionnement. Ce texte fut publié dans notre Bulletin numéro 15, pages 61-63, en décembre 2010. Après un bref rappel du contenu de cette intervention, les cinq dernières années ressortiront selon deux facettes principales.

  1. Les premières années

    À l’initiative de Claude Lefebvre, quatre réunions ont eu lieu de juin à décembre 2005, auxquelles ont participé respectivement 9, 8, 7 et 10 personnes, qui exerçaient le ministère presbytéral. À la dernière, deux hommes homosexuels ont témoigné de leur vécu et le théologien Gregory Baum a ajouté sa réflexion.Il en résulta un projet de lettre ouverte aux évêques du Québec qui circula en janvier pour consultations en vue de sa publication dans La Presse. Envoyée le 7 février, elle parut le dimanche 26 sous le titre « Trop, c’est trop ! » Dix-neuf agents presbytéraux de cinq diocèses avaient apposé leurs signatures. Ils réagissaient à deux documents : le « Mémoire de la Conférence des évêques catholiques du Canada » du 18 mai 2005 déposé au Comité législatif du Gouvernement canadien, chargé du projet de la Loi sur le mariage civil et un document intitulé « Introduction » du 4 novembre 2005 de la Congrégation vaticane pour l’éducation catholique.

    Dans le premier cas, aucune porte n’était ouverte aux couples homosexuels et dans la seconde aucune aux homosexuels aspirant au presbytérat. Les dix jours suivants, ce fut un feu roulant médiatique au Québec et ailleurs dans le monde. Pressés par un représentant du Vatican, les cinq évêques concernés, après un conciliabule avec tous leurs collègues du Québec lors d’une réunion habituelle de leur Assemblée, rencontrèrent un par un les dix-neuf dissidents qu’un représentant du Vatican aurait voulu voir interdits, sinon suspendus de leur ministère. Le cardinal Jean-Claude Turcotte temporisa par la suite les émois du Vatican.

    Après une réunion tenue le 14 mars en présence de 13 signataires, l’option fut prise de poursuivre l’élan de ce qui était dénommé le Forum André-Naud, stimulé par des impacts locaux. Par exemple à Boucherville s’étaient rassemblées 150 personnes sur le thème suivant : « Des paroles différentes en Église, est-ce possible ? » Dès le 25 avril, le Forum s’ouvre officiellement aux agentes et aux agents de pastorale mandatés. Un congrès de fondation est décidé, puis confirmé lors de la réunion de juillet. Le 15 novembre à Notre-Dame-du-Cap se rassemblent 40 agentes et agents de pastorale, ordonnés ou mandatés, provenant de neuf diocèses. Y est distribué le numéro 2 de notre Bulletin, le premier ayant paru en juin précédent. L’avant-midi consista en un rappel du concile Vatican II et de son héritage, hélas progressivement hypothéqué depuis 1985. Je terminais ainsi mon intervention sur le sujet : « Qui sait ? Un autre pape, tel Jean XXIII, ne surprendra-t-il pas l’Église et le monde ? »

    Un dépliant publicitaire s’en suivit. La visée demeurait la même : « Promouvoir la liberté de pensée et d’expression en Église ». Les objectifs du Réseau étaient ainsi précisés : « s’habiliter à développer une pensée éclairée et une parole libre, proposer le message chrétien comme étant une parole ouverte et libre, pertinente et crédible pour notre culture, susciter l’espérance au sein des populations locales ».

    Se ressourçant à la Parole de Dieu, aux orientations fondamentales du concile Vatican II et aux écrits d’André Naud, les forums sont censés nourrir l’opinion publique en lien avec la mission de l’Église, encourager les gens à vivre en toute liberté de conscience éclairée, intervenir lors d’événements qui nous interpellent.
    Grâce à une équipe nationale, particulièrement animée par André Gadbois, les thèmes traités lors des assemblées générales de 2007 à 2010 furent ceux-ci :

    • À table (à propos de l’eucharistie),
    • Un plaidoyer pour la liberté baptismale,
    • Un Dieu dissident de dieu,
    • Se laisser interroger et interroger à son tour.

    Notons le lancement à la Librairie Paulines en mai 2009 d’un livre publié chez Novalis et intitulé Dissidence, résistance et communion en Église ; deux des cinq auteurs étaient membres de notre équipe nationale.

  2. Le second quinquennat
    Introduction

    Le mois de juin 2011 fut assombri par le décès de Claude Lefebvre le 9. Il avait été présent comme d’habitude à la réunion précédente de l’équipe nationale le 18 mai, fort heureux de l’entrevue de notre coordonnateur André Gadbois publiée dans Présence Magazine de mars/avril. Les futures nominations de nombreux évêques québécois le préoccupaient, ce qui entraînerait des interventions publiques de plusieurs forums et une entrevue radio-phonique avec deux de nos membres.

    2.1 Le manifeste pour une Église dans le monde de ce temps.

    La rencontre automnale de 2011 a eu comme thème : Un monde et une Église à l’envers, voilà notre espérance avec mesdames Lise Baroni Dansereau et Yvonne Bergeron, deux autres auteures du livre sur la dissidence. Il en est ressorti la proposition suivante : qu’au moins une action soit promue, soutenue et réalisée par le Réseau des forums diocésains, afin que soit donnée plus de visibilité à l’action de l’Église dans l’esprit de celui qui nous inspire, monsieur André Naud. Adopté à l’unanimité par les 64 personnes participantes, ce projet d’action commune, qui n’excluait pas les initiatives locales, s’est concrétisé par la préparation d’un Manifeste pour une Église dans le monde de ce temps.En assemblée générale d’octobre 2012, précédé d’un ressourcement en lien avec notre Manifeste par monsieur Yves Carrier, théologien marqué par la pertinence de la théologie de la libération, le texte du Manifeste, déjà modifié grâce à de nombreuses suggestions, fut adopté à la suite d’autres précisions. Quatre souhaits de réforme ecclésiale adressés aux évêques y étaient suivis de sept engagements de la part des membres du Réseau ou-verts à tout dialogue.

    Durant l’année suivante, des feuilles d’appui au Manifeste circulent dans tous nos diocèses respectifs et ailleurs. De fait, le 18 octobre 2013, un communiqué de presse fait ressortir 1600 signatures d’appui, dont celles d’une trentaine de personnalités, incluant Mgr Paul-Émile Charbonneau, évêque émérite de Gatineau-Hull, ayant participé épiscopalement au concile Vatican II. La rencontre du 23 octobre 2013 a d’ailleurs inclus une conférence de presse, dont le contenu fut peu après relaté par le réputé journaliste Jean-Claude Leclerc dans Le Devoir sous le titre suivant : La contestation s’invite dans l’Église du Québec. L’es¬poir était mentionné qu’une telle intervention ne resterait pas lettre morte, grâce à l’évêque de Rome désormais en fonction, le pape François.

    Par ailleurs, monsieur Guy Durand a ressourcé l’auditoire sur la conscience comme règle de la moralité. Il développa quatre corollaires : deux types de morale chrétienne, interpré-tation des dogmes, distinction entre droit et morale, puis dissidence, distincte de l’objec-tion de conscience et de la désobéissance civile. En assemblée générale, une autre action commune a été lancée en lien avec le synode romain extraordinaire annoncé en vue de 2014 et 2015.

    2.2 Courtepointe sur la famille

    Le document de préparation au synode sur Les défis pastoraux de la famille dans le con-texte de l’évangélisation publié en 2013 au Vatican se terminait par un questionnaire adressé aux Églises particulières, afin de susciter leur participation active à l’événement. Les forums locaux n’ont pas tardé à répondre au questionnaire de façon exhaustive. Leurs documents furent envoyés à la Conférence des évêques catholiques du Canada et à leurs évêques respectifs. Parmi ces derniers, certains ont fait une consultation auprès de petits groupes locaux selon des questionnaires plutôt dilués. Rien n’en fut publié.La rencontre annuelle du Réseau en octobre 2014 coïncide avec la fin de la première étape du synode. L’intervention de monsieur André Beauchamp, suivie par du travail en atelier et une plénière, avait pour thème : Faut-il baisser les bras ou voir plus loin. L’appel à choisir ses combats a résulté en un projet, celui de produire une courtepointe sur la fa-mille, pour « tenir en éveil l’espérance » selon le désir du pape François. Une seconde étape du synode, planifiée pour l’automne 2015, laissait entrevoir que des prises de posi-tion ébranleraient le statu quo. À partir du rapport synodal préliminaire de 2014, les fo-rums et des individus ont transmis à l’équipe nationale du Réseau leurs commentaires et réflexions. Tout fut transmis au secrétariat du synode au Vatican. Une synthèse fut aussi communiquée au secrétariat de la CECC et aux évêques du Québec. Il s’agissait de la courtepointe, dont un lancement officiel eut lieu à la Librairie Paulines à Montréal le 13 octobre. L’édition spéciale de notre bulletin du Réseau des Forums André-Naud, le numé-ro 33, expose la courtepointe.

    Aucune surprise d’un retour sur la famille le 14 novembre 2015, lors de la rencontre annuelle, la famille cette fois envisagée « dans son environnement ». Monsieur André Beauchamp fut de nouveau la personne ressource à partir de ce qui était ressorti des sept équipes, ayant réfléchi en ateliers. L’accent avait été mis sur ceci : l’accueil et la bienveillance, la beauté, la tendresse, l’espérance, le bonheur. Il fut aussi dit de sortir, de valoriser l’enfant, de rendre le salut laïc, de prendre les moyens d’appuyer le pape François. Pour sa part, André Beauchamp a relevé l’importance de la beauté et de l’expérience dans l’encyclique du pape sur l’environnement, la priorité étant donnée à la réalité et aux êtres humains.

Conclusion

En perspective d’avenir, ces éléments ont été retenus en plénière. Y furent ajoutées la prière et l’ouverture à des groupes alliés, le tout avec un grand respect du temps, en somme du sens de l’histoire. Il va sans dire que notre Bulletin du Réseau des Forums André-Naud n’a cessé de paraître durant toutes ces années grâce à une équipe éditoriale toujours à l’affût de textes correspondant à nos objectifs. Quant au site Internet, la grande œuvre de Michel Bourgault, il reprend son souffle avec François Lemieux, alors qu’André Gadbois ne cesse d’animer le Réseau, appuyé par Denis Normandeau pour ce qui a trait à la comptabilité et entouré de l’équipe nationale, à la fois stable et créative.

L’année 2015-2016 apparaît comme un temps de répit. Le plus petit nombre de personnes présentes à la rencontre de novembre dernier, phénomène sans doute dû à plusieurs facteurs, a été interprété comme un signe d’essoufflement, d’ailleurs ressenti dans l’ensemble des forums depuis quelque temps déjà. L’équipe nationale s’en est rendu compte. L’avenir de certains forums ainsi que du Réseau fait d’ailleurs l’objet d’une réflexion qui se veut réaliste et sereine. La démarche qui va suivre selon l’ordre du jour préparé par l’équipe nationale le confirmera probablement. Je compte sur vous pour améliorer l’itinéraire historique que je viens de tracer durant les minutes prévues à cet effet.

Le Forum n° 37, février 2017

Liminaire

«  Le fondement œcuménique de toutes les Églises chrétiennes est la profession de foi biblique : Jésus en tant que Christ est la norme suprême (der Massgebende) pour les rapports de l’homme avec Dieu et avec ses semblables. Cette profession de foi demande à être retraduite en fonction de chaque époque.  » C’est en 1979 que Hans Küng écrivait cette phrase dans son livre Vingt propositions de Être chrétien (p. 63). Une phrase motivante et décapante qui, selon moi, invite chrétiennes et chrétiens à s’interroger  : est-ce que ma communauté et moi sommes au service de l’Homme ? Mes options favorisent-elles la solidarité avec les êtres humains ?

François, l’évêque de Rome, a commencé à répondre à ces questions de diverses façons, autant par ses tendres gestes d’ouverture que par ses paroles audacieuses et ses choix. Évidemment qu’aussitôt des index égratignés et scandalisés se sont pointés vers lui pour le dénoncer et, d’une certaine façon, le crucifier. Il n’est pas le premier que les tenants du Droit, de la Morale et de la Loi défigurent de la sorte.

Première section : L’actualité nous démontre trop souvent des situations cruelles qui écrasent entre autres les plus fragiles, les enfants ; le premier texte de la section 1 trace un rapprochement entre l’Enfant de la crèche et ceux de Alep aujourd’hui. Elle nous permet de nous apercevoir aussi que la modernité des institutions n’est pas synonyme de bonheur, de continuité et d’assurance car devant l’ignorance humaine nous sommes égaux, écrit Maurice Boutin, l’auteur de Institution et spontanéité. Yves Carrier affirme avec son expérience au CAPMO que présentement «  se projeter dans l’avenir peut être assez laborieux… Maintenant il faut appréhender le monde dans sa globalité… il faut savoir s’arrêter un moment pour le contempler dans toute sa complexité… Penser en termes de complémentarité…  » L’histoire du tablier de grand-maman (auteur inconnu) vient nous rappeler l’importance de cette complémentarité et de se faire inoculer par l’Amour.

Seconde section : Dans la seconde section de notre Bulletin 37, Romain Mazenod nous apporte des questions et des réponses à la réalité Fraternité  : est-elle une option, demande-t-elle du temps, quel sens lui donner ? Et Maurice Bellet affirme que ce dont elle témoigne doit apparaître en nous comme l’avenir de l’Homme et non notre passé. Jean-Pierre Langlois (Pedro du FAN de Montréal interpellé par Tamanrasset et Charles de Foucault) évoque le Tamanrasset d’aujourd’hui et la Présence amoureuse toujours vivante  : la même présence renouvelée. Fidélité et renouvellement : deux attraits différents ! Des termes quotidiens depuis quelque temps. Gauche-droite ! ou Droite-gauche ? Maurice Boutin (FAN de Montréal) parle d’une nécessité double. Allons y voir! Cette seconde section se termine par un texte de Hans Küng résumant dans un petit bouquin (Vingt propositions de Être chrétien) son « gros » volume intitulé Être chrétien. Quelle densité et quelle clarté !

Troisième section - spiritualité  : Dans cette section : un texte de Jacques Grand’Maison décédé récemment (un homme grand, un penseur extraordinaire, un pasteur à l’écoute) ; un autre de Charlie Chaplin (Le jour où je me suis aimé); et un dernier de Maurice Zundel (Expérience de la mort).

Quatrième section - vie du réseau : En novembre dernier, les membres du Réseau des Forums André-Naud ont célébré le 10e anniversaire de leur regroupement fondé par Claude Lefebvre et quelques prêtres de diocèses différents. L’assemblée générale a permis à Lucien Lemieux, un des signataires du texte de fondation du FAN en 2006, de faire un historique des dix ans de notre mouvement. Le projet d’un travail en commun des forums et membres du RFAN a été voté. Et le projet de procès-verbal de cette assemblée générale est inséré dans cette section du Bulletin 37. Guy Durand, membre du FAN de St-Jean/Longueuil, théologien, juriste, prof émérite de l’Université de Montréal et membre honoraire de la Fac de médecine, vient de publier un livre intitulé Israël et Palestine. Cette dernière section se termine par une question : qu’avons-nous fait comme membres de notre Manifeste adopté en octobre 2012 ?

Des commentaires plutôt positifs sur notre Bulletin : ·

  • Merci et bravo à l’équipe qui fait un magnifique travail. (R. Hébert, Montréal) ·
  • Ce sera un plaisir « renouvelé » de reprendre contact avec le Bulletin du RFAN. M. Vézina (abonnée de Montréal) ·
  • J’apprécie et lis avec beaucoup d’intérêt les Bulletin, je le fais connaître à l’occasion. (J. Talbot, abonnée de Montréal) ·
  • Bien sûr que je vais me réabonner. (M-N Lefevre, abonnée de Montréal)

Au sommaire

SECTION 1 : ACTUALITÉS

  • L’enfant de Alep par François Côté, p. 6
  • Institution et spontanéité par Maurice Boutin, p. 7
  • Avenir par Yves Carrier, p. 9
  • Histoire du tablier de grand-maman auteur inconnu, p. 10

SECTION 2 : DOSSIERS

  • La fraternité, un idéal par Romain Mazenod, p. 12
  • Le déplacement de la religion par Maurice Bellet, p. 17
  • Le mystère d’une présence amoureuse par Jean-Pierre Langlois, p. 21
  • Tamanrasset aujourd’hui par Jean-Pierre Langlois, p. 24
  • Vingt propositions de être chrétien par Hans Küng, p. 26
  • Nécessité double par Maurice Boutin, p. 28

SECTION 3 : SPIRITUALITÉ

  • Des béatitudes modernes par Jacques Grand’ Maison, p. 30
  • Le jour où je me suis aimé pour de vrai par Charlie Chaplin, p. 31
  • Expérience de la mort par Père Maurice Zundel, p. 32

SECTION 4 : VIE DU RÉSEAU

  • Historique du RFAN par Lucien Lemieux, p. 35
  • Projet de procès-verbal de l’A.G. 2016 par André Gadbois, p. 39
  • Manifeste du RFAN par Membres du FAN, p. 42
  • Livre de Guy Durand par André Gadbois, p. 44
  • Inscription et contributions financières, p. 45 et 47

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