L’Église et l’homosexualité :
« Trop c’est trop »

 lesbiennes, les gays, les bisexuels et les transgenres.(N.D.L.R.) En 2006, le Forum André-Naud a rendu public sa position sur l’Église et l’homosexualité. À la lumière d’interventions récentes de l’épiscopat et compte tenu de la vitesse avec laquelle la pensée de l’Église évolue sur ce sujet il semble pertinent de rappeler cette opinion maintenant vieille de 12 ans.

Des membres du Forum André-Naud et d’autres prêtres décrivent leur réaction de perplexité et de désaccord devant deux récents documents de l’Église sur les personnes d’orientation homosexuelle.

Deux interventions ecclésiales récentes ont porté sur les personnes d’orientation homosexuelle : l’une concernait le mariage civil des conjoints de même sexe ici au Canada, l’autre traitait de l’accès à la prêtrise et venait du Vatican. Dans le premier cas, il s’agissait du mémoire de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) auprès du Comité législatif chargé du projet de loi C-38; l’autre document émanait de la Congrégation pour l’éducation catholique à Rome. Dans les deux cas, l’attitude globale qu’on y manifestait ainsi que l’argumentation qui y était déployée soulèvent chez nous – comme chez bien d’autres – perplexité et désaccord.

Perplexes devant l’attitude négative

Le concile Vatican II a mis en lumière une donnée fondamentale : l’Église aime le monde. Elle l’accueille avec ses richesses et ses misères. Elle se montre disposée à l’accompagner dans sa marche. Elle souhaite et désire contribuer à la vie des sociétés qui en font partie, et elle s’attend également à s’enrichir à leur contact.

Dans la présentation du mémoire au Comité législatif sur le mariage gai, quelle différence d’attitude! Vous semblez donner un cours de droit et d’anthropologie à nos représentants politiques. Vous dénoncez le piètre état du mariage au pays et vous annoncez une dégradation encore plus grande si le projet C-38 devenait loi. Vous nous faites malheureusement penser à ces « prophètes de malheur » évoqués jadis par Jean XXlll à l’ouverture du concile.
Comme on se sent loin de la Constitution pastorale sur l’Église dans le monde de ce temps! On pouvait y lire: « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps ( … ) sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur coeur.»

Quant à la compassion qui imprégnait toute la démarche de Jésus sur terre, y a-t- il là quelque trace ? Pas un paragraphe, pas une phrase dans votre mémoire qui prenne en compte la discrimination historique exercée à l’endroit des personnes homosexuelles, et la tragédie de leur exclusion sociale ou ecclésiale ressentie profondément par un grand nombre d’entre elles.

C’est pourtant dans cette souffrance humaine que s’enracine toute la quête de reconnaissance sociale du mouvement gai dans ses multiples expressions. N’y a-t-il pas là de quoi être perplexes ? C’est la même attitude qui se retrouve dans l’Instruction de la Congrégation romaine à propos de l’admissibilité aux ordres sacrés des homosexuels. Pourtant, Thimothy Radcliffe, l’ancien Maître des Dominicains, affirmait récemment à propos de ce document, selon ce que rapporte The Tablet (27 novembre 2005) : « Je n’ai aucun doute que Dieu appelle des homosexuels au sacrement de l’Ordre; et il s’en trouve que je range parmi les prêtres les plus engagés et les plus impressionnants que j’aie connus. Et nous pouvons présumer que Dieu continuera d’appeler des homosexuels autant que des hétérosexuels à la prêtrise parce que l’Église a besoin des qualités des deux. »

Il en conclut : « Nous devrions nous montrer plus soucieux de ceux que nos séminaristes pourraient être enclins à détester plutôt que de ceux qu’ils aiment. Le racisme, la misogynie et l’homophobie sont autant de signes qu’une personne pourrait ne pas être un bon modèle du Christ. »

En désaccord avec l’argumentation

Toute l’argumentation sous-jacente à ces textes ne nous convainc pas. On y parle de «loi naturelle» comme s’il s’agissait d’une donnée aussi immuable qu’évidente. Pour notre part, nous considérons que l’être humain n’a jamais fini de chercher et de découvrir sa « vraie » nature. Il n’y a de saisie de la condition humaine que par le biais d’une culture précise qui ne cesse d’évoluer dans le temps. Ainsi ce qui était « naturel » dans une civilisation et à une époque passées peut apparaître inacceptable maintenant. Bien sûr, il s’agit d’une évolution qui s’échelonne sur beaucoup de temps, et il faut en parler en termes de siècles plutôt que d’années. Prenons un exemple : l’esclavage a perduré comme naturel, même dans l’Église, pendant des siècles, alors qu’il nous apparaît aujourd’hui « contre nature ».

La responsabilité de la recherche et de la définition de la loi naturelle incombe à tout le monde puisqu’il s’agit de la condition commune à l’humanité. L’Église peut puiser à des sources d’inspiration de grande valeur, dont certaines lui sont propres. Mais elle est solidaire de toute l’humanité et fait partie de ce monde. Se pourrait-il qu’elle détienne seule toutes les clés qui ouvrent les portes de l’aventure humaine authentique? Aurait-elle nécessairement le dernier mot sur les mystères de la vie politique, sociale, familiale, sexuelle? Est-ce qu’elle détiendrait «toute la vérité» sur l’être humain? L’histoire et le sens commun démontrent le contraire. En ces matières, l’enseignement officiel de l’Église s’est plus d’une fois avéré erroné.

Nous souhaitons qu’en ce domaine l’Église tout entière se considère partie prenante de l’aventure humaine. Qu’elle soit elle-même, avec ses richesses propres et ses limites, sans complexe mais sans prétention indue face à « la » vérité. Qu’elle soit solidaire et confiante ! Il nous semble que c’est dans cet état d’esprit et dans ces dispositions de cœur que Jean XXIII et le concile Vatican II invitaient le Peuple de Dieu à s’ouvrir aux« signes des temps ».

Tout le monde est concerné

Pourquoi empruntons-nous la voie de l’opinion publique ?

Premièrement, nous voulons dire à haute voix aux nombreux chrétiens et chrétiennes du pays qui refusent l’approche et le langage des autorités ecclésiales: « Vous n’êtes pas moins chrétiens pour autant ! » Selon nous, l’essentiel de la foi chrétienne ne se trouve pas en cause dans ce débat. Votre dissidence ne fait pas de vous des excommuniés. Puissiez-vous ne pas vous exclure vous-mêmes !

Deuxièmement, nous souhaitons un dialogue d’Église sur toutes les questions concernant l’homosexualité. Ce dialogue n’est malheureusement pas pratique courante au sein de nos Églises, surtout lorsqu’on pressent des divergences de vues. Et principalement quand Rome s’est déjà exprimé sur le sujet. Nous souhaitons que des chrétiens se mettent à l’écoute de l’expérience de vie de leurs frères et soeurs homosexuels. Que ce soit dans les communautés locales comme au sein des instances de consultation plus larges, avec leurs évêques. Nous espérons que nos évêques se parlent entre eux là-dessus et ouvrent le débat dans leurs Églises respectives. Nous espérons aussi que des théologiens et des théologiennes soient mis à contribution dans ces échanges. Rencontres formelles ou informelles, annoncées ou discrètes, larges ou restreintes: cela importe peu. Le plus important, c’est que soit suscité un débat libre, une prise de parole ouverte et authentique.

Quant à nous, nous avons pris le temps de nous rencontrer avec des témoins de la réalité homosexuelle dans l’Église et nous avons décidé de rendre publique cette première réaction. Le Forum André-Naud s’étend déjà et nos sujets d’intervention s’allongent. Nous crions publiquement notre désir de réaliser le grand projet d’évangélisation que fut le concile Vatican Il. Nous ne voulons surtout pas revenir au XIXe siècle : l’ultramontanisme a fait son temps ! La dissidence responsable est possible en Église. Nous voulons user de ce droit, car nous aimons l’Église du Christ et nous espérons en la réalisation de sa mission dans le monde de ce temps.

Le 6 février 2006

Les prêtres signataires de la lettre et leur diocèse :

André Anctil, José V. Arruda, Jean-Pierre Langlois, Claude Lefebvre, Claude Lussier (Montréal)
Éric Généreux, Raymond Gravel, Bernard Houle, Pierre-Gervais Majeau, Guylain Prince, Claude Ritchie (Joliette)
Jean-Yves Cédilot, Jocelyn Jobin, Alain Léonard, Lucien Lemieux (St-Jean- Longueuil)
Benoit Fortin, Michel Lacroix, Claude St-Laurent (Gatineau)
Jacques Pelletier (Gaspé).

Les femmes et l’Église : une très, très, très lente évolution

Dans l’Église catholique romaine, le pouvoir est exclusivement entre les mains de ceux qui ont reçu le sacrement de l’ordre. Le pouvoir dont il est question est doctrinal, administratif, financier, liturgique, etc. Le pouvoir, c’est la capacité de fixer les orientations, d’interpréter le passé, de planifier l’avenir, de gérer le présent, etc. Or plusieurs grandes décisions récentes de l’Église ont été prises à l’encontre des femmes. Le problème n’est pas chrétien, il est catholique. Ce problème est-il insoluble ?

Le christianisme a contribué à la promotion du statut de la femme au fil des siècles, notamment en combattant l’excision et les mariages forcés comme un dossier de la revue Codex d’hiver 2018 le met en lumière.  Mais, l’Église catholique refuse toujours avec obstination d’accorder à la femme un rôle dans un ministère. C’es du moins ce que confirmait Mgr Ladaria dans l’Osservatore Romano en assimilant le refus de l’accès au sacrement de l’ordre aux femmes dans l’Église catholique à un commandement (sic) de Jésus-Christ. Pour Jean-Pierre Proulx, la déclaration de Mgr Ladaria est une proclamation d’hérésie. Il souligne que Mary Irwin Gibson est, depuis 2015, archevêque… anglicane de Montréal.

Il faut dire que l’exhortation apostolique Evangelii Gaudium du pape François, bien qu’équivoque sur le statut de la femme, était claire sur le refus traditionnel de l’accès à la prêtrise. En effet, s’il n’est pas possible d’être prêtre, évêque, cardinal ou pape, comment peut-on appliquer la résolution :

Parce que « le génie féminin est nécessaire dans toutes les expressions de la vie sociale; par conséquent, la présence des femmes dans le secteur du travail aussi doit être garantie » et dans les divers lieux où sont prises des décisions importantes, aussi bien dans l’Église que dans les structures sociales.

Le désert algérien

Dans un article de la revue Esprit de février 2010, Catherine Gremion signale que les plus graves décisions qui ont entraîné la désaffection des fidèles ont été prises à l’égard des femmes. Humanae Vitae n’a pas été la moindre. Le dernier Synode sur la famille de 2015 ne fait que confirmer ce constat de l’absence des femmes qui ne sont pas consultées sur des questions qui les touchent directement. D’autre part, l’utilisation de l’expression « génie féminin » qui a été reprise dans des le libellé des statuts de du Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie n’est pas sans laisser perplexe les organisations de femmes concernées.

Par ailleurs, en 2008, Rick van Lier estimait à 14 000, le nombre de membres de communautés religieuses au Québec alors qu’il était de 60 000 en 1961. En 2018, la Conférence religieuse canadienne estime à environ 8 500, ce nombre de membres. Il n’est pas trop téméraire d’affirmer que d’ici quinze ans, les communautés religieuses, comme on les connaît aujourd’hui, devraient avoir disparues au Québec. Comme environ 80% des membres des communautés sont des femmes, on peut affirmer que le peu d’influence que les femmes exerçaient dans l’église sera évanescent.

En 2015, le Conseil pontifical de la culture s’interroge sur « les femmes qui fuient l’Église ». Selon Lucetta Scaraffia, éditorialiste à l’Osservatore Romano, affirme que « les femmes tiennent l’Église sur pied ».  Il y a lieu de se demander comment l’Église catholique romaine compte relever ce défi qu’évoque la « Joie de l’Évangile » :

C’est un grand défi qui se présente ici aux pasteurs et aux théologiens, qui pourraient aider à mieux reconnaître ce que cela implique par rapport au rôle possible de la femme là où se prennent des décisions importantes, dans les divers milieux de l’Église.

La création du Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie ouvre peut-être une porte. Mais, depuis Vatican II, les espoirs déçus ont été fréquents.

De Jérusalem à Jéricho, du Québec à l’Église algérienne

Je n’ai pas passé 40 jours et 40 nuits à traverser le désert, mais parcourir 1 400 km dans le Sahara, du sud au nord ramène à l’essentiel.

Le désert algérien
Le désert algérien

Nous avons voyagé à 3 conducteurs et 4 participants. Durant les 500 derniers kilomètres du parcours initial, il y eut beaucoup de vent charriant du sable, de sorte que la route disparaissait à l’occasion… un peu comme lorsque le vent balaie la neige sur nos routes d’hiver. Ce n’est pas bon pour le filtre à air du moteur, il va sans dire.

Le désert ? Ce sont des paysages changeants : du sable blanc, orange ou même noir, des monticules ou des plateaux, des roches et quelquefois, grâce au miracle de l’eau pompée du sous-sol, des terres cultivées !

Nous avons été « escortés » tout au long du chemin, ou presque, par des jeeps de gendarmes. Ils ont l’avantage de bien connaître le bout de chemin où ils nous accompagnent, et ils ne se contentent pas des « limites » de vitesse habituelles; avec eux, nous avons dû réaliser à l’occasion du 120 à 140 km/h !

La jeep des gendarmes
Le jeep des gendarmes
La vie de tous les jours offre bien des rencontres

Dans sa première intervention, notre théologien accompagnateur, le jésuite Christophe Ravanel, commentait les révisions de notre vie locale les reliant avec la rencontre de Jésus avec Zachée (Lc 19). S’il y a bien des personnes anonymes dans les récits évangéliques, quelques personnages sont mis en relief. La rencontre de Jésus avec Zachée est le symbole de nos rencontres avec les gens de nos milieux de vie. Pour l’Église d’Algérie, la rencontre avec l’autre est essentielle. Par rapport à la foule, dans la rencontre, chacun ou chacune est appelé par son nom.

Tisser des liens
Tisser des liens

Lorsque la rencontre s’approfondit, que les liens se tissent, nous entrons dans une relation où on peut entrer dans le mystère de la personne, avec le partage de son histoire qui est toujours une « histoire sacrée ». Cette histoire nous rappelle que nous n’en sommes pas, pour la plupart, les initiateurs, mais les héritiers. Nous poursuivons du mieux possible une présence déjà amorcée.

Nous n’avons pas souvent la chance de « nommer » la présence de Jésus de façon explicite. Mais les fruits de l’Esprit qui germent de nos rencontres nous la manifestent : la confiance qui nous est donnée à travers les confidences reçues, l’amitié et l’amour ressentis mutuellement, la joie et la paix qui émergent à la fin de nos échanges.

Dans la précarité de nos situations de vie, notre engagement personnel peut devenir un signe d’espérance, un espoir qu’un changement est possible. Nos paroles sont moins fortes que nos actions. Cela exige de nous continuité, ouverture du coeur, apprentissages de toutes sortes. De plus, la durée dans l’engagement transforme peu à peu la perception de l’autre.

Des rencontres en vue d’un dialogue islamo-chrétien

Il peut nous arriver que certaines personnes ou associations nous invitent à un dialogue entre chrétiens et musulmans. Comme l’islam est plus que majoritaire en Algérie, et qu’il est plutôt conservateur et traditionaliste, plusieurs de ces échanges tournent court.

Si on se rend compte que le sujet de la religion est abordé de façon bien souvent stérile, il est plus satisfaisant lorsqu’il permet un échange sur l’expérience personnelle de Dieu, sur les valeurs communes et celles qui nous différencient. Il faut donc savoir faire la différence entre les personnes. Pour tous, en fin de compte, il nous est proposé de maintenir le dialogue au plan de la vie quotidienne, dans le partage de nos expériences et de nos prières pour la paix par exemple.

Vivre dans la société algérienne est une expérience contrastée

L’Algérie est constituée de multiples communautés différenciées : au plan culturel, linguistique, religieux, au sein même de la nation musulmane. Cela peut donner l’impression de silos communautaires posés côte à côte. On a tendance à rester entre soi. Et la loi du groupe, de notre communauté d’appartenance, s’impose encore souvent aux nouvelles générations.

Femmes mozabites
Femmes mozabites à Ghardaïa

Par ailleurs, si le premier accueil en Algérie est globalement favorable, on ressent aussi que des gens n’acceptent pas facilement notre présence chez eux : une certaine indifférence sinon du mépris, et pour des missionnaires venus d’Afrique noire, du racisme latent.

C’est souvent un choc de se sentir « bizarre » au milieu de la foule, comme si quelque chose d’important nous manquait (comme la liberté d’expression, une relation plus égalitaire entre hommes et femmes, un regard positif sur le progrès social, …). Peut-être sommes-nous un peu, dans nos lieux de vie, comme des oasis ou encore des passerelles entre les gens du pays et le monde ?

Cela représente un défi à affronter et nous ramène à la source de notre présence en ce pays : être des témoins vivants de Jésus et de son Évangile. Il ne sera jamais aisé d’accueillir chacun tel qu’il est, avec ses différences. Il n’y a qu’à penser à l’accueil des migrants et réfugiés un peu partout…

Ces réalités de la vie et ces rejets n’ont pas épargné Jésus et ne devraient pas trop nous étonner. C’est plutôt les moments bénis d’hospitalité mutuelle que nous devrions souligner et chérir.

L’Église du Sahara algérien où tout est à construire

Notre Église diocésaine est comme une famille qui s’est récemment renouvelée : il y a plus de jeunes missionnaires présents depuis quelques années, et ils sont davantage de l’Afrique noire. Ces nouvelles arrivées provoquent beaucoup de dynamisme, mais aussi des limites dans l’intégration, et donc des insatisfactions dans le travail pastoral réalisé.

La famille diocésaine de Ghardaïa en avril 2018
La famille diocésaine de Ghardaïa en avril 2018

Rappelons-nous que nous avons avantage à tenter de les dépasser ensemble, et non pas chacun de son côté. N’hésitons pas à demander de l’aide, et profitons de la présence actuelle de l’équipe diocésaine étoffée qui nous anime.

Cette Église compte peu de baptisés, des structures légères où tout est à construire en acceptant que cela prendra du temps, de la patience et de la confiance.

Célébrant la messe chrismale après Pâques afin de profiter de la présence d’une grande partie des agents de pastorale présents à l’assemblée diocésaine, nous constatons que notre vie d’Église connaît peu de repères institutionnels, qu’elle se vit plutôt dans la foi nue, les Eucharisties occasionnelles, en donnant sans compter, sachant que l’Esprit de Dieu fera le reste. Cela nourrit notre rattachement à la grande Église universelle.

Pour durer, nous nous aidons de quelques convictions :

  • accepter d’être soi-même, différent, éviter les critiques faciles ou blessantes, mais toujours chercher à accueillir la culture locale;
  • puisque Jésus n’a pas voulu rester seul, mais il s’est choisi un groupe de disciples, chercher à nous joindre les personnes de bonne volonté que nous côtoyons;
  • prendre le temps de se connaître, de se visiter même, et de connaître l’histoire des lieux où nous vivons;
  • pratiquer le discernement en commun sur un sujet important, en réfléchissant sur le problème soulevé, tenter d’y apporter sa part de solution, et trouver qui pourrait nous aider à avancer;
  • rester proche des pauvres, car ils n’ont rien à perdre mais sont si souvent prêts à donner un coup de main.
Je suis descendu de Jérusalem à Jéricho

Jérusalem, c’est le Québec avec ses temples, ses structures bien huilées, son économie dynamique et sa vie culturelle épanouie. Jéricho, c’est l’Église algérienne, plus souple et légère, plus désertique aussi. Jésus n’y a été que de passage, entre une guérison d’un aveugle qui ne l’a plus lâché jusqu’à reprendre la route vers la ville sainte, et un publicain plutôt méprisé mais habité d’un grand désir de retrouver ses racines en se convertissant radicalement. Je crois me retrouver un peu dans ces deux personnages…

Et vous, où en êtes-vous ? Comment vos rencontres vous habitent-elles ?

Cours d’éthique et de culture religieuse, on abolit ou on améliore ?

Au cours du dernier mois, des pédagogues se sont manifestés pour réclamer une refonte du cours d’Éthique et de culture religieuse qui se donne au début du primaire et à la fin du secondaire dans les écoles québécoises. Ce cours avait été introduit dans le cursus à l’occasion de la déconfessionnalisation des commissions scolaires qui a été réalisée durant les années 2000. Certains profitent de l’occasion pour demander son abolition. Hors ce cours doit être maintenu et amélioré.

Une écoleLe cursus scolaire des niveaux primaire et secondaire aborde des apprentissages importants : français, anglais, chimie, physique, science et technologie, mathématiques, arts plastiques, danse, musique, art dramatique, histoire, géographie, administration, éducation physique, et aussi un cours contesté, dont la disparition est parfois demandée par certains : l’Éthique et la culture religieuse (ECR).

Quelle est la caractéristique fondamentale du cours d’ECR ? C’est le seul qui fait appel au dialogue et à la mise en commun des expériences de vie des étudiants d’un groupe. Tous les autres cours font appel aux connaissances générales ou précises et ne nécessitent pas ses deux caractéristiques essentielles au cours d’ECR. Ce cours demande la compréhension de l’autre; qu’il soit un étudiant ou le professeur de la classe. L’écoute de l’autre s’appuie sur sa culture dont la religion est un élément moteur.

La religion est un élément culturel, courant, des différentes civilisations. Qu’on le veuille ou non, pour dialoguer dans notre monde, il faut avoir une connaissance minimale de la religion; cette connaissance permet, outre un dialogue intergénérationnel, un second, l’interculturel, de plus en plus présent dans le monde d’aujourd’hui.

Le cours d’ECR permet de mieux comprendre les enjeux contemporains de l’égalité homme/femme, aucun autre cours n’est mieux placé pour permettre le dialogue sur cet enjeu.

Devant les débats sur l’aide médicale à mourir, celui des soins en fin de vie, le cours d’ECR est le seul qui permet aussi de saisir les enjeux de l’humanité sur le sens de la vie, de la mort. Ces notions fondamentales ne se retrouvent pas dans les cours de français, anglais, mathématique, gestion administration, histoire, géographie, arts. Même si des cours de sexualité sont offerts sous peu; aucun cours n’offre un moment de réflexion sur la vie, c’est le côté fondamental de ce cours.

Retirer du cursus, le cours d’ECR serait un recul, il doit faire partie de l’enseignement, sûrement avec des améliorations pour donner aux élèves des outils pour mieux comprendre le monde, car c’est de ce dont il s’agit.