Agressions sexuelles sur les enfants : le cas de l’Église de Belgique

Les allégations, accusations et condamnations de prêtres pour agressions sexuelles dans le monde catholique se sont multipliées au cours des dernières décennies. Afin de comprendre le phénomène, nous présentons ici le cas de l’Église belge qui  est particulièrement bien documentée en Français. Il y a notamment une commission gouvernementale qui a bien circonscrit la situation. Après bien des résistances et devant la multiplication des scandales, l’Église a finalement adopté une attitude acceptable. Mais tout est loin d’être réglé dans le monde catholique.

Protéger les enfants
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La Belgique compte 11,3 millions d’habitants. Près de 75% de la population se dit catholique, mais, étonnamment, seuls 43% croit en Dieu. Durant les années 1990, une sordide affaire d’enlèvement, de séquestration, de tortures, d’agressions sexuelles et de meurtres sur des enfants, l’affaire Dutroux, avait traumatisé la société belge tout entière. Est-il besoin de dire que les premières allégations d’agressions sur des enfants par des clercs catholiques ont causé tout un émoi dans le Royaume.

Un prêtre catholique réagit

En 1992, un prêtre catholique, Rik Devillé, publie un livre, La Dernière Dictature – Plaidoyer pour une paroisse sans pape. Cela lui vaut un torrent de réactions et une pluie de plaintes à propos d’agressions sexuelles commises par des clercs lui sont transmises. Afin de donner suite à ses plaintes, il met sur pied le groupe Droits de l’homme dans l’Eglise. Le groupe a recueilli 427 signalements de 1992 à 2010. Les signalements ont été portés à la connaissance des Évêques et Supérieurs des communautés concernées par des rencontres, des communications téléphoniques et des courriels. La réponse de l’Église est lapidaire : nous prions pour eux. La riposte de l’Église : une poursuite pour diffamation et calomnies devant un tribunal civil où le groupe est acquitté et une poursuite devant un tribunal canonique où l’action est jugée non-fondée.

Une commission inter-diocésaine

Devant l’ampleur du phénomène en Belgique et ailleurs dans le monde, l’Église belge consent à mettre sur pied une Commission inter-diocésaine pour le traitement des plaintes pour abus sexuels commis dans l’exercice de relations pastorales. L’objectif officiel : « Admettre la matérialité des faits et de reconnaître le mal causé aux victimes en est une première étape. Éviter dans toute la mesure du possible la répétition de pareils faits en est la seconde. » L’objectif inavoué est : « obtenir des victimes leur pardon à l’endroit de leurs agresseurs ». La commission est présidée par l’ancienne magistrate Godelieve Halsberghe et entre en fonction en 2001. Des désaccords se multiplient avec l’épiscopat. La présidente, notamment, juge nécessaire d’aborder la question des indemnisations. L’épiscopat refuse énergiquement de s’engager sur cette voie. Halsberghe démissionne, la commission est dissoute. Mais 33 plaintes ont été reçues. L’Épiscopat doit trouver une façon de leur donner suite et la conjoncture a évolué.

Une autre commission de l’Église

La Commission pour le traitement des plaintes d’abus sexuels dans une relation pastorale est instituée en 2010 et présidée par un pédopsychiatre indépendant, Peter Adriaenssens. Le modèle de la commission doit s’inspirer de la commission réconciliation mise sur pied en Afrique du Sud après la fi n de l’apartheid. Le 30 mars 2010, ses statuts sont finalisés. En une seule semaine, la commission reçoit 120 signalements. Parmi celles-ci, il y a celle d’un neveu d’un Évêque qui porte plainte contre son oncle : l’Évêque de Bruges Mgr Roger Vangheluwe démissionne le 23 avril. D’autres agressions seront imputées plus tard à cet évêque, dont une avec un autre neveu et une commise avec la complicité d’un curé.

Le nombre de plaintes et la gravité des faits sont tels que le Ministère de la justice n’en peut plus. Des perquisitions sont lancées pour saisir les dossiers de la commission le 24 juin. C’est l’opération « Calice ». Les commissaires démissionnent le 28 juin. La commission aura duré 8 semaines. En septembre 2010, le professeur Adriaenssens publie néanmoins un rapport. Selon lui, « c’est le dossier Dutroux de l’Église », 124 témoignages à l’appui. Trop c’est trop. Le gouvernement belge décide d’intervenir.

Une commission parlementaire spéciale

Le 28 octobre 2010, la Chambre des Représentants de Belgique convoque une commission parlementaire spéciale pour évaluer la situation et formuler des recommandations. Elle porte le nom de « Commission spéciale relative au traitement d’abus sexuels et de faits de pédophilie dans une relation d’autorité, en particulier au sein de l’Eglise ». Son rapport, publié en mars 2011 dressera un tableau étoffé de la situation et comptera 70 recommandations.

Un centre d’arbitrage

Parmi ces recommandations, il y a la mise sur pied d’un « Centre d’arbitrage en matière d’abus sexuels ». Après plusieurs mois de négociations et de réflexion, l’Église de Belgique accepte, en 2011, de participer à un mécanisme d’arbitrage qui permette enfin « aux victimes d’être reconnues dans leur statut, leurs souffrances, leur solitude et leur abandon ». Les victimes dont les faits sont prescrits pourront désormais obtenir « une réparation et le rétablissement dans leur dignité sous la forme d’une compensation financière, d’excuses, de reconnaissance de leur souffrance… ». De 2012 à 2017, Le centre a donné suite à 507 demandes. 3 millions d’euros ont été versés. LA Suisse s’est inspiré de ce centre pour pour créer en 2016 une Commission Ecoute-Conciliation-Arbitrage-Réparation. L’Église a finalement mis en place une procédure de dénonciation de faits récents à la justice ou de collaboration avec des services d’aide à la jeunesse.

L’attitude de l’Église catholique romaine

Rik Devillé, prêtre catholique a témoigné devant la Commission spéciale. Selon lui, l’attitude de l’Église est « scandaleuse » en prenant pour preuve une lettre du Vatican où il est écrit : « Rome considère qu’il vaut mieux aller en prison que de dénoncer un prêtre ». Il en conclu’un « sentiment de supériorité s’est développé dans l’Église autour de la fonction de prêtre » et que pour l’Église, être « violé par un prêtre n’est pas la même chose que d’être violé par un boucher par exemple… L’idéologie catholique veut que le prêtre soit une personne unique en qui l’on doit avoir croyance et confiance. »

Un autre prêtre catholique, un américain, Thomas Doyle, est venu témoigné devant la Commission spéciale. Selon ses propos, rapportés dans le rapport de la Commission, il y a eu « un privilège de juridiction qui existait au Moyen-âge et qui prévoyait une justice à part pour le clergé. Si ce privilège n’est évidemment plus applicable aujourd’hui, l’attitude et les mentalités, qu’il a créées, perdurent chez les autorités catholiques. » Il ajoute : « Il existe de trop nombreux témoignages authentifiés de victimes ayant été sérieusement intimidées par les autorités ecclésiastiques, en vue de passer les faits sous silence, et que dès lors, même si le document (De delictis gravioribus) n’était pas connu, la culture du silence de l’Église travaillait et tendait vers le même objectif. » Selon un collectif de jeunes journalistes indépendants qui a publié un livre, Église, la mécanique du silence, « Rien n’a vraiment bougé jusqu’en 2016 » du côté de l’Église catholique.

La suite…

Si la situation a finit par se régulariser en Belgique, c’est loin d’être la cas ailleurs dans le monde. L’Église catholique a été ainsi le sujet d’étude de plusieurs commissions publiques d’enquête et elle a fait l’objet de poursuites criminelles et civiles un peu partout dans le monde catholique : Irlande, Pays-Bas, Australie, États-Unis, Suisse… Des centaines de religieux ont été écroués et condamnés. Selon les diverses études, rapports et sondages, on estime de 5 % à 10 % la proportion de clercs qui se seraient livrés à des agressions sexuelles à travers le monde. Le Vatican et le Pape lui-même font l’objet de poursuites judiciaires. Ainsi, La Cour européenne des Droits de l’Homme (CEDH) de Strasbourg, a jugé recevable la plainte de plusieurs dizaines de victimes belges pour abus sexuels commis au sein de l’Eglise. La procédure est une « action collective intentée à l’encontre des évêques de Belgique et du Saint-Siège ».

Au Québec, les victimes ont pour recours… leurs avocats qui affrontent les avocats de l’Église.

Le Ramadan d’un prêtre québécois

N.D.L.R. Jean-Pierre Langlois, membre du Forum André Naud, prêtre, est parti à l’automne 2016 pour 3 ans en mission à Tamanrasset, au sud de l’Algérie et à la porte du Sahara. Jean-Pierre Langlois a transmis cette correspondance.

Mon premier Ramadan

D’abord, la théorie… il est instructif de connaître ce que signifie le ramadan et comment la population tente de le vivre…

L’islam professe un Dieu unique, appelé Allah. Il s’agit d’un monothéisme absolu. L’unicité de Dieu est le socle fondamental de l’islam.

Pour devenir musulman, il faut professer sa foi. C’est le premier et le plus important des cinq piliers de l’islam. La profession de foi (en arabe : chahada) consiste à prononcer une formule : « Il n’est de dieu que Dieu (Allah) et Mohamed est son prophète. »

Parmi ces différentes obligations cultuelles majeures de l’islam, stipulées dans le Coran et attestées par la tradition musulmane, il y a aussi le jeûne du Ramadan (ou sawn). Le jeûne dure un peu avant l’aube et s’achève après le crépuscule, au moment de la première prière du soir, durant les 29 ou 30 jours du 9e mois lunaire du calendrier musulman.

Le Ramadan a commencé en 2017 le 27 mai et se terminera le 24 juin. Le jeûne consiste à s’abstenir de manger, de boire , de fumer et d’avoir des relations sexuelles, mais aussi de s’interdire de jurer et de se livrer à la violence. C’est un temps de prière, de recueillement et de lecture du Coran.

Chaque soir, la rupture du jeûne se déroule dans une atmosphère festive. À la nouvelle lune suivante, le mois de Ramadan s’achève avec la fête de l’Aïd al-Fitr, journée fériée dans tous les pays musulmans et première journée de retour à la normale.

Pierre Claverie écrit à ce sujet : « Par sa rigueur, il est le rappel d’une nécessaire ascèse dans l’usage des biens de ce monde et d’une participation volontaire aux souffrances de ceux qui ont faim et dont il faut garder le souci. Temps, de mise en disponibilité pour Dieu, […] mais aussi occasion d’une intense vie familiale et sociale, ce mois de ramadan est vécu collectivement comme un mois pour Dieu et pour la communauté ». (Petite introduction à l’islam. Cerf,2000.pp. 57-58)

Ensuite, voici mon inexpérience du ramadan…

Car je dois avouer tout de suite que je ne connais rien de cette expérience spirituelle et matérielle, ou si peu. Un étranger, par la langue, la culture, la religion, peut-il se fier à ses impressions, ou à quelques manifestations extérieures qu’il a perçues ? Doit-il raconter cela comme vérité, ou même vraisemblance ?

Cela a commencé à mon retour de l’Assekrem. Sur la piste cahoteuse, tout à coup, vers 14 heure, le chauffeur s’arrête en plein désert, et s’en va tranquillement de l’autre côté de la piste pour faire sa prière du milieu du jour, en se prosternant. Nul doute, ces jeunes musulmans sont sincères. Il n’y a pas âme qui vive pour les amener à prier là-bas.

Alors que d’habitude la journée commence tôt, pas longtemps après l’appel du muezzin – autour de 4 heures 30 ou au plus tard 5 heures le matin -, c’est presque le contraire durant le ramadan. Comme les gens doivent jeûner à partir de l’aube, qui correspond plus ou moins à cet appel, il se dépêche de manger et après le bref moment de la prière, s’en vont se coucher. On pourrait presque dire que la population vit la nuit, et dort durant la journée.

Presque… car il faut bien avoir de quoi vivre, et pour cela il faut aller travailler. Imaginez votre travail, et même faire à manger pour préparer le repas du soir qui sera la rupture du jeûne, avec toute sorte de petites douceurs, sans boire ni manger. Pour moi, ne pas boire de l’aube au coucher du soleil en ces jours de grande chaleur serait très difficile, voire presque impossible.

D’ailleurs on ne demande à personne s’il a bien jeûné selon les normes. Inconvenant et indiscret, mais aussi bien peu compatissant ! Imaginez maintenant les grands adolescents qui voudraient bien faire comme les adultes, mais qui viennent bouffer dans le frigo à toute heure du jour, pour ne pas dire jour et nuit !
La douche
Je lisais dernièrement qu’au Pakistan, il y a une vague de chaleur extrême, probablement précédant la mousson. Jusqu’à 45-47 degrés Celsius ! On ne travaille qu’une demi-journée, on s’asperge d’eau sur la tête pour tenir le coup, ou on va se mettre sous une sorte de douche improvisée pour poursuivre de son mieux le travail.

Il n’est pas étonnant de croiser des vendeurs sur la rue en train de bailler ou de s’endormir, de se traîner les pieds ou carrément d’être amorphes. Je suis allé acheter du pain hier : le dépositaire était étendu dans l’arrière boutique, il m’a vu et, au lieu de se lever, de son lit improvisé, m’a fait signe de me servir moi-même et de venir lui apporter l’argent correspondant à mon achat !

Mais quand arrive la fin de l’après-midi, l’effervescence renaît. Les gens pour s’acheter de quoi rompre le jeûne pour leur famille et, possiblement, pour leurs amis ou invités de marque. Les magasins ouvrent grandes leurs portes, les gens se bousculent ou deviennent impatients plutôt qu’indolents, les bouchons de circulation se créent et les coups de klaxon se font entendre, car tout devrait être prêt pour le premier appel à la prière su soir. Cela se passe vers 19 heures 30 ces jours-ci, qui représentent, vous l’aurez noté, les jours les plus longs de l’année.

En famille, on se réunit pour rompre le jeûne en commençant par manger quelques dattes et boire du lait. C’est délicieux, nourrissant, et permet ensuite de se rendre quelques instants au lieu de prière de la maison ou à la mosquée. C’est ce qu’on appelle le « ftour » ou « iftar », la rupture du jeûne. En temps habituel, cela désigne plutôt le petit déjeuner. Mais n’est-ce pas aussi le moment où l’on rompt le jeûne de la nuit précédente ?
ftour ou rupture du jeûne
Puis, après la prière, on se met à table pour les choses sérieuses : une soupe, souvent de blés verts écrasés, un couscous de légumes et/ou de viande, une salade, du pain, et du dessert (la plupart du temps des fruits de saison, actuellement des pastèques et des melons). Du thé, 3 petits verres de thé avec de la mousse, ou une tisane termine ce repas. J’ai eu l’occasion de vivre à quatre reprises cette rupture du jeûne chez des amis musulmans des Petits Frères et Petite Sœur. J’ai pu observer un peu ce qui s’y passe.

Dans la rue, les jeunes déambulent durant la nuit; d’autres se rendent à la mosquée pour relire et psalmodier le Coran. Cela peut durer presque 2 heures, voire la nuit entière lors de la grande Nuit du Destin où l’on célèbre la révélation faite à Mohammed de cette Parole même de Dieu au monde. Et pour être certain que tous en profitent, les haut-parleurs des mosquées se répondent à qui mieux mieux.

On se préparera finalement à prendre un autre repas et à bien s’hydrater avant l’appel à la prière de l’aube suivante. Ainsi de suite durant les 29 ou 30 jours du mois lunaire du ramadan.

La conclusion de cet événement annuel, où la vie est chamboulée, est l’Aïd el-Fitr. Jour de festivités, jour où la communauté musulmane, l’Umma, se met au diapason de sa foi et de sa vie collective. Les croyants se rassembleront en plein air au petit matin.
Prière musulmane
Est-ce à dire que tous s’y engagent profondément ? Que tous vivent le ramadan en profondeur, en vérité ? Autant demander si tous les chrétiens sont des croyants mystiques, des témoins fidèles, des personnes engagées dans leur vie de foi !

Mais la foi musulmane a forgé ces rites et en a tellement imprégné la population que les pays musulmans ont ajusté leur vie à cette réalité. Il serait donc inconvenant et bien indélicat de manger en plein jour à l’extérieur de nos maisons, de s’abreuver devant tout le monde en ingurgitant nos bouteilles d’eau tout en marchant dans la rue.

Pour ce qui est des intentions et du cœur, seuls des liens bien plus amicaux et anciens que ceux que je commence à tisser pourraient en témoigner réellement. Si certains d’entre vous s’y intéressent, je vous recommande un texte écrit par un Petit Frère de Jésus vivant en Algérie depuis toujours, et qui nous présente une plus grande diversité de réactions devant le ramadan qu’on pourrait le supposer à première vue. Je vous le transmets en même temps que mon écrit.

Décadence : comment faire peur au monde

L’évocation du « bon vieux temps » par les plus âgés suscitent parfois des jugements associant le mode de vie contemporain à une décadence. Deux livres, deux approches culturelles tentent de cerner la décadence contemporaine. Le premier, écrit par un Français, Michel Onfray, décrète la fin de la civilisation Judéo-Chrétienne. Le deuxième, d’un Québécois, Manuel Dorion-Soulié, décrit la mission que se sont donnés les néo-conservateurs américain pour sauver leur « empire » de la décadence.

Décadence de Michel OnfrayMichel Onfray, philosophe polémiste français, décrète que « l’Occident est en phase terminale ». Son « Occident » est cependant circonscrit à l’Europe et le Judéo-Christianisme qu’il évoque est celui de l’Église Catholique. Notre civilisation, dit-il, succombe sous les assauts des deux barbarismes : « le sanglant songe califat des terroristes, d’un côté ; le rêve scientiste et glacé de la posthumanité, de l’autre ». La chroniqueuse Marie Lemonier de l’Obs, à la lecture de ce livre, dit de Michel Onfray « qu’après avoir été hédoniste et vitaliste, le voilà décliniste ». Elle en conclue que de philosophe de gauche, Onfray est devenu une « scie réactionnaire ». La chroniqueuse reconnaît l’érudition de l’auteur, mais elle met en doute la qualité des sources qui ont inspiré l’ouvrage.

À propos de l’ouvrage d’Onfray, Henri Tincq, spécialiste des questions religieuses à la Croix et au Monde de 1985 à 2008, est encore moins complaisant en parlant du «  regard partial et partiel porté sur l’histoire chrétienne par le philosophe athée  ». Le journaliste y va d’un charge à fond de train dans sa chronique, en relevant contre-vérités et mensonges. Il  reproche à l’auteur de ne pas tenir compte de la portée du concile Vatican II sur l’orientation actuelle de l’Église Catholique. Il en conclue que : « les parti pris du philosophe, sa haine de l’Église, la partialité de son analyse historique menacent, sinon la pertinence de son livre, au moins la crédibilité de sa thèse. »

Titre: Décadence
Auteur: Michel Onfray
Année de publication: 10 janvier 2017
Maison d’édition: Flammarion
ISBN: 9782081399204
Format : Epub, papier
Prix: Epub : 26,99 $, papier :  36,95

Décadence des néo-conservateurs américainsDans « Décadence, empire et guerre. Le militarisme moralisateur des néoconservateurs américains », Manuel Dorion-Soulié aborde la question sous un tout autre angle. C’est plutôt le compte-rendu d’une enquête fouillée sur le « néo-conservatisme américain » qu’il nous livre. Selon Louis Cornellier, du Devoir, l’auteur constate que si tous les dirigeants américains ont mené une « politique étrangère impériale », les néo-conservateurs   vont plus loin  en prétendant que « l’expansionnisme impérial… vise le maintien de l’armature morale des citoyens ».

Le néo-conservatisme serait né du traumatisme provoqué par « l’émergence de la Nouvelle Gauche contre-culturelle, individualiste, féministe, pacifiste et hédoniste. » Cornellier retient de la conclusion de Dorion-Soulié sur les néo-conservateurs américains que « leur projet impérial belliciste trahit même l’esprit républicain américain de liberté, menacé par le militarisme. Souvent brillants, ces penseurs n’en demeurent pas moins dangereux. » Manuel Dorion-Soulié est un chercheur au Centre interuniversitaire de recherche sur les relations internationales du Canada et du Québec.

Titre: Décadence, empire et guerre : le militarisme moralisateur des néoconservateurs américains
Auteur: Manuel Dorion-Soulié
Année de publication: 10 janvier 2017
Maison d’édition: Athéna
ISBN: 9782924142363
Format : Papier
Prix: 24,95 $

 

 

Réforme au Vatican quatre ans plus tard : des progrès

Construction
Au terme d’une quatrième année de son pontificat, le pape François peut se réjouir de la progression des réformes qu’il a initiées. Inspiré par François d’Assise, le Pape avait déclaré vouloir « une église pauvre pour les pauvres ». À Assise, où il s’était rendu en octobre 2013, il s’était fait accompagné par 8 cardinaux qui’il avait désignés pour réformer la Curie. Outre une plus grande transparence, force est de constater que les changements correspondent à ceux évoqués par le regretté Cardinal Turcotte au lendemain du Conclave. Ce dernier avait dit de François à Radio-Canada qu’il était « quelqu’un qui pourrait d’abord être un saint, quelqu’un qui est proche des pauvres, quelqu’un qui pourrait s’attaquer à corriger certaines erreurs de la Curie, à corriger aussi les erreurs de l’Église ». Parmi ses réformes, notons une consultation  plus large pour la nomination des Évêques, la vigoureuse réforme de la gestion économique du Saint-Siège, une volonté d’impliquer les laïcs et des efforts pour mieux gérer la lancinante question des agressions sur les enfants.

Consultation élargie

Contrairement à la tradition, le Pape consulte par la poste les fidèles et le clergé du diocèse de Rome pour nommer son nouveau vicaire. Selon le journal La Croix qui cite le Vatican Insider, « alors que l’actuel vicaire du pape, le cardinal Agostino Vallini, âgé de 77 ans, doit cesser ses fonctions le 17 avril, prêtres et fidèles ont jusqu’au 12 avril pour envoyer par courrier des « suggestions sur le profil du prochain vicaire et aussi éventuellement des noms ». Cet appel a été lancé par le pape lors d’une rencontre privée avec 36 responsables du diocèse, qui compte 334 paroisses pour 2,8 millions d’habitants ».

Poursuites criminelles et liste blanche

La réforme de l’Institut des œuvres de la Foi connu sous le vocable de Banque du Vatican est celle qui a le plus progressé. Selon la RTS (Radio Télévision Suisse), 5 000 comptes ont été fermés, 12 000 euros saisis, 2 directeurs de la banque ont été tenus criminellement responsables par la justice Italienne pour violation des normes anti-recyclage grâce au concours des nouvelles autorités de l’Institut.

L’Italie a mis le Vatican sur sa « liste blanche » des États dont les institutions financières sont considérées comme transparentes, après plusieurs années de réformes menées par le pape François et son prédécesseur. Ou plutôt, le ministre des finances italien a sorti le Vatican sa liste noire des États fiscalement « à risques » en signant des accords d’échange de renseignements avec la Banque du Vatican.

1,3 milliard d’euros trouvés

La réforme de la curie a mené à la création d’un « Conseil pour l’économie » et un « Secrétariat pour l’économie ». Ce dernier, sous la responsabilité de Cardinal Pell, dispose désormais d’un pouvoir de « contrôle et vigilance en matières administrative et financière » sur tous les dicastères de la Curie (Congrégations, Conseils pontificaux, Tribunaux, Secrétairerie d’État) ainsi que sur les « institutions liées au Saint-Siège ou s’y rapportant et les administrations du Gouvernorat de la Cité du Vatican. »

Le cardinal Pell, dans une déclaration au quotidien français La Croix,  a admis que « l’examen des caisses des différents services du Vatican avaient permis de trouver 442 millions d’euros non utilisés, s’ajoutant aux 936 millions trouvés dans un premier temps, des fonds légaux ». Bien que certaines Secrétaireries d’État soient jalouses de leur indépendance et que les fonctionnaires n’étaient pas spécialement loquaces, le Cardinal a affronté une résistance mois grande d’appréhendée, a-t-il confié au Catholic Herald en 2015. À l’exception d’une nécessaire réforme de la Caisse de retraite, les finances sont maintenant saines selon lui.

Le C8

Le C8, appelé ainsi parce qu’il est constitué par 8 cardinaux désignés par le Pape, a pour mandat de voir à la réorganisation de la Curie romaine, à la manière d’être de l’Église et de traiter des questions sensibles pour les laïcs. Sur la question des laïcs, « certains catholiques pensent encore qu’un prêtre doit être présent pour que l’Église fonctionne. C’est absurde ! », avait déclaré le cardinal Marx, membre du C8. Ce C8 est composé de deux Européens (l’Italien Giuseppe Bertello, l’Allemand Reinhard Marx, par ailleurs président de la Comece), deux Sud-Américains (le Chilien Francisco Javier Errázuriz Ossa et le Hondurien Oscar Andrés Rodríguez Maradiaga, également président de la Caritas Internationalis), un Nord-Américain (Sean O’Malley, des États-Unis), un Asiatique (l’Indien Oswald Gracias), un Africain (Laurent Monsengwo Pasinya, de la République démocratique du Congo) et un originaire d’Océanie (l’Australien George Pell). Plusieurs parmi ces cardinaux ont été cités par les médias comme de hautes figures du dernier conclave.

Le Pape vise d’abord un changement d’attitude où les réformes structurelles doivent s’en faire l’écho. « On ne fait pas la connaissance de Jésus en première classe », avait-il lancé au début de son pontificat, après avoir, une semaine auparavant, tancé les « évêques-voyageurs ».

Plusieurs sujets ont été abordés par le groupe responsable de la réforme.  Par exemple, la nomination d’un modérateur responsable de faire le lien entre les dicastères et le rôle des Laïcs ont été discutés en 2013Le nouveau visage de la Curie sera plus synodal et moins monarchique, plus collégial et moins pyramidal, il s’inspirerait du mode de gouvernement déjà en oeuvre au sein des ordres et congrégations religieuses, dont les jésuites.

La responsabilité des sanctuaires internationaux incombant au Saint-Siège qui était la responsabilité de la Congrégation pour le clergé est désormais assumé par le Conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation. Deux nouvelles congrégations ont également été approuvées : l’une aux laïcs, à la famille et à la vie, l’autre à la charité, à la justice et à la paix.

Agressions sur les enfants : efforts et raté

Afin de lutter contre la pédophilie et les abus sexuels au sein de l’Eglise, le pape a institué en mars 2014 une commission pontificale pour la protection des mineurs dans laquelle siègent dix-sept experts du monde entier – dont certains sont des anciennes victimes. Il a par la suite créé une nouvelle instance judiciaire sous la responsabilité de la Congrégation pour la doctrine de la foi, héritière de l’ancienne Sacrée congrégation de l’inquisition romaine et universelle, organisme chargée de veiller au respect du droit canon. Ce tribunal est chargé de juger les évêques lorsque ceux-ci auront caché des abus sexuels commis par des prêtres de leurs diocèses.

Cependant, la seule membre victime d’abus sexuels, Marie Collins a démissionné le 1er mars 2017 en déplorant les refus et les lenteurs de la Curie à appliquer les recommandations de la Commission et en dénonçant la Congrégation pour la doctrine de la foi dont elle jugeait l’approche judiciaire opprimante pour les victimes. Plus précisément, elle était outrée qu’on refuse aux victimes le droit d’être assistées d’un avocat lors de leur comparution devant le tribunal. Selon Marie Collins, on confond victime et accusé. Marie Collins ne remet pas cependant en question la bonne foi du Pape François, mais bien celle de la curie.

Ces réformes n’arrêteront surement pas le déclin de l’Église catholique, mais permettront à tout le moins de mettre à jour l’appareil administratif.