La « blessure ontologique » de l’Église catholique

(N.D.L.R.) Une table ronde ayant pour thème « Le rôle de la femme dans l’avenir du Christianisme au Québec » a été organisée à l’occasion de l’assemblée générale 2018 du Réseau des Forum André-Naud. Voici le texte de l’intervention d’un des panélistes.

Introduction

Lorsque que l’on m’a communiqué le thème de cette table ronde, « Le rôle de la femme dans l’avenir du Christianisme au Québec », j’avoue que j’ai sursauté… LA femme ? Vraiment ? J’ai donc failli intituler ma communication : « LA femme n’existe pas ! »

Je ne cherche pas ici à être provocateur… Je crois simplement qu’un des grands problèmes avec le discours officiel de l’Église catholique, sur les femmes, se situe justement là. On n’y parle pas des femmes concrètes, diverses, désirantes et incarnées, des femmes « sujets » de parole, de liberté et de volonté… On y parle plutôt de LA femme abstraite… LA femme dans l’Église ou dans le Christianisme… En parlant des femmes de cette manière, en réduisant leur diversité et leur réalité sous un terme générique (LA femme), on se piège ! Et je pense que c’est dans ce piège que tombe le titre donné à cette table ronde… Symptôme de l’influence malheureuse qu’exerce sur nos pensées le discours du magistère catholique ? Je pose la question… Il faut s’y arrêter.

Le chemin de croix des femmes
Car, dans ce discours typique du catholicisme, la dignité et la vocation de « LA femme » sont trop souvent interprétées unilatéralement, à la lumière de la dignité et de la vocation exceptionnelles de Marie, vierge et mère. Cette rhétorique cléricale et ecclésiastique trahit une volonté de désincarner les femmes réelles, pour mieux les idéaliser dans l’imaginaire, là où elles ne sont pas « confrontantes ». Il faut donc être bien attentif à cela et critiquer cet essentialisme, ce discours abstrait qui n’est qu’une manière de « noyer le poisson », pour ne rien entendre des femmes réelles et concrètes…

Cette rhétorique cléricale, c’est une manière de ne rien remettre en question dans l’Église, malgré le fait que le féminisme soit, pourtant, un mouvement social incontournable du dernier siècle en Occident. Cela étant dit, j’entre maintenant dans le vif de mon propos, en tant qu’homme laïc, Québécois, de 45 ans.

Une « blessure ontologique »

Je pose cette affirmation, qui est le cœur de ce que je veux dire : il n’y a pas d’avenir pour le christianisme, au Québec ou ailleurs, sans la pleine égalité entre les femmes et les hommes dans l’Église.

Pour moi, le rôle DES femmes dans l’avenir du christianisme (en général), et du catholicisme (en particulier), c’est donc de nous aider à dépasser ce que j’appelle une « blessure ontologique » dans notre vie d’Église. Par blessure ontologique, j’entends ce qui blesse en profondeur notre être ecclésial. Un être ecclésial qui devrait nous rassembler – en tant que personnes sexuées, i.e. créées hommes et femmes, à l’image de Dieu, et appelées à incarner ensemble l’humanité nouvelle sauvée par Jésus Christ…

Je parlerai surtout de la condition des femmes dans l’Église catholique – puisque c’est mon Église, comme la majorité d’entre vous je présume. Cette condition des femmes dans le catholicisme, est pour moi – de même que pour de nombreuses personnes – la cause d’un grave scandale.

Je suis d’une génération pour laquelle l’égalité entre les sexes, de même que la non-discrimination sur la base du genre, sont des principes acquis et reconnus. Bien que ces derniers ne soient pas encore totalement réalisés dans les faits, au sein de nos sociétés – et donc que le combat pour les incarner de manière encore plus authentique doive se poursuivre avec vigilance et fermeté – il n’en demeure pas moins qu’il s’agit là de valeurs fondamentales dont la portée universelle est indéniable.

Pour reprendre une catégorie prisée dans notre Église, nous touchons, en cette matière de l’égalité des sexes, à quelque chose relevant du « droit naturel ». Que les femmes puissent avoir accès à toutes les fonctions et responsabilités dans la cité; qu’elles soient traitées sur un pied d’égalité avec les hommes dans toutes les institutions; qu’elles puissent occuper des postes de leadership et de décisions à tous les échelons du pouvoir dans la société… cela va de soi ! Toute prétention contraire apparaît maintenant irrecevable.

C’est pourquoi, lorsque que, sur la base de leur identité de personne sexuée, les chrétiennes de tradition catholique sont encore, de nos jours, exclues de la vocation ministérielle qui régit l’ensemble de la vie de leur Église, tant sur le plan magistériel et juridique, que sacramentel, il y a scandale!

Comme catholique de ma génération, comme baptisé et laïc, il m’est absolument impossible d’accepter cette exclusion des femmes des ministères ordonnés dans mon Église, de même que les justifications non convaincantes qui sont avancées pour la maintenir. Ces prétendus arguments pour soutenir cette position ont largement été – et depuis longtemps – déconstruits par nombre de théologiennes et de théologiens et par d’autres Églises chrétiennes.

Ils sont aussi durablement contestés par une forte proportion de fidèles dotés, depuis leur baptême et leur confirmation, de ce que l’on appelle le « sens surnaturel de la foi ». Comme le disait la regrettée théologienne Élisabeth Lacelle (+2016),

«aussi longtemps que la législation catholique romaine ne reconnaîtra pas les femmes baptisées comme des membres à part entière de l’Église, elle témoignera d’une humanité mutilée, non d’une humanité réconciliée en Jésus Christ».[1]

En fait, en excluant les femmes des fonctions officielles d’enseignement, de gouvernement et de sanctification qui sont associées aux ministères ordonnés, notre Église se coupe de son humanité. Cela a de graves conséquences sur son être.

À l’intérieur de son organisation hiérarchique et ministérielle, monopolisée par des hommes célibataires, les femmes sont structurellement bannies et ignorées. Ainsi, la parole d’autorité, les instances de décisions et les rôles symboliques, constitutifs de la communauté ecclésiale, ne sont tenus que par des hommes clercs, qui demeurent entre eux et se « reproduisent » eux-mêmes. Je dis bien des hommes clercs – ce qui exclut non seulement TOUTES les femmes, mais aussi les hommes laïcs !

Dans ce système clérical fermé, exclusif et auto-suffisant, la « spécificité » des femmes en particulier et des laïcs en général est d’autant plus exaltée, qu’elles et ils sont écartés des lieux où, justement, elles  et ils pourraient « faire la différence ».

Cette incapacité structurelle à assumer véritablement la différence et la complémentarité des sexes, cette négation des femmes (et des hommes laïcs) en tant que sujets réels de parole, de pouvoir et de désir au sein de l’institution, est une « blessure ontologique » qui traverse notre Église. Ce mal porte un nom : le cléricalisme; et il gangrène le corps institutionnel du catholicisme – et toute sa crédibilité.

Élisabeth Lacelle posait ainsi la question:

« Comment, dans sa constitution actuelle, l’Église peut-elle témoigner d’une communauté qui rassemble des sujets pleinement reconnus dans leur identité personnelle sexuée ? Comment sa parole magistérielle, exclusivement masculine et célibataire, peut-elle être reçue comme pertinente pour une humanité “créée homme et femme à l’image de Dieu” ? L’Église catholique actuelle ne représente-t-elle pas plutôt une communauté en mal de son intégrité humaine »

Une communauté en mal de son intégrité humaine… voilà justement ce que j’appelle « une blessure ontologique » ! Nous vivons dans une Église en mal-être! Une Église malade dans son être ! Une Église « désordonnée » dans son rapport à son humanité et à la sexualité ! Malheureusement, cette négation de l’intégrité humaine devient le ressort caché de pratiques ecclésiales et de discours moraux rigides, irréalistes, hypocrites et souvent aussi tordus que pervers.

Ces pratiques et ces discours accablent, en plus des femmes dans l’Église catholique, des couples dans leur vie conjugale, des personnes divorcées, des personnes homosexuelles qui décident de vivre leur réalité sans se cacher – et même certains prêtres ou évêques qui sont plus « allumés »…

Tous ces baptisé(e)s devenant, en quelque sorte, les boucs émissaires sur lesquels on se décharge du poids de cette « blessure ontologique », et du joug de ce « désordre sexuel » qui divise l’Église catholique… et que ses autorités refusent d’admettre. Ainsi s’explique l’obsession de l’institution à dénoncer sans relâche « la paille » dans l’œil de autres, sans voir « la poutre » qui est dans le sien. Pensons ici, évidemment, aux nombreux scandales sexuels qui font sans cesse les manchettes, symptôme douloureux que quelque chose est vraiment pervertie et pourrie au sein du royaume catholique !

Cette « chose pervertie et pourrie», c’est ce rapport problématique au corps et à la sexualité, directement lié à ce déni des femmes qui représentent pourtant 50% de l’humanité et du Peuple de Dieu… Cette non-reconnaissance des femmes, dans les discours et les pratiques organisationnelles de notre Église est, nous le savons, au cœur et à l’origine de la multitude de nœuds et d’impasses qui minent, depuis des années, l’institution catholique.

C’est pourquoi elle concerne aussi directement les hommes laïcs – dont je suis.

Défaire ces nœuds et sortir de ces impasses, seraient alors une vraie libération, pas seulement pour les femmes, mais aussi pour les hommes (clercs et laïcs) !

Comment sortir de l’impasse ?

Alors, comment commencer à dénouer ces nœuds? J’évoque trois pistes :

  1. Premièrement, rappeler sans cesse que LA femme n’existe pas (pour reprendre la boutade du début de mon exposé)… Il n’existe que des femmes concrètes, diverses, et non réductibles à une idée abstraite que l’on pourrait manipuler dans de beaux discours – évitant ainsi de changer quoi que ce soit dans nos pratiques. Donc, refuser les discours essentialistes, de même que les arguments sans fondement et hypocrites ne servant qu’à maintenir le statu quo dans l’institution catholique.
  2. Deuxièmement, revisiter et rediffuser la longue et riche tradition féministe que recèle l’histoire de l’Église du Québec. Trop de personnes ont oublié (ou veulent oublier) que des générations de femmes croyantes, au Québec, ont travaillé à construire un discours alternatifs et des structures de dialogue pour challenger l’institution.Je donne un exemple . Qui se souvient encore que l’ancien archevêque de Québec, Mgr Louis-Albert Vachon (1912-2006), poussé et soutenu par des femmes, avait dénoncé, au cœur du Synode romain de 1983, « l’appropriation masculine de l’Église » ?Interpellant l’assemblée synodale et le pape, il était allé jusqu’à dire:

    « Reconnaissons les ravages du sexisme et notre appropriation masculine des institutions ecclésiales et de tant de réalité de la vie chrétienne. […il invitait ensuite à] dépasser les concepts archaïques de la femme tels qu’ils nous furent inculqués pendant des siècles. »

    Et en guise de recommandation, il demandait que toutes les communautés chrétiennes :

    « mettent en place des structures de dialogue qui soient des lieux de reconnaissance mutuelle et de mise en œuvre effective de nouveaux rapports d’égalité “hommes et femmes” dans l’Église». L’Église canadienne, 20 octobre 1983, p. 101-102

    Il faut garder vivante la mémoire de ce genre de chose, et surtout la transmettre aux plus jeunes générations. À ce sujet, voir la brochure d’Annine Parent, « Devoir de mémoire », publiée par Femmes et Ministères en 2013.

  3. Troisièmement, je crois qu’il faut oser dire clairement ce que l’on pense et prendre position, en cessant d’avoir peur de déplaire ou de «faire de la peine».Ici, j’ose vous partager un exemple personnel… En juin dernier, je recevais une invitation de Pierre-Olivier Tremblay, pour son ordination épiscopale du 22 juillet, ici même, à la basilique… Je vous partage un passage de la réponse que je lui ai faite :

    Cher Pierre-Olivier,

    Merci pour ton invitation! […]

    Malheureusement, je n’irai pas à ton ordination épiscopale. Pour la simple et bonne raison que j’ai récemment décidé de ne plus jamais retourner à une ordination (presbytérale ou épiscopale) tant que les femmes ne seront pas admises aux ministères ordonnés dans l’Église catholique (ce qui semble encore bien loin!), et tant que les laïcs continueront d’être des figurants parfaitement insignifiants dans ces ordinations (tout autant que dans le processus de sélection des évêques).

    L’une des pistes à investir me semble donc être celle d’oser entrer dans des pratiques de boycott de la logique d’exclusion cléricale. Pour l’illustrer encore, je me réfère maintenant à un article publié dans Le Devoir du 1er août dernier, intitulé « Sœur Nicole Jetté, féministe tant qu’il le faudra ». On pouvait y lire le passage suivant :

    «…Cette religieuse […] a demandé qu’à sa mort, aucune célébration eucharistique ne soit donnée, à moins que celle-ci puisse être célébrée par une femme. Cela signifie que si, comme c’est le cas actuellement, […] l’eucharistie […] reconnue par l’Église [catholique] ne peut se donner que par un prêtre ordonné, une telle célébration n’aura pas lieu. C’est sans doute sa façon à elle de militer pour une place plus équitable pour les femmes dans [son] Église. »

Je conclue !

Je crois qu’il n’y aura pas d’avenir, au sein de christianisme et du catholicisme d’ici, tant que nous n’oserons pas prendre clairement position et boycotter de l’intérieur le système sexiste et clérical – tout en exprimant clairement et calmement pourquoi nous le faisons.

Femmes, hommes laïcs, et clercs «voyant clair» (il y en a quelques-uns!), doivent enfin oser dire : ça suffit ! On ne tolère plus l’intolérable ! 

Et poser des gestes concrets en conséquence !

P.S. Tout ce que j’exprime ici est assez banal: ça fait plus de 30 ans que les théologiennes féministes expliquent cela en long et en large… Comment se fait-il que notre Église n’ait pas encore voulu le comprendre?

[1]– Les citations d’É. Lacelle sont tirées de Transmettre le flambeau – Conversations entre les générations dans l’Église, livre sous ma direction (publié en 2008 aux éditions Fides).

À propos de Jésus en 2018

Compte tenu des sources écrites concernant Jésus, nous pouvons affirmer qu’il a existé (Flavius Josèphe (+100), Tacite (+120), Pline le Jeune en 112, les 27 livrets de la Nouvelle alliance (entre 51 et 100), une source hypothétique d’évangile en 55.

L’approche historique

Nous ne connaissons rien de sûr à propos de Jésus avant sa vie publique. Il savait peut-être lire et écrire. Il connaissait sans doute un peu la langue hébraïque, utilisée le jour du sabbat à la synagogue lors de la lecture d’extraits de l’un ou l’autre des 46 livrets de l’Ancienne Alliance. Cet ensemble est dit maintenant le TaNaK. Le T voulant dire la Torah, comptant les cinq premiers livrets. Le N les Nebiim (les 19 livrets prophétiques) et le K pour Ketubim (les écrits autres). La langue parlée de Jésus était l’araméen, une langue sémitique, proche de l’hébreu, mais s’en distinguant par la prononciation. Comme la koine, le langage grec de l’époque, était la langue commune au sein de l’empire romain, il est probable que Jésus s’en servait surtout s’il avait été charpentier à Nazareth, une ville de 2000 habitants, incluant des étrangers.
La croix
Jésus pratiquait le judaïsme; il désirait le réformer. Il n’a rien fondé. Il n’a été qu’un itinérant. Il n’a pas été ni un théologien ni un militant politique, mais une sorte de prophète. Des femmes l’ont suivi, ce qui est surprenant à cette époque. Il ne les considère pas comme des subalternes. Il s’adresse d’abord aux personnes socialement exclues. Même s’il est pieux, il transgresse des lois et des règlements de sa religion, comme un dissident. Pat exemple, le sabbat est fait pour les êtres humains, et non l’inverse, selon lui. La personne humaine est première; chacune doit être respectée dans sa dignité. D’aucuns, à notre époque, le considèrent comme l’inspirateur « des droits de l’homme ». Il libère les gens des menus détails de la loi, dite à tort mosaïque. Il interpelle des pharisiens, qui n’agissent pas selon ce qu’ils enseignent.

Il ne retient du judaïsme que l’invitation au partage, l’appel à la liberté intérieure de la conscience, le renoncement à la violence, l’amour du prochain, signe le plus sûr de l’amour de Dieu. Il communique familièrement avec ce dernier, qu’il appelle abba en araméen, c’est-à-dire papa. Dans un contexte patriarcal omnipotent, il révolutionne les mœurs du temps, en faisant ressortir l’amour de Dieu envers tous les êtres humains, quels qu’ils soient, et non plus à 1’égard des seuls adeptes du judaïsme.

Son enseignement

Le thème central de son enseignement concerne le royaume de Dieu, un royaume de justice et de bonheur, en germination constante sur terre et se déployant dans l’au-delà. Transformer le monde humanitaire en royaume de Dieu s’effectue grâce à la pratique de valeurs, dites les béatitudes (Mt 5, 1-9 et Lc 6, 20-26). Fait unique dans l’histoire des religions, Jésus renverse toutes les hiérarchies humaines, en privilégiant les victimes, comme étant au faîte et non au bas. Jésus n’est pas un moraliste, mais il est le promoteur d’une éthique, dite aujourd’hui laïque en Occident. Elle favorise l’égalité, la fraternité, la liberté, la justice sociale, la non-violence, le pardon, la promotion de la femme, la séparation entre les religions et les États. Selon l’évangile quadriforme, Jésus apparaît parfois cinglant, exclusif, colérique, autoritaire, mais ce qui ressort c’est surtout son humanisme.

Quant aux miracles, il vaut mieux les interpréter de façon symbolique. D’ailleurs, l’évangéliste Jean n’en relate que sept; il les présente non comme des miracles, mais comme des « signes », des signes qui veulent dire quelque chose de plus important que ce qui paraît. Par exemple, un aveugle guéri est quelqu’un qui voit clair grâce à sa foi en Dieu ou la résurrection de Lazare fait ressortir que la vie se poursuit dans l’au-delà.

Il est vraisemblable que son esclandre dans le temple de Jérusalem en pleins préparatifs de la fête pascale, alors qu’y venaient des milliers de Juifs de la diaspora, a déclenché la décision du grand-prêtre et des lévites d’en finir avec ce Jésus récalcitrant. Le temple, le seul haut lieu du judaïsme, tenait un rôle socio-économique central. Il est rare que les quatre évangélistes rapportent les mêmes paroles de Jésus. Or celles-ci le sont, telles que déjà mises dans la bouche de Yahveh par les prophètes de l’Ancienne Alliance : « Ma maison sera appelée une maison de prière pour toutes les nations » (És. 56, 7), « mais vous, vous en avez fait un repaire de brigands » (Jr 7, 8-11).

Trahi par l’un des siens pour une affaire d’argent, Jésus a comparu à l’aube devant le Sanhédrin, composé des 70 dirigeants et d’un président, appartenant à la noblesse sacerdotale ou civile du peuple juif et doté du triple pouvoir : religieux, civil et judiciaire. Il pouvait faire exécuter toutes leurs sentences, excepté la condamnation à la peine capitale, celle-ci devant être ratifiée par le tenant du pouvoir impérial romain. Conduit devant Ponce Pilate, Jésus fut condamné à mourir crucifié. Selon l’historien allemand Joseph Klausner, « ici se termine la vie de Jésus et commence l’histoire du christianisme ».

De jésus au christ

Qu’est-il arrivé du cadavre de Jésus ? Personne ne le sait. Rien ne ressort des quatre textes évangéliques à propos du processus par lequel s’est opéré ce qui a été dénommé la résurrection. Le présumé ressuscité n’y est pas décrit. La première qui en parle, Marie de Magdala, pense que c’est le jardinier du terrain, où le corps de Jésus aurait été enseveli. Quant aux apparitions des semaines suivantes, Marc et Matthieu, les deux évangélistes qui ont écrit entre 65 et 80, n’en mentionnent brièvement que deux : à deux disciples retournant à Emmaüs et aux onze, dits apôtres, Judas s’étant suicidé. Cette dernière apparition est aussi décrite par les deux autres évangélistes, mais dans des contextes différents. Luc, dans la décennie de 80, connaissant les écrits dits de Marc et de Matthieu, présente un Jésus incarné, qui aurait dit à Thomas, l’un des onze, incrédule : « mets ton doigt dans la marque des clous ». Pour sa part, Jean le fait apparaître comme un esprit : Jésus traverse la porte de la maison verrouillée, où se trouvent des disciples. L’évangéliste Jean, s’adressant, non pas à des gens ordinaires comme les trois autres, mais à des personnes attirées sur des voies mystiques ou spirituelles, peut-être ésotériques ou même gnostiques, est le seul à relater ceci : Jésus aurait dit à Marthe, la sœur de Lazare présumément décédé : « je suis la résurrection ». De fait, des disciples de Jésus, non pas tous ont cru peu après son décès qu’il continuait de vivre et qu’il les accompagnait spirituellement. II était donc vraiment le Christ, mot d’origine grecque, qui traduit le mot hébreu Messiah, le messie, le consacré, celui qui a reçu une onction. Bien plus, il est dit à la droite du Père, c’est-à-dire proche de lui. De fait, ce qui est dit apparition veut dire acte de foi. La personne ou les personnes concernées croient voir; elles sont sûres de sa présence.

Après la pâque judaïque, avait traditionnellement lieu la fête de la pentecôte, mot d’origine grecque voulant dire cinquantième, donc 50 jours après la pâque. Ancienne fête agraire, elle en était venue à commémorer l’Alliance entre le peuple juif et Yahvé. À cette occasion, des disciples de Jésus, s’étant retrouvés à Jérusalem et se croyant inspirés par l’esprit de Jésus le Christ, dit l’Esprit Saint, commencent à témoigner de ce dernier auprès d’autres pèlerins.

L’Église et l’homosexualité :
« Trop c’est trop »

 lesbiennes, les gays, les bisexuels et les transgenres.(N.D.L.R.) En 2006, le Forum André-Naud a rendu public sa position sur l’Église et l’homosexualité. À la lumière d’interventions récentes de l’épiscopat et compte tenu de la vitesse avec laquelle la pensée de l’Église évolue sur ce sujet il semble pertinent de rappeler cette opinion maintenant vieille de 12 ans.

Des membres du Forum André-Naud et d’autres prêtres décrivent leur réaction de perplexité et de désaccord devant deux récents documents de l’Église sur les personnes d’orientation homosexuelle.

Deux interventions ecclésiales récentes ont porté sur les personnes d’orientation homosexuelle : l’une concernait le mariage civil des conjoints de même sexe ici au Canada, l’autre traitait de l’accès à la prêtrise et venait du Vatican. Dans le premier cas, il s’agissait du mémoire de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) auprès du Comité législatif chargé du projet de loi C-38; l’autre document émanait de la Congrégation pour l’éducation catholique à Rome. Dans les deux cas, l’attitude globale qu’on y manifestait ainsi que l’argumentation qui y était déployée soulèvent chez nous – comme chez bien d’autres – perplexité et désaccord.

Perplexes devant l’attitude négative

Le concile Vatican II a mis en lumière une donnée fondamentale : l’Église aime le monde. Elle l’accueille avec ses richesses et ses misères. Elle se montre disposée à l’accompagner dans sa marche. Elle souhaite et désire contribuer à la vie des sociétés qui en font partie, et elle s’attend également à s’enrichir à leur contact.

Dans la présentation du mémoire au Comité législatif sur le mariage gai, quelle différence d’attitude! Vous semblez donner un cours de droit et d’anthropologie à nos représentants politiques. Vous dénoncez le piètre état du mariage au pays et vous annoncez une dégradation encore plus grande si le projet C-38 devenait loi. Vous nous faites malheureusement penser à ces « prophètes de malheur » évoqués jadis par Jean XXlll à l’ouverture du concile.
Comme on se sent loin de la Constitution pastorale sur l’Église dans le monde de ce temps! On pouvait y lire: « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps ( … ) sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur coeur.»

Quant à la compassion qui imprégnait toute la démarche de Jésus sur terre, y a-t- il là quelque trace ? Pas un paragraphe, pas une phrase dans votre mémoire qui prenne en compte la discrimination historique exercée à l’endroit des personnes homosexuelles, et la tragédie de leur exclusion sociale ou ecclésiale ressentie profondément par un grand nombre d’entre elles.

C’est pourtant dans cette souffrance humaine que s’enracine toute la quête de reconnaissance sociale du mouvement gai dans ses multiples expressions. N’y a-t-il pas là de quoi être perplexes ? C’est la même attitude qui se retrouve dans l’Instruction de la Congrégation romaine à propos de l’admissibilité aux ordres sacrés des homosexuels. Pourtant, Thimothy Radcliffe, l’ancien Maître des Dominicains, affirmait récemment à propos de ce document, selon ce que rapporte The Tablet (27 novembre 2005) : « Je n’ai aucun doute que Dieu appelle des homosexuels au sacrement de l’Ordre; et il s’en trouve que je range parmi les prêtres les plus engagés et les plus impressionnants que j’aie connus. Et nous pouvons présumer que Dieu continuera d’appeler des homosexuels autant que des hétérosexuels à la prêtrise parce que l’Église a besoin des qualités des deux. »

Il en conclut : « Nous devrions nous montrer plus soucieux de ceux que nos séminaristes pourraient être enclins à détester plutôt que de ceux qu’ils aiment. Le racisme, la misogynie et l’homophobie sont autant de signes qu’une personne pourrait ne pas être un bon modèle du Christ. »

En désaccord avec l’argumentation

Toute l’argumentation sous-jacente à ces textes ne nous convainc pas. On y parle de «loi naturelle» comme s’il s’agissait d’une donnée aussi immuable qu’évidente. Pour notre part, nous considérons que l’être humain n’a jamais fini de chercher et de découvrir sa « vraie » nature. Il n’y a de saisie de la condition humaine que par le biais d’une culture précise qui ne cesse d’évoluer dans le temps. Ainsi ce qui était « naturel » dans une civilisation et à une époque passées peut apparaître inacceptable maintenant. Bien sûr, il s’agit d’une évolution qui s’échelonne sur beaucoup de temps, et il faut en parler en termes de siècles plutôt que d’années. Prenons un exemple : l’esclavage a perduré comme naturel, même dans l’Église, pendant des siècles, alors qu’il nous apparaît aujourd’hui « contre nature ».

La responsabilité de la recherche et de la définition de la loi naturelle incombe à tout le monde puisqu’il s’agit de la condition commune à l’humanité. L’Église peut puiser à des sources d’inspiration de grande valeur, dont certaines lui sont propres. Mais elle est solidaire de toute l’humanité et fait partie de ce monde. Se pourrait-il qu’elle détienne seule toutes les clés qui ouvrent les portes de l’aventure humaine authentique? Aurait-elle nécessairement le dernier mot sur les mystères de la vie politique, sociale, familiale, sexuelle? Est-ce qu’elle détiendrait «toute la vérité» sur l’être humain? L’histoire et le sens commun démontrent le contraire. En ces matières, l’enseignement officiel de l’Église s’est plus d’une fois avéré erroné.

Nous souhaitons qu’en ce domaine l’Église tout entière se considère partie prenante de l’aventure humaine. Qu’elle soit elle-même, avec ses richesses propres et ses limites, sans complexe mais sans prétention indue face à « la » vérité. Qu’elle soit solidaire et confiante ! Il nous semble que c’est dans cet état d’esprit et dans ces dispositions de cœur que Jean XXIII et le concile Vatican II invitaient le Peuple de Dieu à s’ouvrir aux« signes des temps ».

Tout le monde est concerné

Pourquoi empruntons-nous la voie de l’opinion publique ?

Premièrement, nous voulons dire à haute voix aux nombreux chrétiens et chrétiennes du pays qui refusent l’approche et le langage des autorités ecclésiales: « Vous n’êtes pas moins chrétiens pour autant ! » Selon nous, l’essentiel de la foi chrétienne ne se trouve pas en cause dans ce débat. Votre dissidence ne fait pas de vous des excommuniés. Puissiez-vous ne pas vous exclure vous-mêmes !

Deuxièmement, nous souhaitons un dialogue d’Église sur toutes les questions concernant l’homosexualité. Ce dialogue n’est malheureusement pas pratique courante au sein de nos Églises, surtout lorsqu’on pressent des divergences de vues. Et principalement quand Rome s’est déjà exprimé sur le sujet. Nous souhaitons que des chrétiens se mettent à l’écoute de l’expérience de vie de leurs frères et soeurs homosexuels. Que ce soit dans les communautés locales comme au sein des instances de consultation plus larges, avec leurs évêques. Nous espérons que nos évêques se parlent entre eux là-dessus et ouvrent le débat dans leurs Églises respectives. Nous espérons aussi que des théologiens et des théologiennes soient mis à contribution dans ces échanges. Rencontres formelles ou informelles, annoncées ou discrètes, larges ou restreintes: cela importe peu. Le plus important, c’est que soit suscité un débat libre, une prise de parole ouverte et authentique.

Quant à nous, nous avons pris le temps de nous rencontrer avec des témoins de la réalité homosexuelle dans l’Église et nous avons décidé de rendre publique cette première réaction. Le Forum André-Naud s’étend déjà et nos sujets d’intervention s’allongent. Nous crions publiquement notre désir de réaliser le grand projet d’évangélisation que fut le concile Vatican Il. Nous ne voulons surtout pas revenir au XIXe siècle : l’ultramontanisme a fait son temps ! La dissidence responsable est possible en Église. Nous voulons user de ce droit, car nous aimons l’Église du Christ et nous espérons en la réalisation de sa mission dans le monde de ce temps.

Le 6 février 2006

Les prêtres signataires de la lettre et leur diocèse :

André Anctil, José V. Arruda, Jean-Pierre Langlois, Claude Lefebvre, Claude Lussier (Montréal)
Éric Généreux, Raymond Gravel, Bernard Houle, Pierre-Gervais Majeau, Guylain Prince, Claude Ritchie (Joliette)
Jean-Yves Cédilot, Jocelyn Jobin, Alain Léonard, Lucien Lemieux (St-Jean- Longueuil)
Benoit Fortin, Michel Lacroix, Claude St-Laurent (Gatineau)
Jacques Pelletier (Gaspé).

Les femmes et l’Église : une très, très, très lente évolution

Dans l’Église catholique romaine, le pouvoir est exclusivement entre les mains de ceux qui ont reçu le sacrement de l’ordre. Le pouvoir dont il est question est doctrinal, administratif, financier, liturgique, etc. Le pouvoir, c’est la capacité de fixer les orientations, d’interpréter le passé, de planifier l’avenir, de gérer le présent, etc. Or plusieurs grandes décisions récentes de l’Église ont été prises à l’encontre des femmes. Le problème n’est pas chrétien, il est catholique. Ce problème est-il insoluble ?

Le christianisme a contribué à la promotion du statut de la femme au fil des siècles, notamment en combattant l’excision et les mariages forcés comme un dossier de la revue Codex d’hiver 2018 le met en lumière.  Mais, l’Église catholique refuse toujours avec obstination d’accorder à la femme un rôle dans un ministère. C’es du moins ce que confirmait Mgr Ladaria dans l’Osservatore Romano en assimilant le refus de l’accès au sacrement de l’ordre aux femmes dans l’Église catholique à un commandement (sic) de Jésus-Christ. Pour Jean-Pierre Proulx, la déclaration de Mgr Ladaria est une proclamation d’hérésie. Il souligne que Mary Irwin Gibson est, depuis 2015, archevêque… anglicane de Montréal.

Il faut dire que l’exhortation apostolique Evangelii Gaudium du pape François, bien qu’équivoque sur le statut de la femme, était claire sur le refus traditionnel de l’accès à la prêtrise. En effet, s’il n’est pas possible d’être prêtre, évêque, cardinal ou pape, comment peut-on appliquer la résolution :

Parce que « le génie féminin est nécessaire dans toutes les expressions de la vie sociale; par conséquent, la présence des femmes dans le secteur du travail aussi doit être garantie » et dans les divers lieux où sont prises des décisions importantes, aussi bien dans l’Église que dans les structures sociales.

Le désert algérien

Dans un article de la revue Esprit de février 2010, Catherine Gremion signale que les plus graves décisions qui ont entraîné la désaffection des fidèles ont été prises à l’égard des femmes. Humanae Vitae n’a pas été la moindre. Le dernier Synode sur la famille de 2015 ne fait que confirmer ce constat de l’absence des femmes qui ne sont pas consultées sur des questions qui les touchent directement. D’autre part, l’utilisation de l’expression « génie féminin » qui a été reprise dans des le libellé des statuts de du Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie n’est pas sans laisser perplexe les organisations de femmes concernées.

Par ailleurs, en 2008, Rick van Lier estimait à 14 000, le nombre de membres de communautés religieuses au Québec alors qu’il était de 60 000 en 1961. En 2018, la Conférence religieuse canadienne estime à environ 8 500, ce nombre de membres. Il n’est pas trop téméraire d’affirmer que d’ici quinze ans, les communautés religieuses, comme on les connaît aujourd’hui, devraient avoir disparues au Québec. Comme environ 80% des membres des communautés sont des femmes, on peut affirmer que le peu d’influence que les femmes exerçaient dans l’église sera évanescent.

En 2015, le Conseil pontifical de la culture s’interroge sur « les femmes qui fuient l’Église ». Selon Lucetta Scaraffia, éditorialiste à l’Osservatore Romano, affirme que « les femmes tiennent l’Église sur pied ».  Il y a lieu de se demander comment l’Église catholique romaine compte relever ce défi qu’évoque la « Joie de l’Évangile » :

C’est un grand défi qui se présente ici aux pasteurs et aux théologiens, qui pourraient aider à mieux reconnaître ce que cela implique par rapport au rôle possible de la femme là où se prennent des décisions importantes, dans les divers milieux de l’Église.

La création du Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie ouvre peut-être une porte. Mais, depuis Vatican II, les espoirs déçus ont été fréquents.